CHAPITRE
rr
La concordance des mouvements de la température du corps avec la fréquence du pouls et de la respirati(»n était classique au temps de Galien.
On professait que la chaleur native était refroidie par fair inhalé et était purgée par l'expiration d'une certaine fnatière fuligineuse^ » . . (livre Du pouls et de la respiration). On savait fort bien que le resserrement des vaisseaux de la peau empêche la chaleur de s'échapper, que leur relâchement, que la perspiration , la sueur, font évaporer la chaleur. [Hippocrate et Polybe, avec commentaires, par Galien.)
«L'inspiration qui accompagne la diastole refroidit la chaleur intérieure^» C'était une opinion très -ancienne: Galien dit que « Platon, dans son discours sur l'usage de la respiration , semble imiter Hippocrat.e ', lequel veut que /'tyupiration ait pour objet de refroidir la chaleur native, et /'expiration de chasser les matières fuligineuses, récrémentitielles . . .!t) On doit s'arrêter ici, car ce passage est admirable d'intuition!
Il y a déjà, à cette époque, un besoin de trouver un rc^lateur de la chaleur animale. Au livre Des causes de la respiration^ ^ Galien a écrit cette phrase: cdi y a trois causes de la respiration: la volonté, les instruments à son service, et Futilité qui consiste dans le rôle qu'a la respiration de conserver la modération de (ou de servir de modérateur à) la chaleur innée, d ' {commoderationem conservât, en grec : rïipovaafièvriiv crvfifÂsrpiap 7ris ifÂ^vrov d-spfjLoaias,)
Il y a plus d'un passage oh Galien met le pouls sous la dépendance delà chaleur. Il y a, dit-il [Hygiène, discours B), une
UMU
liber.
* Galeni De puUuum cap. Tii, L V, p. 173.
' Galetn De difficuUate retfnrationi»
liber 1, cap. ?, t VU, p. 766. «Coinposita enim est ex contrariis niotibus per quiètes distinctis, atque ejiisdem iisus gratia fit; et ex partibus ejus inspiratio quidem consimilis oxislcns
pulsuum diastole insituin calorem réfrigérât; exspiratio vero velut systole pulsuum, fumosuiD ad ustionia ercrtmêntum excemit.»
' Galien, Dogme» d'Hippocrait H Piaton, t. Y, ch. ix.
* GalêniDeeaftêûrê»fnraliom$\ibetf t. IV, p. &()5 et 666.
cause de changement du pouls qui est l'augmentation ou la diminution de la chaleur naturelle, une autre qui dépend de la respiration, etc.
liC pouls, disons-nous aujourd'hui , est fonction de la température.
Galien n'a que trop connu le pouls! txLe pouls nous indique quelle est la chaleur. Il faut examiner la respiration et le pouls, car ces deux signes nous indiquent quelle est la chaleur^ »
En plusieurs passages, Galien répète que l'usage du pouls est de répandre la chaleur par tout le corps et que l'usage de l'inspiration est de modérer la chaleur intérieure. Il prononce même le mot de ventilation (^i7r/C&>).
Ailleurs (livre De la phUboiomie^ y ch. v) Galien se sert d'une comparaison familière pour montrer ce que c'est que la chaleur animale : ce non-seulement, dit-il, le sang sert d'aliment aux parties de l'animal, mais encore c'est dans le sang que s'entretient la chaleur naturelle, comme nous voyons les morceaux de bois propres à la combustion, étant mis au feu de notre foyer, chauffer toute la maison, d Galien examine ensuite toutes les causes extérieures et intérieures qui peuvent faire varier la température de notre corps ^.
^ De lociê affeciiê, iib. IV, cap. vu, l. VJIl,p. a5].
' De venœ iectione adoertuê Era$i- «(mluifi, cap. T, t. XI, p. 96a.
