SS
4" 30"\ {l'aorte étant liée) 39°, 8.
(La température, ajoute expressément M. Bernard, a monté par suite de la ligature.)
Veine cave inférieure.
4" 30 (Paorte étant liée) 39% 9.
(Pas d'abaissement de température, comme cela a lieu lorsqu'on ne lie pas l'artère.)
Veine cave inférieure au niveau des veines hépatiques ^.
Température 41°, 3.
Après avoir comprimé l'abdomen 41°, 5 et 41°, 6.
Nous-même, sur un chien, nous avons fait l'expérience suivante. Après avoir incisé la peau, nous plaçons le long de l'artère crurale la cuvette entière d'un thermomètre; la température reste fixe entre 37°,4 et 37°, 5. Nous mettons une Hgature temporaire sur l'artère crurale au-dessous de la place occupée par le thermomètre, de manière à intercepter tout mouvement du sang. Le thermomètre reste placé à la même place, c'est-à -^du'e le long de l'artère crurale, et au bout de fort peu de temps (10 minutes) il monte de .37°, 3 à 37°, G, et atteint successivement 37°,7 ; 37°, 8; 370,9 ; 38°. Nous enlevons la ligature, et pendant deux minutes, le thermomètre de 38° monte encore à 38°,!; puis il descend assez rapidement jusqu'à 37°, 6, où il reste fixe. Nous comprimons de nouveau l'artère et le mercure remonte au bout de quelque temps à 37°,9 pour redescendre lorsque nous cessons la com-
1 Liquides de l'organisme, p. 153.
2 Id., p. 141.
pression. Cette expérience montre bien, nous l'espérons du moins, que tout empêchement à la circulation, en un point, élève la température des parties placées au-dessus de ce point.
Ajoutons enfin les résultats obtenus par M. Broca, et qui sont aussi concluants que ceux que nous venons de mentionner. M. Broca, en effet, a reconnu que chaque fois qu'un anévrisme était comprimé, la température s'élevait au-dessus de ce point ; et que dans le cas d'embolie, la région du membre où est situé l'obstacle à la circulation artérielle est constamment plus chaude que la région correspondante du membre sain. — « Lorsque l'oblilération date déjà de quelques jours, on constate avec le thermomètre que la température est normale au-dessus de l'oblitération, exagérée au niveau de l'oblitération et diminuée au-dessous. On peut donc, par l'étude thermométrique, déterminer le siège de l'oblitération ; mais ces phénomènes ne s'observent que lorsque le vaisseau n'est obhtéré que dans une petite étendue, soit par une emboUe, soit par une ligature. Lorsque l'oblitération occupe à la fois la fémorale et les artères de la jambe, la température est partout abaissée. Delà résulte un moyen de diagnostiquer la cause des gangrènes spontanées, de distinguer la gangrène par * embohe de celle qui est due à l'artérite générale du membre, de reconnaître jusqu'à quelle hauteur remonte l'oblitération des artères, et de déterminer le siège de l'amputation dans le casoiî celle-ci paraît nécessaire i. »
1 Voir \es Bull, de la Soc. de chirurgie, 1861, 2" S(^rie, t. IT, p. 344, 632; t. III, p. 125. M. Broca a eu l'obligeance de nous communiquer une observation très-remarquable à ce sujet. Appelé eu consullalion pour uu ma'iide qui avait (le:i phénomènes d'oblitération artérielle des artères des pieds, il diagnostiqua, an moyen de l'élévation de température en ce point, que l'obstacle à la circulation se trouvait au-dessus de la poplitée, et méconseilla l'amputation du pied, de craiute qu'il u' y eût uue gangrène du moignon. Les progrès du mal et les douleurs intolérables du malade nécessitèrent cependant, quelque temps après, l'amputation, qui fut faite au-dessous du point indiqué par M. Broca comme le siège de robiitcration, et, comme il l'avait prédit, il y eut une gangrène du moignon.
59 — § V. De la chaleur dans l'inflammation.
L'inflammation est caractérisée par de la rougeur, de la tuméfaction, de la douleur et de la chaleur des parties malades. S'appuyant sur l'expérience de M. Claude Bernard, on a clierclié à expliquer tous ces phénomènes par une paralysie des nerfs vaso-moteurs, et -voilà l'explication qu'en donnent certains auteurs : La paralysie des nerfs vaso-moteurs détermine le relâchement des parois des vaisseaux et par conséquent le çang arrive en plus grande quantité et circule plus vite. C'est pour cette raison qu'il y a de la rougeur, de la tuméfaction et une élévation de température. La rougeur et la tuméfaction sont dues à la quantité de sang qui afflue, la chaleur à la circulation rapide qui renouvelle ainsi constamment la portion de sang ôij. les oxydations ont déjà eu lieu en grande partie, et qui n'a pas le temps de se refroidir par rayonnement. Avant d'examiner si l'observation directe s'accorde avec cette opinion, nous ferons remarquer que l'élargissement du calibre d'un tube implique l'arrivée d'une plus grande masse de liquide, mais n'implique nullement une plus grande vitesse du liquide. En second lieu, et cetle objection nous paraît plus importante, quelles sont les causes de la circulation du sang? Ce sont surtout l'action du cœur et l'action des vaisseaux; une diminution dans l'une de ces deux actions entraîne nécessairement le ralentissement de la circulation. Or, dans la paralysie des nerfs vaso-moteurs, la contractilité des artérioles et des capillaires ne peut plus avoir lieu, contractiUté dont l'effet était de chasser le sang qu'ils renferment. Comment admettre alors que l'absence de contraclilité facilite au contraire le cours du sang?
D'un autre côté, lorsque la circulation est rapide, il y a, il est vrai, augmentation de la chaleur, rougeur légère, tuméfaction; mais cette rougeur est uniforme et la tuméfaction est immédiate, due au développement des vaisseaux et non, comme dans l'inflammation consécutive et d ue à l'exsudation qui se fait dans les parties malades. Une circulation rapide implique l'échange rapide des principes nutritifs, le fonctionnement exagéré, soit, mais normal
— Godes organes, elle ne donne point lieu à l'altération des éléments anatomiques, ne produit point d'exsudation, et surtout n'amène jamais ni atrophie ni ulcérations. Or dans l'inflammation tous ces phénomènes ont lieu, en même temps que l'on constate une élévation de température.
Les faits empruntés à l'observation montrent d'une manière encore bien plus nette que l'inflammation n'est pomt accompagnée d'une circulation plus rapide. J'enfonce une épine dans la peau, et bientôt, autour de ce corps étranger, survient de la rougeur, de la chaleur, de l'exsudation, de la suppuration. Celle épine, loin de faciliter la rapidité de la circulation des parties dans lesquelles elle est plongée l'entrave, et c'est autour d'elle, autour de l'obstacle qu'elle crée, que les phénomènes inflammatoires ont leur plus grande intensité.
Regardons au microscope la circulation capillaire d'une grenouille. Avant d'étaler la partie que l'on veut examiner, la langue, par exemple, et de la maintenir au moyen d'épingles, elle est blanche, et les vaisseaux ne s'aperçoiveut que difficilement à l'œil nu. Dans les premiers moments, la circulation est rapide, mais au bout de fort peu de temps on voit près des parties avoisinao tes d'une des épingles, un capillaire augmenter de volume et se remplir de globules qui restent immobiles. C'est pour ainsi dire la bonle de neige de l'avalanche, car immédiatement au-dessus de ce capillaire d'autres s'engorgent peu à peu, et la circulation s'arrête bientôt complètement dans les cajullan'es et les artérioles. A ce moment la partie où l'on vient de constater cet arrêt de la circulation présente une rougeur très -marquée, causée par les vaisseaux distendus par les globules qui s'y trouvent entassés; ou voit parfaitement à l'œil nu le trajet des petites artérioles. La rougeur peut donc être causée par la stase du sang aussi bien que par une circulation rapide.
Ces phénomènes sont, d'après tous les auteurs, ceux qui marquent le début de l'inflammation. Il y a inflammation, dit M. Robin, lorsqu'il y a slase et arrêt complet des globules du sang, avec
réplétion el distension des capillaires, et graduGlIemcnt des arlérioles et des veinules, surtout des dernières ; car les capillaires dont elles proviennent cessant de leur fournir du sang, le courant s'y ralentit, s'y arrête même ensuite; elles ne reçoivent plus que celui des capillaires collatéraux, et cela graduellement avec une impulsion de moins en moins grande, de sorte que les globules sanguins s'y accumulent sans en sortir.
La circulation, loin d'être rapide dans les parties enflammées, est donc au contraire ralentie et même complètement arrêtée. Mais alors comment expliquer cette élévation de température? Elle a sa source croyons-nous dans plusieurs causes. D'abord, le sang qui reste stagnant dans ces capillaires n'en continue pas moins à fournir de la chaleur ; car les oxydations des principes qu'il renferm.e se font malgré cet arrêt de la circulation.
