‹ De la température du corps humain et de ses variations dans les diverses maladiesChapitre 62 sur 122 · MARTEAU · texte numérisé non relu

MARTEAU

( Ecole française, i? m' riècle.)

Dans un paragraphe intitulé : La chaleur et la froidure de teau : Marteau s'exprime ainsi : «iNous sommes de véritables thermomètres. Le froid et le chaud font sur nos solides et

1 Marteau, docteur de Reims et de forme de lettre Sur la ehaîtur, in-8*,

Caen, inspecteur des eaux minérales 1748; d^ane Relatùm d'une épidémie

( Forgea), eserfait i Amiens. étangmê, et d*an lifre Sur Uê hamë et

n est rautenr d*an mémoire sous ludottehe.

20â CHAPITRE I*. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE.

sar nos fluides le même effet que sur la macldne ingénieuse par la<[uelle on mesure les différents degrés des températures. 9

Ses expériences sur l'action des bains froids sont intéressantes; on y peut voir un essai de cahrimétrie.

«Un homme de trente-cinq ans, attaqué de la phthisie dorsale, prenait le bain domestique froid; il m'assura qu'il réchauffait l'eau de son bain par la chaleur de son corps. Je voulus m'en assurer. L'eau était k ili"* (sans doute R., soit 17% 5 G.); la baignoire en pouvait contenir trois quarts de muid, c'est-à-dire de quatre cent cinquante à cinq cents livres, et le malade pesait cent dix-neuf livres. Ainsi le rapport de sa masse était à celle de l'eau comme 1 est à &. U fit effectivement remonter le thermomètre à 1 5* dans l'espace de huit à dix minutes. Donc le corps se dépouille effectivement de sa chaleur par son séjour dans l'eau tiède ou froide. (s5o eolarieê. )

«J'avais observé son pouls avant l'immersion. En quatre minutes, il me donnait trois cent dix-sept pulsations, c'est-idire environ soixante-dix-neuf par minute. Je trouvai d'abord le pouls petit et précipité. . . . Quand la chaleur du corps eut échauffé le bain à i5% l'artère, en deux minutes, me donna cent vingt-neuf pulsations faibles. La différence de l'état naturel était à peu près de quinze pulsations par minute, etc. y»

L'auteur montre que le pouls se ralentit dans l'eau froide.

Expérience* sur la reepiration âee animaux el $wr Us tkangemente qui arrivenî â Voir en paeeant par leur poumon. (Mémoire lu à l'Académie des sciences, le 3 mai 1777 '.)

^ Œnvm de Lavnimr^ publiées par de rinstmction pubBqiie; Imprimerie les soins de Son Excellence le Minîsln* nationale, iS6a, L II, p. 17^.

Le mëmoire commence par relater les expériences de Haies et Cigna et celles de Priestley, publiées l'année précédente à Londres (1776) «(dans un écrit, dit Lavoisier, où il a reculé plus loin les bornes de nos connaissances et cherché h prouver, par des expériences très-ingénieuses, très-délicates et d'un genre très-neuf, que la respiration des animaux avait la propriété de phlogisiiquer l'air, comme la calcination des métaux et plusieurs autres procédés chimiques, et qu'il ne cessait d'être respirable qu'au moment où il était surchargé, et en quelque façon saturé de phlogistique. "

Lavoisier déclare être arrivé, par la suite de ses expériences, à des conséquences tout opposées à celles de Priestley, et il relate ses observations sur la calcination des métaux, d'où il conclut que : i"* les cinq sixièmes de l'air que nous respirons sont, ainsi qu'il l'a annoncé déjà dans un précédent mémoire, dans l'état de mofette, c'est-è-dire incapables d'entretenir la respiration des animaux , l'inflammation et la combustion des corps; s"* que le surplus, c'est-à-dire un cinquième seulement du volume de l'air de l'atmosphère, est re^rable; 3"" que, dans la calcination du mercure, cette substance métallique absorbe la partie salubre de l'air, pour ne laisser que la mofette; &** qu'en rapprochant ces deux parties de l'air ainsi séparées, la partie respirable et la partie méphitique , on refait de l'air semblable à celui de l'atmosphère. ^ Ces vérités préliminaires

Dates des priucipaax irevaax de Lafoider aar les tourcêi de ta chaleur aniwkûïê :

t" mémoire : Sur la naturt du frm^ dfe fM 9» mmbmê avêe lêê métaux peudaut la ealematùm et qui en augmenienl U poide. Mém. de VAcad. dee êcieneeê, 1770, p. 5ao.

a* nrt^moire : Bxpérienee» eur la-reepiratûm dee wùmaux» Mém, de VAcad.

deê eeieneee, 1777* p. t83.

3' mémoire : Sur la romèiw/iofi en

général, Mém, de FAcad. dee edeneee,

«777» P- 59ah* mémoire : Sur la chaleur. Mém,

de l'Acad, dee ee. 1780, p. 355.

5* mémoire : Sur lee aUératiane qui arrivent à Pair dane plueieure circonetaneee où ee tntuvent lee hommet réunie en eoeiété, Hietoire de la eociété rayah de médecine, 1789, p. 669.

6* mémoire : Sur la reepiration dee animaux, Mém, de VAcad. dff eciencee, 1789, p. 566.

sur la* calcination des métaux, ajoute Lavotsier, nous conduisent à des conséquences simples sur la respiration des animaux, et, comme l'air qui a servi quelque temps à reniretien de cette fonction vitale a beaucoup de rapport avec celui dans lequel les métaux ont été calcinés, les connaissances relatives à Tun vont naturellement s'appliquer à l'autre, n

Suit le récit de l'expérience du moineau sous la cloche, mourant au bout de 55 minutes. <^ L'air ainsi respiré par l'animal était devenu fort différent de l'air de l'atmosphère ; il précipitait Veau de chaux, iteignait les lumières; un nouvel oiâeau n'y vécut que quelques insiants .... Cet air différait en deux points de celui qui avait servi à la calcination du mercure : i** la diminution de volume avait été beaucoup moindre dans la dernière expérience que dans la première ; a* Voir de la reepira-' tûm précipitait l'eau de chaux. r>

Pour éclaircir ce résultat, Lavoisier fit pénétrer sous une cloche remplie de mercure i a pouces d'air vicié par la respiration, et y introduisit une petite couche d'alcali fixe caustique. Cet air subit alors une diminution de volume de près d'un sixième; en même temps Talcali perdit en partie sa causticité, il acquit la propriété de faire effervescence avec les acides, et se cristallisa sous la forme de rhomboïdes, copropriétés que l'on sait ne pouvoir lui être communiquées qu'autant qu'on le combine avec l'espèce d'air ou de gaz connue sous le nom d'iiir Jixe, et que je nommerai dorénavant adde crayeux aériforme. »

L'air ainsi traité était irrespirable aux animaux. «Ainsi, dit Lavoisier, l'air^qui a servi à la respiration, lorsqu'il a été dépouillé de la portion d'acide crayeux aériforme qu'il contient, n'est également qu'un résidu d'air commun privé de sa partie respirable. »

Suit la théorie de la respiration, telle que nous la connaissons , & peu de changements près : « La respiration n'a d'action que sur la portion d'air pur, d'air éminemment respirable

contenue dans l'air de l'atmosphère ; le surplus est purement passif^ il entre dans le poumon et en sort sans changement. 19

Lavoisier, adoptant et complétant jes idées de Priestley, admet que l'air éminemment respirable a la propriété de se combiner avec le sang, et que c'est cette combinaison qui constitue sa couleur rougé. On sait que Priestley avait improprement appelé la partie respirable de l'air : air dépUagis^

Viennent ensuite ; le mémoire Sttr la combustion des chanridUs (1777); le mémoire Sur la combinaison de la matière du fm anec Us jhides évaporabks, et sur la formation desjiuides élastiques aériformes (1777), où il est dit : «L'intensité de la chaleur se mesure par la quantité de fluide igné libre et non combiné contenue dans les corps ; la quantité de matière du feu se mesure par la dilatation des corps .... L'impression que le fluide igné fait sur nos organes n'est autre chose que l'efiet de la tendance du fluide igné & la combinaison, v

Le mémoire Sur la conJmstion en général (1777) contient cette proposition : « Que « dans toute combustion » il y a destruction ou décomposition de l'air pur dans lequel se fait la combastion « et que le corps brûlé augm'ente de poids exactement dans la proportion de la quantité d'air détruit ou décomposé. » C'est dans ce mémoire qu'apparaît pour la première fois la théorie de la chaleur par la respiration, fn L'air pur, en passant par le poumon , éprouve une décomposition analogue & celle qui a lieu dans la combustion du charbon ; or, dans la combustion du charbon , il y a dégagement de matière du feu; donc il doit y avoir également dégagement de matière du feu dans le poumon , dans l'intervalle de l'inspiration à l'expiration , et c'est cette matière du feu , sans doute , qui, se distribuant avec le sang dans toute l'économie animale, y entretient une chaleur constante de Sa"" R. (lio*" G., évaluation exagérée.) Cette idée paraîtra peut-être hasardée

au premier coup d*œil, mais, avant de la rejeter ou de la condamner, je prie de considérer qu'elle est appuyée sur deux faits constants et incontestables, savoir : sur la décomposition de l'air dans le poumon et sur le dégagement de matière du feu qui accompagne toute décomposition d'air pur, c'est-à-dire tout passage de l'air pur à l'état d'air fixe. Mais ce qui confirme encore que la chaleur des animaux tient à la décompo* sition de l'air dans le poumon, c'est qu'il n'y a d'antmaiix chauds dans la nature que ceux qui respirent luAituellement, et que cette chaleur est d'autant plus grande que la respiration est plus fréquente, c'est-à-dire qu'il y a une relation constante entre la chaleur de l'animal et la quantité d'air entrée ou au moins convertie en air fixe dans ses poumons.

«Au reste, je le répète, en attaquant ici la doctrine de Stahl , je n'ai pas pour objet d'y substituer une théorie rigoureusement démontrée, mais seulement une hypothèse qui me . semble plus probable, plus conforme aux lois de la nature, qui me paratt renfermer des explications moins forcées et moins de contradictions. »

Dans le mémoire de Lavoisier et La Place (i 780) Sur la chaleur (chaleur spécifique), est examinée (art. ly : De la combu»-' tion et de la respiration) la question de la chaleur qui se dégage dans la combustion et dans la respiration. Tandis que l'air était considéré jusque-là comme n'ayant d'autre usage que de rofrakhir le sang quand il traverse les poumons, et de retenir par sa pression la matière du feu à la surface des corps combustibles, les travaux des physiciens du xviii' siècle avaient établi qu'une seule espèce d'air, l'air déphlt^tiqué, l'air pur ou air vital, est propre à la respiration et à la combustion. Lavoisier avait montré que l'air n'agit point, dans ses opérations, comme une simple cause mécanique, mais comme principe de nouvelles combinaisons. M. Grawford, reprenant, en 1779, les idées exprimées par Lavoisier en 1777, s'y était rallié.

Les auteurs du mémoire que nous analysons recherchèrent le genre d'altération que la respiration des animaux faisait subira Tair pur, la quantité dair fixe (acide carbonique) dégagée par divers animaux mis en expérience. Déjà Priestley et Scheele, et d'autres avant eux, Robert Boyle, avaient institué de semblables expériences. Priestley avait calculé la quantité d*air vicié ou fMogiitiqué que produit la respiration , mais ses chiffres étaient inférieurs à ceux que trouvèrent La- Yoisier et Laplace. Ils montrèrent que l'on ne peut évaluer la chaleur spécifique des animaux, parce que leurs fonctions vitales leur restituent sans cesse la chaleur qu'ils communiquent à tout ce qui les entoure, ce On peut , disent-ils , regarder la chaleur qui se dégage , dans le changement de l'air pur en air fixe par la respiration, comme la cause principale de la conservation de la chaleur animale; et, si d'autres causes concourent à l'entretenir, leur effet est peu considérable. La respiration est donc une combustion, à la vérité fort lente; elle se fait dans l'intérieur des poumons, sans dégager de lumière sensible, parce que la matière du feu, devenue libre, est aussitôt absorbée par l'humidité de ces organes; la chaleur développée dans cette combustion se communique au sang qui traverse les poumons, et de là se répand dans tout le système animal. Ainsi l'air que nous respirons sert à deux objets également nécessaires à notre conservation ; il enlève au sang la base de tair fixe dont la surabondance serait très-nuisible, et la chaleur que cette combinaison dépose dans les poumons répare la perte continuelle de chaleur que nous éprouvons de la part de l'atmosphère et des corps environnants.

« La chaleur animale est à peu près la mime dans les différent/es parties du corps; cet effet paratt dépendre des trois causes suivantes : la première est la rapidité de la circulation du sang, qui transmet promptement jusqu'aux extrémités du corps la chaleur qu'il reçoit dans les poumons; la seconde cause est l'évaporation que la chaleur produit dans ces or-

210 CHAIMTRK r. — LA CHALEUR KT LA FIEVRE.

ganes, et qui diminue le degré de leur température; enlin la troisième tient à Taugmentation observée dans la chaleur spécifique du sang, lorsque, par le contact de l'air pur, il sr dépouille de la base de Vair fixe (ju'il renferme ; une parlie de la chaleur spécifique développée dans la formation de l'air fixe est ainsi absorbée par le sang, sa température restant toujours la même; mais lorsque, dans la circulation, le sang vient à reprendre la hase de Vair fixe, sa chaleur spécifique diminue, et il développe de la chaleur; et, comme cette combinaison se fait dans toutes les parties du corps, la chaleur qu'elle produit contribue à entretenir la température des parties éloignées des poumons, à peu près au même degré que celle de ea^ organes. Au reste, (juelle que soit la manière dont la chaleur animale se répare, celle que dégage la formation de l'air fixe en est la cause première; ainsi nous pouvons établir la proposition suivante : Lorsquun animal est dam un état permanent et tranquille, lorsqu'il peut vivre pendant un temps considérable , sans souffrir, dans le milieu qui V environne; en général, lorsque les circonstances dans lesquelles il se trouve naltèrent point sensiblement son sang et ses humeurs, de sorte qii après plusieurs heures le sj/stème animal n éprouve pa^^ de variation sensible, la conservation de la chaleur animale est due, nu moins en grande partie , à la chaleur que produit la combinaison de lair pur respiré par les anmiaux avec la base de l'air fixe que le sang Iw

fournit . .

f* Pour compléter cette théorie de la chaleur animale, il resterait à expliquer pourquoi les animaux, quoique placés dans des milieux de température et de densités très -différentes, conservent toujours h peu [)rès la même chaleur, sans cependant convertir en air fixe des quantités d'air pur proportionnelles à ces difl'érences; mais l'explication de ces phénomènes tient à l'évaporation plus ou moins grande des humeurs, à leur altération et aux lois suivant lesquelles la chaleur sf communique des poumons aux extrémités du corps. Ainsi nous

LAVOISIKR. 211

attendrons^ pour nous occuper de cet objet, que l'analyse, éclairée par un grand nombre d'expériences, nous ait fait connaître tes lois du mouvement de la chaleur dans les corps homogènes, et dans ses passages d'un corps à un autre d'une nature différente. »

Lavoisier ne tarda pas à débarrasser la question de la combustion de ses obscurités. «J'ai, dit-il, déduit toutes les explications d'un principe simple, c'est que l'air pur, l'air vital, est composé d'un principe particulier qui lui est propre, qui en forme la base, et que j'ai nommé principe oxygine, combiné avec b matière du feu et de la chaleur. » Il ajoutait : «Mais, aï tout s'expfaque en chimie, d'une manière satisfaisante, sans le secours du phlqgiêtique, il est, par cela seul, infiniment probable que ce principe n'existe pas, que c'est un être hypothi- Uquê, une êuppoeition gratuite; et, en effet, il est dans les principes d'une bonne logique de ne point multiplier les êtres sans nécessité.» {RéJlexion$ mr le phkgiêtique, 1783.)

