OBSERVATION VIII
Pleurésie hémorrhagique vraisemblablement tuberculeuse. Thoracentèse avec le siphon
Chap... Louis, âgé de 26 ans entre le 19 juin 1892 à l'hôpital Lariboisière, salle Grisolle, n. 24, service de M. Duguet, pour une pleurésie droite.
Chap... est Italien, il n’est à Paris que depuis le 14 mars dernier. À l’âge de 15 ans il a été pris d’une bronchite et de fièvres intermittente dont il n’a été débarrassé qu’au bout de deux mois.
Un mois et demi avant son entrée à l'hôpital il aurait été pris d’un état de malaise général avec céphalalgie, épistaxis, perte des forces. Le travail lui était pénible ; bientôt s'étaient déclaré des frissons légers mais répétés ; une toux sèche et quinteuse, pénible ; un point de côté violent au-dessous du mamelon droit et une dyspnée l'obligeant à s’arrêter et à entrer à l'hôpital.
On constate à son entrée tous les signes d’un épanchement
thoracique modéré: absence de vibration et de sonorité thoracique dans la moitié inférieure et postérieure, avec souffle, bronchophonie. La toux est fréquente sans expectoration : la température oscille entre 39% et 40°. |
Le 21 juin. — Le malade offre un peu l’aspect typhique : l’épanchement a gagné le plan latéral et déborde au-dessous du bord inférieur du grand pectoral.
Le 22 juin. — En même temps que l’épanchement a gagné en hauteur, en arrière et sur les côtés, la région antérieure est envabie à son tour jusqu’à 2 travers de doigt au-dessous de la clavicule où le bruit de Skoda est devenu manifeste. Le foie s’est abaissé de 2 travers de doigt. Le souffle est devenu amphorique partout, en arrière, sur les côtés et en avant.
Dans la fosse sus-épineuse les vibrations sont plutôt exagérées, la respiration est rude et soufflante ; en faissant lousser le malade on y constate l'existence de quelques bulles sous-crépitantes.
A gauche, la respiration est plus forte, puérile ; au sommet l'expiration est prolongée, la température oscille toujours entre 39° et 40°. Le malade ne peut plus se coucher indifféremment sur l’un ou l'autre côté.
M. Duguet juge que la thoracentèse est devenue nécessaire, de préférence à tout autre moyen, vu l’état général typhique dans lequel le malade se trouve.
Le 30 juin, le malade étant placé dans le décubitus dorsal, la bouche fermée, le bras droit légèrement écarté du tronc, M. Duguet introduit le trocart n. 3 de l'appareil Potain dans le sixième espace intercostal et y adapte le tube siphon; puis, les deux clefs de la canule et du siphon élant ouvertes, l'écoulement se produit tout d’abord régulier et continu, mais bientôt interrompu par des
fausses membranes qui viennent coiffer la canule. Ces fausses
ML iis pile
membranes sont refoulées à plusieurs reprises à l’aide du débouchoir. Au bout d’un quart d'heure, on a recueilli 900 grammes d’un liquide hémorrhagique et l'opération à été arrêtée quand le malade s’est plaint d’une sensation de compression thoracique.
Quelques quintes de toux ont suivi l'opération : elles ont été vite apaisées et n’ont donné lieu à aucune expectoration.
4e juillet. — Le malade va beaucoup mieux, n’a pas toussé ni craché, a dormi toute la nuit, alors qu'avant la thoracentèse toutes ses nuits élaient sans sommeil. La respiration est devenue moins fréquente et plus libre ; il ne reste plus trace de pleurésie que dans le tiers inférieur du côté droit.
3 juillet. — La température a continué à baisser, pour tomber à 37°, l’état général s’est beaucoup amélioré, néanmoins à la date du 7 juillet, avec une température de 370,5, un appétit meilleur
et une absence de toux, on constate que l’épanchement tend à
reparaître et nécessitera peut-être dans quelques jours une nou-
velle thoracentèse.
L'examen du liquide au microscope y a démontré la présence d’une grande quantité de globules rouges.
Le 10 juillet. — Le malade va bien et quitte l'hôpital pour retourner en ltalie.
En résumé, nous voyons ici une pleurésie hémorrhagique vraisemblablement de nature luberculeuse traitée par la thoracentèse avec le siphon sans qu’il yait eu d’incident particulier à noter. La reproduction du liquide ne peut pas être rattachée au mode opéraloire, puisque, tout le monde le sait, il en est assez souvent de même lors-
qu’on se sert des aspirateurs ; et l’on avait enlevé ici la