‹ De la température du corps humain et de ses variations dans les diverses maladiesChapitre 4 sur 122 · MT NOTICE BIOGRAPHIQUE · texte numérisé non relu

MT NOTICE BIOGRAPHIQUE

Appelé à quaraule-cinq ans, eu 1873, il y a trois aos seulement, à succéder à Daremberg dans la chaire d'histoire de la médecine, il avait su grouper autour de lui un auditoire charmé par cette parole à la fois familière et élevée. Daremberg, savant éminent; avait cherché à reconstituer dans son cours la tradition médicale, en s'appuyant sur une interprétation rigoureuse des textes, et cette méthode, parfois un peu aride, avait procuré plus de succès à Theliéniste qu au professeur. Lorain suivit une autre voie, il fit revivre les médecins dont il rapportait les opinions dans le milieu oh ils avaient vécu : c'étaient eux et leur temps, avec les qualités et les défauts qu'ils devaient a leur époque et a eux-mêmes. Il entrait sans difficulté dans leur existence , dans leur pensée; familier avec l'histoire des sociétés qui les avaient vus naitre, il en reconstituait le tableau avec une vérité et une facilité de peinture qui étaient réellement saisissantes. C'était là qu'on sentait la supériorité de cette intelligence qui se déployait sans effort et qui faisait aimer à la jeunesse cette histoire de notre art si pénible k posséder quand elle se présente avec la pesanteur et la solennité qui l'entourent d'ordinaire.

Après avoir conté, comme en causant, les travaux et les luttes de ses devanciers, Lorain passait sans transition à l'époque actuelle, montrait dans une esquisse rapide les progrès accomplis, et laissait entrevoir l'avenir.

Il procédait par tableaux et par auecdoctes, et d^ageait en quelques mots l'enseignement que comportait la vie qu'il venait d'étudier. 11 insistait sur le côté moral de ces aperçus biographiques, et, s'il aimait à s'étendre sur les cdtés brillants de l'histoire de la médecine, s'il aimait à évoquer le souvenir des hommes qui avaient honoré notre profession, il frappait aussi, et sans pitié, les faux savants qui ont de tout temps encombré les voies de la science.

L'ambition de Lorain avait toujours été d'atteindre au professorat ; le succès de ce si court euseignement montre combien cette ambition était légitime. Candidat ou professeur à ta Faculté de

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mëdecine, il ne s'aveuglait pas sur les lacunes de renseignement officiel; nous avons dëjà rappelé ses publications sur la médecine en Allemagne et en Angleterre. Il ne redoutait pas pour la Faculté la concurrence, il l'appelait, au contraire, et pensait que Técole se retremperait dans la lutte, et qu elle marcherait d'un pas plus vif dans la voie du progrès. Il prit une part importante aux discussions qui, dès la fin de Tempire, ont précédé la loi sur la liberté de l'enseignement supéneur. Il a publié, dans la Revue, plusieurs articles sur cette question , et il demandait surtout qu'on donnât aux villes le droit de fonder des universités. C'était là , selon lui, qu'était le véritable avenir de l'enseignement supérieur. Mais son désir de réforme ne l'égarait pas; il aimait trop cette Université qu'il avait appris à vénérer dans sa famille, pour ne pas espérer que ce serait elle qui serait à la télé du mouvement; son patriotisme ardent lui faisait croire que ce serait elle aussi qui nous permettrait de lutter avec succès contre la concurrence des pays étrangers et contre celle qui se dresse à l'intérieur.

En médecine et dans les contacts de la vie journalière , Lorain était d'une extrême sensibilité. Tout ce qui était incorrect le blessait vivement. Doué d'une nature d'artiste, il avait les aspirations les plus nobles vers le beau, et ne pardonnait ni aux hommes ni aux partis les écarts inséparables de la lutte. D'un caractère gai et ouvert, il se repliait soudain sur lui-même dès qu'il découvrait une action basse ou une intention coupable; l'impression n'était pas passagère, elle durait, et le plongeait parfois pendant long* temps dans de profonds découragements. Nul en revanche n'avait de plus vifs, de plus brillants enthousiasmes; dès qu'il voyait un effort généreux, il n'épargnait à son auteur ni les encouragements ni l'appui de son influence. Il aimait le progrès et s'attachait à ceux qui le cherchaient avec lui. Aussi les jeunes savants sentent la grande perte qu'ils ont faite : Lorain était pour eux un guide, un soutien; sou esprit de justice l'emportait même sur ses affections les plus chères; il était un de ceux dont on peut conquérir par le travail la bienveillance et l'appui.