Application à Vhygiène ^ — «Les hommes, les femmes, les enfants, s'étiolent jusqu'à un certain point dans les travaux sédentaires des manufactures, dans les logements resserrée, dans les rues étroites des villes. Ils se développent, au contraire, ils acquièrent plus de force et plus de vie dans la plupart des occupations champêtres et dans les travaux qui se font en plein air.

«L'organisation, le sentiment, le mouvement spontané, la vie, n existent qu'à la surface de la terre et dans les lieux exposés à la lumière. On dirait que la fable du flambeau de Prométhée était l'expression d'une vérité philosophique qui n'avait point échappé aux anciens. Sans la lumière, la nature était sans vie , elle était morte et inanimée ; un Dieu bienfaisant, en apportant la lumière, a répandu sur la surface de la

, Trmti élémênlmin de ckmûtf 1 789- 1 793 , 1. 1 , p. so t .

terre Torganisation , le sentiment et ia pensée. Mais ce nest point ici le lieu d'entrer dans aucun détail sur les corps organisés; c'est h dessein que j'ai évité de m'en occuper dans cet ouvrage, et c'est ce qui m'a empêché de parler des phénomènes de la respiration, de la sanguification et de la chalear animale. Je reviendrai un jour sur cet objet. »

L'édition dans laquelle nous lisons cet admirable passage porte ia date de 1793; ce rapprochement est douloureux et fait honte à l'espèce humaine.

Presque en même temps que Lavoisier, Grawfort^ en Angleterre, avait cherché les sources de la chaleur animale dans les actes chimiques de la respiration ; il supposa qu'il se dégage du calorique parce que la chaleur spécifique de l'air est plus grande que celle de l'acide carbonique. Il étudia ensuite quelques écarts pathologiques de la chaleur propre, en particulier la température des parties enflammées, et chercha à interpréter ses expériences en faveur de sa théorie.

Les admirateurs de Crawfort et les adversaires de Lavoisier ont eu tort de vouloir faire de l'auteur anglais le précurseur de Lavoisier, et de chercher à attribuer à Crawfort l'idée première qui guida le créateur de la chimie moderne. Il suffit de comparer les deux mémoires pour reconnaître que, quel que soit le mérite de Crawfort, et il est grand, il n'enlève rien à la spontanéité, à la personnalité des travaux de notre grand chimiste.

Parmi les adversaires de Lavoisier, nous citerons : Vacca Berlinghieri ^, Buntzen, Coleman^ Saissy^, mais sans nous arrêter à leurs objections, qui ont perdu toute importance. Il

* Crawfort, Ih ealort animaliy 1 779. * Goleman, Diu. on êUipmtêed mpi-

•— Expérimenté and obiervatùmt on ani- ration , 1791. malheat, 1786. * Saissy, Recherchée ewr lapkyê. de*

' Vacca Berlinghieri, E$ame délia animaux hibernants, 1808. teoria di Qranfort,

LAVOISIËR. 213

D*eii est pas de même de Brodie ^ dont les arguments reposaient du moins sur un fait exact.

Brodie avait constaté que, chez les animaux décapités après la ligature préalable des vaisseaux du cou, quand on entretient artificiellement la respiration et la circulation pendant plusieurs heures, la température, malgré la transformation incessante du sang veineux en sang artériel, s'abaisse plus vite que chez les animaux auxquels la respiration artificielle n'a pas été faite après leur décollation. 11 conclut de là que la transformation du sang veineux en sang artériel dans Tacte respiratoire ne produit pas de chaleur, et il cherche la source thermique dans le système nerveux.

Cette conclusion provoqua les recherches de Dalton et surtout de John Davy ^, qui combattirent avec ardeur la théorie de B. Brodie, ainsi que Hale^ et Legallois^

Le traducteur allemand de l'ouvrage de Brodie, Nasse, se rangea résolument du côté de ce dernier ^. Earle crut pouvoir appuyer l'opinion de Brodie par des observations pathologiques *.

Nous reviendrons sur ces observations, qui sont justes mais mal interprétées, quand nous parlerons de l'influence du système nerveux sur la régulation de la chaleur.

* Sir B. Brodie, Somê philoêophieal ' Philoioph. irantaet, 181 6, p. 690. nÉearch«i,rupecting thê injlutncê ofihs ^ Archivée de Meckel, t. III, p. hag, bram on thê action ofthe hêat and an gê- * Ihid, L III, p. /i36. ngtation of animal heat. {PhUoiophical ^ Archivei de ReU et d'Autênrieth,

tramioettonê, p. 36, 1810.) — Further i8i5, vol. XII, p. àok-àkS, ^rperimentt and ob$ervaUoni on the in- * Medico-chirurg. tranêoct. tom. VII,

Jluence of the hrain in the génération of p. 1 7.'). heat, 1819, p. 378.

214 CHAPITRE r. — LA CHALBDR ET LA FIÈVRE.

JOH> HLNTBR'.

( Éeol« «ngbwe, 1718-1793.)

En 1775, J. Uunter commaniqua à la Société royale de Londres , à la suite d'une lecture de Blagden et Fordyce Sur

' Hanter naquit à Giascow, le 1 3 oo I /i f<évrier 1 798. U était le dernier et le diiièœ enfant de sa famille. Il avait parmi aei atnés un frère, William Hunier, qui fut un célèbre anatomiste et Taida dans ses débuts. Il commença son éducation A dix-sept ans; jusque-là il avait été élevé à la campagne en liberté. A Londres, il se livra pendant dix ans i rétude de Tanatomie avec son frère William, fit plusieurs découvertes sur les lymphatiques et le placenta. En 1761, rhiruqpen militaire, il est au siège de Belle -Irie (guerre de Sept ans); en 1 761 , il fait la guerre d*Espagne. Pendant ce temps, il se livre à la chirurgie active et étudie les plaies par armes à feu.

U n*avait aucun talent comme orateur ou profeasenr; ses commencemenU furent rendus encore plus difficiles par son caractère entier, indépendant.

Il iaisait des cours particuliers dans lesquels il ne réunissait pas plus de vingt élèves. Mais c'était avec peine qu*il s*arracbait i ses travaux et A ses dissections. «Il faut bien que j'aille gagner* cette demnsd gumea,i> disait-il, et il serait A désirer que les cfairui^ens retinssent cette parole du grand J. Uunter, A aquelle je ne change rien : «Ma ciienlèle est un damné moyen de nourrir ma ménagerie et mon musée.» U cultiva toute sa vie Tanatomie comparée; il iaisait marché avec le gardien des animaux de la tour de Londres et ceiii

des ménageries particdièfea. Il se moata ainsi une collection importante. 11 professait qn*on ne pouvait ftire de bonne cfairuigie que si Ton savait bien rasatomie et la physiologie comparées. Il acheta aux environs de Londres, à Brompton , un terrain sur leqnei il bAtit une petite maison, et y travailla une partie de sa vie sur des •"?'»»— *^ de toute sorte, même les plus féroces. En 1768, â quarante ans, il fut nommé chirurgien d*hâpital ; il eut alors des élèves nombreux et sut se fidre de son enseignement un revenu sérieux. Parmi ses élèves, nous trouvons: Aëtleff Cooper, Abêmtiky, Everûrd Home, /mnsr.

Connu GODune naturaliste, il reçut des dons de tous pays et augmenta son musée.

Ses travaux sont innombrables : Ahdt§ §ur h fiÊptun du Isndsii JPAMk (il se Tétait rompu lui-même). — Dm pmforatiom de VnU/mae, apré§ la mort, par le tue gaatriqu». — Ln orgamBs élêclriquêi d$ la torpillé. — Sur le$ eavith aérimmn dn oiteaux, — Mémoires :

Sur lêi dtnti, — Sur la grossssss erfrautérme. — Sur torgam de Fouk ehet^ Utpouêonê, ^- Son traité : Sur Ui meloidiêi véuérimmn, 1786.

Sa puisnnce de travail était extrême.

Il élait dès six heures du matin A Tamphithéàtre d^anatomie, à neuf heures il donnait ses consultations, à midi voyait ses malades en ville, dinait A quatre heures. Le soir, dans son cabinet de tra-

la jixUi de la température animale, un mémoire Sur la chaleur de$ animaux et des végétaux^. Dans ce mémoire il soutenait lopinion que les corps vivants possèdent la faculté de maintenir leur température contre l'influence du froid extérieur, et cela d'autant mieux qu'ils occupent un échelon plus élevé dans la série animale.

En 1777, J. Hunter écrivait à JcnnerS qui habitait la campagne, une lettre ainsi conçue : ce J'ai reçu les hérissons. Si vous avez le temps, voyez leur retraite d'hiver, et, par un temps très-froid, placez le thermomètre dans l'anus de l'un d'eux, et notez la température. Ensuite faites une petite ouverture à l'abdomen, introduisez le thermomètre dans le bassin, et notez la température; puis vers le foie ou le diaphragme, et notez encore la température. 11 faut que toute l'expérience soit faite en un petit nombre de minutes. Observez le degré de fluidité du sang, en comparant avec un autre hérisson qui aura été réchauffé pendant quelques jours. ... 99

En 17799 cette correspondance durait encore, et les expériences de toute nature se multipliaient.

Le chapitre vni du grand ouvrage de Hunter ^ est consacré à la chaleur des animaux. Il examine d'abord la nature de

vail, il écrivait oa dictait jusqti^à une beura ou deux du matin.

La quealion de ia chaleur animale était une de celles qui le pasdonoaient le plus. En 177&, ii fit avec Blagden et Fordyce des eipériences sur la conslanee de ia chaleur cfaei les animaux, quelle que soit la température extérieure. £n 1776, il publia des Leçwiê 9ur U mmi»tment mmeulaire. Dans la correspondanee très -active échangée entre Jenner et son maître, Pétude de ia température du corps revient constamment, L*ardeor de Hunter pour se procurer des pièces curieuses était extrêmement vive ; le géant 0*Brien prit

peur et demanda que Ton veillAtsur son corps. J. Hunter séduisit les ensevelisseurs, qui vendirent le corps du malheureux géant i9,5oo «f , et Hunter remporta lui-même dans sa voiture.

Aujourd'hui le squelette du géant est au musée de Londres.

Ses oeuvres complètes ont été éditées par le D' Palmer. M. Ridielot en a donné une traduction française en 1 8'i3.

* Édition de Ricbelot, i863, (. I, p. 76, 8&.

' T. I, p. 333. Leçon» »ur Uêyrtncipe» de la chirurgie; ch. vin : De la chaleur dee animaux.

216 CHAPITRE i-*. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE.

la chaleur en elle-même : est-ce une matière? est-ce une propriété de la matière ? et il dit fort justement : « L'idée de chaleur comporte trois choses : la matière^ l'action, et le corps qui met cette matière en action, v II distingue la chaleur sensible de la chaleur absolue d'un corps, et de la sensation de chaleur perçue par le malade. Tous les animaux produisent de la chaleur plus ou moins.

Hunter explique fort clairement les théories qui eiistaient alors sur les causes de la chaleur animale. t^On a supposé, dit-il ^ que le frottement en était la cause principale, et que le mouvement qui s'eiécute dans le corps, et qui appartient principalement au sang, suffisait pour servir de base à cette théorie. On a calculé l'étendue des surfaces internes des artères, étendue qui va toujours en augmentant è mesure que ces vaisseaux se divisent ; on a calculé le volume et le nombre des globules rouges. Ces évaluations ont donné une surface de frottement d'une étendue surprenante. Cherchant alors à apprécier la vitesse du sang qui se meut sur cette vaste surface, en même temps que la rapidité des globules qui se meuvent les uns sur les autres, on a cru voir dans ces faits une cause suffisante pour la production de la chaleur du corps; ce qui semblait confirmer cette opinion, c'est que, dans les cas où le mouvement -en question est augmenté, comme dans jes fièvres, la chaleur du corps parait plus considérable. Mais les auteurs de cette théorie n'avaient pu entrevoir les nombreuses objections qu'on peut lui opposer, t)

Hunter cite l'opinion du D' Stevenson, d*Ëdinburgh, pour qui la fermentation était une cause de la chaleur, et il la combat, sans paraître tenir compte des travaux nombreux des chimistes qui l'ont précédé, et sans paraître les connaître.

Il repousse la théorie du frottement comme insuffisante, et celle de la fermentation comme nulle ; il cite des cas ou la

chaleur était grande sur le corps et le pouls lent, ainsi que la respiration.

Remarquant que le froid supprime la digestion et les échanges, que certains animaux sont comme morts en hiver et ressuscitent au printemps, J. Hunter raconte lui-même plaisamment qu'il avait eu l'idée de faire geler des hommes qu'on aurait dégelés quelques centaines d'années plus tard.

Après avoir rapporté un très-grand nombre d'expériences faites sur la chaleur aux différents points du corps chez les animaux, Hunter relate celles qu'il a faites sur l'homme. « Plus les organes , dit-il , sont éloignés de la masse centrale , comme les doigts, plus ils sont soumis à l'influence directe du froid. »

Hunter a fait sur l'homme les observations suivantes : sous la langue, le thermomètre marquait 36^t i G.; si l'on faisait fondre de la glace dans la bouthe, il baissait à qB^C, puis remontait graduellement à son niveau primitif. Il s'introduisit aussi un thermomètre dans Yurèire \ et vit que la chaleur y était d'autant plus élevée qu'on enfonçait plus profondément. «La température normale, dit-il, est de 3 7% s 9 G. : cette température est assez uniforme, et est nécessaire è l'entretien des fonctions; elle présente des différences suivant qu'on l'explore auprès du centre, dans la bouche, dans le bassin ou le rectum. U y a une augmentation de chaleur intérieure produite par l'action du froid sur la peau. y>

John Hunter voulut savoir comment les animaux maintiennent leur température à un degré constant, malgré le froid ou la chaleur extérieurs. c^On ne peut, dit-il, élever artificiellement leur température de plus de 1 à 9 degrés audessus de leur température naturelle Or, ajoute-t-il,

la nature a placé dans la production même de la chaleur la cause de sa propre destruction , de même que dans le stimulus

du froid elle a placé une cause d'augmentation de la chaleur. »

Ce passage est remarquable. Nous voici en pleine physiologie moderne, au chapitre De la régulation. Or Hunter pariait d'après des expériences positives. « Deux causes, dit Hunter, détruisent cette chaleur en excès : Tévaporation, et une eerlaine faculté quant les anitnaux de détruire la chaleur. » Les expériences de Fordyce concluaient dans le même sens, et avant celles de Hunter. «Il est probable, ajoute notre auteur', que, dans la juste équilibration de la température animale, les forces vitales exercent de plus grands efforts quand l'évaporation devient moins active, et diminuent leur action quand l'évaporation augmente. Dans les cas pressants, l'évaporation est insuffisante; quand uhe production de froid plus intense qu'à l'ordinaire est requise, les forces vitales sont mises en jeu. Les animaux ne pouvant neutraliser qu'une certaine quantité de chaleur dans un temps donné, il en résulte que le temps pendant lequel ils peuvent exercer pleinement cette fonction doit être limité également. Mais il est probable que ce pouvoir de neutralisation, ainsi que le temps pendant lequel il peut être exercé, pourraient être accrus par un exercice fréquent. Il parait, ajoute Hunter, que les animaux engendrent la chaleur plus facilement qu'ils ne la détruisent, car ils vivent beaucoup plus à l'aise dans une atmosphère beaucoup plus basse que leur température normale, que dans une autre, même à leur degré de température. On peut admettre peut-être que la température moyenne entre le degré de chaleur le plus élevé dont les animaux soient susceptibles, et qui est de 36%6, et le degré le plus bas auquel ils descendent, est celle qui est la plus saine et la mieux appropriée à la vie; cette température moyenne est d'environ i^^aa C. "

L'idée exprimée par Hunter dans la dernière ligne du pré-

cèdent paragraphe y mérite d'être méditée. Elle fournirait la matière de nouveaux travaux.

Dans son traité De l'infiammaticn ^ Hun ter se demande si les animaux ont le pouvoir de produire de la chaleur paiement dans tauieê les parties de leur corps, ou si la chalçur est puisée à une source commune et transportée par le sang. Cette dernière hypothèse lui parait plus probable. 11 avance même que ce centre pourrait bien être VesUmac.

