FERNEL
Et celte chaleur réside dans le sang : iisque maxime œrparibua guœ plturimo sanguine et colore prœdita eunt.
Quant à la chaleur en elle-même, elle est innée. A cette époque on ne scrute point les causes prochaines des phénomènes de la vie : les causes initiales ou finales suffisent.
Cependant Fernel étudie la chaleur en soi et se demande en quoi elle réside^; elle peut, d'après Galien, être séparée du corps , c'est donc une sorte de fluide éthéré. Platon Ta appelée sou£Be [êpiritus) , Aristote l'appelle souffle chaud , chaleur naturelle . . •
Le souffle ou l'âme (la vie), en latin epiritus, est lié intimement h la chaleur, source de toute vie : est igitur epiritus corpus œAereuM, coloris facultatumqm sedes et vinculum, primumque obeundœ funetionis instrumentum.
Fernel a des idées très-larges sur les matières calorifiantes ou susceptibles de donner de la chaleur, il prétend révéler une chose que n*ont point connue les anciens, en disant que nul corps nest susceptible de brûler, s'il ne contient un principe qui est rhuile (corps gras; nous, dirions aujourd'hui les carbures d'hydrogène); il énumère tous les corps inflammables, et enfin il termine par cette déclaration , qui montre qu'il voulait matérialiser la chaleur et hii trouver un substratum, même dans les êtres vivants : ergo quœcumque vivunt alunturque corpora, pinguem et oki similem continent humoremK Ces idées n'étaient point nées dans le seul cerveau de Fernel, la physique de son temps permettait déjà d'aborder ce problème, ainsi que le dit Fernel lui-même : multis hujus sœculi experimentis conjirmatum^.
La notion du degré de la chaleur dans le corps et de sa mesure (Aermométrie) n'existe pas encore; on suppose des
* Lfl». IV. D$ êpiritAui et eaUdo m- meenduntur 9X9mpU, maUriam tem en-
■olo. Gap. 11. Spiritum quendam cuneùê loriâ tum ipiriUu in nohiê cognoiei, 1 1 ,
ifllMm ^mvenlSmi, fui vitœ etdorem con- p. 89 et sq. ImH. T. I, p. 80 eiaq. ' D$ kumido primigtnio, lib. IV,
' lib. IV, cip. 111. Corpomm quœ cap. m.
coctiona, des digestions intimes faites par une grande chaleur : prima est chylosis (le chyle) quœ in ventriculo magna coloris m perfidtur, . . Fernel n'accepte pas l'opinion d'Aristote sur la cause de Tétat liquide du sang ex coloris tepore, il veut une autre cause bien obscure, occulta qualitas.
Fernel, dans un chapitre intitulé ^ : Cohremnostrum perpetuo, refrigerotione, pakulo, et expurgatione indigere, suit, selon son habitude, le texte de Galien , et le commente h la façon des prë-^ dicateurs qui font un sermon sur un verset de TEvangile. Le texte galénique est : omnia quœ aluntur continent in se vim corbris. Or cette chaleur a constamment besoin de Tair aeris appulsum continenter desiderot. Trois éléments concourent à maintenir cette chaleur : une réjrigération suffisante, un aliment, et iW. On peut dire que la dialectique de Fernel vaut la science, elle ne le trompe pas. Il admet la nécessité de la ventilation pulmonaire (Galien) non comme moyen de réfrigération seulement , mais comme moyen de rejeter au dehors des matériaux d'excrétion : excreme^ta quœ sunt plena fuliginis.
Il existe bien dans le livre Des tempéraments un chapitre vi intitulé : De singularum partium corporis humani temperaiura -, imité de Galien , où Fernel reconnaît que tout le sang est chaud et par lui également la chair est chaude, mais qu'il y a des parties plus froides , qui sont celles où il circule moins de sang (os, cartilages). Le cerveau et la moelle sont plus froids que le sang. . , (Aristote).
Ce qui domine chez Fernel, c'est l'idée Aristotélicienne que la chaleur est un élément indépendant de nous, qui est notre âme même, la chaleur c'est la vie. L'organisme n'est point encore considéré comme une entité fabriquant et entretenant par des échanges intimes sa propre chaleur. — Voyez le
* Liber Vi, De Junelùmibui et Ah- ' Liber! Il, f)» t»mp«ra/ii«n(û^eBp.vi moribttt , cap. xvi, t. I,p« i6a. I. i» p. 71.