‹ De la température du corps humain et de ses variations dans les diverses maladiesChapitre 27 sur 122 · GUILLAUME RONDELET · texte numérisé non relu

GUILLAUME RONDELET

modernes snr le rôle malsain de la chaleur. Rondelet s'exprime ainsi ^: ùJor enim ille major faetus, corrutnpit altos humores, et putrefacit aliquam partem sanguinis, et sic non putris mutatur in putrem nm MUgentia medici prohibeatur. On peut rapprocher ce passage des travaux de l'école allemande de nos jours.

De même Rondelet^ explique bien la persistance delà fièvre par l'obstacle apporté à la ventilation du corps , par la rétention des fumées chaudes. . . Ces fumées sont retenues , le sang n'est, pas ventilé à cause de la constipation de la peau. (C'est la théorie de la rétention de la chaleur de Sénator.) En pareil cas il faut ouvrir la veine.

Galien reconnaît deux remèdes à la fièvre putride: la saignée et les boissons froides ; et il poussait la saignée même jusqu'à la syncope. Rondelet loue ce moyen : c'est, dit-il, un fait d'expérience incontestable qu'une saignée copieuse rafraîchit le corps, car enfin le sang est le réservoir de la chaleur^. Rondelet conseille non une soudaine évacuation d'une grande masse de sang, mais des émissions successives et répétées d'heure en heure. Il accepte ainsi une formule qui se rapproche de celle des saignées coup sur coup de M. Rouillaud et du système allemand des bains froids répétés.

Pour Rondelet les deux grands moyens de traiter les fièvres continentes sont : les émissions sanguines et les boissons froides (^aquœfrigidœpotio). Ces boissons froides et même glacées peuvent être données en abondance aux malades chez lesquels il y a des signes non équivoques d'une fièvre par obstruction de la peau et état putride du sang(?). Tel n'était pas l'avis de tous les médecins de cette époque, car Rondelet signale en ces termes les adversaires de cette méthode : sunt enim, nostro tempare, medici quidam ^XP^^^^*> ^ ^^ fr^g^ ^^^ ewhi" hendœformidantes, quodptUentomnes aquafrigida lœdi. Cependant il ne faut pas, dit-il , donner des boissons froides à ceux qui

* In nodem libro, p. 761. ^ Dr airandig febrUnu, De Synorho,

sout affaiblis et dépourvus de sang. C'est le principe galénique de donner de Teau froide hardiment à ceux qui offrent des signes de coction , parce que cette eau sert à enlratner lei matériaux inuùleA. Nous voyons, dit Rondelet, après que le malade a bu ^ longs traits l'eau froide, la sueur couler abondamment par tout le rorps, et la lièvre sVteindre. La soif s'apaise, (lit-il Piicore. par les boissons et par F inspiration d'un atr froid. Ce passagf* nVst puini développ*^. mais on en peut induire que l'auteur approuvait la pratique d'ouvrii* les fenêtres et de ventiler les malades. On ne trouve point dans ses ouvrages, au chapitre des bains, autre chose que le précepte de donner des bains tièdes et émollients dans ce qu'il nomme les fièvres hectiques. Il n'y est point fait mention des bains froids ni des lotions froides, conseillés par les Arabes.

(i. BAlLLOt (BALLOMUS).

rivi* 8ièclo, 1538-1616».)

Baillou tire presque toutes ses notions sur la chaleur des aphorismes galéniques. U admet volontiers une matière pituiteuse froide, cause de la fièvre, et que ni la chaleur native ni celle de la fièvre ne peuvent échauffer^; cum ita ait materia

' L*tin den mëdecins, dit un de tes biographes, qui contribaa le plus i secouer le joug des Arabes, né à Paris eu 1 53 8, fils de géomètre^rcbilecte. Etudie le grec, le latin, la philologie; professeur de belles-lettres au collège de Montaigu : Leçoiu tur Âritlote, Docteur-méd. en i568 (3o ans), enseigne la médecine pendant quarante-six ans. . . Port en dispute, surnommé le fléau du baehelieri, mort en 1616 (78 ans).

Bftn obMTvaUur th la nature, et mdêpendant.

' Chaleur du corpti: Raillou, Épidé-

ffiMs et êphémhideêy trad. de Prosper Yvaren, p. aSg, annotation N: «C'est une chose surprenante et digne dVxamen que de savoir pourquoi les femmes pâles et cacochymes (dont la veine fournit cependant un sang de bonne qualité) se trouvent si mal de la saignéo, comme je robeervai chez M"" du Bei.

