CHAPITRE V
De la traction par les lacs pour aider les rotations. Traction bilatérale divergente.
Cette application des lacs, la dernière que nous ayons à décrire, est aussi celle qui nous arrêtera le moins longtemps.
I est certain,en effet, que dans les prises directes, la traction sur les lacs, dans quelque sens qu’elle s'exerce, n'aura pas grand résultat pour faire tourner la tête dans tel ou tel sens, mais tendra bien plutôt à produire un mouvement de translation.
Mais il ne faut pas oublier non plus que l'insertion des lacs au niveau du centre de figure,en laissant à la tête le maximum de mobilité est la meilleure condition pour que la rotation se fasse spontanément.
Chassagny insiste beaucoup sur ce point. Après avoir démontré (1) l'impossibilité où l’on est de reconnaître à, priori, si l’on doit dégager l’occiput en
(1) CHassaGny. — De la méthode des tractions soutenues, 1880. Page 251 et suiv.
2410308" arrière, ou le ramener sous les pubis, il conclut que la vraie solution du problème est la liberté laissée au forceps de suivre la tête sans la diriger.
Chassagny cite deux observations très démonstratives à cet égard. L'une a trait à une réduction de l’occiput sous les pubis, par les tractions soutenues à l’aide des lacs.
L'autre se rapporte à une occipito-cotyloidienne gauche terminée en occipito-sacrée. Le résultat fut des plus heureux dans les deux cas.
Nous croyons, avec Chassagny, que cette liberté laissée à la tête par les lacs est la vraie façon d'assurer que les rotationsse fassent dans le bon sens. Il est, en efet,exceptionnel, lorsqu'onemploieles lacs qu’on ait à intervenir pour provoquer ces rotations.
Dans certains cas la rotation ne peut se produire à cause d’une déflexion exagérée de la tête. Nous avons vu comment les lacs pouvaient servir à faire la flexion.
Enfin, lorsqu'il y a une indication de favoriser la rotation, on pourra, ou bien se servir des manches du forceps, suivant le procédé classique qui consiste à leur faire décrire un cône dont le sommet est à la vulve, ou bien employer les lacs en faisant de la traction bilatérale divergente (r).
Cette traction nécessite une application oblique
(1) On pourrait également se servir de la fraction unilatérale, en tirant avec un seullacs danslesens oùilest désirable quela rotation se fasse. Il vaut mieux, cependant, se servir des deux lacs par le procédé que nous décrivons. On obtient ainsi plus de force et la rotation se fait mieux.
par rapport à la tête. Nous avons vu, au chapitre précédent, que, si l’on applique, dans une occipito-postérieure droite,une cuiller surla mastoïdeantérieure,une autre sur la bosse frontale postérieure, on peut, en tirant par le lacs gauche à droite, par le lacs droit à gauche, diriger le front à droite, par conséquent le ramener sous les pubis. Ceci est la petite rotation.
Si on fait une application inverse, à savoir, une cuiller sur la mastoïde postérieure, une autre sur la bosse frontale antérieure, on peut, en tirant sur le lacs postérieur de gauche à droite, sur le lacs antérieur de droite à gauche, ramener l'occiput à gauche, du côté du pubis. C’est la grande rotation.
Il est facile de voir, par cet exemple, quelle prise il faudrait faire, et dans quel sens il faudrait tirer, si l’on voulait exécuter une rotation de moindre amplitude, l’occiput étant à droite ou à gauche et en avant.
Dans cette manœuvre, les deux lacs et les deux mains qui les tirent sont croisés et divergent : d'où le nom de traction bilatérale divergente. Il y aura très rarement lieu de se servir de cette manœuvre. Elle a,cependant, sur la rotation exercée à l'aide des manches, l'avantage d’être inoffensive, et de ne pas s'accompagner, comme celle-ci, de mouvements d'intervention dangereux pour la tête et le bassin.
Nous rappelons qu'il est toute nécessité de supprimer la traction sur les lacs au moment du dégagement, pour éviter les déchirures du périnée.
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Résultats cliniques de la traction sur les lacs. — Observations
Nous nous sommes abstenu, autant que possible, au cours des chapitres précédents, de faire ailusion à des faits cliniques. Nous estimons, en effet, que la démonstration des avantages et des inconvénients d’un appareil de traction. quel qu'il soit, doit être faite, avant tout, par l'application des données de fa mécanique à ce que nous savons de la progression du fœtus dans la filière pelvi-génitale, et des mouvements de rotation qui accompagnent cette progression. On peut toujours objecter à un fait clinique que si les choses se sont passées de telle facon, avec tel procédé, rien ne prouve qu'il n’en aurait pas été de même avec un autre. Bien plus solides sont les bases d’une discussion qui se réclame seulement de faits théoriques.
Du reste, en suivant cette méthode, nous ne faisons qu'imiter Tarnier, Chassagny, Demelin qui,
tous, renvoient à la fin de leurs études, comme document justificatif l'exposé de leurs observations.
Cet exposé est cependant indispensable à une étude qui, tendant à un but essentiellement pratique, demande à être complétée par des faits positifs. C’est par lui que nous terminerons notre travail.
Afin de rester dans des limites très précises, nous avons recherché et réuni les applications de forceps avec traction par les lacs faites à la clinique obstétricale de Lyon pendant ces dix dernières années (1890 à, 1900).
La très grande majorité de ces observations concerne des applications au détroit supérieur dans des bassins rétrécis, la tête étant engagée, fixée ou mobile, en coïncidence ou présentant l’un de ses deux pariétaux. Les observations de cette catégorie comprennent la presque totalité des applications de forceps au détroit supérieur faites à la clinique pendant la période susdite, l’usage des lacs étant à ce niveau d’un usage constant. |
D'autres, beaucoup plus rares, concernent des applications avec lacs dans l’excavation (le plus souvent avec malformation du bassin). Dans les cas simples d'arrêt dans l’excavation, par insuffisance des contractions utérines, on emploie le forceps ordinaire sans lacs.
Quelques-unes, enfin, Se rapportent à des cas où l'on s’est servi des lacs pour faire de la flexion ou de la rotation.
Nous donnerons les observations très résumées, en notant seulement la forme et les diamètres du
bassin, l'application avec ses particularités, l'état de l'enfant avec les déformations crâniennes qu'il présente, les diamètres de la tête, enfin lorsqu'il y en a, les lésions de la mère.
Nous rappelons, une fois pour toutes:
19 Qu on supprime toujours la traction sur les lacs au moment du dégagement.
20 Que toujours, ainsi que le recommande M. le professeur Fochier,on suit avec l'index d’une des deux mains les mouvements de la tête (flexion, progression, rotation) et l'état du col, pendant qu'un ou plusieurs aides exercent les tractions sur les lacs dans la direction convenable.
30 Que Îles applications de forceps difficiles (spécialement celles avec lacs) au détroit supérieur, ont toujours été faites par M. le professeur Fochier ou MM. les chefs de clinique (1).
Dans notre énumération nous nous conformerons du plan suivant :