‹ De la transfusion du sangChapitre 4 sur 22 · TRANSFUSION DE SANG COMPLET · texte numérisé non relu

TRANSFUSION DE SANG COMPLET

A. Entre animaux de même espèce.

C'est sur le chien qu'ont porté la plupart des recherches. Elles ont pour auteurs Denys, Thomas Goxe, Blundell, Goodrige, Dieffenbach, Bélina.

Viennent ensuite les transfusions pratiquées sur le lapin, par Nicolas, et sur le mouton, par Gassini, Sponsa.

Dans la plupart de ces cas, les animaux survécurent et récupérèrent complètement la santé.

Si nous essayons de nous rendre compte des causes des insuccès, c'est dans l'état antérieur de ces animaux que nous croyons les trouver. Dieffenbach, en effet, avant de procéder à l'expérience, plongeait, par une hémorrhagie prolongée, les sujets dans un état de mort apparente. Dans un cas, des convulsions violentes se produisirent. Pendant les accidents nerveux, la pupille se dilata et se contracta alternativement, jusqu'à ce qu'elle restât complètement immobile et largement dilatée. Gefut alors seulement qu'ouvrant la jugulaire, il y introduisit un tube communiquant avec le sang artériel d'un autre animal. Le chien qui recevait le sang parut d'abord respirer mieux, mais cependant il ne survécut pas.

Dans toutes les autres expériences, on se bornait à soustraire, soit avant l'injection du sang nou-

veau, soit pendant cette opération, quelques onces de sang à l'organisme sur lequel on expérimentait, et rapport d'un sang de même espèce réparait heureusement cette perte récente.

Dans la relation de ces faits, je n'ai pas cru devoir tenir compte de la variété d'origine de la source sanguine. Quelquefois le sang fut emprunté à une veine. Le plus souvent il provenait, soit de la carotide, soit de la crurale. Quoi qu'il en soit, les résultats n'en paraissent pas avoir été influencés.

Quant à la quantité, son importance n'est pas aussi considérable qu'on serait tenté de le croire en l'absence de données certaines sur le poids des animaux en expérience. Elle a varié de trois onces à 16 onces, et, dans ce dernier cas qui appartient à Coxe, l'animal dut sans doute à une affection de la peau dont il souffrait d'être gratifié de cette dose un peu excessive. Il guérit, et de l'opération, et de sa maladie.

Que conclure de ces quelques faits fort incomplets, et dont beaucoup paraîtront à nos expérimentateurs actuels dépourvus de la rigueur scientifique qui préside au aujourd'hui aux recherches de cet ordre ? C'est que l'on pourra toujours espérer d'heureux sucoès de la transfusion entre animaux de même espèce, quand ils n'auront pas été préalablement épuisés par une hémorrhagie exagérée.

Mais j'aime mieux passer à des recherches plus dignes d'attention et mieux faites pour nous diriger dans la voie difficile de la pratique. Elles ont été

— oO —

instituées par MuUer, professeur de physiologie à Stockolm.

Muller ne s'est point ÎDorné à tenir note du poids des animaux^ de la quantité de Furée éliminée ; mais, faisant appel aux récents et célèbres travaux de Malassez, il déclare que des expériences sérieuses sur la transfusion ne sauraient être suivies sans l'appareil mensurateur du nombre des globules.

Les expériences ont toutes été pratiquées sur des chiens.

l'^" expérience, — Chien de 5,910 grammes. On augmente la masse sanguine du sujet de 28 p. 100.

Température rectale immédiatement avant la transfusion 0 39,8

Température rectale immédiatement après la transfusion . . . , 39

Le sujet n'avait subi aucune perte de sang. Dès qu'il eut été replacé dans sa cage, il perdit 60 à 65 centimètres cubes de sang par la plaie d'injection. L'augmentation de poids avait été de 190 grammes après l'opération; restait donc 125 à 130 grammes. Pas de fièvre. Le dénombrement des globules sanguins avant et après la transfusion montra que la masse sanguine, augmentée dès le principe, redescend à la normale an bout de vingt-quatre heures.

Le nombre des globules du sang injecté était de 275 Le nombre des globules du sang du sujet de. . . . 309 La masse sanguine une fois revenue à son volume

normal, ce nombre était de . . , 387

Soit une augmentation de 25 p. 100.

De ce fait, on conclut donc que :

a). La masse sanguine est considérablement accrue dans les premières heures qui suivent la transfusion.

b). L'exsudation se fait rapidement, mais successivement ; trois heures après, on peut évaluer à la moitié de la masse injectée celle qui a subi le phénomène d'exsudation.

c). Au bout de 24 heures, la normale de la masse sanguine a reparu. Quant au nombre des globules sanguins, dès la quarantième heure il subit une diminution rapide, jusqu'au degré d'hypoglobulie qui précédait l'opération.

Examine-t-on maintenant ce qu'il en est de la nutrition des animaux depuis l'injection.

L'animal avait été tenu à jeun depuis huit jours au moment de l'opération, et l'était resté depuis.

Perte quotidienne avant transfusion, de 100 à 120 gr. Perte vingt-quatre h. après transfusion 230 gr.

Perte les jours suivants, de. . o 110 à 140 gr.

Comme on le voit, la perte de poids n'est nullement atténuée par la transfusion.

Que si l'on porte son attention sur les sécrétions de l'urine et celle de l'urée, on les voit manifestement augmentées par l'opération.

Quantité d'urine avant transfusion. ... 40 gr.

Vingt-quatre premières heures après . . 90 gr.

Trois ou quatre jours suivants 50 à 60 gr.

