‹ De la température du corps humain et de ses variations dans les diverses maladiesChapitre 20 sur 122 · ALIEN · texte numérisé non relu

ALIEN

déclinaison ^ ?) Il arrive sans doute à Galien de faire des distinctions malheureuses; il explique tout, en quoi il est inférieur à Hippocrate. Ainsi il s'efforce de distinguer les différentes qualités de la fièvre par la sensation sèche ou humide de la chaleur, et il dit : « La chaleur qui est humide et non désagréable vient du sang; celle qui est désagréable, érodante et mordante, vient de la bile^.»

Les anciens savaient très-bien que la sueur faisait tomber la fièvre , mais ils ne savaient point par quel mécanisme. L'idée de la crise humorale les dominait entièrement. Us provoquaient les sueurs fréquemment (c'est encore aujourd'hui la médecine du peuple). Ils savaient que les sueurs sont moins faciles par un temps sec que par un temps pluvieux, phénomène dont la science moderne a donné l'explication.

Le frisson est expliqué par Galien d'une façon insuflBsante, la faiblesse. . . , tandis que Praxagoraè, qu'il met en cause et quil etmAat, expliquait le frisson par un certain état des artères . . .

Ce phénomène, avec toutes ses variétés, était, du reste , parfaitement connu des praticiens grecs. Tout ce qui est d'observation est exquis chez eux; la théorie est quelquefois en défaut, et il n'en pouvait être autrement à cette époque.

Traitement. — Galien distingue fort bien les fièvres simples des compliquées, et n'ignore pas qu'elles sont souvent symptôme et non essence. Il y a, dit-il, un simple trouble fonctionnel ou rétention des excréta, ou lésion matérielle du corps; et de là des indications thérapeutiques variées. ( Thérap. liv. XII. ) Au chap. VIII du même livre nous trouvons l'exposé de la doc^ trine de Galien: «La première indication est^, si la maladie le permet, d'enlever toute la fièvre; la seconde, si la maladie ne le permet pas entièrement, d'en enlever ce que l'on peut. Or,

> Hippoeratiê De humonlmê Uber, 9t * Deftb.diff, LII,c.xi,tVIl,p.377. GtJeni m eum eommintaru tm, I, ca- ^ GaUm Mêthodi mêdmdi lib. VIII, pat III, t. IVI, p. 71. eap. 1, 1. X , p. 533 et sq.

comme les fébricitants sont malades par excès de chaleur, il faut, pour les guérir, chasser cette intempérance. Tout excès est guéri par l'excès contraire, comme on sait. Dans l'intempérance du Bévreux, il y a excès dans l'abondance de la chaleur ^

« Donc il faut chercher le remède à cette intempérie dans les choses qui refroidissent. Par conséquent, si la fièvre existe déjà et que la cause qui l'a produite ait cessé, le seul but à atteindre pour la guérison est la réfrigération ^

R 11 nous faut donc trouver la matière de cette réfrigération. Si la cause subsiste encore , il faut l'attaquer et ensuite éteindre la fièvre qu'elle a allumée. Or nous avons dit que la fièvre amenait la constipation des méats chez ceux dont la transpiration cesse d'être halitueuse , pour devenir acre et fuligineuse. Pour ces corps-lè, il est très-utile de faire des lavages avec Teau douce à une température modérée , et une friction, et de leur donner des aliments qui rendent les humeurs plus douces, et leur faire prendre un léger exercice. Il ne vaut rien de les laisser secs , ni de les laver avec de l'eau froide , ni de les soumettre à un exercice violent, n

Galien rapporte ensuite un cas oii il lui a bien réussi de laver le malade à l'eau tiède puis de le mettre au bain, et de le laver selon l'habitude avec de l'eau froide au sortir du bain , et de le couvrir d'un drap , ensuite de recommencer les frictions onctueuses et de le remettre dans un bain chaud, de l'en retirer pour le plonger dans l'eau froide, de l'en asperger, puis de le faire boire et manger. Cette pratique fut renouvelée plusieurs fois par jour et pendant plusieurs jours. Le malade suait ensuite abondamment. Il faut ajouter que Galien n'était

