‹ De la température du corps humain et de ses variations dans les diverses maladiesChapitre 12 sur 122 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

OrnTO?IS DC8 ADTEUBS, depuis HfPPOGBATE JUSQDM NOS J0DB8.

Nous ferons, avant de donner le résultat de nos recherches, une revue historique des travaux importants consacrés à l'étude de la chaleur et de ses variations dans les maladies. Cette analyse est indispensable. Il suffirait de reproduire certains passages de nos écrits dits classiques pour montrer comment ils descendent des mémoires-types et comment ils ont dégénéré. Ce serait justice. Il n'est pas permis d'interpréter les maîtres, il faut les citer : la science est encore penonnelle en médecine.

Il n'y a pas d'auteur qui respecte absolument les textes. L'habitude de la pratique oblige à conclure et à appliquer quaikd mime. Si l'on prend ainsi divers spécimens de discours médicaux, on montrera, par un procédé scientifique (la superposition), comment se déforme la science. Cette comparaison sera sévère, elle sera, en tout cas, utile, et rétablira la hiérarchie.

((Mais alors, dira-t-on, les livres destinés aux études ne seront plus qu'un assemblage de mémoires cousus ensemble; ce procédé sera commode pour l'auteur classique, si toutefois le nom d'auteur convient même à l'ouvrier d'un semblable travail. 7

A cela je répondrai que nul n'est forcé d'être auteur classique, que nul n'est bien venu à se faire une réputation avec

les idées d'autrui plus ou moins déformées et méconnaissables, et qu'enfin un auteur modeste qui sait choisir les bons travaux et ne citer que les vrais maîtres , n'eût-il que ce mérite, est déjà un homme de goût.

Il faut que les jeunes gens apprennent à connaître les sources de la vraie science, qu'ils y puisent directement, et qu'ils n'attribuent plus tout le mérite des découvertes aux prolixes auteurs de compendium, qui parlent de omnt re scibili et font plus facilement un gros volume qu'un petit mémoire.

On peut avec avantage donner séparément l'œuvre de chacun de nos auteurs originaux. N'est-ce pas justice de suivre le développement d'une idée fait par son inventeur lui-même, au lieu d'admettre comme copartageants tous les indiscrets, les contrefacteurs et toute cette engeance des coureurs de célébrité qui s'acharnent à poursuivre une piste qu'ils n'ont pas levée ? Rien n'est plus contraire à l'équité que de citer tout le monde, bon ou mauvais, sans discernement : fmderanii mm numerandi.

Il y a des auteurs qui ont touché à tout et de seconde main; ils se sont ainsi créé des titres scientifiques nombreux, et contestent quelquefois la priorité même aux vrais inventeurs.

N'est-ce pas une honte qu'à notre époque un homme ne puisse commencer un travail sans redouter que les conclusions de ses recherches ne soient données par d'autres avant loiméme ? Et ce qui est pis , c'est que souvent les empressés faussent l'idée et la sophistiquent. Aussi ne suis-je point tenté de dresser la liste de tous les travaux faits sur la température animale ; c& serait rendre au lecteur un mauvais service. En citant les maîtres j'aurai déjà un chiffre respectable de notes bibliographiques.*

Par contre, j'examinerai longuement l'œuvre de quelquesuns, surtout de ceux qui ont parlé lés premiers.

UIPPOGRATE. «I

HIPPOGRATE.

(A6o aoB avant Tère chrétienne.)

Hippocrate ou les auteurs des livres hippocratiques réunirent les notions éparses sur la médecine; ils les augmentèrent d'observations prises à Gos, petite île voisine de l'Asie mineure, qui était alors un lieu de pèlerinage pieux et médical. On y guérissait les maladies et on y expliquait les oracles. Cette double origine se retrouve dans ces livres, elle a imprimé à la doctrine hippocratique un cachet propre. Il était dans les habitudes de tout ordre sacerdotal en Grèce d'essayer de percer le voile de l'avenir, et, dans les temples des Asclépiade^, de prédire les événements pathologiques dont le corps de chaque malade allait être le théâtre.

