‹ De la température du corps humain et de ses variations dans les diverses maladiesChapitre 3 sur 122 · VIII NOTICE BIOGRAPHIQUE · texte numérisé non relu

VIII NOTICE BIOGRAPHIQUE

taires. Ce commerce journalier, quil a entretenu , depuis sa naissance jusqu'au terme de sa carrière, avec les membres du corps enseignant, avait donne à son esprit des habitudes de rectitude et d^honnéteté qui furent les traits dominants de son caractère. Il y puisa ce double amour du bien et de la science qui se partagèrent sa vie.

Mais, si le milieu dans lequel il était né avait développe certaines de ses qualités, Lorain a toujours eu une personnalité si nette, si accentuée, que dès le collège elle avait été remarquée. Ses camarades tenaient à son amitié et redoutaient d'exciter sa verve railleuse. Nous en avons connu plusieurs, tous avaient conservé des jeunes années de leur condisciple le même souvenir : profonde amitié mêlée d'un peu de crainte. Cet ascendant qu'il prenait sur ses émules naissait de ses facultés supérieures, et c'est sans envie, sans. fatigue qu'on le* subissait.

Sorti du collée, étudiant, docteur, concurrent pour les hôpitaux ou pour l'agrégation, nous le trouvons entouré des mêmes sympathies. Ses succès n'étonnèrent personne, on s'étonnait plutôt qu'ils n'eussent pas été plus rapides et plus saillant*^.

Pendant toute cette période de luttes, de concours, Lorain sut triompher sans se faire d'ennemis, et, lorsqu'il prit sa place au milieu des professeurs de la Faculté», il y acquit, naturellement, sans effort, l'autorité qui s'impose par le talent et la modestie.

L'œuvre scientifique de Lorain est l'homme lui-même; elle est inspirée par son amour du bien et de la science. Interne à la Maternité,.il est indigné de l'immense mortalité qui frappe l'accou* chée et le nouveau-né. Il en fait le sujet de sa thèse inaugurale (i855) : il démontre que ce ne sont pas les mères qui seules vont prendre dans les salles d'accouchement le germe de la mort, mais que les enfants eux aussi sont atteints par l'infection. Doué d'une imagination vive, il résume son sujet dans une formule énergique, et il intitule son mémoire : La fièvre puerpérale chez la femme, le fœtus et le nouveau-né.

Cette thèse est une œuvre de puissante synthèse, et cette ma-

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nière d'envisager Tëtat puerpéral , d'en étendre les limites , et d*unir la mère et Tenfant jusque dans leurs activités morbides, est digne d'un disciple d'Hippocrate et restera une des idées modernes de pathologie générale les plus fécondes. Malgré le talent avec lequel elle est exposée, cette doctrine suscita de nombreuses contradictions; toutes les objections ne sont pas encore résolues, mais, si l'interprétation reste douteuse, le fait de la mortalité n'a pu malheureusement être contesté, et Lorain a le mérite d'avoir de nouveau appelé l'attention des médecins sur une des plaies les plus ^cruelles de l'histoire hospitalière. Il n'abandonna jamais ce sujet d'études, et il y a deux ans encore, dans le sein de la Société des hôpitaux, il appuya de l'autorité de sa parole ceux de ses collègues qui poursuivaient la destruction des grandes maternités.

Attaché comme médecin légiste aux tribunaux de Paris, il exerça ces fonctions, de i856 à 1866, avec un talent et une loyauté que n'ont oubliés, ni les membres des tribunaux, ni les avocats, qui furent les juges et les témoins de l'expert. Il avait recueilli, dans ce contact avec les criminels, une foule de matériaux et de documents qui resteront fatalement inédits, car il manque maintenant celui qui seul eût pu les coordonner et les vivifier. Les élèves en ont eu quelques aperçus : Lorain se plaisait à leur montrer comment tous ces criminels appartiennent, malgré leur variété apparente, à certains types bien définis, comment, chez quelques-uns, les actes sont régis par des lois qui sont du domaine de la pathologie.

Un exemple fera mieux saisir la philosophie de ces remarques. Lorain avait désigné sous le nom de féminisme ou infantilisme un arrêt de développement propre aux enfants des grandes villes. Vers douze ou quinze ans, leur évolution s'arrête, les organes génitaux sont atrophiés, le corps reste grêle , féminisé, leur intelligence si précoce, celle qui caractérise le gamin de Paris, ne donne plus aucun éclat, et ils restent incapables de pensées et d'actes virils. Leurs idées s'approprient pour une part à leurs aptitudes naturelles, et, incapables d'être hommes, il forment un noyau où

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se recnile une classe spéciale de criminels, (le sujet a M expose en partie, dans sa thèse inauf^urale, par un de ses élèves, le docteur Faneau , mort victime de nos discordes civiles.

