‹ De la température du corps humain et de ses variations dans les diverses maladiesChapitre 117 sur 122 · DE LA RESPIRATION ET DU POIDS · texte numérisé non relu

DE LA RESPIRATION ET DU POIDS

Chercher entre la chaleur et la fréquence du pouls un rapport absolu est un problème vain. Chaque individu a une fréquence des pulsations cardiaques tout à fait personnelle et une impressionnabilité aux divers agents extérieurs variable, non pas seulement de personne à personne, mais suivant ses dispositions particulières du moment. Nous savons, par les travaux de M. Marey, que la marche, l'élévation du bras, l'impression du froid , suffisent pour modifier la fréquence et la forme du pouls. Ce qui est vrai dans l'état de santé l'est également pendant la maladie. Nous devons pourtant dire que, si

:^ùh CHAPITHK II. — LA CHALKUU ET LA FIK\RH:.

Ton choisit pour point de départ des pulsations le chiffre normal du malade, on peut dire d'une façon générale que chaleur et pouls varient suivant des courhe^s parallèles; mais nous devons ajouter tout d(^ siiite que la discordance de ces deux symptonM»s est grave et ne se rencontre guère que pendant Falgidité, le collapsus, qu'en tout cas elle est de nature à éveiller Taltenlion du médecin familier avec les recherches des auteurs modernes.

iNous avons déjà donné quelques-uns des tahleaux dans les- (juels M.Roger a résuma' ses recherches. Mais il suffit de jeter un coup d'œil sur les tracés que l'on trouvera dans la troisième partie de ce livre, pour ne pas accepter de propositions absolues commcî celles que VVoIff et Vierordt ont émises à ce sujel \ Pour eux :

rS 10. Le pouls marche parallèlement à la température; si celle-ci est normale, il en est de même du pouls; ses courbes changent avec la hauteur de la température, et l'on peut, d'après la lempérature, mesurer la forme de la courbe du pouls, comme, d'après celle-ci, mesurer la hauteur de la températur<î ....''

Nous pensons que Liobermeister -^ s'est plus approché de la récililé en disant qu'en général les deux fonctions varient parallèlement, sauf, bien (entendu, les cas de collapsus et d'algidité.

Sur deux cent quaire-vingts observations, Liebermeister a reconnu que la fréquence moyenne du pouls augmente proportionnellement à la température, et (jue ce mouvement est sensible même pour les différences de température de o\5.

Nous re[)roduisons le tableau dans lequel cet auteur a cherché h établir les rap|)orts qui existent, chez le fébricitant, entre le pouls et la tei!q)érature.

' WollV iiiirl k. Vierordl, liecherchpft Sur le» effets de Célévation (le la tempéra-

sur le pouls (Arch. der Ihxlk,^ l\, 'i , ture daim la Jièvre {Deutseh. Arch.Jûr

p. .S71, iH(i.i). klin. Médian ^ 1866. — Arch. gén. dp

^ \Aé\)iiY\wç\fi{fT y Température et jumln. «wVi. , i8()6, p. 733).

38 ,0 gi,9

Température I «^ '^ ^^\ v d 1 .•

?,, . ( «^Q «5 1 09,0 ) Pulsations.

axuiaire. \ , ^ oc'

ao ,0 1 08,5

il ,0 110,0

Al ,5 118,6

Aa ,0 137,5

Dans quelques ras, on peut reconnattre que la montée de Ih chaleur précède celle du pouls.

En 1868, Thomas a publié, dans une Étude $ur U pouls, une note*qui se trouve absolument en rapport avec les travaux des physiologistes sur l'influence de la chaleur sur le cœur. Nous savons que la chaleur a pour effet d'exciter les contractions musculaires, jusqu'au moment oh le cœur s'anréte en contraction. Il n'y a donc pas lieu de s'étonner qu'un excès de ralorique accélère les battements du pouls, jusqu'au moment ou ces contractions, augmentant de fréquence et diminuant de puissance, donnent au pouls les caractères qui précèdent i'arrét total des pulsations. Voici comment Thomas apprécie cette influence ' :

«^ On a prouvé expérimentalement l'influence de la température sur la fréquence du pouls, en injectant dans un cœur séparé du corps de l'animal des liquides ayant différentes températures. Au voisinage de la température normale , il y avait une grande accélération du pouls pour peu que l'on élevât la température; mais si on Télevait trop, l'excitabilité du cœur était anéantie. Du reste, on voit^ chez les malades,

* Vinfluencê de h têm/Hhraîun mr h ( Zmitckr. fSr Meé, , Chir, mtd Gwtmiiêk. , p9ulM, Kilniit d*iin Inviîl du profpMenr 1 868. ) 0. F. L. Thomas rar Tëtude du poulR

la fréquence du pouls croître ou diminuer comme la température.