' Malheureasement, à cM de ces passages vraimenl remarquables , Galien en contient d^autres qni montrent où peut conduire le besoin de tout expliquer. G^esl ainsi que nous trouvons celte singulière dëmonstration de la supériorité de rbomme sur la femme' (il s*agit de la cbaleur) : «Gomme Tbomme est le plus parfait des animaux, ainsi Thomme
est plus parfait que In femme; or la cause de cette perfection est Texcédant de chaleur, car la chaleur est le premier instrument de la nature; ceux qui en sont moins pourvus ont un travail plus imparfait. Il n*y a donc rien détonnant â ce que la femelle soit d*autant plus inférieure qu^elle est plus froide, par comparaison avec le mâle. Car, de même que la taupe a les yeux imparfaits, non pas tant cependant que d^autres animaux qui n^ont pas même apparence d^yenx , ainsi la femme est plus impar-
* De «m ptTtkm eorporiê humani, Iib. XIV, cap. fi, t IV, p. i6i.
M CHAPITRE r. ^ LA CHALEUR ET LA FIEVRE.
Pathologie thermique de Galien. — «Si la chaleur est en excès (Des aliments y différences des maladies quant à Talimentation, à ia respiration, à la chaleur, au sang, etc. ^), il est nécessaire que l'animal ait une maladie répondant à ia nature de la cause qui a élevé la chaleur. C'est pourquoi les inflammations, les érésipèies, les éruptions et les charbons et autres de ce genre, sont joints è la fièvre; tandis que les convulsions, les palpitations , Tépiiepsie , sont des maladies à température basse. »
La chaleur morbide diffère de la chaleur saine par divers caractères; comment les apprécier tpor le toucher, car fda chaleur de l'homme sain est vaporeuse, douce, nullement désagréable au toucher, point âpre ni mordicante; au contraire, la chaleur des fiévreux , surtout dans les fièvres hectiques ou putrides, est acre, désagréable au toucher'." (On croirait
£û(e que rhomme par les oi^oes gé- perfla , si la femme avait été parfaite-
nitaux : car, chei elle , les parties ont été ment chaude , car, n cela était , elle Tab-
formées dans rintérieur, alors qu'elle sorberait elle-même pour son compte,
était encore au ventre de sa mère; or, U fallait donc que la femme fût [dus
comme ces parties ne pouvaient se dé- froide afin qu'elle ne pût pas absorber à
velopper et émerger à cause du défaut son bénéfice tout ce qu'elle ingère; en
de chaleur, elles ont été cause que Ta- effet la femme ne peut pas cuire ce qui
nimal tout entier a été frappé d'inféiio- est trop froid ; et elle laisse ainsi un peo
rite , et pourtant ce défaut n'est pas à d*aliment qui est superflu. Tel est le
mépriser, car enfin il était utile qu'il y but de la froidure de la femme
eût une femme. Et l'on ne peut pas D'ailleurs, si elle avait eu des testicules croire que l'artisan de toutes choses au dehors, la matrice n*aurait pas été eût fait la moitié de l'espèce humaine ce réservoir si nécessaire à la procréainfirme et imparfaite, sans une raison, tion, etc. » •
Le foetus lui-même a besoin de beau- U est impossible de pousser pins loin
coup de matière non-seulement pour sa l'abus de l'ai^ment des causes finales.
formation première, mais encore pour Ce passage pourrait être cité pour mon-
son accroissemenL Dès lors deux choses trer l'inanité de ce genre de raisonne-
doivent arriver nécessairement, ou que ment; c'est un modèle, et il mérite de
le foetus se nourrisse aux dépens de la devenir classique.
substance même de l'utérus, ou qu'il ^ GaUni m HippoeraUê Ubrmm éê
reçoive un supplément d'aliments; or il aUmenio commêntaritu ÏU, cap. ixti,
n'était pas bon que l'utérus fût appan- L XV, p. 363 et p. 369.
yri^ et il ne pouvait pas prendre le su- «T. XVII, pars aecnnda, p. A 08
lire un auteur des xvr et xvii'' siècles). Bordeu n*a rien fait sur le pouls qui soit supérieur à l'œuvre de Galien. Nous étions encore galénistes hier, pour ainsi dire.
Un passage analogue au précédent se trouve au chapitre xiix intitulé^ : Febrium quœdam manui mordaces naît, quœdam vere mites.