' Le thermomètre a introduit Tidée temps que Ton s^oocope dee calorieft ou

abstraite de Télévation sur (^échelle quantités de chaleur. Les anciens ne

tbermométrique et fait oublier l*idëe de connaissaient que l'idée de quantité,

la chaleur concrète ou de la masse de * Remarques la réserve: «si ia cause

chaleur. Ce n*est que depuis quelque a cessé. ?)

pas, sur ce point, d'accord avec les médecins de Rome, qu'il appelle ignorants et bourreaux. Plus loin , Galien recommande de ramener la transpiration : sil faut, dès le début, mener les malades au bain, les frictionner et les laver, les refroidir. On rendra l'eau des lotions froide en suspendant le vase qui les contient dans un puits au contact de l'eau; on peut même l'en^ tourer de neige. On Cera couler cette eau en pluie sur la nuque du malade, puis on le mettra au bain. Il faut réchauffer ceux qui ont le frisson et refroidir ceux qui sont brûlants. En général, dans la fièvre , laver les malades , mais en choisissant de préférence le moment de rémission de l'accès. »

Dans le livre I de la Thérapeutique on trouve encore le passage suivant: «Parmi les éléments des maladies fébriles, il y en a un qui consiste dans l'intempérie par excès de chaleur, et quand il est répandu par tout le corps on dit qu'il y a fièvre, donc les remèdes de la fièvre sont Thumectation et la réfrigération. Et, si la fièvre est seule et non compliquée, il ne faut songer qu'à la {[iiérir, c'est-è-dire à humecter et à refroidir le malade.

« U faudra voir si le milieu ambiant est favorable ou défavorable. S'il est favorable, on l'acceptera comme auxiliaire, sinon, on le combattra par les contraires, c'est-à-dire qu'on rendra les appartements plus humides et plus froids; si, au contraire , la maladie était humide et froide , il faudrait chauffer l'appartement; on peut, d'ailleurs, choisir les lieux propres à ce que Ton désire, par exemple, en été, un appartement souterrain et regardant le nord, dont on arrosera le pavage, oii l'on maintiendra la ventilation: on y répandra des fleurs et des herbes qui entretiendront la fraîcheur et l'humidité; en hiver on fera tout le contraire, si la maladie l'exige. » Galien ne nous dit pas si tel n'était pas l'usage établi, de temps immémorial chez les peuples de la Grèce, du sud de l'Italie, de la Syrie et de rEgy|)te. Lorsqu'on recherche les usages et les mœurs des anciens dans les historiens grecs, on voit en effet quel usage

fréquent ils faisaient des bains et combien de moyens ingénieux ils mettaient en œuvre pour se préserver de la chaleur.

Dans un autre livre {De la ineilleure secte) , Galien passe en revue les diverses o|)inions^ sur le régime dans la fièvre: <tLes médecins ne s'accordent pas entre eux: b\s uns mettent les fébricitants à la dièle (abstinence) et ne leur donnent même pas de Teau à boire; les autres donnent, au début, de la tisane. Il y en a qui ne souffrent pas que le malade prenne de l'eau d'orge. Pétronas, au contraire, donne de la viande de |)orc grillée et du vin rouge, ordonne dos vomitifs, et laisse boire au malade de l'eau froide à discrétion. Apollonius et Dexippe, disciples d'Hippocrate, ne donnaient pas de vin, ni même d'eau. Ils préparaient la cyatbes (un selier) d'une liqueur miellée, et en donnaient deux ou trois fois par jour aux malades. Que penser de ces diversités d'opinion? 11 faut recourir à l'expérience, car l'histoire est d\m faible secours, et nous trompe plus souvent qu'elle ne nous instruit*-^. •'^

^ Galeni De oplùna sectn <ul Thmsifljulum liheTy cap. \iv, l, I, p. ihh.

