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vernemens admettront en principe que les droits civils et politiques, n’étant pas inhérens a la croyance , tout ce que peut l’autorité civile, relativement aux cultes, c’est d’empêcher qu’on ne les trouble et qu’ils ne troublent. En partant de ce principe , on écarte l’interminable discussion quia pour objet d’examiner si un acte de justice sera dégradé par des restrictions et si un gouvernement protestant exercera
le veto sur la nomination des évêques catholiqucs.
Hors de F Eglise point de salut . Cette maxime invariable est dans ces derniers temps plus qu’autre fois un sujet d’accusation contre nous; cependant les sociétés protestantes, dans l’origine, p ré tend oient chacune être aussi l’unique voie pour arriver au ciel. Calvin censuroit amèrement les réformés de Francfort sur le Mein qui faisoient baptiser leurs enfans chez les Luthériens; les Luthériens damnoient ceux d’entr’eux qui se faisoient Calvinistes (1). Toutes
(i) "Y oyez la Vie de Beausobre père , à la fin de ses
ces sectes, devenues Icititudinaires depuis que le zèle a lait place à Indifférence , sont irritées de ne pas obtenir de l’Eglise catholique une réciprocité de concession religieuse que, sur un point dogmatique, elles n’obtiendront jamais, parce que la vérité est une, et qu il ny a pas de route collatérale pour atteindre au meme but. Je dirai donc à mon frère protestant: comme catholique, je te crois dans teneur, mon devoir est de te plaindre , de demander
au Père des lumières qu’il t’éclaire et de te faire tout le bien qui est en mon pouvoir j comme citoyens, nos droits sont égaux , et si , quand il . s’agit par exemple d’élire à des fonctions civiles , je préférois un catholique ignare et immoral a un protestant probe et instruit , celte partialité qui repouseroit le mérite et qui trahirent les intérêts de la patrie, seroit un crime.
Ici s’adapte parfaitement l’hypothèse établie dans le chapitre précédent sur la manière dont
Remarques critiques et philosophiques sur le Nouveau testament , in-4'. La Haye, 1742, t. Il, p. 273 et suiv*
voteroient les Blancs à l’égard des Noirs , si lous avoient l’épiderme; africain. Au lieu d’une église protestante appuyée sur un établissement ci éé et maintenu par un gouvernement et un parlementde la même religion , supposons l’in verse ; que penseraient MM. Duigenan, Musgrave et tous ceux qui aujourd’hui se montrent les antagonistes des Catholiques? Cette question équivaut, ce me semble, au syllogisme le plus pressant.
Beaucoup d’amis des Noirs dans les deux chambres se sont déclarés également amis des Catholiques, et comme exprimer un avis au Parlement, c’est parler à la nation et même à ^ Euiope, la publicité des débats les a signalés à 1 estime publique. Il est dans le caractère an— glais de procéder avec une maturité que nous appelons lenteur et qui contraste avec la précipitation française qu’on appelle, non sans raison, étourderie . Espérons qu’eniin la cause de la justice plaidée par l’éloquence, entraînera l’uni- '
versalité des suffrages, et par un acte solennel 1 iniquités accumulées pendant des
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siècles sur les Catholiques , sur les Disse aters
et même sur les Juifs ; ces derniers ont été moins vexés,, soit parce qu’étant peu nombreux, ils offroient pour ainsi dire moins de surface à la persécution , soit parce qu’ayant avec le protestantisme moins de dogmes com-
nmns que le catholicisme^ ils ont échappé plus facilement à l’explosion de la haine qui se manifeste surtout contre une société religieuse dont on redoute la rivalité. Mais lorsqu'au milieu du siècle dernier , après leur avoir accordé, on leur ravit les droits de naturalité , cette privation aggrava le joug de leur humiliation. Puisse arriver enfin pour les enfans d’Israël comme pour les Catholiques, le jour désiré dont ils av oie nt entrevu l’aurore!
