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SYSTÈMES TENDANT A AMÉLIORER LA QUALITÉ

Du monopole de rectification des alcools. — Au point de vue prophylactique, le monopole de rectification de l'alcool a surtout raison d'exister si l'alcoolisme dérive principalement de la mauvaise qualité du produit consommé. Or il est loin d'en être ainsi, et nous avons prouvé suffisamment que le facteur le plus important de cette maladie doit être cherché dans la quantité considérable de l'alcool consommé.

Nous sommes donc logiquement conduits à laisser de côté actuellement le monopole de rectification et à le considérer comme d'importance secondaire en tant que mesure prophylactique de l'alcoolisme. Cependant Tae-

tualité de cette question, nous oblige à Tenvisager de plus près.

Le monopole de la rectification des alcools a été étab li en Suisse en 1886 et attribué à l'Etat. Celui-ci n'exerce pas son droit de fabrication lui-même, mais le concède à un particulier, à des sociétés. Un quart des spiritueux doit être fourni par des distilleries indigènes, les trois autres quarts sont importés.

Jusqu'ici, l'établissement du monopole, s'il a satisfait l'Etat dans une certaine mesure, n'a guère satisfait les hygiénistes, et notamment ceux qui sont à la tête du mouvement anti-alcoolique en Suisse. M. Forel en a montré les dangers : € Les habitudes de boisson et les cabarets ^ engendrent et augmentent toujours le capital produc- € teur des boissons alcooliques. Ce dernier devient € une puissance q\n finît par enlacer F Etat et par Tem- 4C baucher en l'induisant à tirer parti de l'ivrognerie du 4C peuple. Heureux sont les Etats qui n'ont pas encore 4C fait cette dangereuse expérience, car il n'est pas « facile de sortir de ce traquenard fiscal une fois qu'on y «a été pris.» Nombre de sociétés d^abstinence suisses refusent par principe les subventions provenant des recettes du monopole, recettes dont le dixième doit être employé en vertu de la loi, à combattre l'alcoolisme. Comment, en effet, peut-on, sans encourir le grave reproche non pas seulement d'absurdité, mais d'hypocrisie, prétendre diminuer progressivement la consommation des spiritueux, tout en essayant d'en tirer le plus grand profil possible, tout en faisant de la vente de ces produits une question d'équilibre budgétaire.

Aux Indes, le monopole de l'alcool, établi il y a quelques années dans le but d'assurer aux consommateurs un meilleur produit est peu à peu devenu un simple instrument de fisc; les employés du gouvernement sont encouragés à pousser à la consommation, et Tivrognerie fait des ravages effrayants. (Annuaire de la Croix bleue, 1894).

En France, fort heureusement, le monopole de rectification n'existe encore qu'à l'état de projet, et il n'est guère à souhaiter que l'expérience s'en fasse à nos dépens.

Il est préconisé par MM. Alglave, Maujan, Guillemet, etc., et a donné lieu à des discussions multiples encore actuellement pendantes.

Voici les grandes lignes du projet de M. Alglave (décembre 1894) : L'État achèterait les alcools aux producteurs à un prix fixé par la loi et supérieur aux cours actuels. 11 n'y aurait donc d'indemnité à payer à personne. Après rectification, l'Etat revendrait l'eau-de-vie aux cabaretiers qui la paieraient seulement après l'avoir vendue, de sorte qu'ils auraient le crédit gratuit complet. Les cabaretiers auraient une remise de 20 p. 100 et même un peu plus forte à Paris. Le petit verre continuerait à se vendre fr. 10 et le produit du monopole dépasserait onze cent millions de francs, c'est-à-dire plus de huit cent millions d'excédent sur le produit net actuel de l'impôt. // est bien eutendu que la fabrication du cognac et des li^ queurs de tout genre resterait parfaitement libre^ sous la réserve d'employer de F alcool rectifié par T Etat ^ de Fal-

cool libre dont la pureté et Vinocuité auraient été vérifiés par les agents de la Régie.