En 18G6, maître do dirifjer ses travaux dans le sens de ses aj)litudes, Lorain renonça à la médecine léjjale et se consacra exclusivemeni à la clinique. Nous avons souvent enlendu reprocher à notre maître d'être scepli([ue en thérapeutique. Il nous sera facile, en montrant à quel courant obéissait son esprit, de répondre à ce reproche, que lui ont adressé ceux (|ui Tout jugé sur les apparences. Sans doute, en présence de ces tra\aux qui semblaient souvent détruire plus ((u'ils n'édifiaient, quel(|ues esprits inquiets pouN aient redouter (pfil ne restât plus bientôt de Tart médical qu'un squelette. Lorain s'eiïorçait de faire sortir la médecine de Tempirisme, il n'acceptait pas volontiers les assertions traditionnelles ou modernes : il était diUicile en fait de preuves, il les voulait palpables, évidentes. Cette défiance n'était pas chez lui l'eflet de l'éducation ou des déce[)tions, elle était innée; il avait le culte de la vérité, et savait mettre eu lumière la différence de là peu près et du vrai. Aussi, à sa sortie de l'internat, poussé par l'esprit de recherche, il va étudier partout où il espère acquérir quelque notion nouvelle. Jl s'inscrit parmi les élèves du laboratoire de M. Ci. Bernard et publie ses leçons dans le Moniteur des hôpitaux (i 855-50). Il ap|)rend à se servir du microscope, sous la direction de M. Robin (1857). ^^ "'^ mot, il s'adresse à tous ceux qui interrogent la nature par des procédés nouveaux, et qui tachent ainsi de reculer les bornes de l'inconnu. On peut dire qu'avant d'être maître, avant d'avoir à diriger un service hospitalier et à faire l'éducation médicale des élèves, Lorain avait tenu à être muni lui-même d'une éducation aussi complète que le comportait l'état de la science à «ette époque.

Une fois en possession de tous ces moyens d'investigation, anné pour la lutte, Lorain donne à ses travaux la direction véritableuient scientifique ([u'il voulait leur imprimer. Il formule ses opinions dans une brocbure sur la réforme des études ntédicales par

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les laboratoires (1868), et dans un article sur 1 état de la médecine en Angleterre (1868), dont les lecteurs de la Revue scientifique n*ont sans doute pas perdu le souvenir. Dans ces deux publications, il montre combien la France s'est isolée dans ses études, et, sans témoigner pour les résultats obtenus en Allemagne un enthousiasme exagéré, il constate que, parles recherches de laboratoire, par son outillage scientifique, tr TAlieniagne a pris le pas sur ta France; c'est là, dit-il, une vérité incontestable. Les Allemands ne laissent point à d'autres le soin de le proclamer et en cela ils n'imitent pas notre exemple , en ce sens que nous sommes portés

a admirer les autres et à nous dénigrer nous-mêmes Pour

moi, plus j'admire l'Allemagne, plus je désire que la France se pique d'honneur et regagne le terrain qu'elle semble avoir perdu depuis quelques années?) (1868).

Lorain n'a pas voulu laisser à d'autres le soin d'entrer dans cette voie. 11 donne l'exemple, et la même année il publie ses Etudeê de médecine clinique et de physiologie pathologique sur le chalira. Toutes les recherches ont été faites à l'aide des méthodes et des procédés d'exactitude dont la science* s'est enrichie : le ther-

momètre, le sphygmographe, la balance, le microscope, les analyses chimiques. Toujours la préoccupation de Lorain est de ne laisser rien à l'interprétation de l'auteur, de transformer les sensations en tracés, qui, obtenus à l'aide d'instruments exacts, font i Terreur une part aussi restreinte que possible. Nul plus que lui n'a réussi à faire prendre à la méthode graphique'la place qu'elle mérite d'occuper dans les études médicales. Ces procédés, lents, minutieux, qui nécessitent des épreuves multiples, pénibles pour l'observateur, lui ont fourni des résultats dont nous devons rappeler les principaux. Le poids du cholérique ne diminue pas sensiblement pendant la période algide : malgré les vomissements et tes déjections alvines si répétées, l'amaigrissement du malade n'est qu'une apparence. Le poids décroit, au contraire, pendant la période de réparation, a ors que les évacuations ont cessé; mais, à ce moment, le malade urine abondamment, et l'urée est excrétée