Aussi est-ce du c6té du pronostic que se tournèrent les efforts d'Hippocrate, mais lai prognose pour lui, ainsi que le fait remarquer M. Liltré (t. I, p. 457), comprend non pas la divination de l'avenir, elle exprime ce jugement médical qui a pour but d'apprécier l'état passé, présent et futur, du malade, elle commande la thérapeutique , et ne rend légitime l'intervention du médecin que pour favoriser les efforts de la nature.

Le recueil des passages dans lesquels Hippocrate parle de la chaleur montrera que les points sur lesquels il a insisté sont précisément ceux qui se rapportent au pronostic et au traitement. Quelques-uns d'entre eux sont encore appréciés aujourd'hui comme il y a vingt siècles.

Voyons d'abord quelle idée Hippocrate avait de la chaleur du corps et de sa répartition suivant l'âge et les maladies.

«Dans le corps, là où est de la chaleur ou du froid, là est la maladie. 19 [Aph. 89, t. IV, p. 617 ^)

* Toates les indicaiions bibliographiques des livres hippocratiques renvoient à la belle édition de M. Littrë. (J.B. Baillière, 1839-1861.)

h2 CHAPITRB l". — LA CHALEUR ET LA KIEVRK.

«Des alternatives rapides de chaleur et de froid sont fâcheuses, ainsi que les alternatives dans la soif, v {Prorrhiùque, LV.liv. I,p. 5a3,S/i3.)

(«Avoir la tête, les pieds et les inains très-froids, tandis que le ventre et la poitrine sont chauds, est mauvais ; ce qu'il y a de mieux c'est que le corps entier soit également chaud et souple. 9» [Prènotxmê coaques, t. V, p. 693, S 689.)

et Chez l'homme, il faut bien le savoir, le maximum de la chaleur est au premier jour de l'existence , le minimum au dernier {Aph. 1 , t /i). De toute nécessité le corps qui croit et se développe avec effort est chaud; mais, quand il entre sur là pente facile de la décadence, il se refroidit, et, en vertu de cette proposition, l'homme qui, au premier jour, croissant le plus est le plus chaud, au dernier jour décroissant le plus est le plus froid, n {^De la nature de F homme, t. VI, p. 65 , S 1 d.)

«Les vieillards supportent le plus aisément le jeûne, puis les hommes faits, ensuite les jeunes gens; les enfants le sup* portent le plus difficilement, et surtout ceux qui manifestent le plus de vivacité. 9» (^Aph. i3, t. IV, p. A G 7.)

«Les êtres qui croissent ont le plus de chaleur innée, il leur faut donc le plus de nourriture; sinon le corps dépérit; chez les vieillards la chaleur est petite, elle n'a donc besoin, chez eux, que de peu de combustible, beaucoup l'éteindraif. Pour ta même raison, les fièvres ne sont pas aussi aif^ués chez les vieillards, car le corps est froid.?) [Aph. 1^, t. IV, p. 467.)

Les opinions d'Hippocrate sur la chaleur aux différents âges sont erronées, nous savons aujourd'hui que la température est la même chez le vieillard et chez l'enfant, sauf des nuances que nous indiquerons plus tard.

