‹ De la température du corps humainChapitre 84 sur 150 · TEMPÉRATURE DE L'HOMMK SAIN. OSCILLATIONS DIURNES · texte numérisé non relu

TEMPÉRATURE DE L'HOMMK SAIN. OSCILLATIONS DIURNES

La température de l'homme sain est plus difficile à établir qu'on ne le soupçonnerait d'abord. Les divers observateurs ont pris pour'points de leurs recherches, les uns l'aisselle, les autres la bouche, d'autres le rectum. De plus, la température d'un même individu n'est pas la même le matin et le soir. Il est résulté de ces causes diverses des interprétations très-discordantes. Si Boerhaave est resté bien au-dessous du chiffre vrai en indiquant 33°,33 à Zk°,kk C, Prévost et Dumas ont fixé un chiffre trop élevé en adoptant 3 9" C.

Chossat, un des premiers, a bien nettement établi les oscillations journalières de la température. Dans ses expériences sur l'inanitiation, «sans qu'aucune modification fût survenue, on voyait la température osciller régulièrement chaque jour, s'abaissant le soir de quelques degrés et remontant le matin à l'état où elle était la veille, osciller avec une amplitude graduellement croissante. Ce fait est d'autant plus curieux, qu'il n'est que l'exagération d'un phénomène qui passe presque inaperçu à l'état normal. H prouve évidemment que les combinaisons d'où résulte le dégagement de la chaleur se font sous l'influence nerveuse, n

Thierfelder avait cherché à déterminer ces oscillations diurnes qu'il résumait dans le tableau suivant :

OSCILLATIONS DE LA TEMPÉRATURE

TABLEAB DES TEMPERATURES MOYEMHES DE L'HOMME, DE LA FEMME ET DE L'ENFANT ^

Adultes.

Hommes.

Feraimes .

MOÏEiN'NE.

Matin ,769 heures.

Après-midi.

Soir.

37°,/ii

Billroth^ a conclu de deux cents observations que la température animale présente un minimum de 3 7°, 3 vers le matin entre 8 et 9 heures, et un maximum de 3 7", 9 entre 5 et 6 heures du soir. La différence normale des variations diurnes serait donc de i°,6 environ. Weber considère une température de 38°,6 comme fébrile. D'autre part, lorsque la température descend un peu au-dessous de 37^9 et y reste environ vingt-quatre heures, on peut considérer l'individu comme sans fièvre.

D'après Otto Funcke^, la température moyenne du corps de l'homme est, à l'état normal, de 37° à 38° C. Il ajoute :

«La température moyenne du corps éprouve, sous différentes, influences, des oscillations tant périodiques régulières qu'accidentelles; ces oscillations se meuvent dans un champ très-restreint à l'état normal , et dans des limites très-étendues dans les cas pathologiques que nous n'avons pas à examiner

«Les notions générales suivantes permettent déjuger de la nature de ces oscillations. Un changement dans la température

' Thierfelder, in Schmidt's Jahrb., i85i,t. LXXL

- Analyse dans Archives de physiologie normale et pathologique ( Brown-

Sequard, Charcot et Viilpian), t. I, 1868, p. 193.

^ Lehrbuch der Physiologie , 2° éd., 1870, 5° fascicule, p. 3oi et suiv.

du corps peut être produit par une double voie , d'abord par l'augmentation ou la diminution de la production de chaleur, ensuite par l'élévation ou l'abaissement de la perte de chaleur qui se fait par le dehors. Dès l'instant qu'il y a deux mouvements qui peuvent changer à différents degrés en même temps dans le même sens ou en sens inverse, on peut dire, d'une façon générale, qu'une élévation de la température du corps peut avoir lieu d'abord par suite de l'élévation de la production de chaleur, ensuite avec une production qui n'a point varié mais par suite d'un amoindrissement de la perte, enfin même avec un abaissement de la production de chaleur à la condition que la perte de chaleur soit inférieure au point oii elle fait équilibre à ce minimum de production. H y a aussi d'innombrables combinaisons qui peuvent amener un abaissement de la température du corps; enfin il est clair que, malgré l'augmentation de la production de chaleur, la température du corps peut demeurer sans changement, si la perte s'élève à un degré équivalent, et aussi lorsque la diminu- •tion de chaleur est compensée par une perte moindre. Dans un cas donné, il n'est pas toujours facile d'établir l'état relatif des deux facteurs d'où dépend un changement de température : des sources différentes de la chaleur et de la valeur quantitative, aussi bien que des voies et moyens de régulation de la perte de chaleur. On peut supposer et montrer que la constance approximative avec laquelle la chaleur du corps se maintient résulte de ce que de notables oscillations de la production de chaleur sont compensées approximativement par la régulation de la déperdition de la chaleur, et inversement que les changements primaires initiaux de la perte de chaleur entraînent des changements compensateurs dans la production. Il

