CHAPITRE I
STORIQUE
Nous voyons sous l'influence des différents auteurs la thrombophlébite du golfe (angle de la crosse de la Jugulaire de Châtellier), se dégager de l'entité pathologique que constituait il y a vingt ans la trombophlébite sinuso-jugulaire et tendre de plus en plus, à constituer une individualité propre.
Notre connaissance de sa pathologie, de sa symptomatologie, de son traitement, a fait au cours des vingt dernières années d'énormes progrès, les auteurs allemands particulièrement, Zaufal, Leuter, Grünert, Piffl, se sont vite rendu compte que les moyens dirigés par les Anglais Ballance et Pritchard, etc., (lavage, sonde de Nélaton), contre cette redoutable affection étaient insuffisants.
Les auteurs français dont : Chippault, Lermoyez, Luc, Bellin, ont cherché à démêler dans les recherches allemandes, un exposé clair de la question, nous devons dire que Paul Laurens en publiant ses travaux personnels sur l’anatomie de la région, y a réussi dans une
Jarge mesure.
Ah
L'évolution ne se fit que progressivement, les auteurs s’enhardissaient petit à petit à mener plus profondément vers le golfe leurs interventions, elles furent incomplètes au début, on ouvrit le sinus transverse rétro-mastoïdien, les trajets purulents guidaient naturellement l’instrument vers lui, on cureta, ensuite on lava l’extrémité inférieure du sinus; c'était l’époque où le lavage antiseptique des otites était en honneur.
L'insuccès de ces méthodes trop prudentes dans certains cas malheureux, amenèrent les chirurgiens dont Zaufal, à drainer en séton le canal sinuso-jugulaire par leurs deux extrémités commodément accessibles ; c’est-àdire l’orifice de la trépanation mastoïdienne et la jugulaire interne sectionnée au niveau du cou après ligature du bout inférieur.
Enfin l'infection séjournant toujours dans le golfe malgré le drainage des deux extrémités, malgré le lavage transinuso-jugulaire, Chippault, Leutert et enfin Grünert prirent le parti d'aller drainer directement le coude de la crosse jugulaire en transformant le sinus, le golfe, la jugulaire en une vaste tranchée à ciel ouvert.
Nous avons vu cette évolution se faire graduellement
en vingt ans, nous la voyons se produire en raccourci au cours de leurs affections chez les malades, et en
particulier sur celui que nous avons observé à Saint- Joseph, c’est ainsi que la main du chirurgien fini par atteindre en trois et quatre étapes successives le golfe de la jugulaire et ne fait cesser qu’à ce prix, les symptômes menaçant la vie des malades.
Ce golfe, véritable carrefour veineux, a vu son impor-
pe
tance grandir avec l'expérience des otologistes. Sa situation profonde dans l’épaisseur du crâne, ses affluents participant à son infection, le voisinage des trois derniers nerfs crâniens réagissant à l’inflammation, sont autant de particularités contribuant à lui donner, au point de vue anatomique et clinique, une physionomie propre.
Nous pouvons dire à l'heure actuelle (Leutert), que non seulement le golfe peut s’infecter secondairement au sinus transverse, mais que dans un grand nombre de cas se montrant de jour en jour plus fréquents, il est le premier thrombosé ; c’est alors qu'il constitue par ses propagations en amont, en aval et le long de ses affluents, le véritable centre de l'infection.
Dès lors il n’est point étonnant qu’on ait dirigé contre lui les interventions les plus diverses, se faisant de plus en plus radicales.
Nous proposons à notre tour une nouvelle voie d'accès après celles qui ont été étudiées avec la plus grande minutie par différents auteurs, et une nouvelle technique opératoire que nous avons étudiée sur le cadavre, nous nous sommes servi d'instruments spéciaux dont l'emploi et la forme résultent de nos considérations anatomiques. |
Nous nous permettons avant de décrire notre technique d'exposer une revue de l’anatomie, l'étiologie, l’anatomie pathologique, la symptomatologie, le diagnostic; nous ajouterons un exposé des procédés antérieurs s'appliquant à l'infection qui nous intéresse.