Quantité d'urée avant transfusion 3 gr.

Quantité d'urée pendant les vingt*quatre

heures après 6 gr.

Quantité d'urée pendant les trois jours

suivants 5 gr.

Quantité d'urée pendant les trois jours

suivants 3 gr-

L'augmentation de la quantité de l'urine et de l'urée excré^ tées après la transfusion est donc manifeste.

2^ expérience. — Chien de 7,790 grammes. La masse du sang a été augmentée de 30 p. 100 au moins. C'est après une inanition de trois jours qu'on a pratiqué la transfusion.

Le poids après l'opération étant de 7,960 gr., nous dénote une différence de 170 gr», c'est-à-dire la quantité de sang

injecté, si l'on tient compte de l'émission de 10 à 13 centimètres cubes d'urine.

Température rectale après la transfusion. . . 38, o

Le dénombrement globulaire indique que la plétbore n'a été que de courte durée, que la masse sanguine paraît revenue après un jour au quantum primitif.

Nombre des globules du sang du sujet avant l'opération , 328

Nombre des 'globules du sang injecté 300

Nombre des globules du sang du sujet cinq ou six heures après 373

Nombre des globules du sang du sujet vingtquatre heures après 414

Nombre des globules du sang du sujet trois jours après . . . . , 433

Nombre des globules du sang du sujet quelques jours plus tard 486

Ce qui nous dénote une augmentation de 16 p. 100. La moitié du liquide infusé avait donc filtré à travers les parois vasculaires.

Gomme on le voit, cette expérience n'est pas absolument comparable à la précédente , qui nous avait offert une diminution considérable de globules après les premières quarantehuit heures.

'^^ expérience. — La masse du sang a été augmentée de o8 p. 100. Le sang injecté a été conservé vingt heures en un bain de glace.

Immédiatement avant la transfusion,

poids de 6710 gr.

Immédiatement après la transfusion,

poids de 7010 gr.

soit une augmentation de 300 grammes.

Temp. rectale immédiatement avant. 38,8

Temp. rectale immédiatement après 38,6

1° Aucun changement dans la manière d'être de l'animal.

L'urine ofl'rit une couleur jaune Ijrun intense, mais pas de bile, pas d'urée, pas de sang, pas d'albumnie, pas de sucre.

2° Le nombre des globules avant la transfusion était de 291

Le nombre des globules dans le sang injecté était de 300

Le nombre des globules, vingt^^minutes après la transfusion, était de 396

La.moitié du plasma injecté avait déjà disparu. Cependant, pendant les premières vingt-quatre heures, il y eut un temps d'arrêt, et le nombre resta à 394. Dans les soixante-douze heures qui suivirent, il s'éleva à A6o.

Dans les expériences précédentes, la masse sanguine était revenue à la normale beaucoup plus tôt; mais il semble que, lorsque la pléthore dépasse 60 p. 100, elle exige plus longtemps pour se dissiper.

Il est bon d'ajouter que, le sang ayant été maintenu assez longtemps dans un bain glacé, les globules ont conservé au moins trois jours leur intégrité, ce qui prouve que cette manipulation ne leur avait pas été nuisible. Au cinquième jour, on rouve un petit nombre de globules altérés.

Au 4" jour, nombre de globules 463

Au o' jour (1^'' septembre), nombre de giob. 419

Au 8" jour (3 septembre), nombre de glob. . . 400

Au 11® jour (6 septembre), nombre de glob. . 419

Au 12" jour (7 septembre), nombre de glob. . 231

Au 24® jour (19 septembre), nombre de glob. 246

On voit que l'oscillation maximum se produisit vers le onzième jour, puis qu'il y eut une descente depuis ce temps. Le 7 septembre, le chien avait reçu de la nourriture. La croissance du nombre des globules continue donc quatre ou cinq jours, et au bout de trois semaines au plus le retour au nombre primitif s'était produit.

3° La diminution de poids du corps est restée ce qu'elle était depuis le commencement de l'expérience. L'augmentation de la sécrétion d'urée n'est pas douteuse.

Avant la transfusion, de. ... 4 à 5 gr.

Dans les 24 heures qui suivent 10 gr.

Du 4'' au S° jour 5 1/2 à 6 gr.

Le poids spécifique de l'urine a été manifestement diminué, parce que sa quantité absolue a été manifestement augmentée; les jours suivants, au contraire, le poids spécifique était plus grand qu'avant l'opération.

Avant l'opération. ... 1 ,05

Le lendemain 1,04

Les jours suivants, de 1,073 à 1,079

L'origine de ces variations de l'urée vient, sans doute, du plasma, car on n'a point observé dans le nombre des globules de diminution apparente. Mais, comme la quantité d'urée dépasse celle de la masse albuminoïde injectée, on peut lui supposer trois sources principales :

a) Combustion de la substance graisseuse.

b) Coups albuminoïdes du plasma.

c) Destruction de globules sanguins.

L'urine, dans les premiers jours, était brun sombre et contenait beaucoup plus de pigment que d'ordinaire; quelques jours après, le nombre des globules, pendant la production de l'urée, se maintenait au chiffre élevé qui a été mentionné. On voit donc bien que c'est d'abord au plasma sanguin, ensuite aux globules que l'urée emprunte ses matériaux de formation.

4^ expérience. — Augmentation de la masse, 83 p. 100.

