C. INFLUENCE 'dE L'ALIMENTATION
D'après Longet' : L'ingestion des aliments augmente à la fois l'absorption de l'oxygène et le dégagement de l'acide carbonique; par conséquent, la chaleur animale doit s'accroître par suite de cette ingestion, n
Il suffit de consulter les tableaux des oscillations diurnes de la température que nous avons donnés plus haut pour être convaincu que cette conception a priori n'est pas exacte. Nous savons que les repas, et en particulier celui du soir, ne sont pas suivis d'une augmentation de la température.
Mais l'abstinence, la diète, l'inanition, ont une influence considérable sur la température. iVous avons vu , dans la première partie , que Chossat a constaté que , chez les animaux privés d'aliments, la température s'abaisse notablement, et qu'aux approches de la mort elle est quelquefois de 18 à 20 degrés au-dessous de la température normale.
Bidder et Schmidt ont trouvé, chez un chat affamé, que la température, dans le premier jour de diète, était tombée d'une certaine quantité, puis qu'elle s'était ensuite maintenue pour tomber rapidement dans le jour qui précéda la mort.
' Longel , Traité de physiologie, 1. 1, p. 1109, 1861.
Contrairement à ce qui a été observé sur les animaux, Jûrgensen a trouvé , à la suite de longues recherches sur l'inanition chez l'homme, que l'abaissement de température qui se produit le premier jour, fait place, le second jour, à une élévation de température; il explique ce fait par -la consommation des éléments propres du corps (autophagie), qui se fait après l'absorption des provisions alimentaires, et qui produit plus de chaleur.
Sans aller jusqu'à l'inanition , la diète ou une alimentation insuffisante fait baisser le chiffre de la température M. Martins^ a eu l'occasion d'observer, aux environs de Montpellier, deux troupeaux de canards qui vivaient dans des conditions identiques, mais l'un n'avait qu'une nourriture insuffisante, tandis que l'autre recevait journellement des rations abondantes et de bonne qualité. Chez les premiers, la température moyenne était /n°, 177, tandis que chez les seconds elle s'élevait à hi°,^'jS. La différence en faveur des canards bien nourris était donc de o°,8.
Ainsi, même en négligeant les faits de mort par refroidissement dû à l'inanition, il semble que la nourriture insuffisante abaisse le chiffre de la température animale. La tradition a précédé ici l'expérience, et la diète a toujours été conseillée comme moyen de lutter contre la chaleur fébrile.
^ De la nutrivité des divers aliments, par William S. Savory. {The Lancet, 1t/i-i5, avril i863.) Savory donne un tableau de la nature des aliments, du poids du corps, de la composition de l'urine... Les rats nourris avec des substances azotées ont une température qui ne tombe pas au-dessous de 3 7°, 9. Les résultats généraux sont qu'un animal peut vivre de viande exclusivement, aussi bien que d'aliments mixtes, sans perdre de sa cliaieur, ce qui confirme les idées de Liebig. Les animaux nourris de matières dépourvues d'azote mouraient
avec les mêmes symptômes et la même perte de poids que ceux qui étaient soumis à une abstinence complète. Leur température ne tombe pas quand on les maintient dans un air chaud, ils ne meurent donc pas par soustraction de chaleur, mais parce qu'ils consument leur propre corps.
^ Marlins, Mmw. sui' la température des oiseaux palmipèdes du nord de l'Europe, p. 16. (Extrait des Mémoires de l'Acad. des sciences et lettres de Montpellier, i856, t. m.)