Quant aux températures locales, Hunter formule une loi qui doit porter son nom , car il en est l'inventeur : « De toutes les observations, dit-il, que j'ai faites, il résulte qu'une inflammation locale ne peut pas élever la chaleur de la partie au-dessus de la température naturelle de l'animal, et que, lorsqu'elle a son siège dans des parties dont la température naturelle est inférieure à celle qui existe à la source de la circulation, elle ne l'élève pas même jusqu'à cette dernière."

Suit une longue série d'expériences sur les animaux.

Hunter traite ensuite du refroidissement dans les maladies, qu'il attribue à la faiblesse, i^la défaillance : ainsi le frisson des fièvres, l'action de l'émétique. • • •

Hunter, dans. sa Thérapeutique chirurgicale, redoute l'action prolongée du froid, il parait n'emprunter au froid que l'action réactionnelle. «Le froid, dit-il, produit dans les vaisseaux la contraction y qui est une action de débilité. (C'est le contraire qui est vrai.) Un certain degré de froid subitement appliqué, qui ne produit guère plus que la sensation de froid, excite l'action après que l'effet immédiat a cessé, et cette action, qui est celle de dilatation , est le résultat du bain froid quand il agit favorablement; et, comme le froid produit la faiblesse, il ne faut pas que son action soit portée trop loin. »

Il conseille de traiter les inflammations locales par la chaleur réunie è l'humide (fomentations).

* th finflammation m gMral, ch. xii : Température de la partie enflammée, 1. 1 , p. hd'j.

JAMES GURRIE'.

(Fin du ivin* n'ède, 1756-1806.)

En 1797 paraissait la première édition, en un volume, du traité de James Currie, M. D. F. R. S. d'Edinburgh, Fellow of the royal Collège of Physicians de cette ville. Déjà, diïhuit ans auparavant, Currie avait fait un mémoire Sur Vin- Jluence du froid par rapport aux corps vivants *. Le livre qui parut ensuite, et eut plusieurs éditions, eut pour titre : Medical reports of the effects of water cold and warm as a remedy in fever and other diseases wether applied to the surface ofthe hody, or used intemaUy, including an inquiry into the circumstanees that render cold drink, or the cold bath, dangerous in health; to tvhich are added observations on the nature of fever, and on the effects of opium, alcohol, and inanition.

Nou?; avons étudié cet ouvrage sur la cinquième édition en deux volumes, avec additions, publiée à Londres en 181 A.

La préface de la première édition (1797), reproduite dans les éditions ultérieures, est utile à lire parce qu'elle marque bien quel était le but que poursuivait Tauteur, et quellç était l'intensité de sa conviction.

Cette préface, datée de Liverpool, 3i octobre 1797, et adressée en forme de dédicace au Right han. sir Joseph Banks, président de la Société royale, est ainsi conçue :

« Monsieur, «En vous offrant ce volume, je vous prie de permettre que

' Ecossais. D^abord commerçant eD Vii*f^Die.(Ea 1776 /,à vingt ans, il étudie a Edinburgh , puis à Glascow, puis eierce à Liverpool , où il est Dommé^médecin d^hôpital. Nommé, en 1793* membre (le la Société royale de Londres.

* Que d'étapes successives avant

qu'une idée ait foit son chemin ! Les physiologistes expérimentent, les philosophes formulent les lois, les médecins tâtonnent et essayent timidemeot.

La thérapeutique ne peut être hardie et rationnelle qu'appuyée sur des faits : agere, wm hqui!

JAMES GURRIE. 231

je dise en quelques mots dans quel esprit il a été écrit, et dans quelles circonstances j'en ai entrepris la publication.

«Il y a dix-huit ans, alors que j'étais à Edinburgh, j'eus à traiter comme sujet de mémoire : de l'influence du froid sur les corps vivants, pour une société d'étudiants dont j'étais membre. En défendant mes assertions contre des argumentateurs ingénieux, je me trouvai en contradiction constante avec des faits qui avaient pour eux Tautorité de la chose jugée; alors je découvris que les chiffres de la température du corps humain dans les maladies, même ceux qui ont été fournis par les auteurs les plus estimés, étaient, à peu d'exceptions près, fondés non sur une mesure exacte de la chaleur, mais sur les sensations du malade ou de ceux qui lui donnaient leurs soins.

«Pénétré de la pensée que, tant que Ton n'aurait pas déterminé plus exactement l'état de la température dans les diverses conditions de la santé et de la maladie, on ne pourrait établir aucune théorie stabk des mouvements vitaux, ni faire faire aucun progris au traitement des maladies où la température est diminuée ou accrue, je n'ai cessé, depuis cette époque, de recueillir et de collationner les faits se rapportant à mon sujet, me réservant de rendre publiques mes recherches un jour ou l'autre, si elles étaient dignes de fixer l'attention. Pour mener à bien cette entreprise, il me sembla que je n'avais besoin que de bons thermomètres, de temps et d'attention, et j'embrassai en imagination tous les effets de la température sur la santé et la maladie, vaste plan irréalisable, ainsi que l'expérience me l'a appris depuis; y aspirer serait témérité ou folie. J'ai beaucoup profité des idées qui m'ont été communiquées sur l'ensemble de la question par mon respectable ami le D' Percival.

« Malgré mon désir de retarder la publication de mes recherches jusqu'au moment où mon plan primitif serait exécuté, et bien que je fusse, d'autre part, sollicité de publier quand même ces essais, de peur de transformer une publi-

cation faite de mon vivant en une publication posthume, je ne fus amené à donner prématurément la publicité à ces recherches, quelque imparfaites qu'elles fussent, que par suite d'une circonstance que je vais relater.

«Des nouvelles reçues au commencement de la présente année annonçaient que la fièvre des Indes occidentales semblait devoir continuer ses désolants progrès et dévaster l'Amerique. Il me semblait que la science n'avait trouvé jusqu'ici aucun remède efficace contre cette maladie pestilentielle, et que notre devoir était de tenter quelque traitement plus efficace à l'aide de nouvelles méthodes. Au même moment, vous aviez donné communication au public des succès obtenus grâce à l'acide nitrique, dans la vérole et l'hépatite, par la méthode de votre correspondant, M. Scott, du Bengale. A la vérité, sa nouvelle théorie, fondée sur la chimie nouvelle, ne paraissait pas irréprochable , mais il n'était ni sage ni généreux de rejeter d'emblée cette théorie. Les premiers essais que je fis de cette pratique me persuadèrent que, bien que les succès du traitement par l'acide nitrique eussent été exagérés par suite de la chaleur d'imagination d'un esprit généreux, ii y avait lieu d'espérer que la médecine venait de s'enrichir d'un remède puissant et inoffensif. J'en écrivis à votre correspondant, en l'engageant à expérimenter ce remède dans la fièvre pestilentielle ....

«Cependant je m'avisai de songer à combattre le fléau par un autre moyen. Les ablulions ffeau froide dans la fikre ont été depuii si longtempê emphyieê dans l'hôpital de cette ville et dans la pratique privée, par mes amis et collègues les D** Brandreth et Gérard, non moins que par moi-même, qu'elles étaient devenues de pratique usuelle non-seulement à Liverpool , mais encore dans le comté de Lancaster. Déjà , en 1791* le D' Duncan avait publié, dans les Commeniaire$ médicaux annueU, une note sur les avantages de ce traitement, tel qu'il était employé par le D*^ Brandreth. Il avait été fait mention

JAMES GURRIE. 323

également de ma pratique dans les Philosophical tran$actianê de 1799. Taî souvent recommandé cette méthode à des chirurgiens de navires allant à la côte d'Afrique, et chargés de missdons sanitaires par la législature. En différentes occasions même, je donnai non pas seulement des conseils, mais des leçons de pratique (eau froide) à des médecins se rendant au loin.

Cependant une méthode de traitement si hardie et $i con- Èraire aus préjugés tm^res fit, à ses débuts, peu de progrès. On comprenait mal le mode d'opération de notre remède ; on ne s'entendait pas bien sur le moment exact où il en fallait faire usage ; de là des discussions vives. Réfléchissant à ces circonstances, et exposé par situation à entendre constamment l'écho des épidémies du monde de l'ouest, ma décision fut prise. Je résolus de ne plus différer è faire connaître notre traitement de la fièvre, et àk défendre contre les ffréjttgéê; c'est ainsi qu'est né le livre que j'ai l'honneur de vous présenter aujourd'hui.

«En traitant mon sujet, j'ai cherché avant tout à être clair plutAt que méthodique; les points les plus importants sont répétés è satiété, de peur d'erreur. Mes observations thermométriques m'ont permis de parvenir à une précision dans la direction à imprimer à l'usage des affusions d'eau froide, qu'aucun autre moyen ne m'aurait donnée, et, si je ne me flatte point, ont fourni è mes raisonnements une base que les spéculations sur la fièvre ont rarement possédée.

<cJe me suis gardé d'user sans nécessité d'expressions techniques ou vagues. Il vaudrait peut-itre mieux que la médecine, comme les autres branches des sciences naturelles, sortit du mystère, et se montrât avec la simplicité d^une science et la clarté de la vérité. Si j'avais eu le choix , je n'aurais pas adopté le langage delà théorie, comme fioerhaave ou Sydenham; mais j'aurais produit un ouvrage médical écrit du style dont se serait servi Bacon, s'il eût vécu de nos jours. Malheureusement, dans l'état

présent des connaissances médicales, il est tout à fait impossible de bannir entièrement le langage de la théorie.

«Les erreurs des fausses doctrines doivent rester plus ou moins dans notre phraséoU^, après que les doctrines ellesmêmes ont été abandonnées, puisque la coutume a fini par rendre intelligibles les expressions qui les désignent, et que la sagacité humaine n'a pas encore découvert ces principes premiers du mouvement vital, par lesquels les doctrines et le langage de la physiologie doivent être à tout jamais réformés. Ainsi le terme de ré-^uiion est appliqué à certains mouvements de la vie , en un sens très-différent de celui dont on use dans la science du mouvement de la matière inanimée, à laquelle il a été emprunté ; d'autres mots, tels que le ton, se rencontre^ ront encore dans les pages suivantes, bien que la théorie qui les a introduits dans la médecine soit universellement abandonnée. L'usage de semblables expressions est un mal que peut seul excuser la nécessité, et je l'ai évité autant que j'ai pu.

<i 11 est possible que cette introduction me procure quelques lecteurs parmi les hommes de science en général, et je confesse ici que tel a été mom objectif quand je vous ai dédié cet ouvrage. Il est naturel qu'un auteur désire voir son Iîvtq lu par ceux qui le peuvent apprécier et que leur situation rend aptes à mettre les préceptes en pratique. A un double point de vue, je fais appel à vous, à votre esprit scientifique et à votre cœur généreux. L'ouvrage que je vous adresse est en grande partie pratique. Un homme de génie, à la tête d'une flotte ou d'une armée, éprouverait probablement peu de difficultés à le comprendre; et peut-être, s'il l'avait compris, trouverait-il quelques occasions d'en appliquer les préceptes au bien de Fhumantté et au patriotisme. Quelle que soit sa destinée par rapport aux hommes appartenant à la profession militaire, j'espère qu'il ne demeurera pas ignoré des médecins praticiens de notre flotte et de nos armées, une des classes les plus méritantes de notre profession, une de celles auxquelles la méde-

JAMES GURRIE. 325

cine pratique a dA, dans les temps modernes, les progrès les plus importants.

«J'ai cru devoir joindre, dans ce volume, à Thistoire des affnsions froides dans la fièvre, différentes vues sur le même remède et sur les autres moyens de traiter la fièvre, et j ai abordé ces points divers sans trop me préoccuper d'être méthodique; j'ai été amené ainsi, et insensiblement, à parler de quelques-unes des modifications de la température du corps en santé , sujet que je réserve cependant.

«Tel qu'il est, ce volume pourra rester comme le premier d'une série sur des sujets semblables, si tant est que j'en doive écrire d'autres ; et il peut servir seul , si je n'en écris pas davantage.

« Excusez-moi d'avoir développé ce plan dans une dédicace et croyez-moi, etc.

«James Gurbie.»

Telle était la première inspiration de cet homme ardent et possédé de Tamour de l'humanité, généreuse manie des hommes qui vivaient à la fin du xviii* siècle, et dont notre pays n'était pas pourvu à l'exclusion des autres nations de l'Europe.

Plus tard ont paru une deuxième puis une troisième édition de cet ouvrage, qui s'était étendu et comprenait deux volumes. Ces nouvelles éditions étaient dédiées au duc d'York, commandant en chef des armées de la Grande-Bretagne. L'auteur recommandait la méthode des affusions froides, déjà employée dans l'armée, au prince qui commandait toutes les troupes du royaume. 11 cherchait des protecteurs puissants, non pour lui mais pour sa méthode.

Voici cette courte dédicace :

«La permission que vous m'avez donnée, de dédier cette édition nouvelle et agrandie de mon ouvrage à Votre Altesse

Royale, me commande avec une sincère gratitude, on profond respect. Cet ouvrage contient les détails d'une méthode pour traiter les maladies. fébriles, en grande partie nouvelle^et qui, en raison de ce qu'elle s'applique particulièrement à la pratique médicale de nos armées, a' eu l'honneur de fixer l'attention de Votre Altesse Royale. Sous la protection de votre nom et de votre autorité, cette publication ne peut manquer d'être remarquée de nos praticiens militaires, et les préceptes qu'elle contient seront ainsi appliqués sur une large échelle.

te A une époque où la profession des armes prend une importance sans exemple, peut-être, dans les annales de l'humanité, tout ce qui peut contribuer à la vie et à la santé des défenseurs de ce pays acquiert d'autant plus d'importance. A ce point de vue, les volumes que je vous présente ne sont pas, je l'espère, tout à fait indignes du patronage du premier homme de guerre et du protecteur de l'armée d'Angleterre.

«J'ai l'honneur, etc.

ce James Cdbbie.

«Batb, 7 jaillct i8o5.«

Ainsi l'ardeur du prosélytisme de Currie n'avait pas été stérile. Sa méthode était enfin entrée dans la pratique de la médecine militaire anglaise, qui s'exerçait sur d'immenses contrées.

L'ouvï'age de Currie débute ex abrupto par une observation de malade. C'est là la méthode anglaise ^ Ainsi procèdent les observateurs sagaces et sincères de ce pays; Sydenham , Graves , ont dans leurs narrations une sincérité, une vérité de description , qui est fort supérieure aux grandes prétentions dogroa* tiques de quelques-uns de nos auteurs contemporains. On comprend toujours les Anglais, on ne comprend pas toujours les Allemands.

' Carrifl dît, aa cliapiUre tiii, qu^il eonsaUe surtout le lirre de la natore.

JAMES GURRIË. 237

Donc, au lieu d'une exposition de principes, J. Gurrie débute simplement par l'observation du D*^ Wright. Ce médecin rapporte son cas ; c'était lui qui était le malade , et il s'est soigné lui-même. Embarqué à la Jamaïque, le i*' août 1777^ pour retourner en Angleterre , il soigne sur le navire un matelot malade d'une fièvre. Le matelot meurt et le médecin prend la même maladie par contagion. Le 5 septembre, la maladie débute par de petits frissons espacés» une forte chaleur è la peau, des douleurs aux avant-bras, le pouls petit et fréquent, de l'inappétence, les nuits sans sommeil. Mêmes symptêmes les jours suivants : fièvre, lassitude, courbature t céphalalgie. Un vomitif, une prise de poudre de quinquina a'améliorent pas la situation. Cependant le médecin malade monte sur le pont, cherche l'air frais et s'en trouve bien.

fcAlors, dit-il, éclairé par cette circonstance, je résolus d'employer une méthode que j'avais souvetU dénré expérimenter sur Ue outrée, dans les fièvres semblables à celle dont j'étais atteint. 9 S'étant rendu sur le pont tout nu et seulement enveloppé d'une couverture, le D' Wright se fait jeter sur le corps trois seaux d'eau de mer. Le saisissement est grand, mais suivi d'un rapide bien-être , la chaleur de la peau devient douce et il survient de la sueur. Le soir, retour de la fièvre et nouvelle ablution suivie d'un bon sommeil pendant la nuit. Le lendemain , deux séances d'ablution ; le surlendemain , même traitement. Les symptômes disparaissent le douzième jour.

