‹ De la transfusion du sangChapitre 19 sur 22 · CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS

Fut-il jamais sujet plus controversé et à la fois d'une importance plus grande que celui qui vient de nous occuper! Le nombre et la valeur des expériences, Fintérêt et la précision des recherches chimiques et physiologiques, la passion avec laquelle les résultats cliniques sont discutés témoignent de l'ardeur que, aujourd'hui comme il y a deux siècles, les hommes de la science apportent à son étude. Eh bien ! avouons-le, les documents sans nombre que nous avons aujourd'hui entre les mains sont impuissants à donner la solution des problèmes qui s'y rattachent, et, parvenu au terme de ce long travail, il nous serait bien difficile d'en tirer une conclusion générale immédiate. Voilà pourquoi nous nous sommes surtout attachés à relater les faits, à rassembler les observations, à coordonner les matériaux qu'à en extraire, de gré ou de force, des interprétations que nul, aujourd'hui, n'est en mesure de déduire sans faire violence à la vérité.

Quelle est la valeur relative du sang artériel ou du sang veineux, du sang humain ou du sang des animaux? Faut-il l'injecter in Mo, ou privé de l'une de ses parties, directement ou indirectement? Que de problèmes divers ! que de desiderata se près-

sent autour de cette question ! Avec toute la réserve possible, nous allons essayer d'y répondre.

1. Ce qui ressort avant tout de la partie physiologique de notre travail, c'est la possibilité de ramener à la vie des animaux prêts à périr d'hémorrhagie, en leur infusant du sang d'un animal de même espèce.

2. Les faits de Worms Muller nous ont montré, que si cette quantité est minime, son action est éphémère, et que si elle est considérable, elle peut devenir dangereuse par l'augmentation subite de la masse liquide du sang. Cependant la pléthore est en général peu à craindre, grâce à la rapidité d'élimination: du sérum par Fexosmose, des globules par la sécrétion urinaire,

3. Le rôle dévolu à la fibrine est fort obscur ; s'il est démontré qu'elle n'est pas indispensable, il n'est pas moins prouvé qu'elle n'exerce en aucun cas d'influence nuisible ou toxique, ainsi que l'avaient avancé certains auteurs.

4. L'élément important dans le sang injecté, n'est ni le plasma, ni l'oxygène, ni la matière colorante du sang, c'est le globule, le globule seul, dans son intégrité anatomique et physiologique.

5. La coagulation du sang se produit sous l'influence du contact des corps étrangers, sans que l'air puisse être incriminé.

6. L'introduction de Fair dans les veines est un accident rare, peu redoutable, et ses mauvais effets sont atténués par la faradisation.

7. La lenteur dans Finjection permet d'introduire dans le système sanguin des quantités considérables de sang, sans avoir à redouter la pléthore.

8. La différence entre les effets produits par les injections de sang veineux et de sang artériel est négligeable, en pratique.

9. L'addition de substances diverses pour maintenir le sang fluide, doit être rejetée comme antiphysiologique.

10. Que dire de la transfusion entre animaux d'espèces, de classes, de sangs différents? Avant tout, constatons que, lorsqu'elle n'amène pas une mort rapide, due soit aux différences trop considérables entre le diamètre des globules, soit à des phénomènes intimes encore inexpliqués aujourd'hui, il se produit une hématurie et une hématoglobinurie dénotant une dissolution rapide des globules. Vient-on à examiner les reins, les tubuli présentent une apoplexie due à Fimbibition de la substance propre par une matière semblable à l'hémoglobine. Cette hémoglobine est le résultat de la lutte engagée entre les deux sangs, et marque a défaite des globules étrangers.

IL Les maladies dues à un empoisonnement du sang devenu nocif pour les tissus, peuvent

être combattues par la transfusion précédée d'une saignée.

12. Dans nombre de maladies chroniques par altération qualitative et quantitative du sang, c'est la transfusion à doses réfractées qui peut rendre des services au praticien.

13. L'anémie aiguë par hémorrhagie grave est rindication la plus nette de la transfusion simple.

14. Bien que les inconvénients de la défibrination ne soient pas parfaitement démontrés, les avantages de cette manœuvre aveugle et anti-physiologique, étant contestables, on doit la rejeter de la pratique.

15. La transfusion d'homme à homme n'est acceptable que médiate et de veine à veine.

16. Les heureux résultats de la tranfusion artério veineuse d'animal à homme ne sauraient être contestés de bonne foi; et, quoique cette méthode qui permet d'introduire dans la thérapeutique la transfusion réfractée ne soit pas encore absolument jugée, il est permis d'espérer de bons effets de cette pratique qui, en raison de son innocuité, mérite de se généraliser,

17. La transfusion peut et doit être pratiquée en cas d'urgence avec des instruments vulgaires; mais

l'emploi des appareils de Mathieu et de Charrière Tabrégent, la simplifient et préviennent les accidents éventuels de Topération.

18. Une excitation générale et accompagnée do quelques phénomènes sans importance, vomissements, rachialgie, dyspnée, et suivie d'un sommeil tranquille : tels sont les phénomènes immédiats de la transfusion.

Ces effets sont de peu de durée; c'est à la thérapeutique à continuer et à achever son œuvre.

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