D'un autre côté, puisque nous savons que dans tout mouvement moléculaire il y a disparition d'une certaine quantité de chaleur, peut-être l'altération de la nutrition des éléments analomiques a-t-elle pour résultat de restituer de la chaleur ou tout au moins de ne point transformer celle qui est dégagée. Le grand sympathique, dans ce cas, agiraitnon-seulement sur les fibres musculaires des vaisseaux, mais il aurait une action plus ou moins immédiate sur les phénomènes d'endosmose et d'exosmose qui se passent dans les capillaires. Nous ne faisons qu'émettre celte hypothèse, sous toute réserve, en n'y attachant qu'une importance trfts-secondaire, car nous sommes les premiers à avouer que cette opinion a un tort immense, c'est de se fonder sur des raisonnements trop spéculatifs. Cependant si cette hypothèse est fausse, quelques faits démontrent néanmoins que plusieurs phénomènes se rapportant à ce sujet, n'ont pas encore reçu d'explication satisfaisante. Sans vouloir nous appuyer sur des expériences remarquables de M. Legros S nous ajouterons seulement que M. Claude
* M. Legros, en coupant, sur des oiseaux, les filets du grand sympathique qui se rendent aux tissus érectiles, a vu la paralysie du grand
Bernard Qu'ail loul d'abord appelé l'attention sur les phénomènes de calorificalion qui se produisent dans l'oreille après la section du grand sympathique, sans rattacher directement ces phénomènes aux changements survenus dans la vascularisation do l'organe. Les objections faites alors par M. Claude Bernard subsistent en entier, car l'expérience que l'ona invoquée depuis, la galvanisation du bout périphérique du cordon cervical du grand sympathique (Brown-Sequard), amenant l'abaissement de la température, était connue de M. Claude Bernard. Bien plus, il l'avait faite et répétée lui-même en constatant les mêmes résultats et cependant il ajoutait : « li y a, sans aucun doute, des rapports intimes que personne ne peut méconnaître entre les phénomènes de calorification et de vascularilé des parties du corps, mais est-ce à dire pour cela que dans le cas qui nous occupe, on devra attribuer l'augmentation de chaleur de l'oreille ou de la face purement et simplement à ce que la masse de sang, qui est devenue plus considérable, se réfroidit moins facilement et fait apparaîire les parties plus chaudes? Cette interprétation par la stase toute mécanique qui devait d'abord se présenter à l'esprit serait insuffisante pour exphquer ces différences de 6° à 7° de température qui existaient quelque- - fois entre les deux côtés de la face. J'ai été encore porté à repousser cette exphcation, parce que l'on voit très-souvent l'engorgement des vaisseaux diminuer considérablement dès le lendemain de l'opération, bien que l'oreille ne varie pas sensiblement de température...
» A la suite de la section de la cinquième paire, la conjonctive devient très-rouge et les vaisseaux capillaires y sont très-visibles ainsi que dans d'autres parties de la face, et cependant il y a dans ce cas un abaissement de température...
» Si on vient, chez des chiens et des lapins où l'élévation de
sympathique être suivie de la flaccidité de ces organes, et non de leur turgescence, comme le ferait supposer l'action des nerfs vaso-moteurs sur la circulation.
température existe par suite de la section du grand sympathique, à diminuer l'afflux ou le renouvellement du sang par la ligature de l'artère carotide du côté correspondant, on voit néanmoins la chaleur des parties rester toujours plus élevée que celle du côté opposé. »
Mais, de toutes ces expériences, la plus décisive est la suivante, due également à M. Claude Bernard. Sur un lapin adulte et bien portant, il fait ligature des deux troncs vasculaires veineux; puis seulement il fait la section du filet sympathique et aussitôt l'oreille devient chaude. Alors, pour emprisonner le sang dans l'oreille et en empêcher le renouvellement, il lie l'artère ; la température diminue un peu, mais elle reste toujours plus élevée que dans l'oreille opposée.
« D'après ces expériences, ajoute M. Claude Bernard ^ il n'est donc pas possible d'expliquer le réchauffement des parties par une simple paralysie des artères qui, à raison d'un élargissement passif, laisseraient accumuler une plus grande quantité de sang, »
Comment expliquer aussi cette élévation de température qui survient quelquefois pendant l'agonie ou immédiatement après la mort? Dans la tuberculisation, il y a également une élévation de température due probablement plutôt à la condition générale qu'au dépôt tuberculeux ^. La températui'e peut être prise comme mesure du degré auquel la tuberculose et la tuberculisation sont parvenues, et toute variation dans la température indique une variation correspondante dans la gravité de la maladie. Ne dirait-on pas que, dans tous ces cas, la température ne paraît être en excès que parce que les phénomènes vitaux languissent ; et on est presque tenté de rechercher la cause de cette augmentation de température dans un rapprochement entre la vie végétale et la vie animale.
1 CI. Bernard, Leçons sur la physiologie et la pathologie du système nerveux, t. II, p. 496 et suiv.
2 Archives générales de médecine, avril 18GG. Rechcrchos sur la tcmpé- 1 ulure du corps dans la plithisie pulmonaire.
La chaleur solaire en tombant sur une plaine dénudée n'est point absorbée; dans une forêt, au contraire, elle disparaît en partie, car elle se transforme en vie végétale. Plus il y a de végétation, plus il y de chaleur absorbée, et si les arbres viennent à disparaître ou à languir dans ce même lieu, la chaleur sera plus élevée qu'antérieurement.
D'un autre côté, les éléments anatomiques sont « autant d'individus vivants, jouissant chacun de la propriété décroître et de se multiplier, » ce sont pour ainsi dire les arbres de la forêt et ils ont besoin pour se nourrir de l'action de la chaleur. Au moment oii ces éléments viennent à languir ou bien encore lorsque tous les mouvements sont arrêtés brusquement, n'est-il pas conséquent de trouver alors un excès de chaleur? Mais quittons ces vues plus ou moins hypothétiques, pour déterminer une dernière cause physique de l'élévation de température dans Tinflammation.
Nous avons vu que tout obstacle à la circulation produisait une élévation de température au niveau de cet obstacle, et nous avons exphqué ce phénomène parla transformation en chaleur du mouvement du liquide. Or, dans l'inflammation, il existe un obstacle très-considérable à la circulation, comme le montre l'observation microscopique ; il est donc évident que dans toutes parties enflammées, il y aura une augmentation de température due à la transformation en chaleur du mouvement de la colonne sanguine qui vient rencontrer un obstacle assez étendu. Certes à chaque battement il y a fort peu de chaleur ainsi transformée , mais ces chocs se succèdent rapidement et représentent au bout de vingt-quatre heures une quantité de chaleur assez considérable.
Le ventricule gauche fait en une heure, d'après Fick *, un tra- . vail de 1680 kilogrammètres, et le ventricule droit un travail de 840 kilogrammètres. Ces chiffres nous paraissent un peu exagérés, car en admettant 60 pulsations par minute et pour le travail du
1 Die Medicinische Physilc. Braunsweig, 1866, 2^ édition.
venlricule gauche à chaque pulsaliou 180 grammes de sang élevés à 2 mètres de hauteur, ce qui est bien suffisant, nous ne trouvons pour le travail d'une heure que 1290 kilogrammèlres. En prenant les chiffres donnés par Fick, on trouve que le travail mécanique dépensé en vingt-quatre heures par le cœur et se transformant en clialeur dans les difFérents vaisseaux sanguins, équivaut à plus de 83 calories.
Pour un centimètre cube de sang qui aurait une vitesse de 0'"10 par pulsation, et dont le mouvement serait arrêté par suite d'un obstacle contre lequel viendrait se heurter cette petite masse de sang, on peut évaluer que la quantité de chaleur mise en liberté serait, au bout de vingt-quatre heures, capable d'élever 30 à 40 grammes d'eau d'un degré. On voit donc qu'au bout de quelque temps, la chaleur qui résulte de l'arrêt du cours du sang en un point donné, peut être assez considérable pour rendre trèssensible la différence de température de cette partie d'avec les parties avoisinantes. Nous croyons, par conséquent, que dans l'inflammation, l'élévation de la température est due en partie à la cause que nous venons de signaler.
ApplicatioQ de la théorie dynamique de la chaleur au système nerveux.
1 1. De V action réflexe. — La théorie dynamique de la chaleur ne consiste pas seulement dans ce seul fait de la transformation de la chaleur en un autre mode de mouvement et réciproquement, mais elle a pour principe fondamental cet axiome : Ex ni-kilo nihil, in nihilum nil posse reverti. Dans les phénomènes physiologiques et pathologiques du système nerveux, nous trouvons l'application de cet axiome en dehors de toute transformation de chaleur, mais nous y trouvons également la loi générale de la corrélation des forces.
Le mot seul d'action réflexe explique suffisamment le phénomène dont il s'agit, nous ne ferons donc qu'indiquer l'expérience fondamentale qui a conduit à cette découverte. Chez un animal décapité ou chez lequel on a séparé par une incision la moelle de Tencéphale, on remarque encore pendant un certain temps des mouvements coordonnés à la suite d'une excitation extérieure. En d'autres termes, si la moelle épinière ne communique plus avec l'encéphale, toute impression, toute excitation portée sur un nerf sensitif occasionnera un mouvement du membre ou de la partie impressionnée.