La température du corps oscille en haut et en bas dans le cours d'un jour dans d'étroites limites, de façon à donner une moyenne qui, à l'état normal, est très-constante (Lichtenfels ,

OSCILLATIONS DE LA TEMPÉRATURE

Frœhlich, Bœrensprung, Jùrgensen elle tombe dans la nuit et y atteint son minimum, elle monte dans le jour et y atteint son maximum. La loi générale de cette courbe oscillatoire journalière est la même à l'état de jeûne qu'après des repas modérés, seulement, dans le jeûne, les valeurs des ordonnées sont moyennement plus faibles. Chaque repas amène une élévation de température. L'élévation principale tombe au même moment que le dîner du milieu du jour, il en résulte une légère augmentation de ce maximum quotidien, tandis que le repas du soir (souper) coïncidant avec le minimum arrête légèrement l'abaissement. Un repas excessif pris au moment du minimum entraîne une élévation de température. Une longue abstinence fait baisser le niveau du maximum diurne.

Bœrensprung donne aussi un tableau montrant l'influence des différents moments de la journée sur sa température personnelle (aisselle), de décembre 18/19 ^ mars i85o. Ce tableau mérite d'être conservé à cause de sa valeur historique.

Tempéra-

Nombre

Heures.

Pouls.

ture.

d'observations.

Au lit , avant le café .

Matinée

ha 6

Au travail, avant de

La nuit , réveillé. . . .

Conclusions. — La courbe de la température a deux oscilla-

' Bœrensprung, Arch. f. Anal. u. — Jùrgensen, Deutches Arch. f. kl. Pkijs. 18.51, p. 9, ia5; 1862, p. 317. M«f/. b-* Ilf, p. 166; IV, p. 110.

tions par jour, la plus petite montée a lieu vers 1 1 heures du matin, et elle opère sa descente vers 2 heures après midi; le sommet de la plus grande est vers 6 heures du soir, et son minimum est vers h heures du matin. (L'auteur se sert des mots montagne et vallée pour désigner le maximum et le minimum.) La différence entre les maxima et les minima n'est pas de 1 degré; cette oscillation a lieu quotidiennement pendant toute la durée de la vie. La courbe du pouls est parallèle à celle de la température. La moyenne de température observée par l'auteur sur lui-même est 3 6°, 9 7 C.

Mantegazza^ frappé des difficultés et des erreurs qui accompagnent la thermométrie de l'aisselle, de la bouche, du vagin et du rectum, a fait une série d'observations sur la température de l'urine. Il prend la précaution d'opérer rapidement, et de chauffer d'abord son thermomètre jusqu'à 36" C. pour éviter que l'urine ne se refroidisse pendant que son thermomètre monte. Voici le résumé de ses observations :

C'est dans la nuit que l'urine a le minimum de température, elle s'échauffe à partir de 5 heures du matin et atteint un premier maximum entre 10 et 11 heures, retombe lentement et atteint un second maximum vers 5 heures du soir. Ces deux maxima sont à peu près identiques. La plus basse température (3 6°, 4) a été observée en février et la plus haute (Sy^gô) en juillet; or la différence de température de l'air entre ces deux dates était de 2 8°, 5 C.

Pendant un voyage à Buenos-Ayres , Mantegazza a observé l'influence du climat sur la température de l'urine (2/11 observations faites sur lui-même). En dix-sept jours, il a subi une variation de température atmosphérique de a 32",5.La température de l'urine monte avec celle de l'air, mais faiblement. Un rapide changement dans la température atmosphérique peut faire varier celle de l'urine de 3'',2 5. Quand le

' Mantegazza, De la température des sous différents climats. [Presse médicale urines aux différentes heures du jour et Belge, XV, , i863.)

OSCILLATIONS DE LA TEMPÉRATURE

corps est exposé quelque temps au soleil, la température de l'urine monte de quelques dixièmes de degré jusqu'à i°,5 C.

Les boissons alcooliques font monter la température d&l'urine.

La sensation de défaillance s'accompagne toujours d'une élévation de température de l'urine. L'action musculaire produit le même effet. Il va sans dire que cette température croît dans les états fébriles.

Le docteur Compton ^ admet qu'une température supérieure à 3 7°, 9 C. (99° F.) indique toujours un état fébrile.

Pour Wunderlich^, la température du corps humain, dans ses parties internes ou sur des points de sa surface complètement recouverts et protégés, présente, à l'état normal, une moyenne qui varie de S'y" à 3 7°, 5, suivant l'endroit où a été pratiquée la mensuration. Ainsi, dans le creux de l'aisselle bien fermé, elle est en général de 37"; dans le rectum et dans le vagin, elle atteint quelques dixièmes en sus.

William Ogle^ a expérimenté sur un homme et une femme bien portants. Il a poursuivi ses observations pendant longtemps. Il plaçait le thermomètre sous la langue. Nous donnons les tableaux d'Ogle en degrés centigrades.

g HEURES

DE 3 a.

mutin .

à midi.

Page 1