Poids de l'animal avant 4560

Poids de l'animal après 4850

Le poids du sang injecté, donc 290

Nombre des globules du sujet avant 214

Nombre des globules du sang injecté 200

Nombre des globules un peu après transfusion. 306

Nombre des globules le lendemain 354

Nombre des globules 48 heures après 382

Nombre des globules 4 jours après 394

Nombre des globules 4 semaines après 305

Chiffre de l'urée, 27 juillet, jour de la transfusion.

— 1" août, 3,904

5* expérience. — On augmenta la masse du sang de 75,5 p. 100. L'expérience dura du 22 août au 2 septembre.

Poids de l'animal avant la transfusion. . . 3440

Poids de l'animal a.près la transfusion. . . 3640

Poids du sang injecté 200

Nombre des globules avant la transfusion. 305 à 31 3 Nombre des globules du sang injecté.. . . 300 Nombre des globules 3 heures après. . . . 396

A partir de ce moment les globules diminuèrent et la coloration de l'urine devint plus foncée.

Chiffre de l'urée :

23 août.

28 août.

1''^ sept.

Les animaux qui ont survécu aux expériences 4 et 5, et dont la masse totale a pu être augmentée de 30, 60 et même 83 p. 100, ont été revus trois ou quatre ans après, et leur santé ne paraissait pas en avoir souffert.

Ces expériences sont remarquablement comparables avec celles qu'a publiées Lesser récemment (1).

Q^ expérience. — Dans cette expérience on transfusa à l'animal plus du double de la masse sanguine. Des symptômes morbides se montrèrent durant toute sa durée, surtout à la fin, 011 la gueule de l'animal s'emplit d'une écume sanguino-

(1) Berichten der Sachsischen Gesellschaft der Wissenchaften, math, ■phys. Classe. August 1774, S. 174.

lente. Emission de 2 à 3 gr. d'urine sanglante. Le lendemain, il manifestait une grande faiblesse. Le troisième jour, au matin, il était mort.

Poids du corps avant la transfusion o9S5

Poids du corps après la transfusion 6690

Poids du sang injecté 735

Poids du sujet le lendemain 6510

Nombre des globules avant -470

Nombre des globules du sang injecté 264

Nombre des globules immédiatement après. . 345

On voit que le nombre des corpuscules fut immédiatement diminué, résultat qui est contraire aux précédents.

Nombre de globules le lendemain 491

Ce fut la limite maximum.

Depuis l'opération jusqu'à sa mort, il a émis 152 c. cubes d'urine, contenant 3 gr. 69 d'urée.

A l'autopsie, faite le matin même, les poumons sont injectés sans extravats, le cœur est fortement contracté, les veines turgescentes ; sous le péricarde, vers la pointe du cœur, ecchymose ; dans le cœur gauche liquide sanguin sans caillot. Epiploon très-injecté, veines mésentériques très-distendues parle sang, veines de l'abdomen en général et surtout de la circulation porte extrêmement congestionnées.

7" expérience. — Du 7 au 17 juillet, il subit une augmentation de 154 p. 100.

Poids du chien avant la transfusion. 3280 Poids du chien après la transfusion. 3670 Poids du sang injecté 390

Poids du sujet :

7 juillet, 3655 13 juillet, 3205

11 3280 17 Mort.

Quantité d'urée :

8 juillet, 0,714 12 juillet, 0,497

Nombre des globules dans le sang injecté 254

Nombre des globules du sujet avant l'opération. 243

Nombre des globules, le lendemain 358

Nombre des globules, le quatrième jour 313

Nombre des globules, 5 jours et plus tard. 313, 318, 333.

L'animal mourut de pneumonie le 17 juillet. Cette expérience, dont il suffit de considérer les tableaux pour comprendre la portée, est en parfaite concordance avec celle de Lesser (1).

De ces résultats importants, nous croyons intéressant de mentionner ceux de Panum (2).

Dans une première expérience, une augmentation de la masse sanguine de 83 p. 100 n'avait amené aucun trouble.

La seconde, où l'aug'mentation fut de 85,3, se compliqua d'une embttlie, qui obscurcit malheureusement les résultats mais peut-on de cet accident de l'expérience tirer un argument véritable pour affirmer la nocuité de l'injection? Une nouvelle transfusion fut pratiquée sur le même sujet. Elle était de 260 grammes. L'animal parut alors beaucoup souffrir de pléthore : pouls plein d'abord, puis déprcssible et lent, trèsirrégulier, à peine susceptible d'évaluation. Le sujet fut sacrifié dans ces circonstances. L'autopsie révéla une embolie pulmonaire. Le système veineux abdominal était gorgé de sang.

Nous avons cru devoir rapporter tout au long ces magnifiques expériences, qui laissent bien loin derrière elles, par leur exactitude et la rigueur

(1) Loco citato.

(2) Virchow's Archiv., Bam!. 29, Jabrg. 1864, S. 2b8-264.

scientifique qui a présidé à leur institution, les documents assez nombreux de ces dix dernières années. Essayons maintenant de jeter un coup d'œil sur leur ensemble et d'en tirer des conclusions.

Ce qui nous frappe tout d'abord, c'est la bénignité et, pour mieux dire, la nullité des symptômes au bout de quelques jours. Ce résultat est bien fait pour encourager les esprits hésitants. Beaucoup, en effet, se préoccupent outre mesure de la pléthore qu'ils croient inévitable après ces opérations. Chose étrange! les médecins n'ont jamais redouté de faire perdre à leurs malades des quantités énormes de sang, et l'addition de quelques grammes de ce liquide leur paraît chose dangereuse. Ils craignent les extravasats, les hémorrhagies, les ruptures vasculaires étendues et mille autres dangers. Mais avant de leur opposer les expériences auxquelles je viens de consacrer la plus grande partie de ce chapitre, ne trouverait-on pas dans la pratique journalière de la chirurgie des arguments d'une réelle valeur? La généralisation si rapide, si heureuse de la méthode d'Esmarli pour les amputations ne nous offre-t-elle pas chaque jour les exemples de l'augmentation de la masse absolue du sang. Or, l'expérience a-t-elle montré la fréquence plus grande, après l'emploi de cette méthode, des congestions des organes internes et des hémorrhagies soit primitives, soit secondaires? Quelques faits ont été allégués à l'appui de cette thèse, mais leur rareté en a fait justice.