Je n’ai pas la prétention de m’immiscer dans les déterminations du gouvernement anglais* mais qui pourroit contester à un étranger la faculté d’établir un parallèle entre la conduite de ce gouvernement sur la traite des Noirs et celle qu’il tient à l’égard des Catholiques? L’identité de ma croyance avec la leur, fondée sur la conviction la plus intime, n’affoibüt au-
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cunement la force de mes réclamations; fussentils Musulmans ou Idolâtres, en priant le ciel de désiller leurs yeux, j’invoquerois avec autant de ferveur la droiture d’une nation à laquelle les amis de la liberté ont voué leur est ime , à laquelle, pour l'accueil flatteur que j’en ai reçu, j’ai voué personnellement de la reconnoissance. Il est si affreux de haïr et de persécuter, si doux d’aimer et de faire le bien, si nécessaire d’être juste! En appelant à la jouissance des droits decité lesportions d’elle-même qu’elle en avoit exclues, l’Angleterre accroîtra sa puissance et sa gloire; cette dette acquitée sera reçue comme un bienfait , et ne fera couler que des larmes de joie, tandis que l’incendie de Washington arrache des pleurs de désolation à toutes les âmes sensibles.
Je remarque ( et n'est-ce pas trop tard ? ) que peut-être on contestera la justesse du titre de cet écrit. Epiloguer sur les accessoires pour faire diversion sur le principal , est une ruse polémique très-usitée; je puis néanmoins courir les chances d’une discussion grammaticale sur l’impropriété des termes.
Quoique dans nos temps modernes les Africains aient clé spécialement l’objet du commerce infâme , appelé la traite, on ne peut restreindre l’acception de ce mot aux malheureux Noirs, puisque l’usage de voler, acheter et vendreles hommes, s’estexercé contre des individus d’autres couleurs. De nos jours, un Français, fonctionnaire public à Chandernagor, faisoit la chasse aux Bengalis et les vendoit. Il eût continué cet horrible tralic si le lord Cornwallis n’eût fait saisir les cargaisons. On a imprimé dernièrement que des Irlandais, réduits à la misère , ou débiteurs insolvables, sont de même transportés et vendus aux Etats-Unis (r). Les renseignemens , obtenus sur cet article, attestent que les faits sont exagérés, que d’ailleurs cette espèce de traite n’a plus lieu; et certes, l’Irlande a bien assez de ses autres maux.
L’art très-perfectionné d’asservir et de tourmenter les hommes, a des formes diversifiées a l’infini qui toutes peuvent se classer sous les dé-
fi) Y. j Réfutation d’un écrit, etc., pag. 48 et suiv.
i j< Jîimicil ions de trente et d’esclavage. Peut-on appeler autrement la vente de ees régimens ilessois, dont les touebans adieux étoient répétés par les échos de l’Amérique?
Quand , pour verser tous les fléaux sur les rives de l’Ebre, de l’Elbe et de la Vistule , des millions de Français, naguère arrivés à la puberté, éloient arraches du sein de leurs familles éplorées ; quand la fureur des conquêtes proposoil, et quand la lâcheté sanctionnoit ces conscriptions multipliées qui ont fait couler tant de sang et de larmes ; quand, pour frire leur cour au monarque, des préfets levaient un double et même un triple contingent, cetoit la traite sous un autre nom.
Les princes jouent les provinces, et les hommes sont les jetons qui payent : on attribue eetie phrase à Frédéric, dit le grand , qu’un
poète aimable et ingénieux a si bien désigné dans ce vers :
« On respecte un moulin, on vole une province (i)
(i) M. Andrieux.
Elle est t!e nos jours cette expression dépenser des hommes : elle ne pou voit naître qu’au milieu du carnage.
