CHAPITRE IL
ÉPOQUE MODERNE
L'étude des travaux que nos devanciers ont consacrés à la chaleur animale méritait, selon nous, de ne pas rester dans un trop complet oubli. Nous n'avons pas voulu grouper leurs opinions en quelques phrases, c'eût été leur faire subir de trop dures violences. Nous avons préféré donner les analyses des œuvres principales, procédé plus long mais plus fidèle. Ce qui frappe dans cet exposé, c'est l'effort continu des chercheurs de toutes les époques pour déterminer les causes et la valeur de la chaleur animale, dans l'état de santé ou de maladie.
Les premiers, Hippocrate, Galien, Celse, etc., interprètent la chaleur, lui assignent un foyer, la surveillent pendant les maladies, la redoutent et font des efforts pour la modérer dans son intensité et ses effets. Les commentateurs, moins cliniciens que leurs maîtres , s'attachent à reconnaître la nature intime du phénomène plutôt qu'à trouver dans ses variations des indications véritablement médicales.
Un moment le problème est précisé, la solution est entrevue. Dégagée des langes de la tradition, la science médicale, sous l'impulsion de l'esprit d'examen de Sanctorius, de Borelli , de Harvey, se sert des instruments de précision , la balance, le thermomètre, etc. Les plus grands médecins, de Haën surtout, montrent les résultats que peut donner, pour le
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diagnostic et le pronostic, une méthode dans laquelle les faits exacts supplantent les interprétations. Gurrie va plus loin, il tâche d'établir quelles sont les inductions que la connaissance de la chaleur du corps dans les maladies autorise pour le traitement des fièvres. Il semble que la voie est trouvée, que quelques pas mèneront au but; par un soubresaut imprévu, au moment même où Lavoisier vient de déceler les causes réelles de la chaleur animale, les médecins abandonnent cette étude, et, préoccupés d'autres problèmes, cherchent leur solution dans les lésions du corps ; les premiers travaux leur assurent une riche et, en apparence, une facile moisson.
Pendant la première moitié de ce siècle, quelques esprits éminents, poussés par le souvenir de la tradition ou par leur propre intelligence , reprennent la question de la chaleur : Andral et Gavarret, Bouillaud, Roger, etc., publient sur ce sujet des travaux qui suffisent pour relier la tradition à la période moderne. Mais c'est un vain effort; on cite avec éloge ces tentatives, mais nul ne songe à les imiter.
Il faut, pour que la thermométrie clinique entre dans la pratique journalière de la médecine, l'intervention d'un nouveau procédé , de la méthode graphique , qui avait manqué à de Haën. Dès que le médecin a vu quel intérêt avait, pour le diagnostic et le pronostic, le tracé de la température, il a de nouveau adressé aux savants ces questions tombées dans l'oubli : Comment naît cette chaleur normale ou morbide? Quelles sont les lois de sa répartition dans le corps? Quelles modifications lui apportent les influences extérieures et les ingesta? Quelle est la part qu'il faut réserver à l'action du système nerveux dans la régulation de cette chaleur? Quelle est la quantité de chaleur réelle incluse dans le corps? Quels sont ses modes" de déperdition? Ces connaissances sont à peine obtenues, que d'autres auteurs plus hardis cherchent à faire leur synthèse et à établir la théorie de la fièvre.
La multiplicité de ces questions nous impose l'obligation de
renoncer à les présenter en suivant l'ordre chronologique des travaux qui s'y rapportent. Autrefois chaque auteur résumait aisément les notions acquises de son temps ; aujourd'hui chacun est obligé, par l'étendue et la diversité des problèmes à résoudre, de restreindre son champ d'études. Pour éviter la confusion, nous prendrons chaque question isolément; nous analyserons les principaux ■ matériaux parvenus à notre connaissance, en les envisageant surtout en médecin. Nous aurons, certes, de larges emprunts à faire aux physiologistes, mais nous chercherons surtout à mettre en lumière les données qui nous permettront d'entrer plus avant dans l'interprétation des actes morbides.
C'est ainsi que nous étudierons successivement :
§ I"'. La production et la déperdition de la chaleur; § II. La température de l'homme sain , ses oscillations diurnes ;
S 111. Les conditions qui font varier la température du corps humain, et les limites de ces oscillations:
a. l'influence de l'âge;
h. l'influence du sexe, de la constitution, de la race; V. l'influence de l'alimentation ;
d. l'influence de l'activité musculaire;
e. l'influence de la température extérieure;
j. les limites de la résistance des animaux : i° à la chaleur, 2° au froid ; g. la température post mortem ;
§ IV. La répartition de la chaleur;
S V. La calorimétrie ;
S VI. La régulation de la chaleur;
S VU. La fièvre considérée dans sa pathogénie et dans quelques-uns de ses épisodes.
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