Reprenons maintenant, en les groupant, les résultats partiellement obtenus dans les expériences précédentes.

Dès les premières heures qui suivent la transfusion, le plasma sanguin subit un mouvement d'exosmose, grâce auquel près de la moitié de la masse a disparu en quatre heures environ. L'accroissement calculé de la masse, du fait de Fopération est donc en réalité très-passager et diminue d'une façon progressive, comme l'accroissement relatif du nombre des globules le montre de la façon la plus évidente. On sait avec quelle rapidité la régénération sanguine se fait après les saignées, la déplétion du système vasculaire après la transfusion ne se fait pas moins vite. Est-ce aux vaso-moteurs qu'il faut attribuer ce rôle de régulateur, de coordinateur et cette véritable fonction d'accommodation ? Les expériences de Schiff, de Ludwig, Vierordt, Vulpian, Panum, Bunsen, semblent l'affirmer.

Quant à la masse globulaire elle-même, il est facile de se rendre compte du rôle qu'elle joue dans ces phénomènes. Le globule jouit d'une vitalité considérable. Les expériences précédentes nous ont montré combien cette résistance était plus grande après un refroidissement prolongé (bain à 0 pendant 24 heures). Mais dans tous les cas cette résistance s'épuise au bout de quelques jours, et l'on voit alors la masse globulaire diminuer avec des oscillations dont les limites sont difficiles à préciser . Le globule se détruit donc. C'est alors surtout que

Ton voit la quantité d'urée subir d'importantes variations et présenter un accroissement réellement considérable. Nous sommes loin de mettre exclusivement cette augmentation sur le compte de la combustion globulaire; l'auteur lui-même du mémoire que nous avons analysé précédemment lui reconnaît diverses autres sources fournissant surtout à l'augmentation immédiate d'urée; mais dès que la destruction globulaire a commencé, il est impossible de méconnaître une relation de cause à effet. Cependant, sur un cas cité par l'auteur de cette observation avec sa bonne foi ordinaire, il y eut à la fois augmentation des globules et de l'urée. Il avoue que, dans ce cas, l'origine de l'urée est des plus obscures, mais ne croit pas devoir en modifier la conclusion générale précitée.

Rapportons à ce propos l'opinion de Muller : (( La lymphe après la transfusion présentait une teinte rouge des plus caractéristiques, on y trouvait en nature des corpuscules sanguins nombreux. Ils auraient donc passé des vaisseaux sanguins dans le torrent lymphatique. » On voit que Muller est un partisan convaincu de la diapédèse globulaire.

La difficulté qui s'attache à l'étude des pigments et de la matière colorante du sang n'a malheureusement pas permis à Fauteur de vérifier expérimentalement cette théorie probable de la destruction des globules.

Résumons-nous. La transfusion produit dans

Torganisme de Tanimal qui y a été soumis des effets sensibles, mais de peu de durée.

Au bout de peu de jours, tant sous le rapport globulaire que sous celui du plasma, le sang est revenu à son état primitif.

B. De la transfusion du sang complet entre animaux d'espèces différentes.

Ces animaux peuvent appartenir à la même classe, quoique d'espèce différente, aussi convientil de subdiviser ce chapitre en trois parties, comprenant la transfusion entre : 1° animaux d'espèce différente, mais de la même classe ; 2° animaux de classes différentes, mais tous à sang chaud ; S** animaux, les uns à sang froid, les autres à sang chaud.

1° Animaux d'espèces différentes, mais de la même classe.

(c Lorsqu'on introduit dans l'organisme d'un animal du sang provenant d'un autre animal d'espèce différente, les effets de l'opération ne sont pas les mêmes que lorsque les deux individus entre lesquels l'échange du fluide nourricier a lieu appartiennent à la même espèce. Il semble aussi qu'en général, la différence dans l'action du sang est d'autant plus grande, que les animaux sur les-

quels on opère offrent entre eux des dissemblances plus profondes. ))

(c Effectivement, ajoute M. Milne Edwards, c'est seulement par la transfusion du sang provenant d'un individu de la même espèce que des animaux, devenus exsangues par suite d'une liémorrhagie, ont pu être rendus à leur état normal, et lorsqu'au lieu de remplacer le sang qu'ils avaient perdu par du sang semblable, on a employé le fluide nourricier d'un animal de même classe, mais d'un genre différent, le rétablissement n'a été qu'incomplet. »

Examinons quelles sont les expériences que nous offrent les différents physiologistes qui se sont occupés de cette question, relativement à ce point spécial.

Dans toutes ces expériences, nous aurons toujours soin d'indiquer en regard la forme et le volume des globules sanguins des différents animaux

1° De l'homme (1/126) au chat (1/173).

Une seule expérience a été faite; elle appartient à Dieffenbach.