Un jeune passager, M. Thomas Kirk, prend la fièvre et se soumet au même traitement, qui réussit parfaitement.

Quelle était cette fièvre? Il est permis de penser qu'il s'agit d'une fièvre intermittente ou rémittente des pays chauds. Le typhus ne guérit pas si vite. Les travaux modernes ont d'ailleurs montré Tefficacité de l'hydrothérapie dans le traitement de certaines fièvres intermittentes. Le D' Wright rapporte dans son mémoire (JMm. oftheLonêm médical Society, voL III «

p. 167) Topinion des médecins anciens favorables à ce genre de traitement.

Ayant lu cette observation en 17*86, au moment où eUe parut, J. Currie essaya aussitôt le moyen indiqué, et apprit, du reste, que son collègue le D' Brandreth en avait usé avec succès depuis peu de temps dans des cas de fièvre.

Voilà le début simple et saisissant de cet important ouvrage.

Le chapitre 11 nous montre l'auteur aux prises avec une épidémie de fièvre contagieuse (le typhus, sans doute) dans un hôpital de femmes à Liverpool, en 1787. Seize malades, deux décès; huit de ces malades étaient traitées par J. Currie. Sur sept d'entre elles, il applique bravement le traitement par les affusions froides; il hésite pour la huitième, parce qu'elle est atteinte de la vérole avec ptyalisme mercuriel, et elle meurt. Il se reproche cette hésitation , la mort étant survenue au seizième jour de la maladie.

Depuis cette époque , Currie est à la recherche des cas de fièvre grave contagieuse (Ae lofv contagious fever)\ il arrive à recueillir cent cinquante-trois observations dans lesquelles la guérison lui parait devoir être attribuée à l'action de Veau froide, (1797.)

Suit, au chapitre m, la description d'une épidémie de typhus ou fièvre des prisons, observée dans le 3o* régiment d'infanterie è Liverpool, en 1799. Les observations thermométriques y sont relatées; ainsi l'on voit que la température des malades était de loi* à loa* F. (38%4 è 39%5 C). Currie y signale le mauvais effet des éniissions sanguines. Deux sortes de malades n'étaient pas soumis aux affusions froides : ceux que l'on jugeait trop débilités et ceux dont la chaleur s'éloignait peu du degré normal. Chez la plupart des ma* lades ainsi traités, la* durée de la maladie sembla raccourcie. La température de l'eau employée était d'environ 1 S"* C.

Le chapitre iv est intitulé : Comment doivent se faire les afusions d'eau froide dans lafèvre. L'auteur prévient le lecteur que par fièvre, sans autre désignation, il entend la fièvre conteh-

JAMES GURRIE. 229

gieuêê grave, ou tifphuê du D' Gullen, ou fièvre contagieuse du ly Lind , ou fièvre inirritative du D' Darwin , maladie appelée dans le langage populaire : fièvre nerveuse ou fièvre putride.

Cette fièvre est ainsi décrite par CuUen : Morbus amtagiosus; cahr forum auetus; puhus parvus, debilis, plerumque Jrequens ; urina parum mutata; sensorit Junctianes plurimum turbatœ; vires multum imminutœ. CuUen admettait que cette maladie avait, tous les jours, deux paroxysmes. Gurrie y reconnaît, en vingt-quatre heures, une exacerbation et une rémission bien nettes; Texacerbation ayant lieu dans l'après-midi ou la soirée, et la rémission le matin. Cette exacerbation est de o%6 à i'',^ dans les parties centrales (!) du corps. Le moment le plus favorable pour les ablutions froides est celui où la température atteint son apogée, ou bien quand elle commence à décliner \ c'est-àdire entre six heures et neuf heures du soir. Cependant on peut l'employer à toute heure , pourvu quil n'y ait pas la sensa-^ tion, de frisson ni de sueur profuse, et que la peau soit constamrment chaude.

Si Ton fait Yaffusion pendant le frisson, on amène une fréquence extrême avec petitesse du pouls, un état de malaise presque syncopal; cela est dangereux, et il y faut renoncer quand bien même la chaleur du tronc pendant le frisson serait plus élevée quà fétat normal. On ne doit pas non plus baigner ni asperger les malades quand ils sont en sueur depuis quelque temps; cela aurait moins d'inconvénient au début de la sueur.

Le chapitre v contient des observations particulières de malades.

Le chapitre vi est consacré è des considérations générales ; Tanteur émet des propositions que nous analysons ici :

1* Les malades répugnent d'abord à l'emploi des affusions froides; mais, quand ils en ont éprouvé le bienfait, ils s'y prêtent volontiers.

' Ce précepte est donné comme nouveau et revendiqué par plusieurs auteurs contemporains.

a* Corne commençait par les affosions firoides, pois lavait le malade avec de Teaa vinaigrée et ensuite avec de f eaa de mer. Il préférait en général» pour les affusions, Teaa de mer à Teau de rivière , parce que la présence du sel rend la première plus stimulante et donne lieu à une réaction plus franche. Il préfère aussi la saumure au vinaigre, en lotions, parce qu'on se la procure plus facilement

S"" Pour reconnaître la chaleur de la peau, Gurrie se servait habituellement d'un petit thermomètre à mercure d'une grande sensibilité, à échelle mobile, d'un modèle imaginé par Hunter, et dont celui-ci faisait usage pour ses eipériences sur la chaleur animale. Gurrie introduisait ce thermomètre sous la langue en faisant fermer les lèvres, ou bien sous l'aisselie, indifféremment. Il se servait volontiers d'un thermomètre coudé plus conmiode , et qui n'eiposait pas l'observateur à respirer l'air eipiré par les malades ; et il usait aussi d'un thermomètre à index maximum (l'index était en fer).

Le chapitre vu contient des observations particulières montrant le bon effet des affusions froides dans certaines fièvres, notamment dans les intermittente» tierces.

L'auteur ajoute qu'il est mauvais de faire ces affusions A la période algide et de les continuer quand la convalescence est survenue. Gurrie reconnaît que la seule exposition du malade à l'air froid suffit à abaisser beaucoup sa température. Il recommande aussi de se contenter, dans certains cas avancés, d'affusions tièdes, de lavages à l'éponge avec du vinaigre tiède, après le neuvième ou dixième jour.

Ghapitre viii : Retnarques générale» sur la JUm^, — Cette fièvre, c'est le typhus vrai, et non le »ynocku» de GuUen. Gurrie employa les affusions froides chez un malade, alors que le thermomètre marquait, sous la langue, loy^ F. (At%6 G.), mais sans succès, le pouls ne fut ni relevé ni ralenti, et la température ne fut point abaissée, ou du moins ne le demeura pas, et il n'y eut ni réaction sudorale ni sommeil.

Chapitre ix : De Cusage des affumns froides et tUdee dans la petite virole, avec des observations particulières, — Encouragé par le succès de cette méthode dans le traitement du typhus, Currîe n hésita pas à l'employer dans diverses sortes de fièvre, 'et notamment dans les cas de variole. L'avantage de l'air frais, dans cette maladie (Sydenham, école anglaise du xvn* et du XTiii' siècle), semblait inviter à essayer les affusions froides, qui sont d'une action plus puissante. L'auteur choisit les cas les plus graves de variole, et l'événement répondit à son attente; il rapporte une observation de ce genre. Un jeune Américain de vingt-quatre ans fut inoculé par lui, en 179&; le septième jour, la fièvre parut; la température monta, en quelques heures, à 107" F. (&i%6 G.). Gurrie fit boire au malade beaucoup d'eau et de limonade froides, et le fit asperger de trois gallons de saumure froide , ce qui le rafraîchit beaucoup. Le pouls se ralentit, la chaleur baissa, le sommeil fut tranquille. En vingt-quatre heures on recommença trois fois les ablutions, et le malade les demandait lui-même quand il sentait revenir la chaleur. L'éruption fut franche, la guérison rapide.

il ne faut pas compter sur des effets certains, quand la méthode est employée dans des cas de variole confluente déjà avancée. C'est au début de l'éruption qu'il faut agir surtout. L'auteur nous renvoie au traité publié, en 1761, par sir Wilham Watson sous ce titre : Account of expérimente on the most successful méthode of inoculating tlie smallr-pox, où sont relatés des cas de guérison de variole après immersion dans l'eau froide, et où se trouve indiquée la pratique des indigènes au Bengale. «Dans certaines provinces de ce pays, dit M..lves, les indigènes se soumettent à l'inoculation. Après l'opération, on ordonne au sujet de se baigner dans l'eau froide deux fois par jour, et de se tenir le plus frais possible. Quand la fièvre fient, on ne se baigne pas, mais on reprend les bains au deuxième jour de l'éruption , et on les continue pendant trois

jours. » (^Ives's voyage to India, in the years iy55~56-5j, ch. iv. p. 5/i.)

Le D"" Gérard, à Liverpool, pratiquait les affusions d'eau froide dans la scarlatine, et Currie suivit cet exemple. A la fin' de décembre 179^, cinq enfants d'une même famille furent successivement atteints de la fièvre scarlatine, quatre légèrement, le cinquième fortement; le père de famille lui-même prit la maladie. Les symptômes étaient graves; le D*^ Gérard, ;ippelé, ordonna sans succès un éméto-cathartique, puis se décida, vingt-huit heures après le début, à employer les affusions d'eau froide. L'expérience eut un succès inespéré; la lièvre tomba aussitôt, il y eut sueur et sommeil. Le lendemain, ou ré[)éta le remède. La maladie ne reparut plus. Même chose eut lieu pour une servante de cette famille. Currie se demande si Ton peut vraiment faire évanouir ainsi la Jikre el empêcher Véruption.

Ici se place une discussion théorique si importante, si opportune encore de nos jours, que nous traduisons littéralement notre auteur, ç^ Que la maladie puisse s'éteindre sans que l'efflorescence spécifique de la peau et l'angine se montrent, c'est là un fait singulièrement curieux. // semblerait montrer que celle matière ejflorescentc est le produit de la fièvre éruptive, el que la fièvre elle-même étant détruite lout d'abord, la matière efforescenle ne se produit pas. Ainsi nous n'avons plus à nous préoccuper des appréhensions qu'une fausse théorie pourrait nous suggérer, relativement au danger qu'il y aurait à arrêter un processus par lequel la tiature cherclierait à se débarrasser d^une humeur dont l'économie serait imbibée. Nous pouvons donc soutenir cette proposition, à savoir : Que la fièvre éruptive de la petite vérole est la cause et non, comme on le supposait, la conséquence du progrès de Fassimilation, et que la diminution de cette fièvre par l'air frais, et encolle mieua: par les aff usions d'eau froide, diminue aussitôt la

JAMES CURRIE. v 233

quaniiti de nuuUre aamiUe, et peut, dans eertains cas, empêcher camplétemeni l'aeelmilaUon ^ »

J. Gurrie se préoccupe aussi de savoir si réruption variolique, avortée par suite du traitement, préserve le patient d'une récidive. Question non résolue. 11 raconte avoir souvent traité la eearlaime, après l'éruption parue, par l'immersion dans des bains tièdes (de gQ"" à qG*" F., soit de 36° à a S"" G. ), et cela avec un succès constant, ce L'expérience , dit-il, montrera plus tard si les affusions d'eau froide conviennent aux autres exanthèmes. 9

La température de l'eau froide, telle qu'elle était employée par Gurrie pour ses afliisions, était, en général , de S"" à 1 o* G. , quelquefois (en été) de iS"" à ao* G., et les effets étaient les mêmes : La résolution de la fihre dépend surtout de l'impression soudaine, généralisie et puissante, et, que l'eau ait â** ou iS* C, elle nest pas si différente qu'on pourrait se l'imaginer de prime abord. Dans ces limites, l'efficacité du remède et son innocuité dépendent surtout de la soudaineté et de la brièveté de son application.^

Après ces citations textuelles et exemptes de tout*commenlaire, il convient de nous arrêter un instant et de nous demander quelle en est la valeur. Deux points principaux attirent d'abord notre attention :

i* Gurrie se débarrasse hardiment de tout scrupule] quant an respect dû à la maladie, au processus humoral, à l'effort instinctif de la nature, à la natura medicatrix. Il prend pour objectif la fièvre et dit : <t Tu es cause et non effet , c'est toi que j'attaquerai : suhlata causa tolHtur effectue, ri G'est ainsi que , pour l'école allemande de nos jours (Liebermeister), la fièvre, c'est

* Le D' Calien a «vtocé qu*i tous méabilité de la peau. Cette doctrine,

les degrés de la variole la quantité de que, dans ses leçons, il étend à tous les

matière aasimUée est proportioooelle à autres eianthèmes,*cst, suivant moi,

la masse du corps, et que les différences Tune des parties les plus faibles de son

dans la nature et la quantité de Térup- ceuvre si remarquable, lion dépendent entièrement de la per-

m^ CHAPITRE 1". — LA CHALEUR ET LA FIEVRE.

le niai C'est le renversement de toute la doctrine traditionnelle de riiippocratisnié, c'est l'esprit de révolte audacieux et paradoxal, c'est la science expérimentale substituée au doctrinarisme, au méthodisme. Notre époque se flatte de grandes audaces, elle se flatte à tort d'en avoir eu l'initiative.

2° Currie est moins préoccupé du phénomène chaleur, moins soucieux d'abaisser directement la température que (l'amener la réaction; ce n'est pas nn frifridiste , c'est un hydrothérapeute, un Priessnitz. Aujourd'hui on ne cherche pas la réaction, mais la soustraction pure et simple de calories.

Chapitre x : Des abusions d'eau liède à la surface du corps dans les désordres fébriles , et de l'épongement du corps avec reau ou le vinaiffre. Laffusion d^eau tiède pratiquée par les anciens. — Currie appelle eau liède celle qui va de 87° à 97 f» (^^i^ (le 3o' à 36° C), et il croit pouvoir alfirmer que les afl'usions tièdes amènent quelquefois tout autant d'abaissement de la température du corps (jue les afl'usions froides. Voici l'explication qu'il donne a cet égard : rr L'évaporation à la surface du corps est plus copieuse dans l'afl'usion tiède, d'où dépend beaucoup le rafraîchissement du cor[Ks. En outre, l'afl'usion tiède est peu stimulante et n'amène point, comme l'afl'usion froide, ces évolutions de la peau qui [jermettent de résister aux efl'ets du froid extérieur. Si l'on se propose de diminuer la chaleur, on y parviendra avec certitude par l'usage répété des afl*usions tièdes, en ayant soin, dans les intervalles, d'exposer la surface du corps à l'air extérieur; alors, si le soleil est caché et qu'il y ait un courant d'air, s'il y a du vent, on peut abaisser la température du corps, là même où l'on ne peut se procurer de l'eau froide, comme par exemple dans les régions les plus chaudes du monde, les plaines du Bengale ou les sables do T Arabie \t^

Currie déckre avoir fait usage des afl'usions tièdes surtout

' Sysl^'inc des alcorazas. Voyoz les (ravaux (ri']<lwanls.

dans les affections fébriles, où la maladie consistait plutôt dans le stimulus d'une chaleur exagérée que dans la contagion, les miasmes ou les inflammations locales, et surtout chez les enfants. <tCes affusions, dit-il, produisent généralement une diminution considérable de la chaleur et de la fré* quence du pouls et de la respiration ; elles amènent le repos et le sommeil. Il les faut employer préférablement aux affusions froides quand les malades sont oppressés el respirent mal et chez les malades très-affaibiis. Pourtant leur action nW pas aussi permanente que celle de l'affusion froide; elle n'est pas suivie d'une cessation totale de la fièvre, comme cela a lieu souvent à la suite des affusions froides. On peut aussi, dans la fièvre hectique, faire des affusions tièdes partielles, sur la paume des mains et la plante des pieds, n

Cette question du froid n'était pas interprétée de la même façon par tous les médecins anglais de cette époque. Brown, préoccupé de ses théories, en révolte contre l'observation, affirmait que, dans la zone torride, le froid ne pouvait jamais être appliqué utilement au traitement des fièvres parce qu'elles y étaient a-êtkéniques (?) , et qu'au contraire le froid était le grand remède dans les maladies sthéniques, qu'il agissait de même dans la rougeole, le catarrhe et les autres maladies inflammatoires, que dans la variole, et qu'il sufiîsait pour les guérir; mais l'expérience manquait. Darwin (^Zoonomia) ne se préoccupait pas de l'action du froid sur la sensation tactile, en quoi Gurrie le trouvait répréhensible ; et il considérait l'application du froid comme abolissant tout stimulus à la peau.

