‹ De la Transformation Maligne des NœviChapitre 30 sur 35 · OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS

OBSERVATION [I (personnelle)

Nœvus ulcéré du dos. Transformation maligne (sarcome). Adénopathie axillaire. Ablatione).

La nommée G..., Marie, couturière, âgée de 48 ans, entre à l'hôpital Laënnec dans le service de M. le D: Reclus, le 17 novembre 1897, salle Chassagnac ne 10.

On ne note rien, ni dans ses antécédents personnels ni dans ses antécédents héréditaires, en particulier aucune tare cancéreuse dans sa. famille.

Il y a environ douze ans, la malade s’était aperçue de la présence dans la région thoracique latérale droite, un peu au-dessous de l’angle de l’omoplate, d’une petite saillie noirâtre, du volume d’une pièce de deux francs (1). Cette saillie avait persisté sans subir dans son aspect aucune modification jusqu'il y a dix-huit mois, époque à laquelle elle s’est mise à grossir, s’est ulcérée et a été le siège de petites hémorrhagies. Ce sont ces

hémorrhagies qui parleur fréquence et leur abondance ont ins-

1. Il est probable que Ie nœvus était congénital et que, étant donnée sa situation, il avait passé inaperçu. Peut-être a-t-il brusquement grossi à un moment donné et a-t-il ainsi attiré l'attention de la malade.

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hi piré de vives inquiétudes à la malade et l'ont décidée à entrer à l'hôpital.

A l'examen.on constate dans la région précitée, la présence d'une tumeur faisant saillie sur la peau avoisinante.

C'est une tumeur oblongue, ayant environ sept centimètres de long sur quatre ou cinq centimètres de large. La coloration est noire, légèrement violacée. Prise entre les deux doigts, elle ne présente aucune induration. La palpation est d’ailleurs à peine douloureuse. La surface de la tumeur est ulcérée et ce sont ces ulcérations qui donnentlieu aux petites hémorrhagies que provoque l'examen. De plus la surface est légèrement enflammée el suppure quelque peu.

Dans l’aisselle correspondante (aisselle droite) on trouve une petite masse ganglionnaire dure, légèrement sensible à la palpation et dont le début, au dire de la malade, remonterait à la date de l’ulcéralion de la tumeur.

Dans l'aisselle gauche, on trouve tout en haut, au sommet, un ou deux petits ganglions.

L'état géneral de la malade est satisfaisant. Elle dit n'avoir pas maigri dans ces derniers temps.

On porte alors le diagnoslie d'angiome veineux ulcéré et on se demande s’il n'est pas en voie de transformation maligne. Quant aux ganglions axillaires droits, on pouvait émettre sur leur nature deux hypothèses : ou bien ils étaient purement inflammatoires, les ulcérations de la tumeur ayant servi de porte d'entrée aux microbes ordinaires de la suppuration; ou bien, l'angiome aurait subi la dégénérescence maligne et les ganglions auraient participé au processus réoplasique. Dans le premier cas, l'ablation de la tumeur devrait les faire dispa-

raître ; dans le deuxième cas, il faudrait, si l’on songe à l’abla-

cu MD uns tion de la tumeur, pratiquer en même temps leur extirpation, comme on le fait dans un cancer du sein.

Opération. — L'opération est pratiquée le 19 novembre, par M. Reclus. Tout autour de la tumeur, on pratique une injection circulaire de cocaïne qui circonscrit bien le champ opératoire.

La tumeur est enlevée en plein tissu cellulaire, ce qui ne donne lieu à aucune hémorrhagie. La plaie est suturée et pansée à plat,

Le pansement est défait le huitième jour de l'opération. La plaie était à peu près complètement cicatrisée.

Quant aux ganglions de l’aisselle droite, on ne constate, à leur niveau, aucune régression : ils persistent avec leur dureté spéciale. (Les ganglions de l’aisselle gauche paraissent un reste d’un abcès au sein correspondant que la malade avait eu quelques années auparavant). |

Le 29 novembre, les ganglions restant les mêmes, on conelut à leur nature néoplasique et on décide d'en pratiquer l'exérèse.

Le 1x décembre, la plaie opératoire qui avait été en si bonne voie de guérison, se rouvre et suppure.

La deuxième opération est pratiquée par M. J.-L. Faure, le 3 décembre. On fait le curage de toute l’aisselle. La masse ganglionnaire, le grand pectoral, et même le tissu cellulaire, sont farcis de masses de pigment noir.

La plaie est draînée. Elle suppure, et un mois après cette deuxième opération, la malade quitte lhôpital.

Le nœævus enlevé avait été examiné par M. Lenglet, interne du sérvice, qui y avait trouvé la structure du sarcome mécanique.