Au livre I de$ Différences entre les fièvres, chap. ix, on lit^: «mais le plus grand indice des fièvres putrides est la qualité de la chaleur; celle-ci n'a rien de suave, ni de mbdéré y ni qui rappelle les sensations journalières , mais , comme Font dit les meilleurs médecins avant nous, cette chaleur est àiordante, elle blesse et mord le tact, comme la fumée attaque les yeux et les narines. Il faut laisser pour cela la main en place pendant quelque temps. ... » Quel tact! comme cette faculté était prédominante chez les anciens, l'examen du pouls était leur auscultation.
Il y a à travers Galien quantité de passages sur les qualités de la chaleur' (même livre: des fièvres hectiques) : «La chaleur est débile au premier abord, mais peu après elle apparaît acre et corrodante, d'autant plus qu'on prolonge plus l'exploration. 9) Au livre IH (fièvreis bilieuses et pituiteuses) : <c II faut distinguer la quantité et la quditi de la chaleur fébrile; l'acrimonie de cette chaleur indique la nature de l'humeur qui accompagne cette fièvre, j'entends la qualité de la chaleur. Celle en effet qui est plus vaporeuse et moins désagréable vient du sang; celle qui est désagréable, corrosive, mordante, vient de la bile, . . »
Nous retrouvons encore ici simplement la tradition hippocratique; au livre VI des Épidémies, Hippocrate disait que,
Gatmi eomm. I m Hippoerat, apho^ * T,\ll, De fibriumdiffirentiîi,\,l^
mm. ih. c. IX, p. 307.
• T. XVU,primaï)ar8,p. 87t. Cl»- » T. VII, De febrium differmiuM,
leni cornmnU. I m thppoeratis Ub, VI lib. I, cap. xi, p. 317.
EpidmttorKm, cap. xxix. * T.VII,iftt</.iib.lI,capntxi,p.377.
64 CHAPITRE r. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE.
parmi les fièvres, les unes sont mordantes à la main , les autres douces, d'autres vont crescendo, quelques-unes ardentes dès le début, les unes sèches, les autres salées. . .
c(Les médecins, au dire de Galien, appellent une fièvre grande ou petite, suivant l'élévation de la chaleur du corps; et ardente celle qui s'accompagne d'une chaleur excessive et d'une grande soif» [soif ardente. . . mots bien significatifs quand on y réfléchit). Il ne semble pas bien certain que Galien ait su qu'il n'y , a point d'exagération locale de la chaleur supérieure è celle du centre. Mais il définit souvent la fièvre «la diffusion par tout le corps d'une chaleur exagérée, v
11 parait même ressortir clairement du passage suivant que Galien ignorait absolument la loi de la répartition de la chaleur dans l'organisme, et que le maximum en était toujours dans les viscères intérieurs; il ne faut pas, du reste, s'étonner de cette erreur qui a persisté jusqu'à notre époque. (Ilepi Sta- ^opàs ^vperô)v, liv. IP.) et L'inflammation locale (par blessure) allume aussitôt la fièvre, alors que, soit k cause de son étendue très-grande, soit par voisinage, la chaleur partie de cet endroit parvient au cœur, yy Ainsi Galien croit que la chaleur (morbide) s'allume en un point et se transmet au cœur et de le à tout l'organisme (fièvre).
La difl'érence de la chaleur intérieure et de la répartition de la chaleur à la périphérie faisait également défaut à Galien, il disait qu'un homme a chaud quand cet homme accusait une sensation de chaleur ou que la rougeur lui montait au visage, ou qu'il se disait réchaufl^épar un breuvage^. «L'exercice augmente la chaleur propre du corps. Ainsi nos corps s'échaufient par les bains , les lavages à l'eau chaude , pendant l'été, quand nous nous exposons au soleil, quand nous nous chaufTonç près d'un foyer, et quand nous nous frottons avec des médi-
* GaleniDefrbriumdijffiTeittiiMy\.\\^ ' Galeni De ênniiate luênda, i. II, cap. XV, i. Vil, p. 3îi7. cap. i\, U VI, p. 137.