Examinons maintenant quelles notions Hippocrate possé* dait sur les causes et le mécanisme de la fièvre :

^Dcê maladies^ t. VI, p. 1 89, S 9 3.) «Voici comment natt la

HIPPOGRATE. 4J

fièvre : la bile ou la pituite étant échauffées, tout le reste du corps s échauffe par leur intermédiaire, eest ce qu'on nomme fihre. Or la bile et la pituite s'échauffent, du dedans par les aliments et les boissons, cpii, en même temps, nourrissent et font croître ; du dehors par les fatigues, par les plaies, par un excès de chaud, par un excès de froid. »

f^ Le frisson, dans les maladies, vient, d'une part des vents du dehors, de Teau, du serein et autres influences, d'autre part des aliments et des boissons. Il prend particulièrement de l'intensité quand la bile et la pituite se mêlent dans le même point avec le sang, et encore plus si la pituite se mêle seule, car naturellement la pituite est la plus froide des humeurs. 9

«... Le sang étant refroidi , tout le reste du corps est refroidi nécessairement. Quand il en est ainsi , c'est ce qu'on nomme

frisson Après le frisson il survient nécessairement plus

ou moins de fièvre, voici pourquoi : quand le sang se réchauffe, fait violence et revient à sa nature, la part de pituite et de bile qui est mêlée au sang se réchauffe aussi, et le sang devient bien des fois plus chaud qu'à l'ordinaire. n (S ai.)

De la sueur, «La sueur se produit ainsi : quand les maladies se jugent aux jours décisifs, et que la fièvre quitte le patient, la partie la plus ténue de la pituite et de la bile qui sont dans le corps s'atténue, se sépare et sort au dehors du corps; le reste demeure à l'intérieur; la partie atténuée par la chaleur devient vapeur et s'en va au dehors mêlée au souffle. . . » [Aph. &, p. /iq; Afh. fi^fp. 85, S âS.)

Production des givres. « Les fièvres ont cette cause-ci : le corps ayant un excès de phlegme (sucs), les chairs se gonflent, le phlegme et la bile enfermés deviennent immobiles, rien ne se rafraîchit ni par issue ni par mouvement, et il ne se fait aucune évacuation .

44 CHAPITRE l". — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE.

«Quand il y a fatigue et pléthore, on lavera le corps avec de Teau chaude et on Foindra, pour que, le corps étant ouvert, la chaleur s'en atUepar la weur.. . On ne rafraîchira pas la fièvre avant le quatrième jour. . • On donnera d'abord des boissons chaudes en grande abondance pour débarrasser le corps soit par l'urine, soit par la transpiration... y> [Des lieux dans l'homme, t. VI. p. Sig, S 97.)

Si les causes qu'Hippocrate attribue à la fièvre ne méritent plus d'être discutées', le rôle qu'il attribue à la sueur a conservé sa valeur, et il est intéressant de retrouver dans le plus ancien livre médical la tradition populaire de l'importance de la sueur dans la guérison des maladies.

Dans le chapitre suivant, consacré à la nature médicatrice, Hippocrate se montre grand observateur, et, s'il est doué d'une trop grande confiance dans les efforts que la nature fait spontanément vers la guérison, nous devons reconnaître que souvent les incidents, non provoqués, qui ont précédé la guérison d'un malade mettent le médecin sur la voie d'une thérapeutique raisonnable.

«La nature est le médecin des maladies. La nature trouve pour elle-même les voies et moyens, non par intelligence; tels sont le clignement, les oifices que la langue accomplit, et les autres actions de ce genre; la nature, sans instruction et sans savoir, fait ce qui convient.. • yi (T. V-Vl, Livre des Épidémies, b' section, p. 3i5.)

Aujourd'hui, sans enthousiasme irréfléchi pour les efforts de la nature, nous reconnaissons que certains processus morbides aboutissent spontanément à la guérison, et que le médecin doit rester un observateur attentif, prêt à tout, résigné, au besoin, au rôle d'assistant. Il y faut parfois un rare courage.

La lutte qui a lieu, les réactions violentes, les moments difficiles attendus, les évolutions prévues, l'imprévu même, enfin ce combat d'oi!k l'homme sort mort ou vivant, blessé ou intact.