Si la riioelle, au lieu d'être séparée du centre encéphalique par une incision transversale, est comprimée par une tumeur ou un épanchement sanguin, le même phénomène se reproduira ; il cessera d'exister si la moelle et le cerveau communiquent librement. Donc tout obstacle existant entre la moelle et l'encéphale tend à produire l'action réflexe.
D'un autre côté, comme tout porte à l'admettre, toute action nerveuse, toute transmission d'impression et de sensation a lieu au moyen d'un mouvement vibratoire des nerfs , et voici où nous entrons dans la théorie dynamique de la chaleur ; ce mouvement-là, quelle que soit sa nature, ne peut être anéanti, in 7iihihm nil posse reverti. Donc, une excitation portée sur un nerf déterminera un mouvement vibratoire qui viendra se manifester sur la continuité de ce nerf ou sur les parties qui sont en relation avec lui.
Si entre ce nerf et les centres encéphaliques il y a une communication libre et normale, cette vibration viendra ébranler les parties constituantes du cerveau et y déterminera des phénomènes divers ; elle sera la source de la perception, et se transformera selon le gré de la volonté. Mais si celte communication est interrompue, si la transmission de ce mouvement vibratoire ne peut plus arriver jusqu'au cerveau, par suite d'une séparation artificielle ou d'une tumeur comprimant la moelle, qu'arriverat-il?
La vibration Iransmisc par ies nerfs sensitifs ébranlera les cellules nerveuses de la moelle, et celles-ci, à leur tour, communiqueront ce mouvement aux nerfs moteurs qui sont en relation avec elles. Comme un rayon de lumière qui tombe sur un miroir et qui se réfléchit, la vibration transmise par les nerfs sensitifs se réfléchit sur la moelle et réapparaît sur les nerfs moteurs ; l'action réflexe n'est donc autre chose que le retour, l'écho de la vibration initiale ^
Cette action réflexe se faisant des nerfs sensitifs sur les nerfs moteurs, a lien également dans certaines circonstances lorsque l'on excite primitivement les nerfs moteurs; c'est ce que Magendie, à qui la science doit cette découverte, a appelé la sensibilité récurrente, ou sensibilité en retour. Si l'on coupe une racine antérieure (motrice), le bout coupé correspondant à la moellè épinière est insensible, et celui qui correspond à la périphérie du corps, ne communiquant plus avec l'encéphale, est sensible. Magendie pensait que cette sensibilité récurrente était transmise à la racine rachidienne antérieure par la racine rachidienne postérieure (sensitive), comme s'il y avait un circuit de sensibilité entre les deux racines nerveuses^. Il n'existe aucune anastomose entre les éléments nerveux sensitifs et moteurs périphériques, mais les nerfs moteurs déterminent, en étant irrités, des contractions violentes, des crampes, et ce sont ces contractions qui agissent sur les nerfs de sensibilité musculaire (Brown-Sequard). Dans ce cas donc, la vibration, au lieu de se réfléchir sur la moelle, se
• Nous n'entendons pas parler ici des impressions réflexes viscérales et nutritives, dont l'action inconsciente a lieu d'une manière continue ; ces impressions réflexes se font d'ailleurs d'une maiiière identique, car les éléments nerveux destinés à transmettre ces impressions ne sont point en rapport avec les antres encéphaliiiiies, et ils agissent toujours les uns sur les autres directement darts la moelle (Voir surtout le beau livre de M. Luys : Becherches sur le système nerveux cérébro-spinal, sa structure, ses fonctions et ses maladies.
2 Dictionnaire dit de Nysten. Article Récurrent.
réfléchit sur le tissu musculaire pour se transmettre aux. nerfs sensitifs. C'est le même phénomène que celui que nous avons étudié tout à l'heure ; seulement, tandis que l'impression primitivement portée sur les nerfs sensitifs revient aux nerfs moteurs par l'intermédiaire des centres nerveux, celte impression ou bien encore le mouvement vibratoire déterminé primitivement sur les nerfs moteurs revient sur les nerfs sensitifs par l'intermédiaire du tissu musculaire, et cela se comprend parfaitement, le courant nerveux des nerfs moteurs étant centrifuge, et celui des nerfs sensitifs étant centripète ^
L'intensité de la contraction et l'intensité de la sensation sont proportionnelles l'une à l'autre. Pincez légèrement un membre, dit M. Ch. Rouget, des mouvements se montreront dans ce membre seul ; pincez un peu plus fort, les mouvements se manir festeront à la fois dans le membre qui reçoit l'excitation et dans celui du côté opposé ; pincez encore plus fort, les mouvements convulsifs envahissent les quatre membres etie tronc; augmentez l'intensité de l'irritation, vous aurez des mouvements généraux, des cris même si la section a porté au-dessus du bulbe rachidien. — « Le système nerveux joue le rôle d'un appareil qui reçoit des impressions et restitue sous forme d'excitation motrice et en quantité proportionnelle ce qu'il a reçu comme impression 2. »
1 M. Gl. Bernard a donné de la sensibilité récurrente une explication différente : il admet que des libres sensitives se recourbent et reviennent à la moelle en formant une anse dans l'intérieur môme d'un nerf mixte. Plusieurs expériences semblent confirmer cette explication; dans ce cas, la sensibilité récurrente serait un phénomène très-simple, dépendant de rexcilation d'une libre sensilive. Si nous avons cherché à expliquer l'opinion contrairi; à celle de M. Gl. Bernard, c'est que cette opinion est encore assez généralement admise, et qu'elle est loin d'être anti-physiologique.
^ Introduction à la j^hysiologie des actions réflexes, par Gl. Rouget, dans Leçons sur le diagnostic, et le traitement des principales foi'mes de paralysie des membres inférieurs, par Brown-Sequard. Victor Masson, 1864, p. 51.
Nous ne pouvons insister ici sur les conséquences de ces faits, et rapporter tous les cas pathologiques où une vibration initiale est la cause de convulsions ou d'autres phénomènes nerveux^ Nous ferons seulement remarquer que toute affection locale produit d'une manière continue des ébranlements des centres nerveux, que pour que cet cbranlemement soit admis, il n'est point nécessaire qu'il y ait réflexion sur les nerfs moteurs, c'est-àdire contraction musculaire, mais que cet ébranlement peut ne df'Icrminer qu'un petit nombre d'actions réflexes, et cependant être très-énergique, car la volonté intervient dans tous ces cas. C'est justement ce mouvement vibratoire continu et anormal qui produit les troubles des fonctions cérébrales, ou bien, chez d'autres personnes, l'épuisement et l'affaiblissement de la moelle ou du système nerveux ganglionnaire (paralysies réflexes de Brown- Scquard). C'est pour cela que les inflammations très-étendues d'un membre paralysé sont loin d'avoir sur la santé générale une action aussi funeste que des inflammations très-légères et trèslimitées placées au voisinage d'un nerf (Claude Bernard).
I II. De V action de la chaleur sur le système nerveux. — La chaleur est un excitant du système nerveux; elle augmente l'intensité et la vitesse de propagation de l'action nerveuse ; Helmholtz, en cherchant à mesurer la vitesse de propagation de la vibration nerveuse, a constamment vu qu'il existait une relation réelle entre cette vitesse et la température de l'animal. Chez les ani-
1 Un des faits les plus frappants sous ce rapport consiste dans les coutractions utérines chez le.î femmes enceintes lorsqu'elles ont des douleurs névralgiques. Nous avons vu nous-même, dans le service de M. Depaul, une femme enceinte de sept mois et demi avoir, à la suite d'une pleurodyuie, des contractions utérines qui faillirent provoquer l'accouchement ; le col était déjà complètement effacé et entr'ouvert. Un traitement opiacé externe modéra la douleur due à la pleiirodynie, et le col se referma et reprit ses dimensions normales ; au bout de quelque temps, la douleur revint et aussitôt les contractions utérines reparurent. Un vésicatoire enleva complètement les douleurs causées par la plcurodynie, et la femme accoucha à neuf mois.
maux à sang froid, cette vitesse est bien moins grande que chez les animaux à sang chaud, et pour un même animal, pour une grenouille, par exemple, elle varie également avec la température ambiante.
Le froid arrête toute action nerveuse ; appliqué sur une partie du corps, il en enlève la sensibilité, non-seulement parce qu'il empêche l'arrivée du sang dans cette partie, mais encore parce qu'il agit directement sur la fibre nerveuse sensitive. Il arrête et absorbe, pour ainsi dire, le mouvement vibratoire du nerf, et empêche l'impression d'arriver jusqu'à la moelle; comme une ligature placée sur un nerf, il intercepte tout mouvement, toute communication entre la périphérie et les centres nerveux.
Nous ne ferons que résumer une expérience que nous avons faite plusieurs fois. En mettant sur une grenouille le nerf sciatique à découvert, et en y appliquant directement un petit morceau de glace, on n'obtient plus, au bout de quelque temps, en excitant la partie mise en contact avec la glace, ni phénomènes de sensibilité, ni phénomènes de contractilité, le nerf est devenu inerte. L'excitation portée un peu plus bas que la partie refroidie détermine de la contraction des muscles, mais ne donne point de phénomènes de sensibilité ; l'effet inverse a lieu, si l'on porte l'excitation au-dessus de la partie refroidie. Il est donc évident que le froid empêche l'action nerveuse, et quel que soit le mode de mouvement qui constitue l'influx nerveux, on peut affirmer que ce mouvement est, lui aussi, arrêté par le froid et augmenté par la chaleur.