M. Legrain critique en ces termes dans son journal Y Alcool le projet de M. Alglave; nous nous associons entièment à ses critiques :

« En réalité la question soulève deux problèmes égale- « ment intéressants, ,1e problème fiscal et le problème hy- 4C giénique que M. Alglave prétend résoudre simultané- 4C ment avec son système. Au point dévoue fiscal le système, 4C ce n'est pas douteux, est parfait ; théoriquement même, les « partisans de la tempérance ne peuvent qu'y souscrire.

« N'est-il pas, en efîet, légitime d'alimenter le trésor à « l'aide d'un impôt qui frappe une substance inutile et « nuisible et d'en profiter pour opérer d'un autre côté « de sérieux dégrèvements ? Qui pourrait s'en plaindre, si 4C l'on considère surtout que l'alcool, source de la richesse « pour le fisc, doit être simultanément dépouillé de ses « qualités nocives, pour le plus grand bien de la santé des 4C buveurs? Malheureusement datis la pratique il n'en est « peut-être pas ainsi, et rious-même qui nous étions mon- 4L tré autrefois très résolument partisan du monopole, * « nous nous prenons maintenant à douter et à nous de- « mander si, au point de vue de l'hygiène, il n'y a pas là « un dangereux trompe-l'œil. Les expériences faites à l'é- « tranger, en Suisse depuis plusieurs années, dans quatre « gouvernements de la Russie depuis un an, ont produit « des résultats déplorables. Et ce n'est guère surprenant « pour peu qu'on y réfléchisse.

4C Tout d'abord, si la rectification de l'alcool a pour avan- « tage de débarrasser ce produit des impuretés qui en

« font un des dangers, elle a pour obstacle,yV parle pour € les amateurs (Talcool^ de répandre dans la consomma- 4C tion un produit absolument désagréable, dépourvu de € la saveur qu'on y recherche, et qui est due préci- « sèment aux impuretés que l'on supprime.

« Comme les gens veulent de Talcool quand même, ils « se plaignent et pour leur donner satisfaction, (ce qui ne 4C devrait pas être si les gouvernements poursuivaient 4C réellement un but hygiénique), on en arrive à réintro- « duire après coup, dans Talcool rectifié, un minimum « d'impuretés qui le rend buvable et qui lui restitue une 4C» part de ses dangers. C'est ce qu'a dû faire la Suisse, et « nous ne voyons pas trop en quoi, par ce procédé, les « gouvernements protègent la santé publique 1

« Ce n'est pas tout : Ualcool; même rectifié^ est encore € un poison. Ses effets diffèrent^ sans doute^ quelque peu 4C de ceux de t alcool non rectifié^ mais ils rien produits, sent pas moins F alcoolisme avec toutes ses tristes con- € séquences. Or^ voilà précisément ce que ne disent pas 4C les partisans du monopole^ qui voient avant tout dans « ce système une précieuse source d^argent et qui pro^ 4C clament très hauty sans doute pour donner une nou- « velle force à Fargument économique^ que le vrai dan" € ger de talcool^ le seul pour mieux dire, réside dans « ses impuretés.

4C II est facile d'en tirer cette conclusion que le jour « où l'Etat livre au consommateur sous son estampille, 4C un alcool dénué d'impuretés, le consommateur se croit 4C assuré d'absorber quelque chose de bon, de recom- « mandé par l'Elat; qu'il est fatalement tenté d'en user

€ largement, d'en user même alors qu'il le redoutait au- € paravant ; que nous autres, enfin, ennemis de l'acool, « nous nous trouvons dans une singulière posture d'une « part, vis-à-vis des malheureux que nous voulons arra- « cher au mal, et d'autre part vis-à-vis de l'Etat qui peut « et doit nous accuser de prêcher contre ses intérêts.