Ces grands troupeaux qu’on appelle nations sont, pour la plupart, des objets de commerce. A peine la liberté trouve-t-elle quelques asiles dans des montagnes, des îles et des marais. Le despotisme étend sur le globe son sceptre de fer. L n Europe, on lui a cependant imposé quelque pudeur; c’est un effet de la révolution française et du progrès des lumières qui ont fait pénétrer jusque dans les cours des idées saines; de là sont résultés, entre l’autorité et la soumission , quelques arrangemens qu’on pourroit appeler des abonnemens politiques , et qui présagent pour des peuples un état plus heureux ou moins désastreux. Déjà quelquesuns ont une représentation nationale ; mais plusieurs, contraints d’étouffer des plaintes, qui seroient punies comme cris de rébellion, et n’entrevoyant de remède à leurs maux que dans l’excès même de ces maux , sont réduits à désirer que, momentanément, ils s’accrois-
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sent , et que l’arc soit plus tendu , pour qu’enfin il se rompe.
De tous les apologues que nous ont laissés les fabulistes, la morale de celui par lequel débute le recueil de Phèdre , est, sans contredit , de l’application la plus constante et la plus générale; cette lutte interminable de la force contre la foi b! esse , est un problème dont on demanderoit vainement la solution à Sa philosophie. Platon, Timée de Locres et Cicéron, y avoient entrevu le phénomène d’une dégradation primitive. Le christianisme a révélé le mot de l’énigme; il épouvante le crime et console la vertu , en montrant , par delà les bornes de la
vie , un tribunal auquel comparoîtront les sa-
crificateurs comme les victimes; mais loin d’interdire aux hommes les efforts qui, pour eux , pour leurs concitoyens et l’espèce humaine en général , peuvent amener un meilleur ordre de choses , la religion leur en fait l’injonction formelle.
On ne peut se dissimuler qu’une défiance assez générale , une guerre sourde existe entre ceux
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qui obéissent et ceux qui commandent, quand ceux-ci veulent nereconnoîhc pour eux mêmes que des droits à exercer, et ne voir chez un peuple que des devoirs à remplir. Ils redoutent, ils repoussent leshommesdontlesopinions n’ont pas de souplesse , dont le caractère n’est pas malléable. Fergusson (1) a très -bien observé que le despotisme est doué d’une sagacité profonde, pour découvrir et attirer ceux dont il peut faire des complices. il y a des individus qu’il aime et qu’il n’estime pas; il en est qu’il estime et qu’il n’aime pas. Cette considération explique pourquoi certaines gens obtiennent, sous tous les régimes , une faveur que d’autres ne désirent et n’obtiennent sous aucun.
Lorsqu’après s’être long-temps débattu dans les angoisses un peuple est aux abois , que peutil pour sa délivrance? Ira-t-il sur quelque mont Aventin attendre que, par la seule force d’inertie , il ait arraché à ses oppresseurs une
transaction qui rende ses souffrances plus tolé-
(i) Histoire de la Société civile f chap. dernier.
râbles j ou, comme les Américains, saura-t-il dérouler la charte de la nature pour y lire ses droits, et déployer l’étendard de l’indépendance, portant l’inscription : an appeal to heaven ? Si ie remede est mal applique, il ne fera qu’eu— ^ emmer la plaie. La bonté d une cause permet, sans doute, d’interjeter appel à la bonté divine;
mais la mérite-t-on lorsqu’on a détourné le cours de ses faveurs par un athéisme pratique, et une dépravation qui infecte tous les rangs de la société? Dans la prospérité il est trèscommun de méconnoître la main qui répand les bienfaits , ce n est guère que dans les crises de malheur que les hommes, que les peuples élèvent leurs regards vers le ciel pour y trouver un consolateur. Preuve évidente, qu’ils sont mus plus communément par la crainte que par l’amour.