Cette relation intime qui existe entre la chaleur et l'influx nerveux, est-ce une simple influence de milieux? ou bien l'influx nerveux, comme la contraction musculaire, a-t-il besoin pour se produire de l'action de la chaleur? est-ce une transformation de la chaleur, et dans chaque action nerveuse disparaît-il une certaine quantité de chaleur? Pour démontrer cette dernière opinion, nous pouvons nous fonder sur ce que l'influx nerveux
s'épuise à chaque instant et qu'il a besoin d'être renouvèlé. — Or, pour se renouveler, c'est dans le sang seul qu'il trouve les éléments nécessaires à sa production, et le sang ne peut lui fournir, à côté des produits propres à la composition des cellules et des fibres nerveuses, que la chaleur dégagée par l'oxydation des éléments qu'il renferme. Il faut donc que l'influx nerveux se fasse aux dépens de la chaleur. « Une force quelconque , dit M. Claude Bernard, n'est en définitive qu'une autre force transformée, et un corps ne peut être également qu'un autre corps modifié ou transformé ^. » Mais répétons ici ce que nous avons déjà dit à propos de la fibre musculaire : la chaleur n'est point transformée d'une manière aussi directe que dans les machines inorganiques ; l'influx nerveux, commela contractilitédes muscles, est la conséquence de la nutrition d'éléments anatomiques particuliers, c'est la manifestation des propriétés de ces éléments ; mais pour se nourrir, comme pour remplir leurs fonctions, il faut que ces éléments subissent une rénovation moléculaire continue, rénovation impossible sans la chaleur, car tout mouvement moléculaire est une transformation de la chaleur.
Dans quel rapport cette transformation de la chaleur en influx nerveux a-t-elle heu? Cela sans doute ne sera jamais déterminé; aussi bien ne pourrait-on jamais peut-être donner l'équivalent d'autres transformations moins compliquées, sans que cette raison suffise pour ne point admettre que ces transformations aient lieu réellement. Combien le principe actif des plantes ou le parfum des fleurs nécessitent-ils pour se produire d'unités de chaleur 1 et cependant il est vrai, scientifiquement vrai, que le principe actif des plantes comme le parfum des fleurs ne sont qu'une transformation de la chaleur solaire?
Plusieurs faits vont nous montrer la relation intime qui existe entre la chaleur et la production de l'influx nerveux. Sans
1 Revue des Cours scientifiques, no 3, 1865-1866.
chercher des exemples dans la série animale, où nous voyons la sensibilité et l'excitabilité être d'autant plus énergiques et plus considérables que la température de l'animal est plus élevée, nous ferons remarquer que chez l'homme les nerfs sont de tous les organes ceux qui sont le moins exposés aux chances de refroidissement. Placés dans l'intérieur des tissus, accolés aux vaisseaux, ils sont toujours environnés d'un milieu à température élevée et constante. Les moyens de protection contre le froid sont des plus variés, et si les tissus environnants ne sont pas mauvais conducteurs de la chaleur, le trajet du nerf vient en partie remédier à cet inconvénient. Le nerf récurrent, par exemple, au lieu de se rendre directement au larynx, pénètre d'abord dans la cage thoracique où les variations de température sont presque impossibles, et de là il ren^onte vers le larynx en restant en contact avec l'artère carotide.
Le cerveau reçoit des artères très -volumineuses qui, avant de pénétrer dans le crâne, ne donnent presque aucunes branches collatérales, et qui sont autant que cela est possible protégées contre toutes les causes de refroidissement. Nous avons déjà fait remarquQr que l'artère carotide avant d'arriver au cerveau faisait dans le tissu osseux du crâne un certain nombre de coudes qui ont nécessairement pour résultat de ralentir le cours du sang, et, par suite, d'en élever la température. Les veines cérébrales, avant de retourner au cœur, tapissent toute la surface externe du cerveau, et concourent ainsi avec la boîte osseuse du crâne à maintenir autour de cet organe une température élevée et invariable. Bichat avait déjà fait la remarque « que les animaux à cou allongé, chez lesquels, par là même, le cœur plus éloigné du cerveau peut moins vivement agiter cet organe, ont l'intelligence plus bornée, les fonctions cérébrales plus rétrécies par conséquent ; qu'au contraire, un cou très-court et le rapprochement du cœur et du cerveau coïncident communément avec l'énergie de celui-ci. Les hommes dont la tête est très-loin des épaules,
comparés à ceux ou elle en est près, offrent quelquefois le même phénomène ^ »
Bichat attribuait cette action au mouvement d'expansion déterminé par « le cœur à sang rouge; » mais la vraie raison n'estcllepas plutôt dans la température plus ou moins élevée des artères cérébrales ? Le sang des artères carotides et vertébrales se refroidit d'autant plus que le cou est plus étroit et plus long, et comme les phénomènes nerveux ne sont qu'une transformation' de la chaleur qui se produit dans les vaisseaux cérébraux, il est évident que moins il y aura de chaleur, moins il y aura d'inOux nerveux élaboré-.
Les expériences de Legallois, Brown-Sequard, Vulpian, etc., démontrent d'une manière évidente l'influence du sang artériel sur l'innervation. Nous ne citerons qu'une de ces expériences : Un chien est décapité, les muscles de la tête ont perdu leur excitabilité, les paupières sont fermées, les yeux ternes; on injecte alors dans les artères cérébrales du sang rouge, et au bout de quelque temps, la chaleur réapparaît, les muscles deviennent facilement excitables, les paupières s'ouvrent, les yeux prennent de l'expression. On cesse les injections de sang artériel, les signes de mort se succèdent rapidement pour disparaître de nouveau si l'on recommence les injections de sang oxygéné. Quel exemple frappant de l'influence du sang, non-seulement sur la conlractilité, mais encore sur l'innervation. Ces expériences ont été répétées par Brown-Sequard sur des membres de suppliciés; comme sur les animaux, les phénomènes de la vie qui paraissaient éteints ont reparu après l'injection de sang oxygéné. Quel terrible et émouvant spectacle si de pareilles expériences étaient
1 Bichat {loc. cit.), p. 164.
2 Si, comme semblent le prouver les expc'Tiencps de Diibois-Reymond, il y a entre l'influx nerveux et les phénomènes électriques une grande analogie, Ja transformation de la chaleur en influx nerveux se comprend d'autant mieux et pourra peut-être un jour ôtre calcuiCe.
faites sur des têtes de suppliciés I car il est presque permis d'affirmer que dans une tête séparée récemment du tronc, on ferait renaître pour un instant la vie et la pensée.
Nous rappellerons également ici l'observation faite par Gratiolet, que parmi les aniipaux à sang chaud, ceux dont les artères sont longues et grêles ont des mouvements très-lents, mais qu'ils peuvent garder longlemps la même altitude; tandis que ceux dont les artères sont grandes, et dont le cœur est puissant, ont la faculté de produire des mouvements énergiques et rapides, mais qu'il leur est impossible de garder longlemps la même attitude active. Nous avons déjà cherché à expliquer ce fait dans la partie de ce mémoire qui traite des mouvements musculaires, nous voulons faire observer ici que ce qui est vrai pour les muscles est vrai également pour les éléments nerveux. En effet, les personnes qui ont les artères peu volumineuses, sont susceptibles d'un travail intellectuel lent et opiniâtre, leur esprit présente peu de mobilité, peu d'aptitudes diverses et rapides, leurs passions sont durables et leur humeur presque toujours égale. Les personnes à artères volumineuses, c'est-à-dire les personnes sanguines, travaillent au contraire d'une manière intermittente, leurs efforts intellectuels sont rapides, énergiques, mais ils ne durent qu'un moment, leurs passions sont vives, mais elles ont une nature essentiellement variable, ils sont emportés dans leur colère, comme généreux à l'excès, mais toutes ces impressions sont plus ou moins fugitives et se succèdent facilement. — Ici encore c'est parce que le sang et, par suite, la chaleur arrivent au cerveau en grande quantité, et qu'ils effectuent en peu de temps tout le travail intellectuel possible ; tandis que lorsque le sang arrive plus lentement et par degrés, l'élaboration de l'influx nerveux se fait également avec plus de lenteur, la sensation est moins vive, mais elle dure plus longtemps et elle laisse son impression mieux marquée.
Ce rapport entre le système musculaire et le système nerveux nous montre également que la force nerveuse comme la force
musculaire étant toutes deux des transformations différentes d'une même force, de la chaleur dégagée dans l'organisme, si l'un de ces systèmes vient à prédominer, l'autre sera nécessairement affaibli, à moins que l'organisme ne fasse dans un temps donné une plus grande quantité de chaleur. Or, en général, chaque homme produit la môme quantité de chaleur, et par conséquent l'activité du système musculaire suppose l'inaction des autres et en particulier du système nerveux. «Nous pouvons établir comme une loi fondamentale, dit Bicliat, * que quand les forces s'accroissent dans une partie, elles diminuent dans le reste de l'économie vivante ; que la somme n'en augmente jamais, que seulement elles se transportent successivement d'un organe à l'autre. Avec cette donnée générale, il est facile de dire pourquoi l'homme ne peut en même temps perfectionner toutes les parties de la vie animale, et exceller par conséquent dans toutes les sciences à la fois.