« Voilà un véritable danger du monopole. Ce système « ne supprime pas la soi ^ de F alcool; il tend au con- « traire^ logiquement, à F exagérer et les pauvres al- « cooliques qui ne demandent, au fond, qu'à justifier leurs « excès, ne manqueront pas de se prévaloir de la sagesse « toute paternelle de l'Etat, pour se ruer au devant d'un « poison désormais garanti pur. N'est-ce pas un fait « d'observation journalière ? Entrez chez un brave paysan « qui distille tous les ans ses prunes et ses cerises. Il ne « manquera pas de vous honorer en vous offrant un verre « de son eau-de-vie. Et, pour vous décider, ilne manque- « ra pas d'ajouter : « celle-là, je vous la recommande « c*est de la bonne, c^est moi qui fai faite. » Et il n'en « faut pas plus pour décider les hésitants. L'Etat, c'est « bien certain avec le monopole, ne fera pas autre chose « que ce brave bouilleur, mais il le fera sur une grande « échelle. II n'aura certes pas le courage de dire :^je vous « donne de Falcool pur, mais c'est encore un poison^ « prenez^y garde l »Que deviendrait en effet le côté fiscal « de la question ? Et alors il faut bien mal connaître les « amateurs de spiritueux pour n'être pas sûr d'avance « qu'ils s'alcooliseront à qui mieux mieux et cette fois, ce « qui est plus grave, sans la moindre arrière-pensée.

« Voilà en quoi le problème fiscal et le problème hy-

« giénique ne sont peut-être pas aussi connexes qu'on Ta € prétendu dans la question du monopole. La crainte de € ne résoudre l'un qu'au détriment de l'autre ouvrira, il « faut l'espérer, les yeux du Parlement lors de ladiscus- « sion et mettra une prudente sourdine à l'enthousiasme me encore insuffisamment éclairé des esprits séduits « par l'admirable ordonnance du système » (1).

Ces craintes trouvent leur confirmation dans le travail que M. Riche a présenté à l'Académie de Médecine. Nous ne saurions nous retrancher derrière une autorité plus incontestée. « Si, par malheur, dit-il, la thèse du mono- € pôle de rectification venait à triompher en France, on « arriverait à faire croire au public qu'il peut exister des 4C alcooli dont la consommation est inoffensive. N'avons- « nous pas déjà les prétendues boissons alcooliques « hygiéniques ? // faut au contraire répéter que f alcool « est mauvais en lui-même et par la quantité qu'on en « absorbe quelle qu'en soit d'ailleurs la qualité >.

Enrésumé, pour être efficace, la prophylaxie de l'alcoolisme doit s'adresser, avant tout et surtout, on ne saurait trop le répéter, aux moyens susceptibles de diminuer la consommation sans cesse croissante de l'alcool; sans se

(1) M. Jean Mascart dans la Revue encyclopédique Larousse du 10 octobre 1896 a fait une excellente critique du monopole à laquelle nous renvoyons le lecteur.

préoccuper uniquement et outre mesure d^amélîorer la qualité du toxique et par conséquent de le rectifier.

La suppression des bouilleurs de crû, et surtout dp l'allocation de 20 litres d^alcool à 100* à titre de consommation familiale, cette « prime donnée à tnlcoolisme > selon l'expression de M. Joffroy, — la répression sévère de la fraude, — l'augmentation de Timpôt sur FalcOf)!, — la réglementation du débit des boissons (le refus de Talcopl aux enfants, aux ivrognes, la défense de le vendre dans les cantines de l'armée), etc., constitueraient déjà par leur mise en œuvre simultanée^ un ensemble de mesures pro" phylactiques capable de rendre les plus grands services à rhygiéne de la nation.

Mais cela ne suffirait pas. Puisque, à quantité égale, la puissance toxique de Falcool dépend surtout de son degré de concentration, il serait également désirable de voir les obstacles que Pon doit mettre à la consommation de l'alcool viser celui-ci d'autant plus qu'il a un degré plus élevé, ce qui revient à dire qu'il faut favoriser l'usage dps boissons alcooliques faibles.

Nous croyons, avec M. Joffroy, que pour arriver à ce résultat, on pourrait exonérer de tout impôt, (sauf le droit de circulation qui est pour la régie un moyen précieux de surveillance), les vins au-dessous de 10'; frapper d'un impôt léger les vins de 10° à 12** ; frapper d'un impôt plus fort les vins de 12° à 15° ; taxer beaucoup plus encore les vins de 15° à 20° ; et pour les liqueurs et les eaux-devie suivre là même gradation de manière que les eauxde-vîe fortes et surtout les liqueurs soient d'un prix extrêmement élevé.

Est-il besoin de faire ressortir les avantages qui résulteraient de l'application d'une pareille mesure? « En exo- € nérant les vins au-dessous de lo* on s'opposerait fruc- € tueusement au vinage, dont les conséquences au point € de vue hygiénique sont des plus funestes.