En tout cas, la question était agitée partout, et l'on était en pleine voie de physiologie pathologique. (Voyez les travaux do J. Hunter.)

Currie était d'avis de régler les affusions sur la température du malade et de les faire tièdes , si cette température était pou élevée. Il comptait beaucoup sur l'action stimulante k la

236 CHAPITRE l". — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE.

peau. Par le mot frais, il entendait une température do Teau de 87" à 75^ F. (de 3i^à 95° C.)

Historique ancien, d'après Currie. — La pratique des boissons froides (eau) dans les fièvres, était fort usitée chez les anciens; ils employaient aussi quelquefois l'immersion dans Teau froide, mais ils semblent avoir ignoré complètement les alTusions froides sur le corps. (Currie se trompe : voy. les Arabes, voy. Alpinus, etc.)

Les ablutions à la surface du corps dans les maladies fébriles, ont été notées sous diverses formes parmi les pratiques des nations barbares de f Asie et de l'Afrique par des voyageurs modernes, notamment par sir John Chardin et par M. Brucf»; mais elles furent introduiles pour la première fois en Europe pendant une fièvre épidémique qui sévit à Breslau, en Silésie, dans Tannée 1737, ainsi qu'on le voit dans la dissertation de J. G. de Hahn, dont le titre est : Epidemia verna quœ Wratislaviam anno ijSj ajjlixit, (Voy. l'appendice des Acta Germanica, vol. X.)

Cet auteur rapporte que l'épidémie de typhus ayant résisté à tous les movens connus, il eut recours aux ablutions froides avec l'éponge et au drap mouillé. Sauvages donne un extrait de cette dissertation [Nosol. meihod.y Currie cite ensuite un [)assage de (^else : Quidam ex antiquioribus medicis Cleophantus in hoc génère morborinn (fièvre tierce) midlo anle accessionem caput œgri mtdla caJida aqtia perfundebat , deinde vinumdabat. Les Grecs et les Romains usaient, dans leur régime habituel, de bains et d'affusions tièdes.

Chapitre xt : De i*usage interne de Feau froide dans lajlèvre, — Les anciens faisaient usage de boissons froides dans les fièvres (llippocrate, Galion, Celse, etc.). Parmi les modernes, Cardanus a écrit sur ce sujet une dissertation apologétique. Hoffmann les recommande aussi (vol. I, p. ^79). Dans notre

JAMES GURRIE. 237

pays, cette pratique a été recommandée par Smish comme une panacée, et Hamock a écrit sur ce sujet un traité intitulé : Febrijugwn tnagnum. En Espagne et en Italie, l'usage de l'eau froide a eu une plus grande vogue au commencement du xrni* siècle qu'en aucun autre pays d'Europe et parait s'y être conservé. ( Voy. le mémoire intitulé : Diœta aquea, par le D'Grillus de Naples, dans le XXXVI* volume des Pliilosophical transaC" tions.) Cet auteur mentionne aussi l'application de glace pilée et de neige sur le corps des malades. Boërhaave a disserté longuement sur les boissons froides, qu'il ne recommande pas plus que fae le font Van Swieten et GuUen. Du reste, l'opinion, à toutes les époques, a été contraire h cette pratique.

Currie a étudié attentivement, et le thermomitre en main, les effets des kaissons Jroide$. Voici ses conclusions :

1** Il ne faut pas boire froid, pas plus que faire des ablutions froides dans le stade de frisson.

a"" On peut boire froid en toute sûreté dans la période de chaleur confirmée ; alors on voit la température décroître de plusieurs degrés à la surface du corps et le pouls se ralentir, la sueur et le sommeil s'ensuivent. C'est la même action, quoique moins marquée , que celle des affusions froides à la peau. Currie avoue n'avoir pas employé habituellement cette méthode.

3"* Après la transpiration, il ne faut pas boire froid, sous peine d'une grande oppression et d'un abaissement trop grand et trop rapide de la température h la surface du corps. (Hoffmann attribue à cette imprudence plusieurs cas de mort subite.) Il ne faut pas troubler, par un refroidissement brusque^ ce mouvement gradué de refroidissement qu'amène la transpiration.

Le chapitre xii, qui est un des plus longs, est consacré aux

midadies qui proviennent de Vusage des hoiêsone froides ou des bains

fr'oids après un violent exercice. — Ce fait est bien connu. La

mort subite de gens qui, dans la grande chaleur, après une

marche forcée ou un exercice violent, ont absorbé une grande quantité de boisson froide, n'est point rare, mais elle demeure inexpliquée. Il en est de même de l'immersion prolongée dans l'eau froide. . • (Voy. la dissertation de GuUen : De frigore, Ëdinburgh, 1 780.) Gurrie s'occupe des sensations subjectives du malade par rapport au froid, suivanl le degré de chaleur de son corps . . .

Le chapitre xni traite du bain froid dans les maladies convulsives, la folie, etc. On y trouve des cas de tétanos guéris par ce moyen, également des cas de danse de Saint-Guy et d'hystérie convulsive.

Au chapitre xiy, Gurrie insère un mémoire qui avait été lu par lui devant la Société royale et inséré dans ses Transactions en Tannée 1 799 : Sur le froid à propos de tnatelots morts étant en msr sur une épave. A cette occasion , Gurrie institua des expériences pour examiner les effets de l'eau pure et de l'eau salée comparativement, en les prenant à la même température. Ces expériences sont intéressantes en raison même de l'époque ou elles ont été entreprises , c'était le produit de la grande école de Hunter. Gombien notre époque se trompe en s'attribuant le mérite d'avoir inauguré la physiologie expérimentale !

Première expérience, — Gurrie plaça un large vase contenant cent soixante gallons d'eau salée, au grand air. La température de l'eau , comme celle de l'air, était de 7° à S'' G. Le sujet était un homme de vingt-huit ans, vigoureux et sain; l'heure : k heures après midi. La température du sujet était de 3 6% 5. On déshabilla l'homme, puis il fut mené nu dans une cour ouverte et exposé à l'air avec un vent de nord-est pendant une minute, puis plongé dans l'eau jusqu'aux épaules. Le thermomètre, d'abord échauffé dans de l'eau à 38** G., fut introduit dans sa bouche, sous la langue; la colonne mercurielle s'abaissa rapidement et s'arrêta, une minute après, à 87'' F. (3o%6. G.). L'homme se tint immobile dans l'eau et

JAMES GURRIE. 239

le thermomètre remonta peu à peu ; en douze minutes il était remonté à 93%5 F. (3à%a G.). Au sortir de l'eau et étant replacé à Tair libre, exposé au vent, l'homme, que l'on enveloppait de linges, se refroidit (le mercure baissait rapidement). On le plaça dans un lit chaud, sa température était alors de So"* C. dans la bouche et de 3i*,6 G. dans l'aisselle. On le frictionna et il but de l'eau-de-vie, on lui appliqua une vessie d^eau chaude sur le creux de l'estomac. Trois heures après il n'avait pas encore recouvré complètement sa température normale.

Deuxième expérience. — Le lendemain , à la même heure , la même personne fut immergée comme ci-dessus. Son pouls était, avant l'expérience, de 85 pulsations, et sa chaleur de

^7**»7 ^'^ ^'^^ ®' ^'®*^ étaient h 7%5 G., le vent était nord-est et fort.

Thcmi. G.

Q minutes après rimmersion 33*,o

iQ 35%o

ta 35',o

Au bout de quinze minutes, le sujet sort de l'eau et reste exposé tout nu à l'air et au vent, et le thermomètre ne marque plus que 3 i%â G. Le sujet boit un coup de bière {^)i on le met dans un lit chaud, et, trois minutes après, sa température remonte à 33%9 G.; une heure après elle était è SB"" G.

2Î0 CHAPITRE r. ^ LA CHALEUR ET LA FIÈVRE.

Ces effets, produits par l'exposition successive à raction de Feau et à celle de Tair, donnèrent à réfléchir à l'expérimenta teur.

Troisième expérience. — Le sujet est déshabillé et demeure seize minutes dans l'eau salée froide à la même température que ci -devant. On obtient les mêmes effets à peu près, puis il est plongé dans un bain d'eau douce è 36%/i G., et» chose inattendue, sa température baisse d'abord d'environ s*; au bout d'une minute, elle était à 3i%i C, puis, au bout de neuf minutes, elle était remontée à 35*,6 C. Ainsi ie bain chaud produisait d'abord les mêmes effets que ie froid , pourtant avec cette différence notée par Gurrie, que dans i'eau froide les extrémités étaient très-froides, tandis que dans le bain chaud la chaleur était universellement répandue. A la sortie du bain chaud le sujet put se rhabiller et se trouva très à son aise.

Quatrième expérience. — Nouvelle immersion dans l'eau froide. Le malade est interrogé sur ses sensations. Il dit qu'au moment de l'immersion il ressentait un froid très -vif, que cette sensation diminuait et devenait supportable, puis qu'elle revenait à sa première intensité, un peu moindre peut-être. Alors, quand l'eau était immobile, il ne sentait pas que son corps, des clavicules au pubis, était dans l'eau, il sentait un grand froid aux extrémités des membres, au pénis et au scrotum. Il éprouvait comme un cercle au niveau du plan de la surface liquide, quand celle-ci était agitée. Le malade, replacé à l'air, puis plongé dans un bain è /io*G., éprouva du malaise, et l'on dut abaisser la température de l'eau à Sa"" G.; alors il se trouva mieux, se réchauffa peu à peu jusqu'à 37%7 G. et se refroidit ensuite jusqu'à 3s'',â G., puis on le frictionna et réchauffa par les moyens ordinaires.

D'autres expériences de même nature furent faites par Gurrie

sur différentes personnes. Ces variations rapides de la température du corps vivant ne semblaient pas s'accorder avec les théories professées alors sur la chaleur animale. Nous laissons ici la parole à l'auteur :

«t L'accroissement de la chaleur, dans la fièvre , a conduit quelques personnes à penser que la chaleur animale est produite par l'action du cœur et des artères, ou du moins en connexion directe avec celle-ci; pourtant il faut remarquer que, ici , quoique la chaleur ait dû être engendrée dans le bain avec une rapidité quatre fois plus grande qu'à l'ordinaire , les vibrations du système artériel étaient excessivement faibles. U y a une autre théorie fort belle de la chaleur animale, qui suppose que celle-ci dépend immédiatement de la respiration; mais, dans le bain, après les premiers moments où le jeu du diaphragme est dérangé par le choc de l'immersion, la respiration devient régulière et extrêmement faible. Enfin il est un curieux phénomène, la chaleur monte et descend alternativement, puis remonte, dans le bain, le corps demeurant en repos , et la chaleur du milieu ambiant étant la même; c'est là, je pense, une observation fatale à ces théories qui considèrent le corps vivant comme une simple machine, mise en mouvement par les actions extérieures, mais dépourvue d'initiative propre, et ne différant des autres machines que par la nature particulière des forces qui concourent à la mettre en action. Je ne puis m'empêcher d'admirer la théorie qui rapporte l'introduction du calorique dans l'organisme, surtout à la décomposition de l'air atmosphérique dans la respiration, mais, il faut bien le dire, l'état de la chaleur dans le corps ne peut être évalué sûrement (comme quelques-uns l'ont supposé) d'après la quantité d'air respiré. Le calorique est amené dans l'organisme encore par d'autres voies, particulièrement par les aliments et les boissons, et leur transformation en chaleur semble être modifiée par la puissance vitale; enfin, nous n'avons point d'explication chi-

mique ni mécanique suffisante pour faire connaître les raisons de ce phénomène. «

Currie établît ensuite que le refroidissement est plus grave dans Teau douce que dans l'eau salée. Il montre que, dans ses expériences themiométriques, il s'est mis à l'abri de l'erreur signalée parHunter pour l'estimation de la chaleur buccale, en plaçant la boule du thermomètre non iur la langue dans le courant de la respiration , mais sous la langue. 11 explique par le raisonnement suivant que l'homme, passant du bain dans l'air, à température égale de l'air et de l'eau, se refroidit encore : R Pendant l'immersion , l'eau qui est en contact immédiat avec la peau s'étant échauffée un peu , le corps nu, sortant de l'eau pour s'exposer à l'air, est, en fait, exposé à un milieu plus froid, d'où nouvelle perte de chaleur. Du reste, ajoute Currie, les changements de température dans h corps vivant sont gouvernés par des lois qui sont particuliires à celui-ei. » (C'est le WArme-reg^ir lirung moderne. )

Chapitre xvii : Aperçu général des doctrines concernant la fièvre, Hippocrate, Galien, etc. Théories diverses. — « Rien, d'après notre auteur, ne montre mieux la faiblesse et l'ignorance de l'espèce humaine , à la fois présomptueuse et impuissante â supporter le doute, que le chapitre de la fièvre. La fausse sdenee est encore pire que la superstition. Les principes de la mécanique, de la chimie, du magnétisme, de l'électricité, ont été successivement mis à contribution pour expliquer les mouvements de la vie , et n'ont servi qu'à nous tromper et à nous décevoir. . . Hippocrate, qui vivait à une époque où les instruments de physique faisaient défaut, estimait la chaleur d'après ses sensations; il appliquait ses mains sur la poitrine dés malades, jugeant les phénomènes morbides moins d'après le pouls que d'après la chaleur du corps.

(tll faisait appliquer des linges trempés dans l'eau froide sur les parties les plus chaudes, tirait du sang, soit avec des ven-

touses scarifiées, soit avec la lancette, et administrait soit de Teau froide, soit des boissons fraîches.

« Au temps de Galion , ia tradition de la chaleur cause de la fièvre s'était conservée, et la pratique était conforme au principe. Les Arabes reçurent cette doctrine, mais Tobscurcirent. Au siècle dernier (xvu* siècle) vint Sydenham, qui était, lui aussi, un observateur original, et auquel la médecine doit beaucoup. Pourtant il dogmatisait a priori, et il s'est parfois égaré. D'après lui, toute maladie n'est rien qu'un effort de la nature pour expulser d'une manière ou d'une autre la matière morbifique. Il faut donc l'aider et non la contrarier dans cet effort ^ Il s'agit de trouver des émonctoires. Alors on en arrive à comparer l'action désordonnée de la fièvre aux mouvements de fermentation par lesquels la nature sépare du sang les parties viciées avant leur expulsion. Ainsi la fièvre serait, à certains égards, la coMéquenee salutaire de Feffart tenté par la nature pour expulser la maladie.

«lOn voit poindre dans Hoffmann l'aurore d'une plus juste pathologie de la fièvre. 11 rejette le mécanisme et cherche la cause de la fièvre dans la nature particulière des mouvements vitaux. Il suppose que la matière morbifique excite un spasme des vaisseaux périphériques, puis une réaction du centre h la périphérie avec expansion des vaisseaux, fièvre enfin et chaleur . • • D'après la doctrine d'Hoffmann , le médecin doit contrecarrer l'action morbide et favoiîser l'effet naturel (?) » Currie trouve cette doctrine de l'action et de la réaction très-belle; en effet, Currie recherche la réaction par l'application de l'eau froide.

(( Le système d'Hoffmann a produit celui de CuUen. D'après Hoffmann , le premier effet des causes cachées de la fièvre est k tpoMme suivi de la réaction. Cullen dit que le premier effet des effluves nuisibles (cause éloignée), est une débilité gé-

> Id Currie oabKe qa^Hippocrale avait dit : Qho nalura vergit eo imemium,

nérale affectant le êeMortum commune, d'où le spasme: aa spasme , succède la réaction qai résout la maladie. 9 Cette manière d'expliquer la vis medicatrix ne satisfait pas Currie.