» Voyez ce savant qui, dans ses abstraites méditations, exerce sans cesse ses sens internes, et qui, passant sa vie dans le silence du cabinet, condamne à l'inaction les externes et les organes locomoteurs; voyez- le s'adonriant par hasard à un exercice du corps, vous rirez de sa maladresse et de son air emprunté. Ses sublimes conceptions vous étonnaient; la pesanteur de ses mouvements vous amusera. Examinez, au contraire, ce danseur qui, par ses pas légers, semble retracera nos yeux tout ce que, dans la fable, les Ris et les Grâces offrent de séduisant à notre imagination : vous croiriez que de profondes méditations d'esprit ont amené cette heureuse harmonie de mouvements; causez avec lui, vous trouverez l'homme le moins surprenant sous ces dehors qui vous ont surpris.
» L'esprit observateur qui analyse les hommes en société, fait à tout instant de semblables remarques. Vous ne verrez presque jamais coïncider la perfection d'action des organes locomoteurs avec
' Loc. cit., p. 127.
celle du cerveau ni des sens; et réciproquement il est très-rare que ceux-ci étant très-habiles à leurs fonctions respectives, les autres soient très-aptes aux leurs. »
Cette loi sur laquelle Bichat a tant insisté est une de celle qui ont dirigé Geoffroy Saint-Hilaire dans ses beaux travaux, il a formulé ainsi la loi dubalancement desorganes :«Tout est réglé dans l'économie, et nul organe n'acquiert une propriété extraordinaire, qu'un autre de son système ou de ses relations n'en souffre dans une même raison. Une augmentation, un excès, dans un point, supposent nécessairement une diminution dans un autre.» C'est ce que Gœthe a également exprimé dans ces mots : « Le budget de la nature étant fixe, une somme trop considérable affectée à une dépense exige ailleurs une économie- »
Au point de vue purement économique, l'homme est donc, de tous les animaux, celui dont le travail mécanique est le moins considérable par rapport à la quantité de chaleur produite dans l'organisme ; car une partie de cette chaleur disparaît par l'action du système nerveux. Les bons ouvriers sont ceux qui se nourrissent bien, car chez ceux-ci une plus grande somme de force est disponible ; mais aussi, toutes choses égales d'ailleurs, le meilleur manœuvre est celui dont le cerveau fonctionne le moins, dont l'inlelligence par conséquent est la moins développée.
Un seul fait à lui seul prouve tout ce que nous venons d'avancer. Les personnes livrées à un travail intellectuel quelconque dégagent pendant ce temps une plus grande quantité d'acide carbonique (S. Bavy). Qui ne sait aussi que les travaux d'esprit augmentent l'appétit, car l'entrée en activité d'un organe, quel qu'il soit, a pour conséquences immédiates d'y accélérer le cours du sang, d'accroître l'intensité du travail décomposition et de décomposition dont cet organe est incessamment le siège.
Nous n'avons pas besoin d'ajouter qne cette accélération de la circulation a pour résultat de dégager plus de chaleur qu'il n'y en a de consommée, et par conséquent d'élever la température
locale et générale ; nous avons vu la contraction musculaire produire cet elïet, la même chose a lieu dans le fonctionnement des éléments nerveux.» Le travail de l'esprit, indépenflamment de toute autre action^ suffit, comme le fait observer S. Davy, pour augmenter la chaleur animale. Limitée d'abord à la tête, cette augmentation peut se généraliser sous l'influence de méditations profondes et prolongées. Mais on peut aussi observer parfois un contraste frappant entre la température de la tête et celle des extrémités inférieures, qui semblent d'autant plus froides que la première est plus ardente. Dans ces conditions, malgré la cessation de tout travail, elles ne se réchauffent qu'après de longues heures d'agitation et d'insomnie. »
I IlL En partant des données que nous venons d'exposer, peutêtre est-il plus facile d'expliquer les différences qui existent entre les individus ou entre les peuples sous le rapport de leurs idées et de la nature de leur intelligence ; nous ne voulons qu'indiquer sommairement les faits qui nous paraissent rentrer dans la théorie que nous étudions.
Chez les peuples qui habitent des contrées très-froides, la chaleur développée dans l'intérieur de l'organisme est employée presque tout entière à résister au froid extérieur. L'intelligence par conséquent ne se développe qu'incomplètement , d'autant plus qu'un exercice musculaire considérable et continu est nécessaire pour maintenir la température normale du corps. Les sens externes sont peu perfectionnés , car les excitants extérieurs n'existent pas, et comme nous venons de le dire les sens internes ne peuvent guère être exercés, car l'organisme ayant à lutter constamment contre les causes de refroidissement ne peut que difficilement céder aux organes cérébraux une quantité suffisante de force vive. C'est de ces peuples que Montesquieu a dit : « Il faut les écor.cher pour les chatouiller. » Et en effet, nous savons
Loiigct, Traité de Physiologie, p. 1115.
que le froid empêche l'action nerveuse et la transmission aux centres cérébraux des impressions périphériques.
Les hommes des pays chauds sont au contraire tout sens ; car la chaleur rend la vibration nerveuse plus, manifeste, et augmente sa vitesse de propagation ; aussi chaque impression, si faible qu'elle soit, est perçue, mais par cela même ces impressions se succèdent rapidement, et la dernière seule reste prédominante.
La température extérieure rend inutile et même dangereuse la formation d'une trop grande quantité de chaleur intérieure ; aussi, chez ces peuples, le cerveau, comme les autres organes, fonctionne lentement et tire peu de lui même.
L'homme devient pour ainsi dire le miroir de la nature qui l'environne, il reflète d'une manière étonnante toutes les impressions extérieures. Apathique naturellement, sans grande énergie individuelle, il n'agit que par les excitants qui lui viennent du dehors, mais dans ce cas avec une rapidité et une puissance inconnue aux peuples du Nord. Ses sens sont si souvent ébranlés, qu'il lui devient presque impossible d'en coordonner les perceptions, aussi, s'il excelle dans les arts d'imagination, il est inférieur dans les sciences de raisonnement.
L'habitant des contrées tempérées n'a pas besoin, comme celui des régions glaciales, de soutenir contre le froid extérieur une lutte aussi énergique et aussi continue, mais il lui faut cependant une nourriture plus abondante qu'à l'habitant des pays chauds. Son organisme crée donc à chaque instant une certaine somme de chaleur qui se répartit d'une manière plus égale pour le fonctionnement de ses organes et pour sa préservation contre les intempéries de l'atmosphère. Aussi sa sensibilité est plus grande que celle des habitants des pays froids, mais aussi moins exagérée que celle des habitants des pays tropicaux. Il en résulte qu'au contraire de ces derniers, il reçoit les impressions plus faibles, plus lentes, plus isolées; mais aussi il les retient profondément. De là un raisonnement plus parfait et des détermina-
lions plus durables. La volonté devient plus puissante, le sentiment de l'individu plus prononcé, l'homme se concentre pour ainsi dire en lui-môme, et peut se soustraire facilement à l'action des agents extérieurs. C'est ce qui faisait dire à Pascal : « Mon humeur ne dépend pas du temps ; mon brouillard et mon soleil sont au dedans de moi. »
Ces différences qui existent entre les divers peuples, existent également mais à un degré moins prononcé entre les individus d'un même pays, selon les tempéraments et les constitutions. En général, les personnes soumises d'ordinaire aux excitants extérieurs, celles dont les sens sont constamment mis en activité, ont une supériorité marquée dans tous les travaux de l'esprit qui tiennent de l'imagination. On dirait au contraire que les méditations profondes excluent toute excitation étrangère. La musique, les parfums, tout ce qui plaît aux sens développent les facultés Imaginatives, et agissant à l'excès peuvent même produire l'extase. Moleschott a eu raison en montrant l'influence de la lumière sur les idées, sur la rapidité avec laquelle elles se succèdent lorsqu'on se trouve dans un espace brillamment éclairé; niais nous ajouterons que dans ce cas ce ne sont guère que les idées qui dépendent de l'imagination qui sont excitées et éveillées ; la pensée, la belle pensée scientifique, craint le bruit et recherche l'ombre; lorsqu'elle daigne se laisser entrevoir, elle exige le calme et le silence; il faut que le logis soit vide de toute rivale.
JV
Application de la théorie dynamique de la chaleur aux mouvements des éléments anatomiqucs en général et à la thérapeutique.
