H. ROGER
M. H. Roger publia dès iShh des travaux intéressants sur les variations de la chaleur animale dans les maladies, il comprit l'importance de la question, et dès cette époque il affirma
' Édilion (le i85(J.
BOUILLAUD. — PIORRY.
que les variations de la température méritaient de prendre rang parmi les signes les plus précieux de la séméiologie.
11 a développé depuis ses recherches dans son livre sur les Maladies de l'enfance (Paris, 1872). Wous utiliserons plus tard les résultats obten us.
B0U1LLAUD\
M. Bouillaud introduisit l'usage du thermomètre dans son service de clinique, malheureusement il se borna à établir quelques principes généraux. «Plus de trois cents observations nous ont démontré, dit-il, que rien n'était plus facile que d'apprécier avec le thermomètre les différences de la température animale. L'état fébrile intense fait monter le thermomètre centigrade de 33° ou 3/i° à ho" et même au delà. 55
Dans un autre passage M. Bouillaud s'exprime ainsi à propos de la fièvre typhoïde : k La chaleur a varié de 33-3/i ' à lio-ki"; ce résultat suffit pour démontrer que les divers degrés de la température morbide peuvent être exactement donnés par le thermomètre. »
P10RRY^
M. Piorry fit des recherches thermométriques avec ses élèves Testelin, Raynaud et Valette. Il trouva, pour la température de l'aisselle de l'homme sain, que la chaleur varie entre 28 et 33° R. , soit 35 et C, et donna, pour les autres régions soumises à l'exploration, des chiffres qui ne sont pas plus exacts. De plus, au lieu de suivre les modifications de la chaleur chez un même malade, M. Piorry a noté une seule fois le résultat de l'exploration. Aussi ne put-il faire qu'un simple exposé des
' Clinique médicale, t. F', p. agi; ^ Traité du diagnostic , 1860, t. III, t. III, p. Z128. p. 3o et suiv.
résultats constatés, sans arriver à en déduire aucune conclusion d'ensemble.
BOUCHUT.
^La fièvre est une réaction de l'organisme contre certaines impressions morbifiques. C'est un spasme du cœur et des vaisseaux qui imprime à la masse du sang une course plus rapide et produit dans les tissus une décomposition moléculaire générale, d'où résultent une augmentation de la température du corps et des malaises. »
BÉHIER ET HARDY'.
MM. Béhier et Hardy apprécient plus exactement les services l'endusparla thermométrie ; mais, en comparant la réserve de leur opinion avec le rôle qu'ils attribueraient au thermomètre, s'ils faisaient actuellement une nouvelle édition de leur ouvrage, on peut mesurer le chemin accomph en quelques années.
«La chaleur animale, qui, dans l'état de santé, varie de 3o à SA" R. , peut devenir plus basse ou plus élevée. Les variations morbides de la température sont reconnues par la sensation du malade, par l'application de la main du médecin, ou à l'aide du thermomètre, v Après avoir dit que l'on doit se défier des deux premiers modes , ils ajoutent : « Quant au thermomètre comme moyen de mesurer la température animale, il a été rejeté par presque tous les médecins, qui se sont généralement accordés à dire que les variations de la chaleur animale n'étaient souvent pas perçues par cet instrument. Il y
■ Traité élémentaire de pathologie interne, I. ]"', Séméiolngie, p. 269, Paris, i858.
GAVARRET
a ià évidemment exagération : dans quelques affections, il est vrai, la sensation de chaleur ou de froid existe seule, et la température animale reste réellement au même degré, mais ainsi que l'ont montré les recherches de MM. Bouiliaud, Andral, Gavarret et Roger, dans quelques maladies, le thermomètre, placé sous l'aisselle des malades, met à même de noter d'une manière exacte l'accroissement ou la diminution de la température. Mais il serait certainement utile, dans le cours d'une maladie, de pouvoir apprécier les changements survenus dans la température, comme on apprécie les battements du pouls à l'aide d'une montre à secondes, et dans un moment où la médecine tend à devenir, autant que possible, une science exacte, l'appréciation de la température du corps, par le thermomètre, devient le complément utile d'une bonne observation, v
Plus loin, MM. Béhier et Hardy rapportent les observations d'Andral et Gavarret dans le frisson, celles de Briquet et Chossat dans le choléra (Paris, i85o, p. 980), celles de Roger, etc.