(t Brown vint, dit Currie, qui supposa PexciuASité, et expliqua tous les phénomènes de la vie et de la maladie par ce principe prétendu ; il imagina le moyen de le mettre en acte par des sùmult. Il s'agissait de trouver juste le degré précis d'excitement qui correspond à la santé; il n'y eut plus que deux maladies , les sthéniques et les a-sthiniqneê. Il classa le typhus dans la deuxième catégorie , et rendit service en introduisant Tusage du vin et de l'opium dans cette maladie. (Les grands agitateurs servent à quelque chose.)

« Darwin (l'auteur de la Zoonomie) essaya ensuite de donner une théorie générale de la fièvre. 99

Currie ne pouvait manquer de donner aussi sa théorie de la fièvre, mais il le fait avec modestie et en toute humilité (il a en vue surtout le typhus) : «Les premiers symptômes sont la langueur, le frisson, la fatigue physique et intellectuelle; ceêt une sorte d'empoteormement, les forces vitales en sont op* pressées ou vaincues. Pourtant il survient en général une réaction; il y a lutte entre la cause morbide et l'énergie vitale, entre le pouvoir central et la résistance des vaisseaux périphériques , d'où production d'une chaleur exagérée. Si les forces vitales l'emportent, la peau s'ouvre, la sueur coule, la chaleur tombe, les phénomènes morbides diminuent. Le phénomène inverse maintient la fièvre. »

Ici nous devons nous arrêter pour adresser une critique à notre auteur : il a manié le thermomètre, il a lu de Haén, et voici ce qu'il dit : c( Examinons l'état de la chaleur aux différents stades de la fièvre intermittente : en général, et sauf erreur, dans le stade de froid la chaleur est diminuée , nonseulement à la surface, comme quelques-uns l'ont imaginé, mais probablement dans tout l'organisme. J'ai trouvé la température sous la langue à g/i* et gS*' F. (34%5 C. et 33*,9 C),

JAMES GURRIE. 245

et même à ga"" F. (3 3% 3 G.). Dans ces cas, il y avait une sensation de froid à l'estomac et du tremblement de tous les membres. A ce moment, les bains chauds et les boissons chaudes sont très-utiles. Le pouls devient fort et plus fréquent et la chaleur vient, allant du centre à la périphérie, mais ce phénomène se produit avec une extrême irrégularité dans sa marche. 19 Tout cela est mal observé , et c'est un grand désenchantement. Voilà un observateur sagace, original, indépendant, qui s'arme du thermomètre, et qui aboutit à de si grosses erreurs ! Etait-ce bien la peine que de Haën et d'eutres eussent si bien décrit la chaleur exagérée et comme paradoxale qui accompagne le frisson? Gurrie se perd par trop de condescendance pour les idées de son temps , il se refait écolier de maître qu'il était, et descend du piédestal que lui avait érigé le lecteur.

Plus loin, il nous donne bien réellement les chiffres du stade de chaleur : 39% 39\5, /io% /îo\5 G. Alors, dit-il, c'est le moment de pratiquer les affusions d'eau froide. 11 nous décrit la période de sueur et la chaleur qui tombe alors. 11 revient aussi à une opinion déjà émise par lui , à savoir qu'il n'y a rien de bon à attendre pour les fonctions de l'organisme tant que dure une chaleur de plusieurs degrés au-dessus de la normale.

Currie nous donne aussi une explication mécanique de la toif, mais elle n'est point supérieure aux données de la physiologie de son temps; la tympalhie y intervient, ce qui gâte tout.

Arrivant au traitement, Gurrie émet les préceptes suivants : (cQue convient-il de faire dans la fièvre? diminuer le froid dans le stade de froid, modérer la chaleur dans le stade de chaleur, et vaincre la contracture des vaisseaux périphériques par laquelle la chaleur morbide est retenue, et la réaction retardée, et en tout cas soutenir les forces. . . Il ne s'agit point d'interpréter les vues supposées de la nature. G'est, dit encore

Gurrie, aoe grave erreur de supposer que le poison fébrile, si nous devons l'appeler ainsi» étant introduit dans Torganisme, soit la cause principale des symptômes , et que ceux-ci consistent dans un combat livré par la nature pour son expulsion , sans lequel le retour à la santé n'est pas possible. U est plus raisonnable de le considérer comme un agent qui excite l'organisme à la fièvre, laquelle fièvre est entretenue non par la présence et Faction continue de cet agent , mais par les principes mêmes qui rèj^ent les actions de la vie. Nous ne somme» pa$ là pour attendre le bon vouloir de la naJture et assister à ses prétendus efforts, mais bien pour nous opposer à la fièvre, à tous les stades de son parcours, avec toute notre habileté, et la faire aboutir le plus promptement possible à sa terminaison , autant que cela est en notre pouvoir. Quand nous chassons la chaleur morbide, et que nous réduisons la réaction morbide à la période de chaleur par le puissant moyen des affusions froides, la totalité des symptômes morbides s'évanouit, preuve qu'à ce stade de la maladie, ces symptâmes proviennent de la chaleur désordonnée, et non iun poison circulant avec le sang, n Voilà bien le côté original , hardi , de l'œuvre de Gurrie ; il s'attaque à Hippocrate , à Sydenham cet autre Hippocrate , à la tradition. C'est un grand fait, un fait historique! U est donc utile et sage de lutter contre la maladie dès son début, avant que les forces soient déprimées et les habitudes morbides établies. Gurrie déclare que les fièvres intermittentes des pays chauds, attaquées dès le second accès par l'eau froide, guérissent mieux que par aucun autre remède.

Il faut, dit-il, recourir aux moyens de rafraîchir artUfieiMe^ ment Veau; en tout cas, on peut sans danger laisser le malade se plonger dans le bain froid ou dans la mer, et user du moyen précité , qui consiste è sortir de l'eau et à y rentrer alternativement. 11 cite plusieurs cas de délire maniaque ou autre, guéris par l'immersion dans l'eau froide, les malades s'étant d'eux-mêmes jetés à l'eau.

JAMES GURRIE. ^ 247

Chapitre xmi : La chaleur animale ^ ses origines. Perspiraùon, $m action réfrigérante. Mode d'action de quelques remèdes contre la fièvre : Us antimoniaux, l'opium. — Gurrie définit la vie : «la faculté qu'a l'animal de conserver sa chaleur propre en dépit des variations du milieu ambiant. y> Les animaux sont inférieurs ou supérieurs, suivant que cette faculté est moins ou plus dé* veloppëe en eux. Les végétaux n'en sont pas tout à fait privés. Les individus dans une même espèce peuvent être classés d'après le développement qu'a chez eux cette faculté, qui est un critérium de la force, (t II y a , dit Gurrie , des raisons de penser que, tant que la température du corps humain demeure sahs changement, sa santé n'a rien à craindre de la tempéra-ture du milieu ambiant, que si, au contraire , il se produit un augment ou déclin de quelques degrés dans la température de l'économie, la maladie et la mort s'ensuivent. La connais^ sance des lois qui r^issent la chaleur vitale senJfle donc la branche la plus importante de la physiologie.

«La chimie moderne, ajoute Gurrie, s'attribue la découverte de l'origine de la chaleur animale , qui est supposée dépendre des modifications que les ingesta subissent en raison des fonctions de la vie. Parmi les animaux respirants, la prin* cipale de ces modifications est occasionnée par les poumons agissant sur l'air atmosphérique inhalé, et la respiration est considérée comme la source principale de la chaleur dans cette classe d'animaux. Que l'oxygène contenu dans l'atmosphère fournisse la plus grande partie du pabulum vitœ, cela n'est pas

douteux, ta respiration étant une opération dans laquelle le passage d'un gaz, à l'état concret, met en liberté une certaine quantité de chaleur, de la même façon que la vapeur se transformant en eau restitue une partie de sa chaleur. La chaleur alors mise en liberté étant renvoyée par la circulation dans toutes les parties du corps est le principal moyen par lequel toul l'organisme est échauffé et animé, yt

En note, dans la cinquième édition, l'auteur expose la théo-

rie la plus récente alors de la respiration, et, en bon Anglais pafriote , il se garde bien de dire qu'elle vient de l'autre cAté du détroit, elle lui parait sans doute anonyme, carie nom de Lavoisier n'est point prononcé par lui. Voici cette note traduite littéralement : cr La respiration est un exemple d'attraction élective complexe , dans lequel le gaz oxygène est déplacé et entre en une nouvelle combinaison; une partie en semble être absorbée par la masse du sang qui circule dans les poumons; une autre partie s'unit à l'hydrogène du sang veineux pour former de l'eau; une autre, au carbone du sang pour former le gaz acide carbonique. Dans le dernier cas, la chaleur dégagée ne provient pas de ce que l'oxygène, de gazeux, devient solide, mais de ce qu'il entre dans la composition d'un gaz qui a moins de capacité calorifique que lui-même. La chaleur mise en liberté dans ces différents phénomènes est transmise au sang, qui, par la perte de son hydrogène et de son carbone, est converti de veineux en artériel, et dont la capacité calorifique s'accroît ainsi. Par là l'inflammation des poumons est évitée. Mais le sang artériel, dans sa circulation, absorbe de nouveau peu à peu des hydro-carbonates, et perd de son calorique. De là l'uniformité de température dans le corps. Telle semble être la théorie moderne de la respiration, laquelle, il faut l'avouer, n'est pas sans offrir quelques difficultés. 7>

A cette époque, on agitait la question de savoir si la peau n'absorbait pas aussi une certaine quantité d'oxygène. Gurrie pense que cette question demande des expériences nouvelles. Il insiste sur le rôle de la peau dans les variations de la chaleur, et sur cette faculté qu'a l'organisme de mettre en liberté sa chaleur latente. Or la perspxraùon lui parait jouer ici un rAle non douteux. La perspiration est le corollaire de la respiration; dans la respiration , il y a un gaz incessamment converti en un solide ou un fluide, et par là la chaleur s'accrott; dans la perspiration, im^rsement, un fluide est continuellement con-

JAMES GURRIE. 369

verti en vapeur, et ainsi de la chaleur est dépensée. Supposons que la proportion d*oxygène absorbé par Torganisme reste la même et que la température de l'atmosphère s'élève, nous nous expliquerons conmient notre chaleur propre ne varie pas, grâce à un accroissement de notre perspiration. Que la température de l'atmosphère reste sans changement, tandis que l'oxygène est introduit dans les poumons en plus grande quantité , nous nous expliquerons encore la stabilité de notre température par l'augmentation de notre perspiration. La première de ces suppositions se réalise quand à un jour froid succède une journée chaude, la seconde quand nous respirons plus énergiquement après un violent exercice; alors la perspiration parait avoir le rôle principal dans la réfutation de la chaleur animale (in regtdaùng the animal heai)^ et la chatne de la vie semble reliée au monde physique par des anneaux que les récentes découvertes de la chimie nous permettent de découvrir. »

Le voilà, ce mot régulation que nous attendions; tout le faisait pressentir ! Le raisonnement serré de l'auteur, la logique de ses idées, sa perspicacité, qui ne laisse rien d'obscur et devine ce qui est caché , devaient le conduire à ce grand fait que les modernes n'ont point inventé. Que d'écrits contemporains sur la régulation ! 11 semble que la chose soit nouvelle et sans précédents : un peu de modestie ne gâterait rien. Mais Gurrie lui-même est-il l'inventeur de cette théorie, i'a-t-il reçue de quelque autre observateur, avait-elle cours à son époque? Qui peut dire où est le commencement d'une découverte?

Gurrie, continuant son exposé de la théorie de l'évaporation , s*exprime ainsi : «Un vase rempli d'eau et exposé à l'air ne peut pas être amené à une température de plus de a i a"" ( ébullition) quel que soit le combustible employé, parce que, à mesure que la chaleur se développe au fond, l'évaporation l'enlève h la surface. Ainsi en est-il pour le corps vivant, v

350 CHAPITRE r. — LA CHALEUR ET LA PIÈTRE.

Currie rapporte ensuite les expëriences de Sanctorius sur la perspiration insensible mesurée à la balance, et qui était évaluée à environ i,5oo grammes, cbiffre qu'il croit inférieur à la réalité. Il se demande combien cette ivapùration coûte de chaleur à l'organigme. D'autres expérimentateurs ont cherché k vérifier les calculs de Sanctorius. Gruikshanks a noté une perte en poids beaucoup plus considérable après l'exercice qu'après le repos. Dans le mémoire de Lavoisier et Seguin, publié dans les Mémoires de F Académie des sciences (1797)9 on trouve une évaluation plus exacte des pertes de poids amenées par la perspiration cutanée et pulmonaire.

«Il est étonnant, dit Currie, que l'importance de l'évaporation à la surface du corps pour la r^ftdation de la chaleur n'ait pas davantage attiré l'attention. En 1 755,ledocteurGuIlen publia sa découverte de l'évaporation des fluides comme cause de refroidissement [Essays and obsemationsphysical and Uuerary, vol. H), phénomène connu depuis longtemps des Asiatiques, et qui est devenu, en Europe, l'origine de tant de découvertes chimiques. Eh bien, Cullen n'a pas pensé à la perspiration des corps vivants. •

« Peu de temps après, le docteur Franklin reconnut les eiFets de refroidissement produits par la perspiration cutanée. Dans une lettre datée de Philadelphie en juin 1758, Franklin s'exprime ainsi [Lettres et mémoires de Franklin, p. 365) : «Du- «rant la chaleur à Philadelphie, en juin 1760, un jour où le «thermomètre marquait loo"" F.(37*'8 G.) à l'ombre, j'étais as- «sis immobile [dans ma chambre, occupé seulement à lire et à «écrire, n'ayant d'autre vêtement que ma chemise et un ca- «leçon de toile; toutes les fenêtres étaient ouvertes, et un «vent frais traversait l'appartement , la sueur coulait sur le « dos de mes mains , et ma chemise était souvent assez mouillée ^ pour m'obliger d'en changer. Mon corps cependant ne devint «jamais aussi chaud que l'air ambiant ou que les corps ina- « niniés plongés dans cet air. » Franklin en concluait qu'il était

JAMES GURRIE. 251

demeuré relativement froid , par suite de la sueur continuelle, et par i'évaporation de cette sueur. Le mémoire de Gullen n'était pas passé inaperçu de Franklin.

« Lorsque les observations de Duhamel et Tillet en France et les expériences de Fordyce et de sir filagden en Angleterre vinrent montrer quel extraordinaire degré de chaleur pouvait supporter le corps vivant, l'attention des savants fut éveillée par ce phénomène. L'opinion générale fut que Taniroal possédait le pouvoir d'engendrer le froid comme le chaud. Bell, dans les Mémoires de la Société de Manchester, fit la critique de cette opinion, et, en discutant avec lui, Gurrie conçut, dit-il, la pensée que le principal office de la perspiralion insensible devait être de régler la chaleur animale; cette opinion, ajoute notre auteur, qui semblait si raisonnable , a été confirmée chez moi par la réflexion et l'observation.