I 1. Influence de la chaleur sur la nutrition et le fonctionnement des cléments anatomiqucs. — « Il semble, dit Bérard, que l'influence
— sodé la chaleur sur la vie soit écrite sur toute la surface du globe. » Les plantes ont besoin pour se développer de l'action de la chaleur, ou plutôt la vie végétale n'est qu'une transformation de la chaleur. Tout animal, si simple que soit son organisation, ne peut vivre sans chaleur; les œufs demeurent en hiver comme privés de vie, mais les premières influences de la saison suivante en déterminent l'éclosion. Les œufs des oiseauxne reçoivent pendant l'incubation que l'influence de la chaleur et une température artificielle produit absolument le même effet. L'animal qui meurt faute de nourriture ne meurt point de faim, mais de froid (Chossat). Les aliments, les vêtements, les habitations n'ont qu'un seul but, celui de fournir de la chaleur ou d'empêcher l'action du froid (Bouchardat).
Or, la vie n'est que la manifestation de l'ensemble des propriétés inhérentes aux éléments anatomiques. « C'est aux éléments anatomiques seulement, comme l'a fait remarquer Bichat, et non aux tissus proprement dits et aux organes, que s'applique l'idée de vie. » (Robin.) Il est donc naturel de rechercher si l'influence de la chaleur sur la vie en général n'a pas pour cause l'influence qu'elle exerce sur les différents éléments anatomiques.
Il y a pour les éléments anatomiques deux espèces de mouvement; l'un qui n'appartient qu'à certaines cellules, comme les cellules vibratiles, et qui constitue un mouvement de totalité visible à l'aide du microscope. L'autre appartient à tous les éléments; c'est le mouvement moléculaire nécessaire à la nutrition de toute substance organisée. Le premier de ces mouvements est un mouvement de translation, le second se passe dans le sein même de tout élément anatomique, et résulte des échanges continus des principes immédiats.
La chaleur et le froid exercent sur le premier de ces mouvements une action manifeste. Une cellule vibratile ou un spermatozoïde, placés sous le microscope, et possédant encore les mouvements qui leur sont propres, les ralentissent immédiate-
ment ou même les perdent complètement, si l'on refroidit la plaque de verre sur laquelle ils sont placés. La chaleur au contraire augmente ces mouvements, et les restitue s'ils se sont arrêtés par l'action du froid. Cette expérience, facile à faire, ne souffre pas d'exception; elle montre d'une manière évidente que le froid agit directement sur les éléments anatomiques et en arrête les mouvements de totalité.
Mais les mouvements vibratoires de certaines cellules ne sont que la manifestation des propriétés inhérentes et spéciales à ces cellules. La cellule vibratile dont les cils cessent de se mouvoir, est morte, et l'expérience vient à l'appui de cette opinion. En effet, certaines substances colorantes, la fuchsine par exemple, n'ont pas le pouvoir de colorer les cellules animales ou végétales aussi longtemps que l'action vitale se continue ; mais ces cellules se colorent immédiatement dès qu'elles sont privées de vitalité. En mettant des cellules vibratiles en mouvement, en contact avec une solution de fuchsine, on remarque que celles qui sont colorées sont complètement privées de mouvement, et que celles dont les cils se meuvent encore sont incolores ; mais qu'elles deviennent rouges dès que le mouvement des cils est arrêté. Le mouvement des cils est à la cellule vibratile ce que la contractilité est à la fibre musculaire, ce que l'innervation est à l'élément nerveux. Or nous voyons manifestement sur la cellule vibratile la chaleur augmenter la fonction et le froid la diminuer, et dans ces cas il faut remarquer de plus que la chaleur n'est point le résultat des actes moléculaires nutritifs, elle vient du dehors, elle agit en tant que chaleur; enlevez-la, et il n'y a plus d'actes, plus de fonctions, et si l'influence du froid se prolonge la matière organisée est morte.
Cet exemple nous prouve que la chaleur est nécessaire au fonctionnement de certains éléments, et qu'elle est la cause directe des phénomènes produits. Dans la graine, dans l'œuf, ce qui détermine le développement de l'ovule ce ne sont point primitivement les changements survenus dans l'intérieur de
l'ovule, ou, en d'autres termes, la chaleur nécessaire aux actes qui vont s'effectuer n'est point le résultat de la combinaison des principes constituants; la chaleur vient du dehors, et par son action détermine les modifications ultérieures; elle est la cause première do l'activité de cette matière organisée, mais une fois la première impulsion donnée, l'organisme va de lui-même produire toute la chaleur dont il a besoin pour se nourrir et se développer.
Pour les végétaux cependant, il faut, pour que la vie s'entretienne, l'action continue du soleil, c'est-à-dire que la plante ne trouve pas en elle-même une force suffisante pour son développement ; la chaleur extérieure se transforme constamment en vie végétale. L'animal au contraire produit, à l'aide des aliments qu'il ingère, la chaleur nécessaire à l'entretien de sa vie ; il est à lui-même ce que la chaudière est pour les machines à feu, ce que le soleil est pour les plantes.
I II. 11 nous reste à considérer l'influence de la chaleur sur le mouvement moléculaire continu qui se fait dans tout élément anatomique, mouvement qui est la condition indispensable de la nutrition et par conséquent de la vie. Ici il est impossible de marquer un point de départ quelconque, car, nous l'avons déjà dit, la chaleur intérieure est si étroitement liée à l'exercice des fonctions qu'on ne peut déterminer si elle est cause ou effet ; mais cette difficulté même nous montre que la chaleur devient à la fois cause et effet. La nutrition des éléments anatomiques, c'est-àdire le mouvement moléculaire, l'échange continu des principes immédiats, sont impossibles sans la chaleur; mais à son tour la chaleur est le résultat des actes moléculaires nutritifs propres à la vie. Nous avons vu en effet que le froid empêche la fonction des cellules vibratiles, de la fibre musculaire, de l'élément nerveux; or la fonction ne peut avoir lieu qu'à la condition que la matière organisée qui c onstilue ces éléments se renouvelle sans cesse. Plus la nutrition est active, plus les propriétés des éléments sont manifestes et énergiques. Le froid empêche donc la nutri-
tion ; mais si primitivement la mitrition languit, il n'y aura plus de chaleur produite; la nutrition est donc à son tour la source de la chaleur.
Il est donc évident que la chaleur doit être considérée comme
10 produit essentiel de la vitalité des éléments et comme la cause indispensable à l'exercice des fonctions. « C'est ici, dit Cabanis ^ l'un de ces nombreux exemples que l'économie animale présente et dans lesquels on voit les phénomènes s'entrelacer en quelque sorte et devenir tour à tour effet et cause, sans qu'il soit possible de démêler celui dont un ou plusieurs autres ne sont que la conséquence. Voilà ce qui fait dire à Hippocrate que la vie est un cercle oiî l'on ne peut trouver ni commencement ni fin. Car, ajoute-t-il, dans un cercle tous les points de la circonférence peuvent être fin ou commencement, et rien n'est plus propre à faire voir comment dans l'organisme toutes les parties sont liées entre elles ; comment dans les fonctions il n'en est point qui ne se supposent les unes les autres, et qui ne soient plus ou moins nécessaires à l'ordre du tout. »
Il est un autre point sur lequel nous voudrions insister longuement, si déjà ce mémoire ne nous paraissait trop étendu; nous voulons parler de l'influence de la composition des éléments anatomiques sur leur nutrition et leur fonctionnement, et de l'importance du groupement moléculaire sur les altérations qu'ils peuvent subir. Si nous nous reportons aux phénomènes physiques, nous y voyons que l'arrangement moléculaire joue un très-grand rôle et que deux corps par exemple peuvent avoir ia même composition chimique et cependant différer beaucoup sous le rapport de leurs propriétés. A M. Robin revient l'honneur d'avoir introduit ces idées dans les sciences biologiques;
11 a montré que dans les substances organiques, les modifications isomériques étaient de la plus grande importance, et que les
Rapport du physique et du moral, t. II, p. 234, édit. de 1815.
principes miasmatiques agissaient sur l'organisme en imprimant des changements de ce genre, c'est-à-dire en détruisant l'arrangement moléculaire normal.
Nous n'avons insisté jusqu'ici que sur les conditions dynamiques des phénomènes, et, pour mieux les étudier, nous avons été obligé de les isoler, et quelquefois de considérer les forces ou le mouvement presque comme des faits abstraits et comme indépendants de la constitution de la matière. Cependant nous sommes si convaincu que la composition de la matière est d'une importance capitale, que ce travail même pourrait se résumer en ces mots : Étant donné un mouvement, le phénomène sera différent selon la constitution de la molécule qui reçoit ou transmet ce mouvement. — La constitution matérielle joue le rôle principal, et du moment qu'une substance possède une composition différente d'une autre, jamais les phénomènes qui se produisent dans celles-ci ne pourront être identiques ; jamais une même force n'agira sous tous les rapports de la même façon sur un barreau de fer et sur un morceau de verre; jamais les propriétés de la matière organique ne seront semblables aux propriétés de la matière inorganique, de même que dans la substance organisée, les propriétés seront différentes selon les principes immédiats qui y entrent et selon l'arrangement moléculaire.
I III. De l'action de la chaleur et du froid en thérapeutique.
Si la chaleur a sur les phénomènes vitaux l'influence que nous venons de signaler, elle doit dans toutes les conditions faciliter les échanges nutritifs et augmenter les mouvements de rénovation moléculaire; le froid devra au contraire agir d'une manière opposée. Ces deux actions devront se retrouver en pathologie et dans les quelques pages qui vont suivre, nous essayerons de voir si l'on peut donner l'explication rationnelle de l'emploi thérapeutique de ces deux agents et de quelques autres médicaments, d'après la théorie dynamique de la chaleur. Pour cela nous considérerons l'altération la plus fréquente, celle qui à elle seule
domine toute la pathologie, nous voulons parler de l'intlammation.