Expérience. — On retira à un chat 3 onces (85 gr. 5) de sang, puis on lui injecta 2 onces (56 gr. 70) de sang humain. Après l'injection des trois premiers gros, l'animal poussa un cri plaintif très-fort, fit des soupirs profonds, la circulation et la respiration devinrent très-rapides; à mesure que la quantité de sang injecté devint plus grande, la gêne de la respiration augmenta; enfin l'animal mourut tout à coup, après quelques mouvements violents, mais non convulsifs.

Autopsie. — Les organes sont gorgés de sang noir et coa-

gulé; à la hase du crâne, il y a une extravasation sanguine. (Dieffenbach.)

2° Transfusion pratiquée sur le chien (1/139) avec le sang de divers animaux.

a) De Fhomme. Le diamètre des globules de rhomme est de 1/126 c. de millimètre. Après avoir fait perdre à trois chiens une assez grande quantité de sang, Blundell leur trans- fusa du sang humain. Immédiatement après l'opération, l'animal parut se ranimer, mais il ne tarda pas à succomber. Voici le détail de ces expériences :

1*^° expérience. — A un chien de petite taille en pleine santé, on retira 4 onces (113 gr. 40) de sang par l'artère fémorale : il fut pris de dyspnée, de mouvements convulsifs; la circulation s'arrêta, l'asphyxie devint complète. 4 onces (113 gr. 40j de sang humain furent injectées par parties dans sa veine fémorale : le chien semhla se ranimer, la respiration et la circulation se rétablirent; mais quelques minutes s'étaient à peine écoulées que l'animal succombait. (Blundell.)

2° expérience. — On retira 11 onces (311 gr. 85) de sang à un vieux chien basset : aussitôt on observa de la dyspnée, l'arrêt de la circulation, des mouvements convulsifs; l'animal allait succomber. On lui injecta 10 onces (283 gr. 5) de sang humain divisées en cinq parties : quoique très-faible, l'animal put marcher; cependant il mourut douze heures après l'opération. (Blundell.)

3^ expérience. — On enleva du sang à une chienne tant que les phénomènes ordinaires de l'hémorrhagie, tels que soupirs, couA'ulsions, absence de la circulation, ne se montrèrent pas ; elle perdit ainsi 7 onces de sang (198 gr. 45). 6 onces (170 gr. 10) de sang retirées du bras d'un homme furent injectées dans ses veines : la respiration se rétablit un peu, les

muscles abdominaux se contractèrent; mais le cœur n'eut que des mouvements faibles et irréguliers. Enfm la chienne fut reprise par les convulsions ; elle fit quelques efforts pour vomir, et peu de minutes après elle succomba. (Blundell.)

4® expérience. — A un jeune et vigoureux chien on retira 8 onces (226 gr. 80) de sang : il tomba dans un état de faiblesse assez prononcé, mais la respiration s'exécutait toujours. 6 onces (170 gr. 10) de sang Immain lui furent injectées du côté du cœur par la veine jugulaire : cette injection ranin;ia un peu l'animal, le pouls revint très-sensible; mais bientôt la respiration devint lente, son corps se refroidit. Une heure après il succombait. (Blundell.)

o" expérience, — 4 onces de sang (113 gr. 40) furent enlevées à un chien, et on lui injecta 3 onces (85 gr. 5) de sang humain. Cette injection fut faite par demi-once et par intervalles. La mort apparente ne fut pas aussi complète que dans les autres expériences. La transfusion fit revenir l'animal d'une manière plus parfaite ; il n'eut pas de vomissements et fut tout de suite capable de marcher. Deux heures après l'opération, il fut altéré et affaissé ; le pouls devint faible et petit, et l'on ne put observer s'il était intermittent ou non. Ces symptômes disparurent, et le troisième jour il paraissait parfaitement rétabli ; mais deux jours après il éprouva les symptômes d'une hydropisie du péricarde, à laquelle il succomba. (Blundell.)

6" expérience.— Du sang humain, ayant séjourné de trente à soixante secondes dans un vase, a été introduit dans les veines de plusieurs chiens ; ils ont tous succombé, soit immédiatement après l'opération, soit quelque temps après, soit après plusieurs jours.

Ces expériences avaient été tentées par M. Goodrige de la Barbade et par le docteur Leacock.

b) Veau (1/168). Voici comment Denis en rend compte dans une lettre écrite en avril 1667 :

\^^ expérience. — « Depuis les expériences au sujet desquelles je vous ai écrit le 9 du mois précédent, nous avons fait passer le sang- de trois veaux dans trois chiens, afin de nous assurer des effets que pouvait produire le mélange de deux sangs si différents. Je vous en ferai savoir plus au long les particularités dans quelque temps; maintenant, je me contenterai de vous dire que les animaux sur lesquels on a fait la transfusion du sang mangent tout aussi bien qu'auparavant, et qu'un de ces trois chiens, à qui on avait tiré tant de sang le jour précédent qu'il ne se pouvait presque plus remuer, ayant le lendemain recule sang d'un veau, reprit à l'instant des forces et fit paraître une vigueur surprenante. » ( Extrait d'une lettre de M. Denys à M**'^, avril 1667, p. 63.)

2* expérience. — Après avoir saigné un chien de manière à le rendre exsangue, Dieffenbach lui injecta une once et demie de sangdebœuf, qui était resté pendantquaranteheuresau contact de l'air; la respiration et la circulation s'accélérèrent d'abord, mais peuàpeu elles reprirent leur caractère normal, l'animal poussa quelques gémissements, les pupilles se dilatèrent énormément, etau bout d'un quart d'heure, lorsque l'expérience fut terminée, l'état de l'animal était tel qu'on devait s'attendre à une mort prochaine. Cependant, après trois heures il était sensiblement mieux, et au bout de quelques jours complète ment rétabli.