La raison en est que les veinescapiilaires sont remplies d'un sang vicié et séreux. La maladie existe dans Thabitude du corps, de la même maniè-re que s'y produit Péléphantiasis. C'est donc sur l'habiUide du corps qu'il faut diriger toute

G. BAILLOO. — JEAN SCHENCK.

frigida, ul neuter calor et nativus et febrilia calefacere queat^. Il pense , d'après Galien , qu'il faut se garder d'abaisser la chaleur fébrile j febrilis cahr non est exstinguendus^. Cette chaleur est salutaire, car, comme le dit Galien : cahr fehriliè mitigat, tempérât, frigiditatem tolhê, imo et coquit. Baillou renchérit encore sur Galien, il l'augmente , et , par la logique, arrive à trouver i|uo la fièvre est bonne H qu'il la faudrait accroître, si l'on pouvait : QnoJ Jté vemtn est, non estfebn ipsi sludendum sed soli materiei; imo adaugerefebremjuvabit. Du reste Galien n'a*t-il pas dit que le fils de Namenius mourut parce que la fièvre, chez lui, fut molle (XeAt/^^vo^), médiocre [fxérptos).

SCHENCK (JEAN).

(xvi' siècle, iSSo-iSgS.)

Schenck (Jean)', dans le livre VII Observationum medicarum, résume ainsi son opinion: c^La fièvre est la constipation de la peau ; f) il considère l'excès de la chaleur comme la conséquence de sa non-déperdition. Il recommande les lotions tièdes et non froides. Il rapporte l'exemple de quelques malades qui se sont guéris d'une fièvre en buvant de l'eau froide en grande quantité.

notre attention. Car, alors que la malignité du mai se porte à Textérieur, aoustrairedusang aui grand» vaisseaux, €*eat diminuer d*aulant la chaleur innée. C'est un point à soigneusement considérer, si Ton ne veut oonmietlre une faute grave. 7)

^ Livre V, DefÊbribu$, S a i, m Pharûê , de Théoph. Bonnet , Paris , in- 1 a , . ' Livre V, S 67.

^ L Schenck dit de Grafenliorg, né à

Fribourg en 1 53o, réunit dans un ouvrage en sept parties, publiées de 1 586 à 1697, un ensemble de faits énorme sous le nom d'Obiervatûmum medicarum, rariorum, novarwn, etc. Il avait étudié la médecine à Fribourg, où il professa; mort en tSgS. Édition : JoanfiM Schenckii de Graffenberg ob§ervationum mêdicarum rariorum Uhri VU, optif , etc. Lugduni , sumptibus Joannis Antonii Huguetan, m.dcxmii. Liber Vf, Dêfifbrihui, p. 70 '1-785.

ALPINES on ALPINO (PROSPER).

( Ud de» plus célèbres Hippocnliates da i? i* âède, 1 553 -1616'.)

Son liïre De frœaagimia vila fut publié d'abord en 1601. Cest une œuvre purement dérivée des Grecs, c'est-4-dire extraite d'Hippocrate et de Gaiien. On y trouve cités quantité de passages et d'aphorismes qu'AIpinus a retrouvés à travers les ouvrages de ces deux grands médecins, et qu'il a condensés de façon À nous épargner la peine de les rechercher nous-mêmes. La chaleur et le froid, comme signes de vie ou de mort, y occupent une place considérable, et par là on peut voir que ces notions étaient usuelles dans l'antiquité. Au chapitre : Deprœ^ dictiane ex earparâ caliditiite\ nous trouvons de nombreuses citations conune celles-ci: «la chaleur peut être douce et tiède, forte et aigué, répandue par tout le corps ou localisée. Douce et tranquille, elle est toujours bonne, surtout si elle est ainsi par tout le corps [Pronoitic. 89 , Hipp.). Une chaleur égale à celle de l'état de santé est chose bonne [bonum). n

Alpinus développe ce thème en disant que ce qui se rap-' proche de l'état de santé est toujours bon, et il prend l'exemple des urines et des fèces. U est donc bon que les malades aient la chaleur physiologique [vel parum alterata, aut mukUa corpora, quod ad calarem spectat). De même il est bon que la chaleur soit douce et humide, ce qui est l'état naturel (Gaiien, de nat. hum,). Mais il y a des maladies malignes où la chaleur extérieure est douce et trompeuse et l'intérieure forte, aussi faut-

> Né A Marotkîca ( Vënëtie) en 1 553, mort en 1616. Était Bis de médecin et reçot ane bonne édacalion. Docteur en 1578 A t5 ans; connaissait la botanique, fut directeur du jardin botanique et professeur à Padoiie , voyagea , fut médecin du oonsol en Egypte, médecin du prince André Doria. De firmMgimâa

vùmêtmmiêœgroUmiiumjyeaiae 1601 • De mêdicma £gi^tionm, Venise 1 59 1 .