L'inflammation résulte, avons-nous dit, de la stase et de l'arrêt du sang dans les capillaires ; si l'accumulation des globules n'est pas encore trop considérable, si, comme cela a lieu pendant la congestion , le sang n'a pas encore perdu tout mouvement dans les vaisseaux, la chaleur portée en ce point aura pour résultat d'augmenter ce mouvement et de séparer les globules les uns des autres, et il pourra se faire qu'au bout de peu de temps tous les capillaires seront dégorgés, c'est-à-dire que les globules qui y étaient arrêtés auront été entraînés, et que tous les obstacles à la circulation seront, par cela même, enlevés. Donc, au moment de la congestion, la chaleur pourra quelquefois empêcher les phénomènes ultérieurs de l'inflammation. Mais si les globules sont entassés en grande quantité dans les capillaires, si tout mouvement du sang a cessé, la chaleur sera impuissante à rétablir la circulation, et, tout au contraire, elle contribuera à augmenter les phénomènes inflammatoires. Car elle appelle vers ces parties une plus grande quantité de sang, ce qui produit naturellement une augmentation de rougeur et de tuméfaction ; la transsudation sera plus abondante, et les leucocytes plus nombreux. D'un autre côté, la formation des leucocytes se fera plus promptement, car les globules du pus, comme toute espèce d'élément anatomique, ont besoin pour se produire de principes nutritifs, et plus ces principes seront abondants, plus les leucocytes seront nombreux, et ils se formeront d'autant plus vite que le mouvement moléculaire peut se faire plus rapidement. Or, ce sont justement là les conséquences de l'action de la chaleur , car elle détermine l'afflux du sang, et donne aux molécules un mouvement plus rapide et plus énergique. La chaleur hâtera donc la terminaison de l'inflammation, et si aucun autre agent n'intervient cette termmaison aura toujours lieu par suppuration.
On emploie tous les jours la chaleur pour hâter la suppuration
des engorgements et des inflammations aiguës; le cataplasme emprunte son action à l'eau et à la chaleur, c'est-à-dire aux deux conditions essentielles de toute vitalité.
Le froid, au contraire, empêchera le sang d'arriver vers les parties enflammées ; la tuméfaction et l'exsudation, par conséquent, seront peu abondantes; la formation des leucocytes sera empêchée, car le froid arrête tout mouvement moléculaire. De plus, les actions réflexes ne pourront avoir lieu, et, par suite, ils ne pourront plus exercer une influence fâcheuse sur la santé générale, car les nerfs qui se trouvent au voisinage des parties enflammées ne transmettront plus les impressions aux centres nerveux. Aussi le froid est un des agents les plus puissants pour combattre les inflammations et empêcher les suppurations. On l'a même employé récemment avec succès contre la pneumonie, le rhumatisme articulaire, etc. Seulement, son action doit être prolongée assez longtemps, tout au moins le temps nécessaire pour que les globules, entassés dans les capillaires, se soient dissociés ou soient rentrés dans la circulation générale.
I IV. Action thérapeutique de la saignée. — Dans l'inflammation, avons-nous dit, les causes de chaleur sont : l'obstacle créé par les globules arrêtés dans les capillaires et contre lesquels le sang vient se heurter (de ce choc résulte à chaque instant la transformation en chaleur d'une certaine quantité de mouvement); en second lieu, le sang qui reste stagnant et amassé au-dessus de ces capillaires et qui ne cesse pas pour cela de fournir de la chaleur, car les oxydations des principes qu'il renferme continuent à se faire. Donc, pour ces deux causes, il se formera d'autant plus de chaleur que le sang arrivera en plus grande quantité, donc aussi les saignées générales, et surtout les saignées locales, diminuant la quantité de sang qui arrive dans les parties enflammées, diminueront par cela même la chaleur de ces parties, rendront la tuméfaction moins forte et les principes immédiats nécessaires à la production des globules de pus moins abondants. Les émissions sanguines sont donc un puissant
moyen antiphlogistique, et nous avons vu, dans le service de M. Bouillaud, des malades atteints de pneumonie, de pleurésie, de rhumatisme articulaire, être soulages instantanément à la suite du traitement suivi par l'illustre professeur de la Charité. La réaction qui s'est faite contre Broussais n'a-t-elle pas, comme' toutes les réactions, dépassé le but? Quel est, d'ailleurs, le traitement ou l'agent thérapeutique qui n'ait des inconvénients, et qui ne doive être employé que d'après certaines règles et dans certaines conditions ?
§ V. Action thérapeutique des acides et des bases. — Nous avons vu la chaleur augmenter les mouvements des cellules douéas de mouvements propres, et le froid diminuer ou arrêter ces mouvements ; les bases agissent de la même manière que la chaleur, et les acides de la même manière que le froid. En plaçant sous le microscope des cellules vibra tiles ou des spermatozoïdes, on voit les solutions d'ammoniaque, de soude, de potasse, augmenter les mouvements de ces éléments anatomiques ; les acides étendus, sans exception, les arrêtent presque brusquement. De ce fait, nous sommes peut-être en droit de conclure que les bases agissent sur la substance organisée de la même manière que la chaleur, c'est-à-dire qu'elles augmentent les échanges des principes nutritifs, et par conséquent la vitalité des organes, que les acides, au contraire, entravent l'exercice des diflerentes fonctions.
Et en effet, le rapprochement au point de vue thérapeutique, des bases et de la chaleur, des acides et du froid, nous parait des plus légitimes.
La chaleur augmente la vitesse de la circulation, les bases ont la môme action.
La chaleur augmente les sécrétions; les bases agissent de même. M. Cl. Bernard a vu que le bicarbonate de soude, introduit dans l'estomac d'un chien, augmentait la sécrétion du suc gastrique. Il n'y a pas là, croyons-nous, un appel d'un acide par une base, comme cela a été dit ; mais le carbonate de soude agit ici
comme la chaleur en facilitant les mouvements moléculaires, les échanges nutritifs et, par suite, en exagérant le fonctionnement des glandes chargées de la production du suc gastrique. La sécrélion urinaire est augmentée par la chaleur et les alcalis.
La chaleur favorise les hémorrhagies ; il en est de même des alcalis.
La chaleur, comme les alcalis, favorise l'absorption et les dégorgements.
La chaleur, comme les alcalis, excite le système nerveux et exagère la sensibilité.
La chaleur et les alcalis favorisent la décomposition et la putréfaction des matières organiques. Or, la putréfaction nécessite des transformations moléculaires, des échanges rapides et continus des différents principes en contact, et c'est pour cela que les agents qui favorisent la vitalité de la substance organisée, en facilitent également la décomposition.
Au contraire, le froid, comme lesacides, ralentit la circulation.
Leur action sur les sécrétions est identique ; ils les ralentissent tous deux.
Ils empêchent l'absorption, ils arrêtent les hémorrhagies, ils amoindrissent la sensibilité, ils retardent la putréfaction des matières organiques.
Étant donnée une inflammation, les boissons acides empêcheront en partie l'arrivée du sang, et les lotions acides entraveront la formation des globules du pus. Les alcalis, au contraire, détermineront une circulation plus rapide, ils augmenteront l'énergie des transformations moléculaires et, par conséquent, en même temps qu'ils rendront les capillaires perméables plus rapidement, ils favoriseront la naissance des leucocytes.
Aussi les boissons acides sont recherchées ea été pour contrebalancer l'excès de la chaleur, et, dans les pays froids, les alcalis jouent le principal rôle en thérapeutique. La magnésie, en Angleterre, est presque devenue un condiment. i
Peut-être, dans les traitements par le froid et par la chaleur,
se trouverait-on bien de l'association au froid des boissons acides, et à la chaleur des boissons alcalines ?
Quoi qu'il en soit, les personnes qui se réchauffent difficilement, celles chez qui la nutrition et les échanges moléculaires languissent, se louent de l'emploi des alcalins. L'enfant et le vieillard redoutent les acides. L'enfant surtout, qui a tellement besoin de chaleur qu'une température élevée ambiante est pour lui une condition aussi indispensable à la vie que la nutrition ; qui s'affaiblit et meurt pour peu que le milieu dans lequel il se trouve ne soit point suffisamment chaud ; qui, sous l'impression du froid, contracte une maladie presque toujours mortelle, maladie propre à cet âge, le sclérème; l'enfant, dis-je, a une tendance des plus prononcées à l'acidification des humeurs. Le muguet, si commun chez les enfants, est constitué par un parasite végétal qui ne peut se développer que dans des liquides acides. De plus, dans les dérangements du canal intestinal qui surviennent chez les nouveau-nés, le médicament le plus héroïque, celui qu'employait toujours M. Dubois, est un médicament alcahn, la magnésie.
Nous pourrions multiplier ces faits, mais nous croyons que ceux que nous venons de signaler suffisent pour montrer l'analogie d'action de la chaleur et des bases, du froid et des acides.