«Pourtant quelle que puisse être l'influence delà perspiration sur le refroidissement du corps , elle n'est peut-être pas le seul moyen par lequel cet effet est produit. En effet, de quelques expériences sur l'action des bains chauds, il semble résulter que la température du corps s'accrott difficilement après que la sueur a coulé abondamment; or, comme il ne peut y avoir d'évaporation à la peau quand le corps est immergé dans l'eau , et qu'il y en a peu par les poumons quand l'air inspiré est saturé de vapeur d'eau , si l'expérience ultérieure confirme nos observations, on trouvera peut-être que la production de la sueur elle-même correspond à une certaine dépense de chaleur : ainsi s'expliquera l'abaissement de la température qui succède à une perspiralion profuse. Albin us, Haller, William Hunter, ont supposé que la sueur, comme la perspiralion insensible, était une exsudation de la partie aqueuse du sang à travers les téguments; mais cette opinion doit être rejetée. Gruikshanks et Fordyce ont montré que la sueur était un produit secondaire et non direct, etc.. . . ^

Ici se place une théorie tellement conforme aux idées con-

temporaines, quoD serait tenté d'en attribuer le mérite à quelque auteur actuellement vivant Nous la retrouverons k l'état anonyme, ou, qui pis esL pourvue d*un nom qui ny a point droit, parmi les travaux éclos dans ces dernières années. Nous ne nous lasserons point de citer Currie textuellement, et nous espérons que le lecteur n*y perdra rien :

<i La dépense de chaleur [akwrptûm) peut, du reste , avoir lieu dans d'autres proees9tu [jnroce»), que la production et Tévaporation de la matière perspirable, et que la respiration; et, après tout, les changements soudains de température qui ont lieu dans certaines circonstances- donnent lieu de penser que f animal possède un certain poutair eursa chaleur, lequel nous est encore inconnu. Laissant ce point à éclaircir par des recherches futures, tenons l'importance de la perspiration par rap* port à l'économie animale pour certaine. Par ce froeeeeus, la stimulation des extrémités des vaisseaux par la distension morbide est diminuée ou vaincue, et quelque autre moyen que possède l'organisme pour diminuer sa chaleur, cette détente semble de beaucoup le moyen le plus efficace, et, en certains cas , indispensable pour cet objet. Lorsque les organes de la perspiration éprouvent une constriction spasmodique, tandis que Taccroissement du mouvement de la circulation développe une chaleur anomale (comme cela a lieu au début de la fièvre), nous pouvons imaginer facilement quels désordres s'ensuivent. 9

Currie ne nous laisse faire après lui ni développement ni commentaire , il épuise le sujet. Un auteur moderne , William Edwards, dont les travaux sur la chaleur animale sont si justement admirés, est diminué singulièrement après qu'on a lu Currie, son prédécesseur et son maître.

«On a observé, dit Currie, que les personnes qui ont en* trepris un travail excessif n'y peuvent suffire, è moins qu'elles ne transpirent longuement et compensent leur perspiration en buvant quoique liquide modérément stimulant. Tel est le

JAMES GURRIE. 253

cas des moissonneurs en Pensylvanie , qui travaillent en plein soleil et peuvent, grâce à une abondante transpiration, supporter une chaleur extérieure supérieure à celle de leur sang (Franklin). Tel est aussi le cas de nos porteurs de charbon, qui perdent journellement par cette voie la cinquième ou sixième partie de leur poids , et qui réparent cette perte par de grands coups de porter {mot à mot : de grandes lampées, large draiights). Dans ces cas, un arrêt soudain de la perspiration par suite de la cessation de l'exercice , et l'impression du froid extérieur, amènent souvent un accident fatal. Les Européens qui vont dans les Indes orientales sont d'autant mieux portants qu'ils transpirent plus abondamment, surtout s'ils boivent des liquides légèrement stimulants et en quantité modérée, s'ils s'abstiennent de se griser, et se gardent des effets d'une transpiration trop excessive quand leur vigueur est altérée par la fatigue. Il faut se méGer des sueurs qui persistent après que la chaleur est abaissée, sorte de sueurs colHquaàves. . . Les nuits sont froides, la peau est désarmée... le danger prochain ...»

Currie donne ensuite des renseignements sur la chaleur du corps sous différentes latitudes; il examine la constitution du nègre, sa transpiration diminuée par l'état visqueux* de sa peau, l'utilité de certains onguents dont se frottent les In* diens, celle des bains tièdes dans les Indes orientales. Currie en réfère au grand Bacon [Lord Feru^) qui a écrit ceci : Inune^ tio ex oleo, et hyeme eonfert ad sanitatem, per exclusionemfrigoris, et œsidte, ad detmendos spiritus, et prohibendam exsolutionem eorum et arcendam vm aeris, quœ tunemaxime est prœdatoria. Ante omnia igUur usum olei vel olivarum vel amygdali dulcts, ad cutem ah ex-ira unguendum, ad longœmtatem ducere existimamus.

Currie examine ensuite l'effet des baiiis chauds, c'est-èdire de ceux dgnt la température s'approche de la chaleur du corps humain. Il les considère comme sédatifs surtout en ce qu'ils favorisent la perspiration sensible. Il insiste sur la né-

25& CHAPITRE r. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE.

cessité de toujours noter quelle était la température du bain mesurée par le thermomètre.

Passant à l'action fébrifuge de certains médieammi» et se plaçant à un point de vue que les modernes ont adopté sans en indiquer l'inventeur, Gurrie dit : « Les idées que nous avons exprimées, quant à la nature de la fièvre et aux fonctions de la perspiration , semblent nous éclairer sur le mode d'action de ces émétiques antimmiaux, et de ces iudorijiqueê, qui arrêtent souvent les fièvres au début. L'action directe de ces médicaments sur f estomac résout la striction spasmodique des capillaires de cet organe et de la surface qui s'oppose à l'expansion de la chaleur morbide. Néanmoins ces remèdes sont incertains dans leurs effets, et en tout cas hautement dUnK-tonte. Ib ne peuvent entrer en comparaison avec kê affusùmê ieau

froide Quant à lh>pium , on a discuté pour savoir s'il

était de nature chaude bu froide : dans ces derniers temps on s'est demandé s'il était stimulant ou sédatif. L'opium est certainement un remède contre la douleur et il fait dormir, deux effets concomitants. Cependant Topium parfois ne procure pas le sommeil et ne diminue pas la fièvre, surtout si la chaleur est grande et la peau sèche. Si la peau a une tendance à s'ouvrir, l'opium souvent active la perspiration et par ce moyen diminue la chaleur. L'opium administré à la période de chaleur de la fièvre intermittente accélère souvent la période de sueur; il en faut aider l'action par des boissons tièdes ou froides. Lee koUsons akooliques ont une ressemblance marquée avec l'opium pour leurs effets. L'alcool est plus échauffant, moins diaphorétique et moins soporifique. D'abord il excite la diffusion de la chaleur à la peau, accrott la stimulation du cœur et des artères, il y aune fièvre d'intoxication qui peut aller jusqu'à k\^Q. On a;^u des ivrognes rechercher le froid, se baigner en rivière et diminuer ainsi jes effets de l'ivresse ... 9 Gurrie ne conseille pas d'administrer l'alcool quand la chaleur est grande et la peau très-sèche , mais de le donner

JAMES GURRIE. 355

quand la chaleur est modérée et la peau souple et humide. Il conseille aussi de donner l'opium aux ivrognes pour les faire transpirer.

Les applications locales du froid sont le sujet d'une courte note (p. 999) : «L'application locale du froid sur des parties enflammées ne doit pas étre^ dit Gurrie, soudaine et temporaire, mais progressive et graduelle, et permanente. C'est ainsi que se justifient les succès obtenu» par la glace, la neige, appliquées sur diverses parties du corps, pour prévenir ou réduire l'inflammation ... On sait très*bien que Vaciiim locale du firoid ê'étend â tout l'organitme. On arrête une hémorragie puU monaire en mettant les pieds dans l'eau froide , ou en continuant l'application du froid sur le pénis et les bourses. »

Le chapitre xix est consacré à cette question de savoir si la peau inhale (absorbe), et à l'examen d'un cas de mort par inanition. Sur la première question, Currie répond que le bain prolongé n'augmente pas le poids du corps (Gurrie, Gérard, RoUo). Dans l'inanition par obstacle intestinal, Gurrie a tenté de faire absorber des liquides dans le bain par la peau , mais, en pesant à la balance très-exactement son malade, maigre la durée prolongée des bains, il ne le trouva jamais augmenté de poids.

La chaleur décrott-elle dans l'inanition? Haller dit oui. Currie n'a point observé cette décroissance. Il se demande alors si la digestion est la seule source de la chaleur. Pourtant il ajoute : « La facilité avec laquelle le sujet en inanition perdait sa chaleur s'accorde avec une série de faits d'où il résulterait que, dans les cas où la génération de la chaleur est naturelle, le pouvoir de la retenir dans l'organisme est en proportion de la force du principe vital. » (Voir les travaux d'Edwards, de Chossat, etc., sur cette question.) Cependant il demeure acquis que le bain apaise la soif.

Seguin, à la même époque, soutenait aussi que le bain n'augmente pas le poids du corps. Fourcroy, son rapporteur à l'A-

cadémie des sciences, constatait le fait et les diverses expériences de Seguin en ces termes : «Le premier résultat tiré de trente-trois expériences faites par Fauteur sur lui-même, c'est que le corps n'augmente pas de poids dans le bain, qu'il perd moins dans l'eau que dans l'air, et que cette perte est surtout en raison de la température de l'eau du bain; que la perte de poids dans l'eau à to^ ou ta* (baromètre à q8 pouces), est à celle dans l'air comme 6,5 est à 17; qu'à i 5° ou 1 S"", cette perte dans l'eau est à celle dans l'air comme 7,5 est à Q 1,7 ; que, dans l'eau chaude à g6* ou 98% elle est à celle dans l'air comme i3 est à 9 3. M. Seguin attribue cette perte moindre à ce que la matière de la transpiration insensible n'est point exposée au contact de l'air qui doit la dissoudre dans l'état ordinaire. II rend raison de la différence de ces pertes à diverses températures de l'air de la manière sui«vante : la perte de poids qu'on éprouve dans l'eau à i o"* 00 1 9'', est beaucoup plus faible que celle qui a lieu dans l'air, parce qu'il n'y a point de transpiration cutanée ; il n'existe alors que la transpiration pulmonaire ; celle qui se fait dans l'eau à 1 S*" est un peu plus faible que la seule transpiration pulmonaire, parce que, outre qu'il n'y a point de transpiration cutanée dans ce cas comme dans le précédent, l'air qui entre dans le poumon est chargé d'humidité et ne dissout pas toute celle qui se dégage de ce viscère : enfin la perte de poids qu'on fait dans un bain d'eau à 90'' est plus considérable que celle qui est produite par la seule transpiration pulmonaire, dans l'air à cette température, parce qu'alors le corps perd et par cette dernière transpiration, et par la sueur qui sort des vaisseaux, en raison de l'augmentation des mouvements du cœur et des artères, qui, comme M. Seguin l'a prouvé dans son mémoire sur la transpiration , est la seule cause de la transpiration sensible ou de la sueur. Mais, malgré la différence de ces trois résultats, qui dépendent de la température de l'eau du bain, il n'est pas moins certain qu'il n'y a point augmentation du

JAMES GURRIE. 257

poids du corps par le bain , et qu'il y a seulement une perte moins forte que dans l'air, dépendant de l'absence de celui-ci et de la privation de sa qualité dissolvante par rapport à la matière de la transpiration. » Le reste du mémoire de Seguin est destiné à montrer le mode et le degré d'absorption par la peau, et à prouver que les miasmes infectieux s'absorbent par les poumons et non par la peau. (La médecine éclairée par les seienees physiques, vol. III, p. â3â.)

Le deuxième volume contient au chapitre l* les expériences les plus récentes de divers auteurs sur l'usage des affusions froides et tièdes, et sur l'emploi de la digitale dans les fièvres inflammatoires.

Il ne faut point s'étonner de voir Gurrie revenir, dans divers chapitres, sur les mêmes sujets et ne les avoir point tout d'abord épuisés. Il n'est point méthodique , il n'écrit point ex professo, il relate les faits suivant que l'expérience les lui apporte avec les années. Cette manière est la plus sincère, la seule sincère dans les sciences médicales. L'auteur confirme ses précédentes assertions et les corrobore par de nouvelles observations. Le temps détruit ou consolide , il n'en faut jamais faire fi. Gurrie nous apprend qu'il emploie avec succès les affusions froides dans les fièvres contagieuses, même quand U existe des symptâmes pulmonaires. Il croit que l'on peut par ce moyen raccourcir la durée de la maladie.

L'action bienfaisante du vent , de la fraîcheur de l'air, de la pluie et de la rosée sur les fiévreux , a été quelquefois observée, nous dit Gurrie, et il cite deux observations de Desgenettes , contenues dans son Histoire médicale de l'armée Jt Orient, p. 9&9 : c(Un sapeur, atteint de la peste pendant l'expédition de Syrie, s'échappa tout nu, pendant un violent délire, du fort de Gathieth et demeura perdu pendant trois semaines dans le désert. Deux bubons qu'il avait suppurèrent et guérirent d'euxmêmes. U s'était nourri d'une espèce d'oseille sauvage. Get homme guérit parfaitement, y» Gurrie suppose que ce malade

L>58 CdAPITlU: 1". - LA CHALKUK KT LA FIEVRE.

avait subi l'action rafraîchissante des rosées et des pluies qui étaient abondantes a ce moment. Deuxième observation de Desgenettes : t Un artilleur qui avait deux bubons et un anthrax charbonneux s'échappa du Lazaret de Boulalc, le jour même où il y avait été admis, et, dans un violent accès de délire, se précipita dans le Nil. Il fut ressaisi au bout d'une demi-heure, auprès d'Embabeth, par les gens de ce village, et il guérit parfaitement, v On citait beaucoup de cas semblables. Currie regrette que les médecins français et anglais aient ignoré les bienfaits du traitement par le froid, et il se plaint de l'impuissance des efforts faits pour propager les méthodes utiles à la santé de Thomme. Il ne se doutait pas de l'oubli où ses recherches tomberaient pendant un demi-siècle! Suivent des observations faites à Liverpool.

La digitale (^digitalis purpurea). — «Ce remède, dit Currie. est venu récemment à notre secours; il possède un charme [)our produire une action extraordinaire sur le cœur et les artères, et, à ce titre, sur Thydropisie, particulièrement sur l'hydrothorax. La puissance extraordinaire de la digitale pour arrêter les hémorragies et particulièrement les hémoptysies, est généralement admise, mais son emploi dans les phlegmasies est moins connu. Cette substance est destinée non à supprimer, mais à diminuer l'usage de la lancette, v

Prenant toutes les précautions prescrites par le docteur Withering pour l'emploi de cette substance, Currie a ordonné la digitale fréquemment dans les injlammations du poumon, du cœur et du cerveau, et avec un succès inespéré. Il trouve que c'est un excellent remède contre le rhumatisme aigu, et il exprime le désir de communiquer plus tard au public le résultat de ses observations. La digitale est, dit-il, un incontestable sédatif. 11 renvoie à l'ouvrage publié en 1799 par le docteur J. Ferriar, de Manchester, sous ce titre : An essay on the médical properties 0/ diffitalis purpurea.

JAMES GURRIË. 259

Le chapitre ii traite des affûtions froides et ùèdes dans la searlalme, la variole conflumte, la rougeole, l'influenza (grippe), etc.

Gurrie pense que les formes très*graves, gangreneuses, ne comportent pas le traitement par feau froide. Dans la scarlatine ordinaire, quand le thermomètre s'élève à i o5% 1 06^ et même i 1 o*( &o% & 1% A a^'C), il faut agir avec vigueur, surtout à la première période , et verser sur le corps nu du malade plusieurs galions d'eau très-froide. Si l'on n'abaisse pas d'abord la tempé-rature , il faut recommencer les ablutions plusieurs fois par jour, et, au besoin, jusqu'à douze fois en vingt-quatre heures. Après ce temps en général, le plus souvent même plus tôt, la force de la fièvre est abattue , et il suffit d'employer de temps è autre les affusions tièdes. Simultanément on doit faire boire au malade de l'eau froide et de la limonade froide. On voit survenir, après l'arrêt de la fièvre, une grande langueur avec tendance au sommeil. Si le malade ressent trop le froid, on' lui enveloppera les extrémités de vêtements. Au bout de trois jours généralement le malade est convalescent. L'angine se trouve aussi fort bien de ce moyen.

Il survient quelquefois de l'hydropisie des membres, mais la digitale en triomphe; ou même cela guérit spontanément.

Si la timidité des parents ou les appréhensions des médecins ne permettent pas d'avoir recours à cette pratique décisive , on se contentera du traitement moins efficace par les ablutions tièdes ou les bains tièdes comme fait le docteur Clark, de Newcastle. Suit le récit de plusieurs épidémies. Gurrie conseille de traiter les enfants sains par l'eau froide (moyen préventif) en temps d'épidémie de scarlatine. Il a' appliqué cette méthode à ses propres enfants, avant et pendant la scarlatine.