D9mêdiemam9îhodiea,\6ii,DêpUm^ œgyptuM, i633.

* Prosperi Alpini, D9 prtnagimiUi mia et morlê œgrottmtitim. Édition de Gaubius, Venetiis, mdccu. Liber II, cap. xiii , p. 67.

ÂLPINUS. 80

il que cette chaleur soit partout douce et molle. (Hipp.) Alors on peut affirmer qu'il n'y a ni phlegmons viscéraux , ni obstructions, ni putriditë. La fièvre hectique n'a point une chaleur humide, mais une chaleur sèche. (Le thermomètre n'a point résolu ce problème que pose le toucher.) D'ailleurs la chaleur est sujette à des variations dans les fièvres hectiques, elle monte après les repas. (Galien, q Prog.) Il est bon, du reste, que la chaleur soit forte dans les fièvres dont la nature est telle. ( Galien. ) 11 n'est pas ma avais que les extrémités soient chaudes, au contraire, le froid des extrémités est mauvais dans les maladies aiguës. La chaleur des extrémités a aussi été louée par Hippocrate [De rat. viet. p. 1 86) : m decUnatianefebris, calore ad fedtt deteendente, œgrotU cibum est offerendum. Ailleurs [Progn. 3) Hippocrate dit encore : êecuriêsimum veto est, si rubor quam maxime foras vertatur, et dans le IV* liv., aphor. n^ AS : tnfebribus non intermitlentibus, si partes exteriùres firigidœ , interiores unmtw, et sitim Itabeant, létale. Les alternatives de chaud et de firoid sont un mauvais signe d'après l'école hippocratique.

Pronostic tiré du froid^ , — La fratcheur du corps, qui n'est, dit Alpino , qu'une chaleur modérée, est bonne quand elle survient après une évacuation, c'est la fin de la fièvre, surtout si les urines sont chargées, si le pouls est plus lent, etc. Mais le froid du corps, dans les maladies, est, du reste, rarement bon. Les hydropiques ont le corps froid (ce fait est vrai et peut s'expliquer par l'inertie du liquide épanché et qui absorbe de la chaleur sans en produire), dit Alpino, et aussi les suppurants et les moribonds (Galien). Il n'est pas mauvais, dit Galion, que certaines extrémités demeurent froides, telles que le nez, les oreilles, les pieds, les mains. Nous voyons apparaître ici la théorie dite moderne de la rétention de u chaledr. Hippocrate (Prog, a) et Galien [Aph.']) ont étudié la nature

' Kodem loc», cap. iir : Ex frigiditatg eorparum quid prœtagiendu»», p. 69.

du refroidissement des extrémités. Galien admet que ]a chaleur se concentre au dedans et y attire le sang, comme une ventouse, vers la partie affectée {per modumcucurbitulœ). La chaleur naturelle est alors opprimée et étouffée dans les viscères, et les évacuations salutaires n*ont pas lieu ; Hippocrate disait tjup le refroidissement des extrémités était mauvais avec de {grandes douleurn de ventre, avec la syncop*", après des évacuations excessives, et qu'aprèb l'ouverture des artères il était mortel.

Alpinus ( 1 6 i o), dans son livre De medictna methadica, cherche à comprendre pourquoi les méthodistes (Themison, école d Alexandrie du temps de Cléôpfttre), et tous ceux qui depuis ont suivi leurs préceptes, accommodent la doctrine du 9trictum et du laxum avec leur traitement des fièvres. Les fièvres, dit-il \ sont des tadladies serrées {^adstricùmorbi), elles exigent des boissons tièdes et relâchantes; or les méthodistes les traitent par le froid, du moins les synoques et les fièvres putrides. Us donnent, dit-il, aux malades des boissons glacées et des bains froids, et s'en applaudissent. Alpinus explique cette méthode en disant que cette réfrigération redonne du ton aux vaisseaux , qu'elle provoque des sueurs profuses, une réaction, de la diarrhée, un plus grand flux d'urine, concentre au dedans la chaleur dispersée et lui donne une plus grande force de tnwail, une plus grande action évacuatrice. (Cette thèse se rapproche de celle de l'école actuelle sur l'émission des calories et la dénutrition, augmentées par l'application extérieure du froid.)

Cette antithèse du strictum et du laxum est éternelle. On dirait que Ton ne peut s'en passer. Brown disait sthénie et asthénie, et divisait toutes les maladies d'après ces deux princi[)es. Aujourd'hui nous cherchons l'explication dans les vasomoteurs, ceux-ci font tous les frais des théories médicales

' Proitperi Àlitini Df medictna tnetko» teiniaoa, 1719. Liber H, cap. u, tDe dira librt trniectm. Editiosecuntia,Lug- moriùs adstrictii», atque an omnes adrliini Ratavoriiiii, e\ offîriiiii Boutes- slricti morbi siot,*" p. ia6.