I VL Action thérapeutique de l'alcool. — L'alcool, lorsqu'il est ingéré, devient une des sources de la chaleur animale, il élève la température, car il augmente la fréquence et l'énergie des battements du cœur. A ce point de vue, l'alcool a une trèsgrande influence sur l'intensité des phénomènes vitaux. Mais il faut remarquer que cette influence n'a lieu que si l'alcool est ingéré et brûlé ; à l'extérieur ou même s'il est ingéré en trop grande quantité pour être brûlé complètement, il devient un des agents les plus actifs pour empêcher les actes qui dépendent de la vie.
II ne peut se développer dans les liquides qui renferment suffi-
samment d'alcool, ni infusoires ni aucune espèce de substance organisée vivante. Non-seulement il empêche le développement des végétaux ou des animaux, mais il tue tous les êtres vivants avec lesquels il est mis en contact.
La cirrhose du foie n'a pas d'autre cause que l'abus de liqueurs alcooliques, et il est probable que cette atrophie est due à l'influence directe et anti-vitale de l'alcool; car, avant d'être entraîné dans le torrent circulatoire et d'être brûlé, l'alcool passe dans la veine porte à l'état ordinaire et agit, par conséquent, sur les éléments qu'il traverse, en empêchant leur nutrition et leur fonctionnement.
Ingéré en petite quantité, l'alcool excite toutes les fonctions ; les excrétions augmentent, la contraction et i'innervation s'exercent avec énergie^ car la chaleur est développée en grande quantité ; les idées se pressent en foule, l'imagination devient plus vive, les sensations plus délicates. Mais, pour peu que l'alcool ingéré ne puisse point être brûlé immédiatement, son action antivitale réapparaît avec évidence; alors la sensibilité s'éteint, les idées deviennent incohérentes, la mémoire disparaît, les muscles ne peuvent plus soutenir le corps. Cette action de l'alcool, en tant qu'alcool, se manifeste directement sur le mouvement des cellules vibratiles, car, dans les expériences que nous avons faites à ce point de vue, nous avons toujours observé que l'alcool arrêtait les mouvements des cils des cellules vibratiles, ainsi que les mouvements des spermatozoïdes. Mais son action est surtout manifeste et rapide sur les mouvements des vibrions. Ayant laissé putréfier du sang et du pus, nous avons vu dans une goutte de ces liquides des milliers de vibrions se mouvoir dans tous les sens avec une rapidité extrême, mais s'arrêter immédiatement et pour toujours dès qu'on y mélange un peu d'alcool. L'acide phénique, l'essence de térébenthine, les acides sulfurique, azotique, acétique, etc., ont la même action sur ces infusoires.
On sait d'ailleurs que l'alcool empêche' la putréfaction des matières organiques, c'est-à-dire qu'il empêche les mouvements moléculaires nécessaires à la décomposition de ces substances.
Cette action de l'alcool s'exerce également sur la suppuration des plaies, car, arrêtant tout mouvement moléculaire, il empêche la formation des leucocytes, et de f)lus, il tue les vibrions qui pourraient se former et par conséquent il s'oppose à la suppuration et à l'infection purulente ?
Peut-être agit-il de la même façon dans l'emploi récent qu'on en a fait dans la pneumonie (Behier), et dans ce cas, son action consisterait à arrêter ou à modérer dans le tissu pulmonaire les formations fibrineuses et la naissance des leucocytes, c'est-à-dire les altérations pathologiques de la pneumonie.
I VII. L'action des vomitifs s'explique également en partie par les considérations précédentes. Nous avons vu, en effet, que toute contraction musculaire employait, transformait une partie de la chaleur de l'organisme. Donc, dans les cas de fièvre ou dans d'autres conditions, lorsque la chaleur est en excès et devient une des causes des phénomènes pathologiques, il est évident que plus on pourra ravir d'une manière ou d'une autre de cet excès de chaleur, plus l'organisme tendra à reprendre son état normal. Les vomitifs déterminant la contraction énergique de plusieurs muscles, servent donc à faire disparaître une partie de la chaleur en excès.
Les mouvements musculaires déterminés par un travail externe ont la même action sur la chaleur développée dans l'organisme , et de fait la gymnastique ou des travaux manuels font \ disparaître quelquefois des indispositions peu graves. La médecine des Chinois consiste surtout dans des exercices musculaires prolongés, et dans des positions diverses des membres qui toutes nécessitent des contractions énergiques.
A côté de ces différents remèdes ayant une action générale sur tous les éléments anatomiques, il en est d'autres qui ont une action spéciale sur tel ou tel élément. C'est ainsi que nous avons
déjà relaté ailleurs * une expérience qui montre l'influence directe de la digitale sur le cœur. Tout récemment, en cherchant l'action de différents corps sur les mouvements des cellules vibratiles, nous avons vu l'iodure de potassium, qui n'a qu'une influence peu marquée sur les mouvements des vibrions ou des spermatozoïdes, arrêter plus rapidement que l'alcool même ou qu'un acide les mouvements des cellules vibraliles. Cette propriété nous paraît expliquer fort bien les bronchites légères que détermine presque toujours l'emploi de l'iodure de potassium.
D'autres substances agissent également d'une manière directe et spéciale sur certains éléments anatomiques. C'est ainsi que la morphine appliquée directement sur un nerf mis à nu empêche en partie la transmission des excitations nerveuses, et que la strychnine, dans les mêmes conditions, augmente au contraire cette transmission. De nouvelles expériences nous permettront peut-être de revenir sur ces faits et de mieux en déterminer la valeur thérapeutique.
Persuadé, comme^ l'a si bien étabU Auguste Comte, que les sciences physiques sont fondamentales par rapport aux sciences biologiques, et par conséquent que les découvertes dans les sciences physiques deviennent tôt ou tard un progrès pour les sciences de la vie, nous avons essayé d'introduire en médecine les principes de la théorie dynamique de la chaleur. En faisant cette tentative, nous n'avons en pour ainsi dire comme guide que notre foi sincère dans la plus féconde et la plus belle des découvertes modernes. Sans nul doute, nous nous sommes quelquefois laissé entraîner à donner des faits physiologiques et pathologiques une explication prématurée ou peut-être
1 E. Onimus. Études critiques et expérimentales sur Vocclitsion des orifices auriculo-ventriculaires. {Journal de l'Anatomie et de la Physiologie, de M. Ch. Robin, juillet 1865, p. 374.)
erronée ; mais notre excuse se trouve dans notre enthousiasme même et dans les difficultés d'un pareil sujet. Si ces difficultés sont grandes, elles ne sont cependant pas insurmontables ; un premier effort peut échouer, mais d'autres seront plus heureux. Ce que R umford, un des premiers qui ait pressenti la loi de corrélation des forces, écrivait le siècle dernier, en parlant de la nature de la chaleur dans les sciences physiques, peut se dire aujourd'hui de la chaleur animale. « Lors même que le mécanisme de la chaleur serait l'un de ces mystères de la nature qu'il n'est point donné à l'intelligence humaine de pénétrer, il n'y aurait pas là de quoi nous décourager, ni même de quoi diminuer notre ardeur dans l'étude des lois qui régissent les phénomènes naturels. Il est vrai que lorsque l'ambition nous conduit trop avant dans ces recherches, nous entrons dans cette brume épaisse qui borne de toutes parts l'horizon humain; mais en dedans de ces limites, il reste encore de vastes et intéressantes contrées à parcourir ^ »
L'esprit humain, en face des découvertes et des généralisations de la science moderne, « est sans cesse en contact avec un merveilleux qui ferait pâlir celui de Milton. Il est si grandiose et si sublime qu'il faut à celui qui s'y livre une certaine force de caractère pour se préserver de l'éblouissement ^. » Les vents, les rivières, tous les phénomènes de la nature, comme tous ceux que l'homme peut provoquer, sont engendrés par une portion de l'énergie solaire. Un même rayon de soleil qui tombe sur notre globe donne naissance, avant de retourner sous forme de chaleur vers l'infini, à la rosée qui féconde, à la fleur avec ses parfums et ses brillantes couleurs, à l'arbre qui aujourd'hui purifie l'air de l'acide carbonique, et qui demain fera
1 Essais politiques, économiques et philosophiques, par Benjamin Rumford. An VII, t. II, p. 518. Genève.
2 Tyiitlall, lac. cit.
marcher nos usines ou nous permettra de résister aux intempéries de l'air. Oui, tout cela a sa même source, comme aussi toutes les manifestations de la civilisation humaine, la force qui me permet de me mouvoir et de sentir, le sang qui circule dans mes veines, les mouvements de mon bras qui dans ce moment conduisent ma plume, la pensée que j'essaie de rendre, et jusqu'au plaisir que j'éprouve de pouvoir résumer ce travail par ces paroles que j'emprunte à la thèse inaugurale de mon père : « La transformation est partout, l'anéantissement nulle part. Dans la nature organisée comme dans le monde physique, dans les corps vivants comme dans ceux qui sont frappés de mort, il y a mouvement perpétuel; le repos absolu n'existe point, tout se transforme et du sein de la poussière s'élève continuellement une nouvelle vie. »