Sur le même animal l'expérience fut répétée avec du sang de bœuf tiré depuis vingt-quatre heures, on ne lui tira qu'une once et demie de sang de la jugulaire; les mêmes symptômes se montrèrent d'abord, huit heures après l'animal était mort.

Les circonstances qui ont accompagné cette seconde série d'expériences compliquent singulièrement le problème. Quoi qu'il en soit, les trois faits de Denys sont des plus démonstratif. Nous sommes heureux du reste de les corroborer par des faits mieux observés.

Dans un travail remarquable (1 ) publié récemment par notre excellent ami le docteur Glénard, nous trouvons, outre un grand nombre de documents fort intéressants pour la question, le récit du fait suivant :

3* expérience. — ■ La jugulaire externe gauche d'une vigoureuse chienne loulou âgée de lo mois fut découverte sur une étendue de 2 centimètres et demi, isolée et chargée sur un fil à ligature ; une incision transversale partielle du vaisseau procura, dans un intervalle de 30 minutes, une saignée de 430 grammes. Immédiatement après on procéda à la transfu* sion. Le sang injecté provenait d'une vache et aurait été, suivant la méthode de l'auteur, conservé dans son intégrité.

Au bout de lo minutes, la respiration du chien devint bruyante, haletante, très-dyspnéique ; on voyait, autant que le permettait la muselière très-serrée, les joues se gonfler à chaque expiration et l'écume se répandre sur les lèvres ; il parut voisin du trépas.

Mais point : la transfusion ayant été arrêtée, on lia la jugulaire au-dessus et au-dessous de la piqûre, et l'animal fut laissé en liberté. La respiration reprit aussitôt son rhythme presque normal ; la chienne fit quelques pas en titubant un peu et vint se coucher sur les quatre pattes (mais non sur le flanc), oii elle resta immobile, les yeux ouverts et regardant suivant les mouvements qu'on faisait autour d'elle. On lui présenta de l'eau qu'elle refusa de boire. '

Dans la soirée, on retrouva l'animal gambadant et mangeant de fort bon appétit ; le lendemain, il avait sa gaieté habituelle et se faisait même remarquer par sa voracité ; et, depuis ce moment, depuis un mois et demi, il n'y a rien eu qui puisse trahir la grave opération qu'on lui a fait supporter. La plaie se cicatrisa très-rapidement ; l'animal n'a pas eu la moindre toux qui pût faire supposer une embolie pulmonaire.

La température rectale du chien, de 39,6 avant l'opération^ fut retrouvée la même un quart d'heure après. Le- soir, à 8 heures 30, elle était à 38,4. Le lendemain matin, on la re-

{{) Contribution à V étude des causes de la coagulaiio?i spontanée du sang, par Franlz Glenard. Paris, 1875'.

trouvait à 39,6, et l'animal étant bien portant on jugea inutile de continuer ces explorations. Rien ne manque à cette observation.

Après un tel fait, la conclusion s'impose : le sang du bœuf infusé dans les veines du chien n'y exerce aucune action nocive.

c) De l'agneau (1/^^09). C'est Cassini qui a rapporté le fait le plus célèbre de cette série. Nous en empruntons le récit au Journal des Savants, de 1668, et le ferons suivre de quelques expériences de Worm Muller.

l""^ Expérience. — Le ^0" jour du mois de mai dernier, a Udine, chez M. Griffoni, une autre expérience de la transfusion du sang d'un agneau dans les veines d'un chien braque, qui était de médiocre grandeur en son espèce, âgé de treize ans, et tout à fait sourd depuis plus de trois ans, en sorte que, quelque bruit qu'on fît, il ne donnait aucune marque de l'entendre ; il marchait fort peu, et était si faible que, ne pouvant lever les pieds, il ne faisait que se traîner. Après qu'on lui eut fait la transfusion et qu'on l'eut déhé, il demeura l'espace d'une heure sur la table oîi il était ; mais ensuite en étant descendu, il alla trouver ses maîtres qui étaient dans d'autres chambres. A deux jours de là, il sortit de la maison et se mit à courir dans les rues avec les autres chiens, sans traîner les pieds comme il faisait auparavant ; l'appétit lui revint aussi, et il commença à manger davantage et avec plus d'avidité que devant. Mais ce qui est plus surprenant, c'est que dès lors il donna des marques qu'il commençait à entendre, se retournant quelquefois à la voix de ses maîtres. Le 13° jour de juin, il était presque guéri de sa surdité, et il paraissait, sans comparaison, plus gai qu'il n'était avant l'opération; et enfin, le 20 du même mois, il avait entièrement recouvré l'ouïe, avec ce défaut néanmoins que, lorsqu'on l'appelait, il se retournait en arrière, comme si celui qui l'appelait eût été fort éloigné ; mais cela n'arrivait pas toujours, et cependant il entendait toujours quand on l'appelait, n {LocoprœC' cit., p. 88.)

2'^ expérience. — On a transfusé 16,4 p. 100 de la masse totale du sang d'un agneau; la masse sanguine a été augmentée de 10 p. 10 environ. Le chien en expérience pesait, avant la transfusion, 320 grammes, et après 350 grammes. La transfusion a duré une minute un quart. Divisés en intervalles, on a injecté 42 grammes de sang. Immédiatement avant la transfusion, la température était de 38 degrés, et immédiatement après de 38° 3.

Tempér.

Poids du corps.

Perte

de poids.

Nombre moyen de giobules.s

sept.

3 k. 480 gr.

3 k. 320gr.

3 k. 272gr.

3 k. 080 gr.