La même constatation a été faite pour les ganglions de Pais:

D selle enlevés. D'ailleurs, la présence des amas pigmentaires non seulement dans ces ganglions, mais aussi dans les tissus avoisinants, prouvait bien que la dégénérescence du nœvus

avait envahi ces régions.

OBSERVATION Il (personnelle).

Nœvus ulcéré du dos. Transformation maligne (sarcome). Adénopathie axillaire. Ablation.

La nommée P.., Marie, domestique, âgée de 35 ans, entre à l'hôpital Laënnec, dans le service de M. le D' Reclus le 19 novembre 1897, salle Chassagnac, ne 11.

On ne note rien dans les antécédents soit héréditaires soit personnels de la malade.

11 y a environ trois ans (1), elle s’est aperçue, dans le dos, de la présence d’une grosse tache noire qui était située sur la ligne médiale et qui faisait légèrement saillie.

Il y a quatorze mois, la tache s’est mise à grossir ce qui a décidé la malade à venir à la consultation de chirurgie de Laënnec, où M. le D" Villemin en pratique l’excision. L'examen microscopique n’a pas été fait à ce moment là ; mais, pendant que la cicatrisation de la plaie suivait son cours, l’externe chargé des pansements s’est aperçu du développement de quelques bourgeons charnus qui augmentant progressivement de volume, ont abouti à la formation de la grosse tumeur que la malade présente actuellement.

En effet, à l'examen, on constate sur le dos, exactement sur

1. Nous faisons ici la même remarque que pour la première malade.

la ligne médiane et au niveau de la huitième vertèbre dorsale, une tumeur ayant la forme d’un gros champignon. Cette tumeur est ulcérée et sa sur’ace saigne et supoure assez abondamment. Elle est large, étalée, mesurant près de 9 centimètres de diamètre, mais un examen plus soigné permet de trouver un gros pédicule, assez court, ayant près de 4 à 5 centimètres de diamètre.

La tumeur est exciusivement cutanée : elle glisse, très facilement sur les plans sous-jacents avec lesquels elle n’a aucune connexion.

Tout autour de la tumeur, dans la peau, on aperçoit trois ou quatre plaques noires, lisses, non saillantes. On en voit également sur la suriace même de la tumeur ulcérée.

La palpation est peu douloureuse.

Dans l’aisselle du côté gauche, on trouve quelques ganglions petits, mobiles, iso'és. Jl n’en est pas de même de l’aisselle droite où la palpation décèle une masse ganglionnaire dure, avant tout à fait l’aspect et la consistance des adénopathies qu'accompagnent des néoplasmes du sein.

L'état général de ;a malade laisse beaucoup à désirer. Elle raconte qu’elle a maigri sensiblemert depuis quelques mois.

Etant donnés l’aspect et surtout a pédiculisation de la tumeur, on porte le diagnostic de : sarcome mélanique de la peau du dos. On fait de la masse ganglionnaire de l’aisselle droite, une adénopathie de dégénérescence. Quant aux ganglions de l’aisselle gauche, on admet la possibilité d’une adénopathie purement inflammatoire, mais cela sous toutes réserves

Pour ce qu’il en est du d'agnostic rétroactif, on émet l’hypothèse d’un nœvus (vasculaire ou pigmentaire) auquel le trau-

matismce opératoire aurait donné de coup de fouet.

pie

Opération. — L'opération est pratiquée le 22 novembre. La malade est endormie à l’éther. La tumeur du dos est enlevée et, pour combler la large perte de substance qui en résulte, on fait une suture en étoile.

‘Ensuite, par une incision parallèle au bord inférieur du grand pectoral, on extirpe la masse ganglionnaire de l’aisselle droite.

L'examen des pièces est confié à M. Lenglet qui confirme pleinement le diagnostic clinique.

La malade a quitté l'hôpital six semaines après. Les plaies

n'étaient pas totalement fermées.

OBSERVATION lIII

Nœvus de la moitié de la face. Dégénérescence cancéreuse. Longue survie. (Observation due à l'obligeance de M. le Dr Lucas- Championnière (1).

Cette observation a trait à un paysan, qui portait un nœvus énorme, lui couvrant la moitié droite de la face, et qui lui avait valu dans le pays le surnom de « berger rouge ».

Vers 1862, (le malade avait alors près de soixante ans), une ulcération apparaît sur le nœvus, un peu au-dessous de la paupière inférieure.

Malgré les conseils de personnes qui étaient d’avis d'opérer, un vieux médecin de la localité se refusa à toute intervention.

L'ulcération s'agrandit progressivement et finit par ravager

1. L'observation a été reconstiluée de mémoire ; aussi nous pardonnera-t-on son manque de précision. Elle n’est pas moins instructive pour cela.

et, SN à peu près toute la surface occupée par le nœvus, sans porter cependant aucune atteinte à l’état général du malade. Celui-ci porta ainsi son concroïde pendant plus de vingt ans et mourut

âgé de plus de quatre-vingts ans.

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