R Lorsque Ton élève artificiellement la température chez un homme sain, on voit la fréquence du pouls s'accroître k peu près proportionnellement. La fréquence du pouls du fœtus chez une femme enceinte qui a la fièvre, monte ou descend avec la température de la mère.

''^L'application du froid au devant de la région du cœur diminue considérablement la fréquence des battements.

(t Ce n'est pas que la fréquence absolue du pouls dépende de la chaleur: il s'agit seulement de sa fréquence relative, c'est- 21-dire de sa marche. Le rapport du pouls à la température n'existe c|u'autant que les autres circonstances sont égales d'ailleurs (même énergie de contraction, même état dq cœur et des vaisseaux). La température du sang est moins souvent différente de celle de la périphérie dans les fièvres graves qu'à l'état normal. On peut trouver, avec une grande accélération du pouls, une circulation moindre, comme dans le cas d'abaissement de la température périphérique par collapsus ou au moment de l'agonie. Le ralentissement de la circulation s'observe aussi avec les phénomènes de congestion et de stase qui se montrent dans les fièvres graves, et s'accompagnent pourtant d'une grande fréquence du pouls ^ yt

Si nous ne pouvons plus dire aujourd'hui , avec Boerhaave: Qmâquid de febre novit medicui, id vero amne vehcikUe pultuum Hola cognosciiur. S'il nous faut reconnaître que cette formule est fausse, et que faire synonymes la fréquence du pouls et la fièvre, c'est établir la confusion , nous devons admettre que

' influence Ae la température gur let puUationi du rœur Heê mmmnifiret et sur l'actùm du nerf vague, par Laoder Briinlon (Saint-Bar th. Ho$p, Reporté, 1871). L*auleur, après avoir montra que, cbei dea lapina chloraliséa et placés dans une éiuve, les batlemento du cœur

s*ac<^lèren( , se demande ai. dans la fièvrv, raocéléralion du poub résulte sealemcnt de la chaleur ou a^il oe s*} joint paa une autre cause; ii suppose que la température élevée fait iiaisser Ténei^ipe du nerf vague (e&périenoes de Sdielske sur le cceur des grenouilles).

généralement la fièvre s'accompagne d'une accélération des battements cardiaques, en faisant remarquer que ceux-ci s'accélèrent très-souvent sans qu'il y ait fièvre.

Ce n'est pas seulement sur la fréquence du pouls que la fièvre agit, la force et la forme des pulsations sont modifiées. M. Marey ' a expérimentalement reconnu que, chez les chevaux atteints de fièvre, la pression manométrique est faible, en sorte que, bien que le pouls soit fort au toucher» ceci indique simplement que l'ondée -sanguine lancée dans le vaisseau trouve celui-ci presque vide et sépare brusquement les parois de l'artère presque accolées, d'oi^ sensation brusque. i\ou8 avons nous-méme analysé ces diverses questions dans le livre du Pouls ^.

Outre cette force du pouls, nous devons signaler également le dicrotisme qui survient, non pas tant sous l'influence de la fièvre que |>endant les états que l'on désigne sous le nom de typhoïdes. Nous les décrirons en étudiant les maladies infectieuses, les accidents puerpéraux, la fièvre typhoïde, etc.

Pouvons-nous, malgré ces influences diverses, établir entre la fréquence du pouls et le degré de la température normale une sorte de rapport? On peut le tenter et admettre que, si 37''.3 représentent la température rectale è l'état de santé, et 70 le nombre des pulsations dans les mêmes conditions, chaque élévation de température de 1 degré se traduira par une augmentation de 9 5 pulsations. On aurait alors les deux séries suivantes :

Température Sj'.o .38*,5 39%5 4o*,S 4i%5

Pulsations 70 95 tao i4S 160

Elles ne s'éloignent pas beaucoup de ce que l'on observe en réalité.

' Marey. Cimtlnhnn iin Mitg, p. 367, ' P. I^iOrain , Ihi poule, 1 870, p. 1 3o 1 863. et suiv. J. B. Baillîère et fih.

:)(i8 (JIAPITnK II. — L\ CIIALKIIH KT LA KlfcVRK.

H y a un»» aulre coiisid<*ration qui ne man(|ue pas de \a- Inur. CVst que nous comptons non pas la quantité de sang ( irculant, mais la vitesse de circulation, et nous ne comptons moine pas celte vitesse de circulation, attendu que frétjuence

Ips battements du cwur n'est |)oint synonyme de quantité de sang i'voulée dans un temps donné. La largeur des amplitudes, la réj)létion (les vaisseaux, et par conséquent leur diamètre, la (|uanlilé de la pression et le jeu des capillaires, ne peuvent être déduits de la frécpience des battements du pouls.

