CONSOLIDATION ET LES PSEUDARTHROSES
OBSERVATION XV La première observation en revient à Gauthier de Charolles {Lyon-Médical, 27 juin 18935).
Le 20 décembre dernier — 1896 — une jeune fille de la campagne, âgée de 15 ans, bien menstruée depuis deux ans, extraordinairement forle et développé: pour son àge, d’une excellente constitution, sans adipose exagérée, se fait une fracture à la jambe gauche, au liers inférieur, avec chevauchement des fragments, sans lésion appréciable des lissus.
La réduction est faite facilement. Un appareil plâtré est appliqué el ne provoque pas de douleurs, n’exerce pas de constriction gênante et ne mérite pas d’être resserré après sa première mise.
La double attelle plâtrée est enlevée au bout d’un mois et l'on constate la coaptation parfaite des fragments, mais l’absence absolue de consolidation. La crépitation est très nette, pas de cal fibreux. Du phosphate de chaux est prescrit alors el continué jusqu’à la guérison.
L'appareil remis en place est enlevé de nouveau le 25 février. Même état que la première fois. Le 15 mars, je revois la blessée avec mon ami, le docteur Chevalier, et nous constatons le même défaut absolu de consolidation ; le foyer de la fracture est toujours douloureux à la pression. Nous pratiquons ensemble le frottement des fragments et nous conseillons d'appliquer successivement deux vésicatoires au niveau de la fracture.
Je revois la malade le 10 avril et je ne constate loujours aucun changement. Il y a exactement 110 jours que le membre est en appareil.
C’est alors que je me décidai à recourir à la médication thyroïdienne dont j'avais jusqu'à ce jour repoussé l'emploi à cause des dangers que ce traitement élail répulé occasionner chez les
jeunes sujels.
Je me procurai moi-même des*lobes thyroïdiens de jeunes moutons, dont je fis préparer un suc glycériné, de façon à ce que une cuillerée à café de cet extrait correspondit à 1 gr. de substance thyroïde.
La malade en prit de 6 à 10 cuillerées à café par jour. Les premiers jours, elle se plaignit de vives céphalées, de rougeurs à la face, de vertiges, d’essoufflements.
Sachant que la médication thyroïdienne produit son effet dans la première quinzaine de son emploi, je revis la malade le 25 avril et j'avoue que ma surprise fut grande en constatant une consolidation nettement établie. Une dose totale équivalente à environ 120 grammes de substance thyroïde avait été absorbée.
Aujourd'hui 20 mai, la malade maintenue au lit jusqu'à ce jour par mesure de précaution se lève et sent sa jambe très forte.
Je note, qu'au palper, on reconnaissait au corps thyroïde de cette
jeune fille un volume absolument normal.
OBSERVATION XVI | (Ibidem. — Lyon médical, 27 juin 1897)
Un homme de 48 ans, bien portant, sans intoxicalion ni diathèse, »se fait le 10 janvier dernier, une fracture par choc direct, du tiers
supérieur du radius. Le cubitus paraît intact. Léger appareil plâtré pour empêcher les mouvements de pronation et de supination. Au bout de trois mois, il n’y a pas de consolidation. La crépitalion dans les mouvements de torsion de l’avant-bras est très nette. Le foyer de la fracture est douloureux et tuméfié. Le malade ne peul se servir de son avant-bras,
Du 20 avril au 25 mai, Ja médialion {hyroïdienne est employée; 800 grammes d'extrait thyroïdien sont absorbés, soit 160 grammes environ de substance aclive.
Après ce lrailement, la crépilalion disparait, ainsi que l’enflure et la douleur du foyer.
Le malade n'éprouve plus qu'un peu de gène dans les mouvements de pronation el de supinalion, mais le bras est presque aussi fort que l’autre.
La glande thyroïde de ct homime élail normale.