caments chauds. 11 faut distinguer la chaleur extérieure et étrangère de l'excès que Texercice développe dans la chaleur propre des animaux. »
La fièvre. — Si nous recherchons à travers les nombreux chapitres de Tœuvre de Galien ce qui est relatif è la fièvre, nous trouvons une foule de passages où son opinion sur ce sujet est émise avec quelques variantes. Voici l'un de ces pas^ sages, qui nous paraît plus particulièrement explicite^: ^Le début de la fièvre est la conversion en feu de la chaleur native, comme l'a dit Hippocrate, et ce mouvement, parti de la poitrine, envoie la flamme vers la tête. La fièvre, c'est du feu, dit-il ailleurs (Épidémies). Si donc, ajoute Galien, les remèdes doivent être les contraires des maladies, il faut que le remède spécial des fièvres ait une faculté réfrigérante et humectante ; en effet la fièvre est chaiïde et sèche, v
Malheureusement les anciens appelaient rafraîchissants certains remèdes qui n'ont en réalité rien de froid en eux, tels que la tisane d'orge , et il ne faut point leur attribuer une notion exacte du froid en soi.
Il est certain que les signes de la fièvre étaient parfaitement connus de l'antiquité, et que la sensation de la chaleur y tenait une place considérable : « après que vous aurez tout regardé, cherchez à lever les doutes par d'autres signes^. Or le premier de ces signes est obtenu de la façon suivante : appliquez votre main (il ne faut pas qu'elle soit froide) sur la poitrine du malade, et appréciez-y la qualité de la chaleur; si elle est mordante, vous direz qu'il y a fièvre, avant même d'avoir tâté le pouls. S'il y a sensation de froid, ne vous hâtez pas de dire qu'il n'y a pas fièvre, vous n'en pouvez pas lever la main, il faut attendre quelque temps pour voir s'il ne
* H^ppoeratiê de acutarum morborum * Galeni Synopiii librortun nionim de vtetu Uber et Galeni commenUtriuê I, puUihu» , cap, xn , i. IX, p. à 76. lib. I, cap. xfii, t. XV, p. 656.
vient pas une chaleur acre de la profondeur. Themison enseignait que ce signe suffisait pour affirmer qu'un homme a la fièvre, même quand la chaleur était lente à se manifester à la main, y*
On sait que Galien se fiait davantage au pouls, dont il avait fait une étude spéciale: (rSi l'artère se dilate dans ses deux dimensions, longueur et largeur, et que le pouls soit à la fois vite et fréquent, il y a fièvre. 99 La fièvre n'en persistait pas moins à Stre appelée ^n/perés^ de mp (Jeu); attendu, dit Galien \ que la fièvre par nature n'est autre chose qu'une élutleur ignée, — Gaiien croyait que le foyer primitif* s'allumait dans une partie malade et de là communiquait sa flamme à tout le reste de l'organisme; alors tout le corps était échauffé. Or les Grecs (livre Du traitement par la soignée)^ dit-iK appellent cette affection ^fvperévy et les latins febrem. Ailleurs Gaiien expose deux opinions contradictoires : t^ Les anciens regardaient la fièvre comme étant une maladie par elle-même. Érasistrate et un grand nombre de modernes n'y voient qu'un symptôme. 99 c( La fièvre ^ est la conversion de la chaleur native en une chaleur plus ardente, provenant de ce que la chaleur retenue à l'intérieur est empêchée de perspirer (quod intro averêus perspirare prohibeatur). » Ce passage mérite d'être noté, parce que la théorie de la rétention s'y trouve nettement exprimée ; or nous verrons cette même théorie exposée comme une nouveauté à l'époque oti nous vivons.
Dans l'Histoire de la philosophie^^ Gaiien nous fait connaître les opinions anciennes sur la fièvre : «^ Erasistrate définit la fièvre un mouvement d'afflux non spontané du sang dans les
• Hippocratii dejracturiê liber et Ga- dieux , cap. xiii. De humorihu» , foeuha- Uni in eum cmnmen(ariu$ llî, cap. tiii, (t(ti«, morhiê êorum diffenmtii»^ cann» t. XVIII, sec. para, p. 568. ac cwalionibui, t. XIV, p. 79g.
* Galeni De hùloria phUoêopkiea /i- * Galeni De hittoria phiUmophiea Uber 6iT«pf*rf««,cap.iiiix:i)*/<*6re,t.XIX, «pttm», cap. «xix; De febre, L XIX, p. .3^19. p. 3'i3.
