OBSERVATION V
Pleurésie gauche, tuberculeuse (Contagion probable). — Thoracentèse par siphon. — Guérison.
P... Pierre, âgé de 40 ans, entre le 20 mai 1899, salle Gri solle, n° 19 bis. Service de M. Duguet, à Lariboisière.
Né à Hesdigné (Pas-de-Calais), il est mécanicien et habite Saint-Ouen. Il est atteint de pleurésie gauche luberculeuse.
Dans ses antécédents absolument rien de particulier à signaler si ce n’est une santé parfaite ; mais sa femme étant morte de tuberculose à l’âge de 33 ans en 1885, et sa santé ayant com mencé à s’altérer peu de temps après, il est probable qu'il tient par contagion de sa femme la tuberculose dont il est atteint.
Il a deux enfants, une fillette de 7 ans bien portante, un garcon de 12 ans qui depuis quelque temps tousse et maigrit.
Le 18 février 1899, il entre à Lariboisière dans le service de M. Périer pour un abcès froid de la région antérieure et moyenne du sternum. Cet abcès froid est trailé parle grattage et la curette ; le malade sort de l'hôpital vers le 15 mars à peu près guéri.
Il retourne à son travail ; mais, à partir de ce moment, il tousse davantage, se plaint de sueurs nocturnes ; sa respiration devient courte, l’essoufflement apparait au plus léger effort et même dans la marche. Après les repas, il est pris d'accès de suffocation. Son appétit a singulièrement baissé, ainsi que ses forces :
lamaigrissement se montre.
A son entrée, le 20 mai, dans ps salle Grisolle, on constate, à l'examen du thorax, une légère voussure du côté gauche avec saillie des espaces intercostaux : vibrations abolies en arrière et sur les côtés dans la moitié inférieure ; vibrations plutôt exagérées sous la clavicule et dans la fosse sous-épineuse. Matité absolue dans toute la moitié inférieure latérale et postérieure ; tympanisme sous-claviculaire ; sonorité de l’espace semi-lunaire ; cœur non dévié. Respiration rude et prolongée au sommet, en avant et en arrière, avec quelques bulles sous-crépitantes quand le malade tousse. Au niveau de la matité, souffle doux à l’expiration et bronchophonie.
À droite, respiration rude, expiration prolongée et même sonfflante au sommet.
Décubitus dorsal de préférence, le décubitus latéral droit est encore possible sans grande gêne respiratoire. Point d’expectoration ; urines normales.
L'épanchement pleurétique peut être évalué à un litre.
Les jours suivants, le liquide s’accroft progressivement et la dyspnée augmente.
A la date du 31 mai, la matité est absolue, à gauche en arrière, dans toute la hauteur ; sous la clavicule encore un peu de bruit skodique ; l'espace semi-lunaire est complètement mat.
Les vibrations n'existent plus que sous la clavicule dans une zone très limitée ; le souffle s'entend, plus intense dans toute l’étendue de la poitrine, avec égophonie : le cœur déplacé bat sousle sternum.
Le sommeil commence à disparaître et le malade est couché constamment sur le côté gauche ne pouvant plus se maintenir sur le côté droit.
Depuis son entrée jusqu'au moment actuel, la température a
Are
oies
oscillé d’une façon un peu irrégulière autour de 38°, plus élevée en général le soir que le matin.
M. Duguet, jugeant la thoracentèse nécessaire en face d’un épanchement qu'il évalue à près de trois litres, la pratique à l’aide du trocart Potain n° 3 qu’il enfonce dans le cinquième espace intercostal, à l'intersection de la ligne horizontale mamelonnaire avec la ligne verticale du bord antérieur de l’aisselle, le malade étant couché sur le dos et le bras gauche légèrement écarté.
A la canule du trocart est adapté le robinet muni d’un tube en caoutchouc, d’un mètre de long environ, préalablement amorcé avec de l’eau bouillie. Le calibre du tube étant étroit, l’écoulement se fait d’une facon lente et continue.
Au bout de 32 minutes le malade, qui, sans bouger, la bouche fermée, a respiré uniquement par les narines, se plaint d’une sensation d’écrasement thoracique qui lui rend la respiration difficile, et il commence à tousser. On arrête alors la thoracentèse en enlevant la canule.
On a retiré 2.200 grammes d’un liquide séreux, un peu foncé vers la fin de l'opération, mais dans lequel, au microscope, on n’a reconnu ni globules sanguins ni globules de pus.
Les suites de l'opération ont été des plus simples. Quelques efforts de toux ont amené deux ou trois crachats muqueux; la respiration est devenue ample et facile. La nuit a été excellente.
Le lendemain 1° juin, le malade se trouve bien et respire à son aise. La température qui était de 39° Ja veille au soir est tombée à 37°. Le cœur a repris sa place; les vibrations et la sonorité sont revenues partout, sauf en arrière et en bas, dans une