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Les élèves, à qui il prodiguait k Thôpital les marques de sa bienveillance 9 ne s'y sont pas trompes, et Thommage qu'ils ont rendu à sa mémoire ne sadressait pas seulement au professeur éloquent et savant, mais à Thomme dont ils avaient pu connaître rinépuisable bonté.

Toute sa vie Lorain a poursuivi le même but : apprendre et enseigner; nous venons de rappeler avec quel succès il Tavail atteint. Il nous reste à dire quel homme il était auprès des malades de la ville.

La profession médicale ne fut pas pour lui lucrative. 11 n aimait pas largent, et il n'a jamais ohercbé à recueillir que celui qui lui était indispensable pour vivre et suffire aux soins de ses travaux. Il dérobait à la clientèle le plus de temps qu'il pouvait pour le consacrer à ses études, et, dès que l'existence était assurée, il limitait ses devoirs professionnels , et priait les malades de s'adresser à de plus jeunes confrères. 11 n'y a qu'une classe de clients qu'il n'a jamais rebutée, c'est celle qu'il. traitait gratuitement: ceux-là ont toujours trouvé son cabinet ouvert et son dévouement à leur service. Sa mort en est un éclatant témoignage. Il était au milieu de ses livres, dimanche dernier, et avait recommandé qu'on ne le dérangeât pas. On vient le chercher pour l'enfant d'un pauvre ménage qui demeure aux environs de la Bastille : il craint qu'en son absence et à cause même de sou défaut de fortune^ le malade ne reçoive pas les soins nécessaires. Il n'hésite pas à se rendre à cet appel. Frappé d'éblouissements dès son arrivée, il demande à se coucher, prie qu'on envoie chercher madame Lorain, s'étend sur uu lit, perd connaissance, et succombe, en une demi-heure, au mal qui l'étreint. Si une si triste mort avait besoin d'être entourée d'un nouvel .éclat pour servir d'exemple À la jeunesse médicale, où celle-ci trouverait-elle un plus beau modèle?

Dans cette foule énorme qui s'était empressée hier aux obsèques de Lorain, on voyait mêlés des savants, des artistes, des pauvres et presque tous les habitants du quartier de TOdéon; chacun

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racontait quelque trait de cette vie si bien remplie; cette cérémonie montre quel était Thomme qui venait de disparaître, et cette union des savants et des pauvres symbolise à merveille toute cette existence.

Lorain portait dans ses amitiés et dans sa vie journalière le même dévouement et le même désintéressement. L'un de ses plus chers amis, M. H. Sainte-Claire Deville, tient à ce que quelquesuns de ses actes ne soient pas oubliés. Pendant la Commune, Lorain avait eu, à sa petite campagne d'Âzay-Ie-Rideau, des accidents d'étranglement intestinal. Rentré à Paris trop prématurément, une péritonite partielle était survenue; Lorain ne sortait pas et n avait pas encore osé s'exposer aux secousses d'une voiture. M. Sainte-Claire Deville reçoit une dépêche annonçant que son CIs est, à Nantes, gravement malade; il n'a que le temps de courir au chemin de fer et prie un de ses amis de communiquer la dépêche à Lorain et de lui demander son avis. Le lendemain matin, oublieux de ses souffrances et du danger auquel il s'exposait, Lorain était à Nantes, auprès du lit du fils de son ami, et il était assez heureux pour que son conseil fât réellement le salut du malade.

En 1868, Lorain, qui était connu de M. Duruy, apprend que le ministre l'a inscrit sur la liste des savants qui doivent recevoir la croix de la Légion d'honneur. Sur-le-champ il va trouver M. Sainte-Claire Deville et le force à employer son autorité pour que le nom d'un de ses collègues, plus ancien que lui de nomination, soit substitué au sien. Il l'obtient, et ne reçoit lui-même cette croix, objet de tant de convoitises, qu'il y a trois mois, en août 1875.

Ceux d'entre nous qui furent admis à ces réunions de huit ou dix amis, qui le mardi soir se groupaient autour de Lorain, savent quelle fut sa vie de famille, et quelle était l'union que sa mort a rompue. Lorsqu'elle fut en présence de son mari expirant, M** Lorain l'a retracée dans une seule exclamation : rHuit ans de bonheur!?)

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Noire uiaLlre laisse deux lils; ses élèves n'oublieioul pas ce qu'ils doivent à celui qui a gra>é dans leur es|)ril Tainour du devoir et du travail; ils se souviendronl que, quelques jours avant sa mort, Lorain résumait ainsi à un de ses amis ce qui est en réalité la philosophie de la vie : rrNe cherchons pas à être des habiles, contentons-nous d élre honnêtes, et tachons de ne pas disparaître sans avoir fait quelque bien.^

a 7 oilubro i 870.

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