Currie est absolument convaincu de l'excellence du traitement par le froid, a J'ai, dit-il, toujours suivi cette pratique dans des centaines de cas (cent cinquante en une seule épidémie), et cela avec un succès si invariable, que je ne pouvais m'empêcher d*en éprouver une émotion de surprise et une sa-

tisfaction grande. " Du reste, les écrits d'Haygarth, du docteur Clark, et du docteur Biackburn, constatent le succès de cette méthode , qui fut adoptée à cette époque par tout ce que la médecine comptait de savants. MM. les docteurs Rutter, Dale, Eaton, Gregory (professeur à Édinburgh), publièrent des cas nombreux de succès obtenus par les affusions froides dans la scarlatine. On se préoccupait des pleurésies, de lanasarque pouvant se produire sous l'influence de ce refroidissement, et l'on ne trouvait pas que les affusions en fussent plutôt suivies que les autres modes de traitement.

La méthode faisait des progrès en Angleterre pour le typhus surtout (voy. le mémoire de M. Blegborougb , in Médical ani phytical Journal, vol. VIII, p. i58, et celui de M. Pearson, même vol., p. 3 67). Il arrivait pourGurrie ce qui avait eu lieu pour Jenner; tout le monde médical correspondait avec lui et s'informait curieusement de sa pratique. Époque d'enthousiasme et de bonne foi ! Une partie du deuxième volume contient cette intéressante correspondance ^

^ Il est curieux de noter en passant la pratique de nos prédécesseurs. C'est à ce titre que nous rapportons Tobservation suivante :

Sur Vuiag9 de Veau à laglacê âan$ le traitement d'une fièvre btUeuee-putride miîiaire, précédée de V Histoire de la eofutituiion de famnée tySS, à 5<imt- Jean-d'Angély, par M. J. Lamarque, docteur en médecine de l'Université de Montpellier, avec cette épigraphe :

Dt quanio fehriê eit inteneior, tanto detur Jrigidior aqua; etpurgatio tanta eit, quanta eacochymia. Vallès. {Jmtnud de Vandemumde, 1786.)

Appelé le 1 6 août 1786 pour voir un homoie de trente-cinq ans atteint d'une fièvre putride, Tauteur fait ouvrir les fenêtres au nord, suivant le précepte d*Aetius : prima auxiUa in JÂre ninf

d^eMUM m lœiefr^idû, qui adjmnm aerem patent. Vient ensuite le rédt du traitement, qui est terrible comme il devait l'être à cette époque :

Le 1 7 août, émétique.

Le 18, sel d'Epsom.

Le 1 9 , trois lavements et camphre.

Le 90, décoction de tamarin et sel d'Epsom, boissons émétisées continuées trois jours de suite.

Du 9t jusqu'au 96, tous les jours, sel d'Epsom émétisé.

Le 96, kina, serpentaire.

Le 97, on arrête la médication.

Le 99, se passe un phénomène curieux : le malade demande à manger, le médecin s'indigne. Il voit là ooe preuve de délire : quœ ârca ree neceeeariae wrta»tur deUria, peeeûna. On revient à la potion mmoratite, on applique deux laiges

DVMAS, DE MONTPELLIER.

On peut ouvrir au hasard un livre de médecine du xviii* siècle, on y trouvera, à coup sûr, la fièvre représentée comme un mouvement salutaire de la nature qui se veut purger d'un mal intérieur. Le médecin y est représenté comme le modérateur qui doit diriger, exciter ou ralentir ce mouvement fébrile. Dumas, de Montpellier ^ dans un mémoire couronné par la

▼éflieftIotFes aui jambes. Le 3 1 , noaTeau videtur et profuturafrigidortun appUea-

vénctloire à la noqae. Jusqu'au 3 aep- tio, tam interna, quam $xt0ma, dum

lembre, même potion. Malgré tous les eorpuê nimio cdor^febrUiœêttMt;!! rap-

secours, le mal empirait. Malgré est ici pelle robservation de Scheibauser, d'un

placé sans doute pour à cmue. Hélas I domestique qui , en Tétat de fièvre, but

Tenvie de manger était persévérante ... dix litres d'eau froide et guérit ; celle de

Le malade ne trouvait pas les boissons Meibomius, relative à des paysans qui se

froides. Un médecin appelé en guérirent d'une fièvre par l'eau froide ;

consultation, M. Âublet, propose l'u- ee\\edeVI'û^s{DêdeUnoetphrenitide), sage de Veau à la glace; on emploie ce d'une femme guérie par un bain de rimoyen malgré le$ clamewi deê femmeê vière; une observation analogue de Dd- H de qËtelfueê hommêM de Vart,, Le dier de Montpellier; les observations du malade but à la glace avec un plaisir traitéi>tt6atiideMM.FloyeretBaynard, sans égaL On lui appliqua des com- et beaucoup d'autres, sans parler des presses glacées sur le ventre, et des la- anciens. Rivière (ImHtut. med, liv. IV, vements à l'eau glacée, et il ne se plai- ch. xxiv) dit que, dans le midi, la glace gnît d^aucune sensation de froid. Même sert à guérir les maladies putrides. En tnllement pendant deux jours. On con- Perse, c'est une pratique usuelle. ( Voy. tinue le 5 et le 6, non sans donner le Glandin, Voyage en Peree.) En Sicile, wûnoratif. Le 7, la cbaleur du corps di- - même usage. Hoffmann a écrit deux minne ; le 9 , l'application du froid fait dissertations sur Teau froide. tresMiUir le malade, on cesse. Bref le ^ «Mémoire couronné par la Société malade guérit malgré l'apoième aoti- royale de médecine de Paris, dans lequel, septique ... M. Lamarque en condut après avoir exposé les idées générales que c'est le froid qui a opéré la guéri- que l'on doit se former sur la nature de son, et il cite l'opinion de Vallès (Val- la fièvre et sur celle des maladies cbrolesins, in Meth, med. p. 969) : uieum- niques, on tâcbe de déterminer dans que ah ipea calorie vehementia timere quelles espèces et dans quel temps des Mc^y oiwM ralûme refrigerare ncceeee maladies cbroniques la fièvre peut être eet, ei Van Swieten, S 691 : adewpte utile ou dangereuse, et avec quelles

Société royale de médecine de Paris , sur la question suivante : (c Déterminer dans quelles espèces et dans quel temps des maladies chroniques la fièvre peut être utile ou dangereuse, et avec quelles précautions on doit l'exciter ou la modérer dans leur traitement,» a donné des solutions qui nous paraissent bien représenter les idées de son époque. Voici une courte analyse de ce travail inspiré des traditions hippocratiques : Natura est morbarum medicatrùc, luctam imt illa eum materiU tnorbi/iciê, viaê ipios tibifacii et motut producit. (Hipp. Epii. VI, sect. 5 ). La maladie est donc un acte salutaire de la nature qui tend à la conservation du corps. Or la fièvre est le principal instrument de salut. Le médecin doit suivre la nature : naturœ minister, non mperator (Hipp. ). La fièvre est le plus important des phénomènes qui puissent fixer Tattention du médecin; il doit saisir l'instant où son intervention est utile, soit pour réprimer l'excès de la fièvre et un excès de force dont l'art dirigerait le développement et l'emploi , soit pour laisser la nature agir seule. En général il faut, par exemple, tâcher de modérer la fièvre secondaire dans ta petite vérole.

Il faut être éloigné également des deux opinions extrêmes : colle qui prête toutes les vertus à la fièvre et celle qui prétend la combattre toujours. Il y a d'ailleurs bien des maladies graves sans fièvre. L'auteur dit, avec Selle, que la classe desJUvres ne forme pas une classe naturelle de maladies. L'auteur se débat contre la définition de la fièvre par l'augmentation de la chaleur. « Galien, dit-il, ne parle que de l'exagération de l'activité de la chaleur naturelle, et n'entend pas, comme le font à tort quelques modernes, cette chaleur physique qui fait impression sur nos organes; avec la définition moderne on ne peut faire entrer le frisson fébrile dans la fièvre. r> Évidemment Dumas n'a pas lu de Haën; il ignore que le fiîsson s'accompagne d'un

précautions on doit Texciter on la mo- (Analyse dans le Journal de VmuUrdérer, n par M. Eumas , docteur en mé- monde, t. LXX.III , année 1 787, p. 1 07.) dedne de rUmirernlé de Montpellier.

excès de chaleur intérieure. Aussi ne comprend-il pas le sens des états de fièvres lypiriques dont parle Galien , dans lesquels «le malade, brûlé d'une ardente chaleur dans ses viscères intérieurs, éprouve un froid insupportable à l'habitude extérieure de son corps.» Sénac, au contraire, admettait (ce que nous ignorons aujourd'hui) des fièvres où les malades ont chaud dans les parties supérieures et froid dans les inférieures. Dumas parie d'une grande augmentation de chaleur sans fièvre, comme après les repas, confusion déplorable et qui marque peu de science; et il cite de Haên è tort, lui attribuant le fait d'avoir observé, après la terminaison d'une fièvre, la persistance de hautes températures pendant huit jours. Enfin Dumas cite des états essentiellement fébriles sans augmentation de chaleur, exprutùmn contradicUnreê et erronées. 11 cite encore la fièvre algide et traite d'absurde la théorie de la fièvre-chaleur. Il n'épargne non plus ni les fermentations des chimistes ni l'accélération du mouvement des mécaniciens.

Enfin Dumas se platt à citer de nombreux auteurs, de Haën, WerioflF et Sarcone , Martin , Zimmermann , Huxham , qui reconnaissent que la fièvre peut exister avec un pouls plus lent qu'è l'état normal (fièvre lente nerveuse, troisième stade de la fièvre des prisons de Pringle, etc.). Galien avait décrit une fièvre qui affectait les premières voies et s'accompagnait d'une lenteur extrême du pouls.

Les travaux modernes ont fait disparaître cette confusion et réformé des faits mal observés, ces Jiivres pituitetues qui laissent sur le tact uns impression de mollesse et d^kumidité qui fia rien de semblable à Fâereté vivement pénétrante de la chaleur produite par la surabondance de ta bile, et dont Galien amparait l'impression à celle que la fumée fait sur les yeux.

Dumas reconnaît, contrairement à ses prémisses, que le frisson s'accompagne parfois de chaleur (de Haên, Haller, Culien).

«Le frisson, dit-il, est un spasme, une rétraction; le pouls

est contracté, petit, faible, rare et vite. Puis vient la deuxième période, où les forces rejetées au centre se dirigent vers la peau et avec elles une chaleur ardente (?) : au spasme succède l'expansion. Le pouls est fort, fréquent, vite, la dilatation l'emporte sur la contraction. La troisième période, c'est la sueur, qui dissipe l'appareil de la fièvre. 5?

On peut faire observer qu'ici Dumas exprime l'idée non de la fièvre, mais d'un accès de fièvre passager, erreur qu'il partage avec les anciens. L'antithèse froid et chaud, strictum et laxum, domine cette description de la fièvre.

Parmi les causes de la fièvre, il y en a une sur laquelle Dumas revient souvent : chose singulière, c'est la gastrite, qui devint plus tard la préoccupation exclusive de Broussais. Par exemple : et C'est le spasme ou la concentration des forces vers la région épigastrique dans laquelle résident les viscères intérieurs, et, comme cette région entretient des sympathies multi[diées avec tous les autres organes dont elle forme, pour ainsi dire, le centre ou le point de réunion, il n'est pas étonnant que ce spasme se répète promptement sur presque toutes les parties du corps, dans lesquelles il décide des phénomènes qui se rapportent à l\iffeciion primitive de l'estomac, dont la contraction vive s'annonce d'ailleurs par les douleurs locales. . . » (Dumas, p. 67.) Et ailleurs (p. 61) : «Tous les moyens d'irritation portés sur la région épigastrique ou même, en général, sur la surface intérieure de quelques viscères, sont également capables d'exciter la fièvre. »

Dumas place les maladies nerveuses à côté des fièvres. Que dit Broussais ^ ? ç^ C'est à tort que l'on a défini la fièvre uniquement l'augmentation d'action du cœur et de la chaleur générale. Ainsi il y a d'abord accélération du pouls, la chaleur est plus forte; l'irritation gastrique se manifeste par une douleur et de la chaleur à l'épigaslre, la perte de l'appétit, l'al-

* Broussais, Phïegmaniex (raxtriqucK ^ 182.3, p. 1 5 el suiv.

tëration du mucus lingual et le désir des boissons froides. L'estomac, ainsi stimulé, réagit sur toute l'économie et produit un sentiment de fatigue. . . Tous ces phénomènes s'expliquent parfaitement par les lois physiologiques qui enchatnent l'estomac à tous les autres organes. Donc la fièvre n'est autre chose que la coïncidence de l'excitation du cœur avec l'irritation gastrique. »

Revenant à l'utilité de la fièvre , Dumas dit que « dans les maladies aigués , la nature est en possession de toutes ses forces , et dirige contre leur cause tout l'appareil des moyens propres k les affaiblir et à les détruire complètement.

La deuxième partie du mémoire dé Dumas comprend Tétude du pouvoir qu'a la nature sur la guérison des maladies, et en particulier sur la fièvre. L'auteur s'appuie d'abord sur l'utilité de certaines maladies avantageuses et dont la suppression facilite le développement de certaines causes destructives. Tels sont la plupart des éruptions cutanées, les écoulements habituels, les hémorroïdes .. • Ces maladies, ayant pour effet de détourner des lésions plus graves , demandent à être respectées, et se refusent dès lors à l'emploi des moyens capables d'en arrêter le cours d'une manière brusque. Tous les efforts de l'art doivent se borner à les favoriser et à les maintenir; il est donc clair que la fièvre est d'une indifférence absolue par rapport au traitement qu'elles indiquent.

Ainsi s'exprime Dumas , qui représente les opinions classiques de son époque. On voit que la fièvre n'est qu'un exemple, parmi beaucoup d'autres, des maladies que le médecin doit respecter; le cadre est large. Cette doctrine règne encore aujourd'hui dans l'opinion des gens du monde.

La période de réaction fébrile entraîne la sueur, et la sueur était regardée par les anciens médecins comme la crise naturelle de toutes les fièvres; ils cherchaient è la provoquer (Hippocrate : affusions d'eau chaude, vin. . .). La fièvre guérit le spasme , febriê tptumum tohnL

La pratique de décider la fièvre par des moyens artificiels remonte aux temps les plus recula : Hippocrate versait de l'eau très-froide sur toute la surface du corps dans le tétanos. Cependant la sueur peut nuire dans les maladies atoniqnes.

En outre, dans les maladies humorales, la fièvre favorise la coction.'

Troisième partie : Précautùms qui se rapportent aux moyens que Fon emploie pour exciter lafiiijre. — L'auteur convient que Fart qui, depuis la découverte du quinquina, peut prédire rinstant où il arrêtera la fièvre, n'a qu'une puissance bien bornée pour la décider ou la rappeler. Frappé de ces diflBcultés, Boerhaave disait qu'il n'y aurait jamais de médecin comparable à celui qui serait en possession d'un procédé par le secours duquel il pût mettre autant d'habileté à ramener la fièvre qu'è la supprimer.

On s'attend à une énumération de moyens pour exciter la fièvre , mais cette attente est déçue. Voici tout ce que Dumas trouve è dire sur ce sujet : l'alimentation tonique , l'influence des passions douces, l'exercice, les fébrifuges à doses insnflBsantes pour couper la fièvre, les affusions froides hippocratiques, les purgatifs à haute dose d'après Sydenham, la méthode perturbatrice (médicaments qui se contrarient) de M. de Barthez , l'esprit de sel d'après Ettmulier . . .

Rien n'égale la pauvreté de ce chapitre, et Boerhaave avait bien raison , il n'existe pas de moyen d'exciter la fièvre.

Remèdes capables de modérer la Jiivre. — Dumas commence ce chapitre par une dédaration de principes qui est purement organicienne et ressemble à la doctrine que professait l'école de Paris dans la première moitié de ce siècle; il s'exprime ainsi : n C'est une loi générale que, pour combattre les maladies avec avantage , il faut attaquer la cause même dont elles dépendent ... Or la fièvre est presque toujours attachée à on état maladif qui en forme la portion la plus essentielle. . • Il

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