Quand on étudié la nature de l’homme, on entrevoit une distance énorme entre ce qu’il est et ce qu’il pourrait être. Quels progrès feroient l’agriculture, l’industrie, les sciences, l’éducation, si on leur consacrait seulement la
dixième partie de ce que coûtent des guerres ruineuses, une représentation fastueuse et un luxe dévorateur? En France il y a peut-être
deux cents villes où, depuis quinze ans, des réceptions de princes, des décorations théâtrales, des arcs triomphaux et des fêtes ont coûté plus d'argent qu’il n’en eût fallu pour y fonder des écoles , nourrir les pauvres et approvisionner les hôpitaux. Ah ! si les chefs des nations connoissoient la véritable gloire et leurs vrais intérêts, que d’efforts ils déploieroient pour élever les peuples à tout ce qui est grand, pur et sublime !
Le caractère européen a besoin d’une trempe nouvelle j en lui conservant toute la fougue de la bravoure militaire , une civilisation mal dirigée l’a dépouillé du courage civil : à ce malheur ( et c’en est un grand, ) on ne peut remédier qu’en reprenant pour ainsi dire la société dans ses élémens, en travaillant à rendre meilleures la génération naissante et celles qui vont
atteindre la puberté. Le vice capital de 1 éducation moderne , c’est de négliger le cœui en
cultivant l’esprit, de faire beaucoup pour l’un et presque rien pour l’aatre ; alors les.talens qui devroient seconder les bonnes mœurs , deviennent des armes contre elles. N’espérons pas d ailleurs que jamais les mœurs puissent fleu-
”r ’ 51 dleS n’°nt ]a rel*»ion pour appui. Ce bon
Jutarque disoit avec raison qu’il serait plus facile de bâtir une ville en l’air que d’établir une société sans culte.
A cette réforme salutaire pourraient contribuer puissamment les hommes qui cultivent leur raison et particulièrement les écrivains , si pai une sainte confédération ils travailloient sans relâche à répandre des idées lumineuses , a inculquer des sentimens généreux. Quelquesuns se sont voués à l’ignoble métier de prêcher l’abjection au lieu de la soumission. OpListe" politiques, décidés à encenser quiconque a le sceptre de la puissance ,ils embouchent la trom-X pette de la louange, dès qu’à leurs yeux on fait briller de l’or et des rubans ; mais il en est aussi qui, respectant la dignité de l’homme, abjurant les rivalités et les haines , sont dévorés du
besoin d’être utiles , et sur lesquels reposent l’estime et la confiance publique.
Les poètes nous ont répété souvent qu’Astrée ( la vertu) est remontée au ciel , et que la "Vérité est redescendue au fond du puits. Cette fiction prend un caractère de réalité , quand on considère quel empire exercent le vice et l’erreur. L’énergie de la vertu et la défense de la vérité sont rarement impunies; celle-ci d’ailleurs est réputée en France marchandise de contrebande jusqu’à ce qu’elle ait comparu à la douane delà pensée et obtenu son passeport à la censure dont le ciseau écourte et taille arbitrairement. Si elle mutile cet écrit, qui passera nécessairement sous ses yeux, du moins elle ne pourrait sans crime en accuser l’intention. Plus empressé ae recevoir des conseils que d’en donner; invoquant oes lumières, parce que j’ai des miennes une juste défiance, citoyen paisible, j’ai cru devoir, en présence de deux nations trop longtemps divisées, plaider la cause de l’humanité, et présenter le tribut de mes réflexions.
Sans la religion , les mœurs , la bonne foi ,
l'économie , un état n’aura jamais qu’une existence précaire. Ce sont là des vérités triviales; mais peut*on répéter trop souvent qu’il n’y a pas d’autres moyens pour resserrer lesliens entre les gouvernails et les gouvernés , identifier leurs intérêts et fonder le bonheur sur une base inébranlable ?
ADRIEN EGRON , IMPRIMEUR
DE SON ALTESSE ROYALE MONSEIGNEUR LE DUC d’aNCOULÊME,
rue des Noyers, n°. 5y.
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