CHAPITRE II
CARACTERES ET COMPLICATIONS DE LA TOUX DANS LA TUBERCULOSE PULMONAIRE CHRONIQUE
La toux, dans la tuberculose pulmonaire chronique, a de tout temps attiré l'attention des cliniciens. Elle constitue, avec l’amaigrissement et la fièvre, la triade de Morton, encore aujourd’hui classique, qui groupe ainsi les troubles généraux les plus caractéristiques que provoque l’intoxication bacillaire et un symptôme de localisation pulmonaire. Lasègue, lui aussi, attachait à ce symptôme une grande importance, qu'il a expri-
mée dans cette phrase concise, restée célèbre : « Un malade
qui ne tousse pas n’est pas un phtisique. » Tout en admettant cette fréquence de la toux dans la phtisie, nous pensons devoir faire remarquer que d’une façon générale elle ne présente pas, dans cette affection, des caractères particuliers et qu’on peut rencontrer, dans la tuberculose pulmonaire comme dans les autres maladies de l'appareil respiratoire, toutes les variétés de toux. Aussi, quoique étant un symptôme presque constant de la localisation bacillaire au niveau de l’appareil respiratoire, la toux ne possède pas, à elle seule, une valeur pathognomonique, et ce n’est qu'ajoutée aux autres signes fournis par la percussion, la palpation, l’auscultation, les examens de aboratoire et la radioscopie qu’elle permet d'établir un diagnostic. Par contre, de symptôme banal, elle peut devenir une véritable complication et provoquer des accidents qui aggravent le pronostic, déjà si réservé, de la maladie.
Nous nous proposons d'étudier dans ce chapitre, d’une part
les caractères de la toux aux diverses périodes de la tuberculose pulmonaire chronique, d'autre part ses complications.
OT
[. —- Caractères de la toux aux diverses phases évolutives de la phtisie.
On peut diviser l’évolution de la phtisie en trois périodes :
1° Une période de début, correspondant anatomiquement à l'infiltration de granulations tuberculeuses au niveau du poumon et s’accompagnant de signes fonctionnels généraux et physiques. Dans cette période, Grancher distinguait une phase de germination et une phase de conglomératjon.
2° Une période de ramollissement, correspondant à la caséification des tubercules.
3° Une période terminale caractérisée, au point de vue anatomo-pathologique, par la formation de cavernes et, au point de vue clinique, par la cachexie.
Cette division ne répond plus aux idées nouvelles. Nous nous sommes cependant permis de la conserver, car Ja toux se modifie, à notre avis, parallèlement à l’évolution des lésions anatomo-pathologiques, que nous venons d’indiquer.
Période de début. — Le plus souvent la toux au début de la phtisie est sèche, parce qu'il n'existe que de l’hyperémie ‘autour des granulations tuberculeuses et qu'il ne se produit encore aucune sécrétion au niveau des vésicules pulmonaires ou des bronches. Dans quelques rares cas, elle s'accompagne cependant, dès ce stade, d’une légère expectoration mousseuse provenant d’une hypersécrétion des glandes de la trachée et des bronches. Ce phénomène se remarque surtout quand les quintes de toux sont fréquentes et violentes; cet état catarrhal des voies aériennes est provoqué et entretenu par la toux. D'une facon un peu schématique il nous est permis de dire, en effet, que la toux peut, à cette première phase de la maladie, revêtir deux formes principales : soit brève, soit franchement quinteuse.
1° Dans le premier cas elle est brève, se bornant à une sorte de grattement pharyngé assez bien caractérisé par le bruit de « hem », ou composée d’une seule saccade, de deux tout au