Il n'\ a point de moyen de remédier à ce défaut. Les outils modernes ne nous fournissent point la solution de ce problème. Le spbjgmographe nous donne, à la vérité, le tracé de la radiale, et nous (lit si le pouls est tendu ou détendu, il nous renseigne un peu sur la circulation péripliéri([ue, mais il ne nous donne pas la notion de la quantité de sang en circulation, ni (le celle qui demeure stagnante dans les grands réservoirs veineux. Il nous a appris à nous méfier du tact médical, et c'est un grand service dont nous lui sommes redevables. .Nous savons que le pouls giand et dicrote se voit surtout dans les sueurs et après les hémorragies, que le pouls le plus grand et le plus dur (pouls aortique et sénile) n'indique rien

jue la nalure dure des ])arois artérielles, et autres notions qui

loiv(Mït décourager les tateurs de pouls.

A la vérité, la t(»mpérature vue au thermomètre n'est pas e\em|>le (robjfHlions. Il n'j a point a lui en faire quant aux snhslance.^ homogènes, aux liquides, où les chimistes promènent leur thermomètre; là, la chaleur est uniformément répartie, et ïuu obtient un chiffre concret parce qu'on connaît la chaleur multipli<''e par la n)asse et la chaleur spécifique du liquide ou du mélange. Par conséquent, on sait le nombre de calories qu'on peut extraire de la substance qu'on examine.

Dans le corps vivant, si peu homogène et pourvu d'appareils d'accommodation (|ui font varier a chaque instant la (|uantité et le mode de rcîpartition de la chaleur, sa |)roductiQi)

LA FIÈVKE. 569

et sa dépense, la chaleur est chose mobile et non constante, il faudrait pouvoir évaluer les calories: on le tente en ce moment. Toujours est-il que cette chose qualitative, qui est le degré de la température du rectum, est fin élément constant et non variable à l'état physiologique; et ce chiffre est à peu près celui de la température du sang et des viscères. (l'est un minimum nécessaire è la vie, c'est la chaleur du centre. Celle de la périphérie est moins nécessaire, elle est affaire de dé^ pense; Tautre, la chaleur intérieure, est la recette pour ainsi dire obligatoire et toujours exigible, cest le nécessaire. Nous pouvons donc nous fier h cette température, tant pour l'état physiologique que pour Tétat morbide. Cependant il y a des questions de régulation à réserver.

La fièvre a sur la fréquence des mouvements respiratoires une influence encore plus difficile è déterminer. Accélérée lorsque la température s'élève, la respiration l'est également lorsque la température s'abaisse, dans le collapsus, l'algidité. En dehors des conditions locales, de la pneumonie, de la pleurésie, etc., il faut reconnaître qu'au début la fièvre accélère les mouvements respiratoires, surtout chez les enfants, et même quand l'accès n'a pas une grande intensité. L'accélération des actes de la respiration a donc une valeur, mais elle n'a pas de liens intimes avec les phénomènes de chaleur.

M. Michel Peter ' a signalé entre le volume de la rate et les variations de la chaleur des relations qui seraient intéressantes à vérifier. Nous reproduisons la note qu'il a communiquée à l'Académie de médecine, mais nous croyons que les premières conclusions de notre collègue sont trop absolues, et nous nous sommes assez expliqué a ce sujet pour que le lecteur accepte une critique ainsi formulée. Au lieu de : ^11

* Michel Peter, Modifications de la température {Àcad, de tttéd., 16 mars

n*y a aucun rapport constant entre les variations de ta température et celles de la circulation et de ta respiration,? nous dirons : il y a parallélisme habituel entre les courbes qui représentent ces variations; leur discordance exceptionnelle implique la nécessité, pour Tebservateur, d*en rechercher la cause, elle commande le pronostic et souvent aussi le traitement.

La note de M. Michel Peter est ainsi conçue :

Au point de vue des modifications de la température générale, dans leur relation avec celles de certaines fonctions ou les changements de volume de certains organes :

i" // n'y a awun rapport conitant entre le$ variatûme de la température et celUê de la circulaiion ou de la reiptrolûm. .\insi , l'augmentation de fréquence du pouls ou de la respiration dans les maladies n'entratne pas nécessairement l'élévation de la température générale (prise dans l'aisselle), et, quand celle-ci s'élève alors que le pouls ou la respiration augmente de fréquence, il n'y a pas de rapport constant entre l'augmentation de fréquence du pouls ou de la respiration et l'élévation de la température.

d"* // Il y a aucun rapport conetant entre les variaiionê de la température et les changement» de volume du foie,

S'* Il y a un rapport conetant entre les variatione du volume de la rate et celles de la température,

\insi, toutes les fois que la température s'élève dans les maladies, la rate augmente de volume, et il y a un rapport constant ou à peu prè3 constant et uniforme entre l'élévation de la température et le volume de la rate. Pour un ou plusieurs degrés d'élévation de la température, la fate augmente d'un ou plusieurs centimètres dans le gens vertical.