{° Le chien fut d'abord un peu affaibli, il émit de l'urine, il eut des frissons, le lendemain de la fièvre. La blessure fut la première heure rouge couleur de sang et autour de sa surface il y avait comme une hémorrhagie capillaire, mais le sang ne sortit pas au dehors. Le lendemain la blessure resta rouge avec quelques traces d'hémorrhagie, et le troisième jour elle suppura. Une abondante quantité d'un fluide brun et purulent s'en écoula. Les lèvres de l'animal étaient froides et sanglantes. On le nourrit alors et il fut en peu de jours remis.

2° Nous avons dans cette observation comme dans l'expérience avec le sang défibriné de l'agneau de l'urine sanglante, une hémorrhagie capillaire, symptômes de la dissolution du sang et j'ai observé comme dans mes expériences sur le sang défibriné, je n'avais observé que rarement une élévation momentanée de la température.

3° Le nombre des globules du sang d'agneau était, une heure après, considérablement amoindri : de 269 corpuscules sanguines avant l'opération, on n'en trouva pins que 18 ou 19. Le lendemain, sur 287 corpuscules on en trouvait 20 appartenante l'agneau, c'est-à-dire assez peu pour qu'on les considère comme à peu près détruits immédiatement après l'opération ; mais les globules sanguines duchien n'ont presquepoint subi d'influence.

3" expérience. — Sang d'agneau transfusé, 29 p. 100. Augmentation de la masse totale du chien, 2o p. 100. La transfusion se fit de la carotide à la jugulaise. Avant l'expérience, le chien pesait 7 k. 99; après, 8 k. 17. Différence, 180 gr., soit 19 p. 100.

Perte Nombre des Température

du poids. corpuscules rectale.

Dates.

Poids du corps,

1874. 21 sept.

sangums.

Mort du chien.

1° Peu de temps après l'opération, le chien fut dans un état véritablement lamentable {elenden); la première demi-heure, il fut haletant et vomit des mucosités non sanguinolentes, puis survint une hémorrhagie par la plaie : on l'arrêta avec de la charpie.

Le lendemain, le chien émit de l'urine sanguinolente; il se forme une perte sanguine sous-cutanée ; la fièvre paraît moindre, symptômes généraux mauvais : lèvres froides, à peine le chien peut-il tenir debout. Le lendemain, je trouve l'animal mort et rigide.

2° Immédiatement avant la transfusion, le nombre des globules était 313, mais il diminua rapidement; il est probable qu'aucune exosmose du plasma ne suivit l'opération: on trouva environ 320 globules (de 239 à 241 gl. de chien et environ 140 de mouton). Deux heures après l'opération, le nombre des globules était 233 (200 de chien environ et 33 environ d'agneau). Les globules d'agneau étaient décolorées, mais pourtant inaltérées. Les globules de chien paraissaient diminuées de nombre, mais l'hémorrhagie ne me permit pas à cet égard d'évaluations précises: Je lendemain, le nombre des globules était 266 (212 de chien environ et de 50 à 52 d'agneau).

Autopsie. Cavité abdominale. — Dans le gros intestin, infil-

tration sanguinolente et maooso-sanguinolente. Le foie est ictérique et fortement teint en jaune ; la vessie contient 40 cent, cubes d'un liquide couleur de sang. Poitrine : dans le cœur droit, caillots jaune-brun, et, au-dessous de l'endocarde, sur les valvules comme sur les parois del'ojgane, petites infiltratrations irrégulières et sanguinolentes.

Dans cette expérience, les symptômes généraux furent l'iiémorrhagie et la fièvre. Un symptôme qu'on a vu jusqu'ici dans les transfusions d'agneau à l'homme, apparut : c'est l'ictère. Le foie est fortement imprégné de bile, le cœur plein de de caillots couleur de bile, l'urine était teinte en jaune sans donner deréaetion biliaire»

4® expérience. — Quantité de sang injecté 32 pour 100 : augmentation de la masse du sang 37 pour 100. Le chien en expérience pesait 6 kil. 05, et après l'expérience 6 kil. 20 : différence 150 grammes ; soit 32 pour 100 de la masse totale.

1874 sept.

latés.

Poids du corps.

Nombre moyen des globules.

mort.

1° La durée de la transfusion fut une minute huit secondes : à la fin de l'opération vomissements ; de la bouche il sort de l'écume, l'animal est dyspnéique, ces symptômes durent quinze minutes. Une heure après la transfusion, l'animal fut pris de frissons, puis il sortit de la blessure environ 10 centimètres cubes de sang ; le lendemain, le chien donna issue à de l'urine sanglante ; mort le troisième jour (l'opération avait commencé le 20).

2° L'intérêt particulier de cette observation résulte de la diminution des globules ; leur nombre était, immédiateinent avant la transfusion, de 227 ; le nombre des globules de l'agneau était au moins de 500 ; on devait donc s'attendre, immédiatement après l'opération, aune somme globulaire impo-

santé, même s'il n'était pas sorti de plasma ; on en a trouvé au moins 300 ; soit 170 de chien et 130 d'agneau ; une demiheure après l'opéralion, je n'en trouvai plus que 146 (132 de chien et 14 d'agneau), et pourtant, aucune hémorrhagie importante n'avait eu lieu ; les globules du chien n'avaient point subi de destruction.

Deux jours après, le nombre des globules 'était de 158 parmi lesquels (seulement de 3 à 4 d'agneau) puis un amas de détritus, de corpuscules d'agneau ; la destruction des corpuscules avait amené dans l'urine une grande quantité de la matière colorante du sang ; l'urine comptait 7 gr. 93 d'a,lbumine et aucune partie d'urée ; avant l'opération, l'urée s'élevait en vingt-quatre heures à 4 gr. 3.