•■* Galeno aêrriptn introdfirtio »eu me-
vaisseaux de la respiration, et il compare ce mouvement à 1 agitation de la mer : quand aucun vent ne l'agite elle demeure calme, si le vent souffle avec force les vagues se for^ ment; ainsi dans le corps, quand le sang est agité il tombe dans les vaisseaux du souffle, et, quand il est échauffé, tout le corps s'échauffe.
« Dioclès pense que la fièvre est une affection secondaire , car elle succède aux blessures et aux tumeurs des glandes. Hérodote affirme que quelquefois la fièvre survient isans cause prochaine. » Et ailleurs ' : « La fièvre est la chaleur naturelle amenée è un état anomal outré avec un pouls fort et fréquent. Ou bien : la fièvre est une chaleur outre-nature du cœur et des artères, qui lèse la force vitale, avec certains troubles du pouls. D'autres la définissent ainsi : la fièvre est l'exagération d'une chaleur morbide qui monte de la profondeur, avec modification du pouls, qui devient plus fréquent et plus fort. D'autres disent : la fièvre est le spiritus naturel dégénéré en un état plus chaud et plus sec. »
On voit, d'après ces citations de divers auteurs anciens , que , dans toutes les définitions, apparaît comme signe principal de la fièvre : l'aecroUsement de la chaleur. Dix-sept cents ans après Galien , un auteur classique n'en savait pas plus sur la fièvre considérée en elle-même. Quelques auteurs même évitaient de consacrer un chapitre ou une simple définition à la fièvre (voyez Ghomel). En somme, on peut résumer les|opinions grecques sur la fièvre dans cette courte phrase de Galien : AXk' 4 ptiv xaB' bXov rb Kw>v tvXeoveÇ/a rvs â'epfjLaaias «rvperiç ialtv.
Le mot de rétention {^sùpaùo) se rencontre souvent dans Galien pour exprimer l'état de rétention des humeurs qui entretient la fièvre. Cette théorie du retentum n'est pas abandonnée même aujourd'hui par les humoristes, et elle s'est
* GaUmi [ï^nûioniê mêdieœ, capul cliiit, t. XIX, p. 898.
transformée pour s'accommoder aux récentes découvertes sur la régulation de la chaleur. Dans ses Commentaires sur le Uvre des humeurs, d'Hîppocrate , Galien appelle les ^^vret des maladies du genre veineux ^ 11 semble qu'on puisse rapprocher cette expression de celle d'hémite ou fièvre inflammatoire, dénomination toute moderne et promptement abandonnée. Dans les Commentaires sur le livre des Epidémies, d'Hippocrate, Galien différencie très-nettement les symptômes objectifs des subjectifs. Hippocrate, dit-il, ne s'en rapportait pas, pour les différences des fièvres, aux sensations des malades, mais seulement aux signes visibles et tangibles. Or la chaleur doit être mise ici en première ligne; car la fréquence du pouls n'indique pas l'essence même de la fièvre (sur ce point, Erasistrate et Ghrysippe se sont trompés). Donc la chaleur fébrile, pour ceux qui touchent le corps, a le caractère acre ou mordant, ou légèrement désagréable; mais jamais elle n'offre cette sensation douce et familière qui est propre à la chaleur naturelle. — Galien insiste beaucoup sur la nécessité de laisser longtemps la main appliquée sur le corps ^ pour attendre la sensation définitive, et il s'efforce d'expliquer, à sa façon, un passage où Hippocrate dit que la sensation varie suivant l'observateur, et que les fièvres paraissent mordantes à la main de celui-ci, douces à la main de celui-là.
Quant à l'observation des différents temps de la fièvre, elle est irréprochable , et nous l'avons gardée telle que les anciens nous l'ont donnée. « Il y a quatre temps : l'invasion , l'augment, la période de vigueur et la déclinaison'; ces temps correspondent: le premier, à la crudité des humeurs; le deuxième , à la coction, qui s'achève par le troisième, et après vient la
^ Hippocraliê De humoribm liber, et m iUum eommenimiuê l, caput vm ,
GnUm m eum commentani ire», II, L XVII, prima pars, p. 879. cap. Tii, t. XVI, p. 987. ^ Gaknt Defintione» medicœ, ca-
* Hippoerati» Epidêm. VI, et Galem put cYxtf i , t XIX , p. âB8.