‹ De la ThoracentèseChapitre 15 sur 29 · OBSERVATION VI · texte numérisé non relu

OBSERVATION VI

Pleurésie aigue dans le cours d'une tuberculose à forme typhoïde. — Thoracenthèse par siphon. — Guérison de la pleurésie.

N... Léon, âgé de 37 ans, entre le 6 juin 1892 à l'hôpital Lariboisière, salle Grisolle, n° 6, service de M. Duguet, avec des accidents typhoïdes, se rattachant à une tuberculose aiguë.

Né à Lunéville, il est à Paris depuis 20 ans, occupé à la Bourse. Il n'offre rien à signaler dans ses antécédents héréditai-

res.

Il est malade depuis 15 jours environ, ayant été pris vers le 25 mai dernier d’une courbature générale avec maux de tête, vertiges, bourdonnements d’oreille et fièvre. Il y a huit jours, épistaxis et diarrhée jaunâtre, fétide, en même temps qu’un peu de douleur dans la fosse iliaque droite. La langue est humide et la température de 39. Ventre météorisé ; pulvérulence des narines ; albumine dans les urines.

Dés l’entrée du malade, on constate, dans le poumon gauche, des râles sonores. Du côté droit, une matité absolue avec perte des vibrations thoraciques dans les 2/3 inférieurs et postérieurs de la poitrine. Léger soufffà à l’angle de l’omoplate avec broncho-égophonie. Foie légèrement abaissé, bruit de Skoda de faible étendue sous la clavicule : l’épanchement pleurétique est évalué par M. Duguet à un litre 1/2 environ.

Le 18 juin. — Etat général typhoïde, toujours le même.

La température oscille entre 39° et 40°; le malade tousse et expectore quelques crachats visqueux non colorés. Râles sibilants et’ ronflants disséminés dans le côté gauche. Au sommet la respiration est rude et l'expiration prolongée, ce qui semble affirmer que l’on esten présence d’une pleurésie symptomatique d’une tuberculose à forme typhoïde.

Le 20 juin, l’épanchement a augmenté au point de supprimer les vibrations thoraciques sous la clavicule, d’abaisser le foie, de faire disparaître la gouttière vertébrale. Souffle doux en arrière sur le côté et en avant dans presque toute la hauteur. Egophonie.

Le malade ne peut plus dormir sur le côté gauche, il se sent de plus en plus oppressé. M. Duguet juge le moment opportun d'intervenir.

Il pratique la thoracentèse à l'aide du-trocart n° 2 de l'appareil

Potain. Une ponction est pratiquée dans le sixième espace inter-

costal droit à l'intersection de la ligne horizontale mamelonnaire et de la verticale partant du milieu de l’aisselle. Le siphon, amorcé d’eau bouillie, est adapté par son robinet à la canule.

En 23 minutes d'un écoulement lent et régulier, il est extrait 1375 grammes d’un liquide transparent et citrin : l'écoulement a été interrompu pendant quelques minutes par des fausses membranes qui sont venues coiffer la canule et qui ont été à 2 ou 5 reprises refoulées à l’aide d'un mandrin ou débouchoir.

La canule a été retirée quand le malade a présenté un peu d'angoisse déterminée, par une forte envie de tousser et en méme temps par la sensation d'écrasement thoracique.

Le lendemain le malade n’a ni toussé, ni expectoré ; il respire librement. Sa langue est humide, le pouls est calme.

Les vibrations ont reparu à droite dans la totalité du côté, ainsi que la sonorité. La poitrine est pleine à droite comme à gauche de râles ronflants et sibilants, et les deux sommets restent avec une respiration rude et même soufflante,

Regardé au microscope, le liquide ne contient ni sang ni pus.

Les jours suivants, aucune réapparition du liquide; mais la maladie générale suit son cours tout en s’améliorant un peu chaque jour ; l'appétit renaît lentement, mais la fièvre oscille tou-

jours entre 38° et 390.

Ce cas de pleurésie aiguë dans le cours d’une tuberculose à forme typhoïde est remarquable, comme le précédent, per la simplicité avec laquelle s'est effectuée la thoracentèse avec l’aide du siphon qui a permis d'enlever

dun seul trait les trois quarts au moins du liquide pleu-

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