€ Pour les bières, on adopterait un système analogue € en exonérant complètement les bières très faibles ou « moyennes, et en mettant un impôt sûr les bières plus € fortement alcoolisées.

€ En frappant d'un impôt très élevé les eaux-de-vie « et surtout les eaux-de-vie fortes, on favoriserait la con- « sommation des boissons alcooliques faibles, qui sont, « comme nous l'avons dit, moins nuisibles que l'alcool à « un fort degré de concentration.

€ L'ouvrier, qui aurait le choix entre du vin à bon € marché et de l'eau-de-vie à un prix très élevé, choisi- « rait de préférence ce qui lui coûte le moins cher, et en € même temps il prendrait ce qui lui est le moins nuisi- € ble > (i).

Mais, ne l'oublions pas, les seuls pays qui aient fait des lois sérieuses contre l'alcoolisme sont, comme l'a justement remarqué M. Ladame, ceux où les Sociétés de tempérance les ont provoquées et préparées. Il faut donc que l'initiative privée, sous toutes ses formes, prépare activement le terrain ; il faut qu'elle éclaire l'opinion publique et s'en empare; il faut enfin qu'elle montre à l'Etat qu'il est temps

(1) Joîfpoy. Des causes de r alcoolisme et des moyens de le combattre. Gazette hebdomadaire de Médecine et de Chirurgie. 22 novembre 1896. ^

de se soucier de la santé publique et de faire litière même de ses intérêts financiers, s'il ne veut pas que la nation française marche à bref délai vers une déchéance irrémédiable.

COiNCLUSIONS

I. — Dans Tétat actuel de nos connaissances, Texpérimentation sur les animaux permet : 1° de mesurer dans Tintoxication aiguë, Téquivalent toxique des alcools et de leurs impuretés, équivalent qui peut être défini : la quantité minima de matière toxique qui, contenue entièrement à un moment donné dans le sang d'un animal, tue fatalement 1 kilogramme de matière vivante ; 2** d'évaluer d'une manière approximative la puissance toxique de ces mêmes substances dans l'intoxication chronique.

II. — Dans l'intoxication aigûe expérimentale, il y aura lieu de déterminer ;

1° L'équivalent toxique vrai, qui mesure la toxicité vraie, c'est-à-dire la quantité de matière toxique qui est nécessaire et suffisante pour amener par elle-même la mort d'un kilogramme d'animal dans un court délai; et 2^ l'équivalent toxique expérimental mesurant la toxicité expérimentale, c'est-à-dire la quantité de matière toxique qu'on peut injecter pour amener la mort d'un kilogramme d'animal, lorsqu'on continue l'injection jusqu'au moment de la mort constatée par la dernière respiration.

En matière de toxicité des alcools, le premier de ces équivalents est le seul important.

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III. — Pour arriver à obtenir ces mensurations dans l'intoxication aiguë, il est nécessaire d'intr(»duire le liquide en expérience par la voie intra-veineuse. Les injections sous-cutanées, intra-musculaires et intra-péritonéales doivent être rejetées comme moins exactes.

IV. — Pour que la méthode intra-veineuse soit véritablement inattaquable.

A. — Il est nécessaire d'éviter les coagulations sanguines qui peuvent déterminer la mort de l'animal en expérience et vicier les résultats ; cet inconvénient grave sera sûrement évité par l'addition au liquide alcoolique employé d'un excipient anti-coagulant et non toxique, tel que la macération de têtes de sangsues (Joffroy et Serveaux).

B. — n est nécessaire d'employer l'appareil de MM. Joffroy et Serveaux (vase de Mariotte) qui assure une pression constante et mesurable.

C. — Il est nécessaire d'adopter les règles expérimentales précisées par ces auteurs au sujet de la vitesse de l'injection, de la nécessité de la présence de la totalité du poison dans le sang de l'animal en expérience, du degré de dilution du poison, etc.

V. — Le choix de l'animal réactif est variable, secondaire et peut se porter indifféremment sur le chien, le lapin ou le cobaye ; une méthode d'expérimentation rigoureuse permettant d'arriver à des résultats comparables pour 1 kilogramme de chacun de ces animaux.

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