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en grande quantité. — Les choiëriques, au dëbut, ne sécrètent pas d'urine, ils sont anuriques, puis ils deviennent polyuriques et quelquefois diabétiques. — La température des cholériques s abaisse à la périphérie du corps, et non dans les parties profondes. Sur ce point Lorain propose une théorie nouvelle sur la répartition et la compensation de la chaleur animale. — La circulation est étudiée à Taide du sphygmographe de Marey ; de nombreuses planches marquent ses variations, et Texplication rationnelle de ses diverses formes s'en déduit naturellement. — Enfin Lorain propose quelques moyens thérapeutiques fondés sur l'expérience physiologique, et rapporte un cas de guérison obtenu par rinjection d'eau dans les veines d'un cholérique pour qui tout espoir était perdu.

Ces conclusions ne sont pas toutes absolument neuves, quelques-unes avaient déjà été entrevues ou indiquées par MM. Charcol, Gubler, Marey. Mais ce qui constitue l'œuvre de Lorain, c'est qu'il a soumis les points dont il a abordé l'étude à une ana-* lyse si minutieuse , si rigoureuse , qu'ils sont aujourd'hui a l'abri de toute critique.

Deux ans après, Lorain donnait ses Etuàei cUniquei faiteê avec Vaide de la méthode graphique et de$ appareile enregittreurê {Le pouls , Paris, 1870). Le rhythrae, la forme du pouls, y sont représentés et analysés avec non moins de rigueur dans les maladies du cœur, dans les fièvres graves, les inflanmiations. Le dernier chapitre est consacré à la thérapeutique, principalement à l'étude de la digitale, et nous ne possédons sur l'emploi de ce médicament rien de plus précis au point de vue de l'action thérapeutique et de la médecine légale.

Faire que la médecine ne soit plus un art conjectural, tel est le but que Lorain a assigné à ses efforts, et il a réussi à donner à certains chapitres de médecine une précision scientifique. Il a développé cette idée dans une leçon insérée dans la Renue en 1870, et nul doute que nous ne devions le suivre dans cette voie, si nous voulons enfin avoir une science positive. Il y a loin , on le

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voit, de ce doule philosophique au scepticisme reproché à notre maître.

Nous passons sur un grand nombre d'articles insérés dans les revues, les journaux, les dictionnaires, sur les communications laites aux Sociétés anatomique, de biologie, médicale des hdpitaux , etc. Ce que nous voulions montrer, c'est que la caractéristique des œuvres de Lorain est la recherche de la précision, c est qu'il ne tenait pour acquis que ce qui était devenu évident, incontestable. Ajoutons que la partie de ces recherches actuellement publiée représente une faible portion de l'immense travail dont il avait accumulé les matériaux. Désigné par fauteur pour coordonner ceux qui n'ont pas encore vu le jour, nous acceptons cette mission, et nous nous efforcerons d'arracher à l'oubli les travaux de notre maître vénéré.

Ceux qui ont connu Lorain, qui suivaient ses visites à l'hôpital , qui allaient l'écouter et Tapplaudir à l'amphithéâtre de l'Ecole, ont tous été frappés d'un conlraste étonnant entre ses écrits et sa parole. Dans les premiers rien n'est laissé à l'imprévu , tout est rigoureux, scientifique, et l'ouvrage doit à ses qualités mêmes un caractère un peu sévère. Lorsqu'il parlait , au contraire , son imagination semblait se donner pleine carrière, son langage s'animait, se revêtait des plus vives couleurs. Doué d'une facilité d'élocution, d'une élégance de diction extrêmes, Lorain savait souligner par les expressions les plus heureuses les idées qu'il voulait graver dans l'esprit de ses élèves. D'une haute stature, l'œil vif, péné* trant, la bqMche fine et spirituelle, il dominait ses auditeurs et ne permettait pas a leur attention de se perdre, il les enchaînait par sa parole. A l'hôpital, il semait à pleines mains les aperçus les plus divers, il pensait tout haut, et trouvait dans ses travaux antérieurs, dans son érudition, les éléments de la plus attrayante conversation. Toujours varié, séduisant, il revêtait chaque remarque de son originalité personnelle; il ne ressemblait à aucun de ses maîtres, il était lui-même, et ses observations portaient sa marque propre.

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