GAVARRET
Dans un ouvrage où se trouvent résumés tous les travaux de ses prédécesseurs sur la chaleur animale , M. Gavarret a reproduit avec une netteté parfaite l'état de la science sur cette question. Il caractérise ainsi les principales phases du rôle que l'oxygène absorbé joue dans l'économie^:
«Aux diverses surfaces respiratoires, poumon, peau, branchies, etc., le sang veineux saturé d'acide carbonique laisse, par un simple jeu de forces physiques, échapper ce gaz, qui est expulsé au dehors. En même temps, sous l'empire de forces physiques et chimiques, une portion déterminée de l'oxygène ambiant pénètre dans le sang, se fixe sur les globules et les
' Gavarrot, De In chalmr produite par les êtres vivants , in-i 2. Victor Masson. Paris, 1 855 , p. 976.
artérialise. La fonction de ces surfaces est donc l'élimination de l'acide carbonique, produit impropre à l'entretien de la vie, et l'introduction clans l'économie d'une certaine proportion d'oxygène, agent de toutes les transformations que doivent subir les matériaux extraits des aliments ingérés et versés incessamment dans le torrent circulatoire par le travail de la digestion.
K Transporté avec les globules dans les capillaires généraux, l'oxygène absorbé agit, par des combustions lentes et successives, sur les matières ternaires et quaternaires fournies par le travail digestif, et sur les matières organiques incessamment séparées des tissus de l'économie. De ces réactions , accompagnées, dans certaines circonstances, de véritables dédoublements, résultent la génération, aux dépens de l'albumine, des éléments constitutifs de divers organes, la formation d'une certaine quantité de graisse et la production des substances qui sont les derniers termes de transformation des éléments organiques et organisés de l'économie avant d'être expulsés au dehors. De ces matières éliminées par les divers émonctoires du corps des animaux, les unes appartiennent encore au monde organique, comme l'acide hydrotique pour la peau, les acides cholique et choléique pour le foie, l'urée et les acides urique et hippurique pour les reins; les autres sont complètement minéralisées, ce sont l'acide carbonique, l'azote et l'eau qui s'échappent par les surfaces respiratoires. Ces produits de la combustion des matériaux du sang sont destinés, les uns à éliminer l'azote, les autres à chasser au dehors le carbone ef l'hydrogène. »
Toute la théorie de la chaleur animale est donc restée, d'après M. Gavarret, contenue dans les termes de la formule si nette énoncée par Lavoisier dès 1789 :
«La machine animale est principalement gouvernée par trois régulateurs principaux : la respiration, qui consomme de l'hydrogène et du carbone et qui fournit du calorique; la
GAVARRET
transpiration, qui augmente ou diminue suivant qu'il est nécessaire d'emporter plus ou moins de calorique; enfin la digestion, qui rend au sang ce qu'il perd par la respiration et la transpiration. »
En i8/i2 , MM. Andral et Gavarret ont publié des recherches sur la quantité d'acide carbonique exhalé par le poumon dans l'espèce humaine ^ Cette étude des produits gazeux de l'exhalation pulmonaire était, dans leur pensée, la base physiologique de recherches semblables, qui devaient être poursuivies dans les diverses maladies. Ces auteurs déterminèrent les lois de la variation de la quantité d'acide carbonique exhalé par un individu sain, suivant le sexe, l'âge, la constitution. Malheureusement ils ne firent pas les études comparatives projetées pour les diverses maladies, et l'absence de ce travail reste une lacune que nous aurons souvent à regretter dans la suite de cet ouvrage.
Le traité de M. Gavarret a le grand mérite de donner l'état de la science sur la chaleur animale en i855. A ce moment s'ouvre une nouvelle période, le thermomètre entre dans la pratique médicale journalière. Il surgit dès lors une foule de problèmes imprévus. Un grand nombre d'entre eux attendent encore leur solution. C'est à exposer l'état actuel de ces diverses questions que sera consacrée la seconde partie de ce livre.
' Ann. de chimie et de phys., 3' se- M. Gavarret, Chaleur produite -par les rie, t. VIII, p. 1 29; et dans le livre de êtres vivants,