ALPINUS. 01

(fièvres, inflammations , médicaments qui augmentent la pression ou qui la diminuent: digitale, quinine, bromure de potassium).

Plus loin, Alpinus cherche à expliquer les rapports du fris* son et de la chaleur. Enfin, dit-il, il y a des fièvres froides, du moins appelées telles, non pas qu eu réalité il y ait une fièvre froide, mais ^rre que les niulades, bien que brnlanU à l'intérieur. Ht pre^entenl que peu Je chakur à l'extérieur, oh mêuie oiU les extrémités froides \ On dit que la lièvre est chaude ou ardente quand le corps est très--chaud partout, dedans et dehors.

Au chapitre Du traitement, Alpinus, qui est un homme sage et modéré, ne peut admettre cette méthode réfrigérante pour les fièvres continues, et il nous apprend quelle était la pratique singulière de son temps. On ne doit pas, dit-il (comme font tant de gens) ^ faire de continuelles aspersions d'eau froide doiis la clutmbre du malade, ni répandre à terre des vrilles de vigne, ou des feuilles de framboisier, ou des rameaux de lenùsque, ou d^aiUres herbes vertes, il ne faut même pas se servir de F éventail.

Dans son voyage en Egypte, Alpinus retrouve un écho de la médecine arabe, alors fort déchue; il explique, ainsi que son interlocuteur Guilandinus, pourquoi les Egyptiens aiment la médication réfrigérante^: c'est, dit-il, parce que la chaleur est lennemi contre lequel leur climat les force à lutter sans cesse. Inversement les peuples du nord de l'Europe cherchent la chaleur et les substances excitantes.

De même pour la nourriture, Alpinus^, rappelant que les aliments augmentent la chaleur du corps , carnium optimarum usum augere calorem naturalem, trouve dans cette propriété de la chair des animaux l'explication du contraste qui existe entre l'alimentation des peuples du Nord et de ceux du Midi.

* De m^tcina meihoêira, liber V, Redelichvyscn, mdcylv. Liber I,cap. ni: rap. i,p. 956. " Quamobrem hoc tempore i£gyptii nr-

* P. Alfim Ih mfdiema EgypUtrum , tem medicam babeani vitiosam,^ p. 'i. Ubri qwthior. Parisiis, apud Nicolaum ^ Ihid. Iil>er 1, caput \, p. i5 verso.

U s'appuie, eo oatre, sur Topinion de Galien, pour qui le vin refroidit quand on en prend trop.

La richesse de$ baim et leurs modes variés chez les Egyptiens du xvi* siècle étonnent Alpinus ^:^Ib metU de bams tUdet, gurUnU ffour $e rafrakhir. Us se font frotter et masser, enodoip^ per de eauverturei aprèê avoir ku Je Veau au de$ tieanee froides en abondance, et tâchent de suer. Ils se plongent souvent, au sortir du bain chaud , dans l'eau froide. Les riches qui ont des bains dans leur maison se baignent dans le lait de chamelle ou d'ânesse, ou de chèvre. Cette pratique ne concerne pas seulement les gens en bonne santé, mais encore les fébricitants. 39

Alpinus reproche aux Egyptiens d'être méthodistes et non naturalistes, et d'appliquer sans critique le caniraria cmUrarHê.

Ainsi, au Caire, non-seulement les médecins, mais les femmes mêmes, disent que la fièvre tferce, par exemple , étant un excès de chaleur, doU être traitée par lee $euU remèdes réjrigérants. • . Alpinus blâme ce qu'il appelle leur erreur. Les médecins, dit-il, sans s'inquiéter des causes de la maladie, ont pour usage, dans presque toutes les fièvres indistinctement, de donner des médicaments réfrigérants.

Il s'en rapporte encore à Galien pour trouver la règle de l'emploi des bains et ajoute' : «ex quibus dignoscitur illorum balneorum usum febribus atque inflammationibus etiam esse utilissimum. Siquidem omnes febres in hoc cooveniunt quod in caiore et siccitate consistunt, sive ipsarum essentia ignea existit quam corrigere et delere possunt tepida dulcia balnea quippe quœ réfrigérant atque humectant.»

* D§ mu duleium opud /Egyptioê * De balnêorum ajmd /Efffptioê mu balmorum, liber III, otp. xvi, p. io6 ad varioê morboi p^nmumdoê, tib.IU, et aq. cap. xii, p. ii6.

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