Il semble donc que la rate soit un orgatie d'hématopoiise, et quelle concoure aciu^ement à la production de la chaleur animale.

Les variations de poids des malades pendant le cours des

maladies aiguës présentent un intérêt théorique et pratique. Le contrôle de nos sens par la balance nous a donné, dans le choléra, la preuve du peu de valeur des apparences, et nous avons vu que les dissensions entre JSénator et Liebermeister ne portent pas seulement sur Tacide carbonique rendu , mais même sur l'appréciation du poids des malades.

C'est avec une certaine surprise que nous avons lu, dans l'ouvrage de Botkin, des résultats en contradiction absolue avec ceux obtenus par Layton, Sautarel et . nous -même. Botkin ' aurait constaté que, lorsque la température du corps est élevée, les pertes de poids augmentent surtout dans les jours où cette température s'abaisse; et que, torque la température reste élevée, le poids du corps se maintient quelquefois deux ou trois jours sans variations. Il en est ainsi seulement quand il n'y a pas d'éliminations accidentelles, pas de diarrhée, de sueurs profuses, etc. Pendant la défervescence , au contraire, le poids baisse, bien que le malade prenne des^ aliments. Botkin explique ces résultats par la grande absorption des boissons provoquée par la soif.

On peut dire, en général, d'après Botkin, que les pertes de poids, quand la chaleur est élevée, sont surtout considérables lorsque le malade a perdu connaissance, lorsque probablement la déperdition de liquide n'est pas suffisamment couverte par Tingestion des boissons.

La perte par les sueurs est souvent insuffisante pour faire baisser le poids. Botkin cite, a l'appui de ces remarques, l'observation suivante :

* BolkÎD, De InJUhfTf, 1H79 , p. .I1 . Trad. françaiM par A. Geoi^es.

.wJ r.llAlMTRE II. — L^ Cir^LEIiR KT LA FIKVRK.

KNFWT DK bOL'ZK A>S ATTEINT D'UNK I.K(;KKK FIKVRK RHCI'RRKNTF.

TEMPBIUTURF. p^j^^^

atm. -Soir. °

rjoui-: lii'vro '^{ft'^ " '^^ '^^^ Sueurs. Délire flans la nuit.

•»■ JOUI- : fièvre 'M\ ,6 .*^8*,<» 3/i ()8o hiem.

\V jour : lirvrf 3^ ,6 3S ,o .35 95o Plus He snpurs ni de dôlirv.

V jour : pas cio fièvre. 36 »o 3^) .- 36 oSo /f/#i/i.

r)'"jour: piis (Je (ièvre. // /. a Idem.

6' jour: pas de lièvre. // /' // Idem.

•7" jour : pas de fièNn». // -i 36700 Idem.

il est j)rol)al)le, pour Botkin , (jue l'augmentation de la quanlité d'eau ingc^rée est la cause de l'augmentation de poids.

Plus loin Bolkin \ revenant sur la [lerle de poids et sur

ramaigrissement, conclut que le faible amaigrissement et la

petite perte de poids pendant l'accès de la chaleur fArile per-

'uiettent d'admettre que la consomption du «orps a M peu

(Mevf^e.

Il (^st juste d'ajouter que l'observation de typhus qui est. |)our Botkin , l'occasion de ces diverses remarques critiques, est en opposition avec cette théorie. Son malade perdit 7 kilogrammes dans les vingt premiers jours de son typhus ^.

D'après Vf. Layton '^. dont les recherches sont basées sur fanal) se de soixante-neuf observations personnelles prises dans le service de Monneret. les maladies aiguës auraient sur le poids des sujets une influence réductible en lois.

Pendant la durée de la fièvre typhoïde (cinq observations), M. liavton a constaté (pie le poids suit, en général, une marche uniformément descendante jusqu'au début de la convalescence. \ cette |)ériode, le poids suit un(» marche uuiformé-

' Holkin, p. ()6. «tir V influence de» eauies qui ailèrent le

■ Roikiu , p. 1 6r>. poid» corporel do Vhomtne adulte malade.

Thouias Laylon, Etudes clmù/ticx Thèse de F^aris, 1H6H, n" ia3.

ment ascendante. Cette règle, que M. Layton appelle une loi, se retrouve dans toutes les maladies aiguës. Donc : période fébrile ou de perte, période de convalescence ou de réparatiùn.

Dans la fièvre typhoïde, Monneret a trouvé que des malades avaient perdu 3oo et 5ob grammes par jour, ceux de M. Layton ont subi des déperditions moins considérables. Voici les résultats qu'il a consignés :

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