^ Le mot échauffant joue un rôle considérable dans la médecine des anciens; il V a des médicaments écliauffants, des aliments échanlFants, des boissons échauffantes. Celte expression, d'une définition vague et souvent conlradicloire, est demeuré'' populaire encore de nos jours. Il est assez ditRcile de suivre Galien dans son exposé de la lliéorie des échauffanls. Il cherche pourtant à introduire de Tordre dans la pliarmacopée compliquée de son temps*, -il ne suffit pas, pour lui , de dire tpie tel médicament est réchauffant ou rafraîchissant, mais il laut préciser jusqu'à quel

point il est échauffant ou rafraîchissant. En effet tontes les résines sont échauffantes, c'est une de leurs propriétés, mais à des degrés différents. Aussi J'ai étiibli quatre ordres d'échauffants, les modérés, les positifs, les forts, les excessifs.'^ Galien nous apprend, du reste, au livre III De teuiperameutis^ , ce qu'il entend par chaud, froid, sec, humide.

Il y a le chaud en acte et le chaud m puissance. On doit trouver tout naturel que nous disions que le castoreum, IViiphorbe, le pyrèthre, le nitre, sont chauds, et que la laitue, la ciguë, la mandragore, la salamandre ou le pavot sont froids. Le bitume, la résine, l'huile et la poix ont une puissance chaude, car

" Galeni De compositionc medicfuncnlorum j^cf gênera liber I, cap. u, I.XIII, p. 867 et 368.

** Galcui De tempe ramentin liborlll, cap. iv, I. I, p. 07a.

Dans son commentaire A Sur le régime des maladien aiguës, dTHippocrate, GaUen examine la question des boissons froides. Hippocrate conseillait pour boisson l'oxymel, chaud en hiver, froid en ët^. «Or, dit Galien\ Hippocrate ne nous parle pas des boissons glacées , qui cependant étaient dans la logique de sa doctrine. En effet quelle idée se faisait-il de l'utilité des boissons froides? Cela ressort facilement de son raisonnement. II est clair quil donnait non-seulement de Toxymel froid, mais encore de l'eau froide. Car cela est d'accord avec ses dogmes, puisqu'il pensait que la fièvre était l'incandescence de la cha-leur native, et qu'il faut traiter par les contraires. Or, comme le feu est chaud et sec, et que telle est la raison de la fièvre, l'eau est ce qu'il y a de plus dissemblable de la fièvre, puisqu'elle refroidit et humecte le corps. Et en effet l'eau donnée

âfl s*échaaffeot et s'enflamment trèft-faci- Galien a de telles ressources de dialement , et , si nous les introduisons dans lectique , qu'il n'est jamais embarrassé notre eorps , ils réchauffent manifeste- pat une difficulté ; il les résout toutes, et ment, et la moutarde, le nilre, le py- Ton comprend quel prestige il dut avoir rèthre, etc., sont aptes à nous échauffer aux yeui de tous les dialecticiens et méplus OQ moins , et pourtant ils ne sont taphysidens de son temps et des siècles pas SQSceptibles de s'enflammer facile- qui ont précédé notre époque. Son livre meot. là Galien répond à une objec- a répondu à tout par raison démonstration: comment, dira-t-on, pouvez-vous tive. Celte assurance ne laisse pas de appeler chaudes ces substances, alors décourager un lecteur éclairé et qui n'est qa*en les touchant nous ne les sentons point dominé par une foi aveugle. pas chaudes? Elles sont chaudes en Ailleurs, Galien définit (De temper. puissance. Est-ce que la flamme se mon- lib. III) encore ce qui est chaud par soi tre avant que le feu ait été au contact et par accident. Cette distinction est du bois? de même la chaleur des ani- d'Aristote. L'eau peut être échauffée acmaux ne s'accrott que lorsque le médi- cidentellement, mais elle perd vite cette cament s'est modiGé au contact des lis- chaleur et reprend sa froidure natumis, il leur faut du temps pour cela. 11 relie. Or, comme l'eau même chauffée n'est pas extraordinaire que la chaleur éteint la flanune, ainsi le suc de pavot, qui existe dans les animaux se serve de qui a la propriété froide, aura beau être ces aliments comme d'une matière , tout pris après avoir été chauffé , il refrôidh-a comme le feu se sert du bois pour s'en- la chdeur aniihale et amènera le dan- I retenir et s'accrotire. 11 suffit d'une ger de mort.