HIPPOGRATE. 45

tout cela -est rempli d'émotions. Gomment ne pas prendre part à l'action? Comment demeurer inerte quand la tradition nous fournit tant de prétendus moyens de diriger et de secourir le malade? Au risque d'encourir le blâme, Iç médecin instruit aura le courage de rester spectateur vigilant, lorsque l'expérience lui enseignera que l'évolution des phénomènes auxquels il assiste mènera le malade à la guérison. La doctrine hippocratique reste vraie, en ajoutant que nous reconnaissons que la médecine a des devoirs à remplir, que parfois elle répond à des indications urgentes et qui veulent être satisfaites sur l'heure. Savoir attendre, gouverner avec les instruments possibles, même surannés , ne pas se hftter de se lancer dans des voies dont elle ne connaît pas encore l'issue , telle doit être la règle de la médecine actuelle.

Le chapitre suivant, que l'on pourrait appeler: «(Du froid et du chaud en thérapeutique,» présente, sous le rapport physiologique, des observations d'une justesse parfaite ; quelques-unes d'entre elles n'ont reconquis droit de domicile dans la science que depuis quelques années.

Le froid et le chaud (thérapeutique). {De Vaneienne }fnidecine, 1 6, 1. 1, p. 607.) « Pour moi, je pense que, de toutes les qualités , le froid et la chaleur ont la moindre puissance sur l'économie humaine, par les raisons suivantes : Tant que les deux qualités restent mélangées l'une avec l'autre, nul mal n'est éprouvé, car le froid est tempéré et mitigé par le chaud, le chaud par le froid; c'est quand l'une des deux s'isole que le mal commence. Mais , dans le moment même oii le froid survient et cause de la souffrance , tout d'abord et par cela seul le chaud arrive, fourni par le corps, sans qu'il soit besoin d'aucune aide ni préparation.

«Et cela s'opère aussi bien chez l'homme sain que chez l'homme malade. En effet, d'un côté, si, en santé, l'on veut, pendant l'hiver, se refroidir soit par un bain froid, soit de

46 CHAPITRE r. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE.

toate autre manière, plus on essayera de le faire, sans toutefois se geler complètement , plus , après s'être habillé et mis à couvert, on éprouvera un échauffement considérable. D'un autre côté , si Ton veut se procurer une forte chaleur, soit par bain chaud, soit par un grand feu, puis demeurer avec le même vêtement et dans le même lieu qu'après s'être refroidi, on éprouvera un froid bien plus vif et Ton frissonnera bien davantage. Celui qui s'évente à cause d'une chaleur étouffante, et se donne du frais de cette manière, se sentira, au moment où il cessera de se rafraîchir, dix fois plus brûlant et plus étouffé que celui qui ne fait rien de tout cela. . *. Autre exemple : après avoir marché dans la neige , on a chaud. . . .

« Quant aux malades, nest-eepas chez ceux qui sontpri^ de frisson que êaUume la fièvre la plus ardente, et eUe est innocente le plus souvent; tant qu'elle dure, elle donne une chaleur générale. • . Enfin j quand après la sueur la fièvre s'en va, le malade a plus froid que s'il n'avait pas eu de fièvre.

«Puis donc que les deux contraires se succèdent avec tant de rapidité et se neutralisent spontanément, qu'en attendre de grand et de puissant, et qu'est-il besoin de beaucoup de secours contre l'un ou l'autre?»

L'auteur ajoute que, sans doute dans les fièvres ardentes, péripneumonies , et autres maladies graves, ta chaleur ne disparaît pas promptement , et que là le chaud et le froid n'alternent plus mais il y a un chaud amer, un chaud acide, un

chaud salé et mille autres , et un froid avec autant de qua- Utés

[Aphorismesj 5*section, S aS, t. IV, p. 5&t.)(Tllfaut user du froid dans les cas suivants : dans les hémorragies actuelles ou imminentes, non sur la partie même, mais autour de la partie où le sang afflue; dans toutes les inflammations et phlogoses qui doivent à un sang encore récent la teinte rouge , dans l'érésipèle non ulcéré, n

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