étincelle pour ranimer un foyer, ainsi * In Hippocratù Ubrum d» aeulorum

des médicauients qui raniment par tout viciu c(mvmêfiUniu» , lib. I, cap. xuii,

le corps k chaleur naturelle. t. XV, p. 699.

à propos paratt éteindre aussitôt les fièvres. Donc, s'il y a fièvre et persistance des forces, non-seulement vous ne nuirez pas en donnant de l'eau froide, mais, au contraire, vous ferez le plus grand bien, et donnez-en au malade tant qu'il en pourra absorber; si donc vous voulez éteindre la fièvre, donnez de l'eau froide à satiété. Ji Ici la théorie est pure et nette.

Erasistrate', dans un chapitre ajouté par lui aui œuvres hippocratiques, recommandait, dans le caicfiM (fièvre ardente), de donner à boire au malade des boissons émulsives à satiété. Mais il n'est pas là question de l'action de l'eau froide.

Dans le commentaire A Sur le livre des humeurs, d'HipptH craie, Galien dit*-^: c^Si quelqu'un vous demande pourquoi vous donnez à un homme fébricitant de Teau froide à boire, vous pourrez lui faire deux réponses :1a première qui lui apprenne la nature de la fièvre et celle de l'eau froide, et lui montrer que l'eau froide est bien le remède qui convient, et ensuite invoquer l'expérience, qui vous a montré, dans des cas semblables, le bon effet de l'eau froide. . . v

Sans doute nous sommes loin d'avoir épuisé toute la série des documents que contiennent les ouvrages de Galien, relativement à l'idée de la chaleur fébrile et à celle du traitement logique de cette chaleur par la réfrigération. Cependant il nous semble que les citations que nous en avons faites suffisent à montrer que les idées de Galien sur ce point étaient précisément celles qui tendent à prévaloir k notre époque.

Les contemporains et les successeurs de Galien ne méritent pas d'être analysés longuement. Il y eut une réaction gréco-romaine contre les doctrines de Galien , mais les discussions qui s'élevèrçnt alors ne fournissent aucun document nouveau sur la question de la chaleur.

' Hippocratiê de acutorum morborum ' Hippocratiê de humorUm» tiber êi vietu lAer et Galeni eommetUariu* UL Gaifm m «iimcoiiinMiilarit fret ,1, lib. 1, cap. T, t. XV, p. 7A3-7AA. cap. tu, t XVI, p. 81.

LES ABABËS. 75

La partie thérapeutique seule provoc|ua quelques remarques encore intéressantes aujourd'hui.

Les méthodistes d'Alexandrie , au temps de Gléopfttre , traitaient les fièvres par le froid, les boissons et les bains. Plus tard Alexandre de Traites^ au vi'' siècle, blâme Galien d'avoir conseillé les boissons échauffantes dans la fièvre, et préconise les réfrigérants :

Itaque fundamentù hoc in tradenda curaùone febrium itmitilur, ut omniajiani fer quœ hwniditas augeatur; omnisque ejus medidna per aculos hos affectas in rejrigerantibus ac diluentibus potissimum amtistit, qualia sont pUaana, hydromel, etc. (Freind, Histoire de la médecine,)

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