Autopsie. — Extravasats sanglants de l'épiploon ; les substances corticale et médullaire des reins sont fortement injectées; la cavité pleurale gauche contient environ 10 centimètres cubes d'exsudat sanglant dans le poumon droit, deux infarctus sanglants ; il est ici à remarquer que la blessure cervicale de l'opération n'a point été infiltrée de sang.

Des expériences plus récentes encore de Poufick confirment pleinement cette nociuité du sang de l'agneau pour le chien. Des désordres généraux se produisent donc dans les reins, le foie, et peuvent parfois déterminer la mort du sujet, en même temps que le sang injecté disparaît par un processus destructif d'une rare rapidité.

rf)Ducheval (1/181) et de râne (1/157). Dans le travail déjà cité de Glénard, je trouve les faits suivants :

1''* expérience. — Le 21 novembre, à 4 h. 15 du soir, après saignée de 50 gr., transfusion de 40 gr. de, sang veineux d'âne (enlevé dans son segment à 12 h, 15), à une vigoureuse chienne loulou. Polka, âgée de 16 mois, pesant 15 kil. Le sang était à la température ambiante de 10° environ. On avait donc ainsi, en adoptant la moyenne de Colin, qui fixe à 1/17 du poids du corps la masse de sang chez le chien, pratiqué une transfusion correspondant à celle de 230 grammes de sang à l'homme, maisune'transfusionaveodu sang conservé pendant quatre heures dans son segment.

Après l'opération, l'animal témoigna, par son animation et ses ébats, de la joie que lui causait sa délivrance, et il n'y eut aucun symptôme appréciable d'une perturbation quelconque pendant les heures et les jours qui suivirent. La plaie guérit rapidement.

2^ expérience. — Citons encore une transfusion qui fut pratiquée sur un jeune chien pesant 7 kilogr., après saignée préalable de 70 gr., de 35 gr. de sang veineux d'âne datant de trois heures. Il y eut le soir un mouvement fébrile intense (41°, 1) qui avait disparu le lendemain. L'animal vit encore aujourd'hui (soixante jours après).

3^ expérience. — A un jeune chien pesant 1820 gr. on transfuse, après saignée préalable de 45 gr., 35 gr. d'un sang veineux de jument, conservé depuis vingt-quatre heures dans son segment; il se remit péniblement les premières heures, eut une fièvre intense, de l'albuminurie, de l'hématurie pendant quarante-huit heures. Quinze jours après, on le trouva mort dans son chenil (peut-être de froid), après que tout faisait supposer un retour complet à Iq, santé.

L'incurie du gardien nous priva de l'autopsie.

Résultat. — Le sang du cheval peut être impunément transfusé à un chien pendant les premières heures de sa conservation, mais plus tard, entre quinze et vingt-cinq heures après, il est nuisible.

3° Du veau (1/160) au mouton (1/209).

1'^ expérience. — « Le docteur King ayant tiré à un mouton quarante-neuf onces de sang, et luy ayant redonné à peu près autant de sang d'un veau dont il avait ouvert la veine jugulaire, le mouton, après l'opération, parut aussi fort et aussi vigoureux qu'auparavant ; mais, comme on voulait le tuer, on lui ouvrit la veine peu de temps après, et on laissa aller le sang autant qu'il put couler. On luy en lira soixante-cinq «nces avant qu'il mourust ; et l'ayant ouvert ensuite, on ne luy en trouva plus dans le corps.

)) Le même docteur tira quarante-cinq onces de sang à un autre mouton qui était plus petit, et cette évacuation ayant fort affaibli cet animal, il lui redonna à peu près autant de sang de veau. Quand on eut fermé la plaie de ce mouton et qu'on l'eut délié, il ne se sentit pas plus tôt en liberté que, voyant auprès de lui un épagneul auquel on avait auparavant transfusé du sang de mouton, il lui alla donner trois ou quatre grands coups de tête, et depuis il s'est toujours très-bien porté. » {Journal des savants, 8 juin 1668.)

2^ expérience. — Dieffenbach cite une expérience oîj du sang de bœuf fut injecté à un mouton. Le mouton succomba. Du reste, le défaut de détails enlève à ce fait une grande partie de son intérêt.

4° Du lapin 1/142) au chat (1/173).

Expérience. — 1 gros de sang (4 gr.), retiré des veines d'un jeune lapin, fut injecté dans la jugulaire d'un jeune chat préalablement saigné d'une quantité égale : une seconde après l'opération, le chat poussa des cris plaintifs et fut pris par des convulsions ; la circulation devint très-rapide. Au bout d'une minute, calme parfait; à la fm de la douzième minute, tremblement violent de tous les membres, puis accablement profond. Pendant trois jours cet animal eut le ventre tuméfié et ne mangea pas. Il mourut le quatrième jour.

Autopsie. — Organes intérieurs pâles et friables ; canal intestinal distendu par des gaz. Le cœur ne contenait que quelques gouttes de sang. (Dieffenbach.)

5° Du cheval (i/181), au lapin (1/142), M. Glénard a quatre fois pratiqué la transfusion.

Expérience. — A la suite de l'injection de sang de solipèdo datant de vingt-quatre heures, trois lapins succombèrent à des intervalles variant entre douze et quinze heures après la transfusion ; un quatrième lapin, il est vrai, fut soumis à la transfusion immédiate à l'aide d'une canule à deux extrémités poin-

tues, l'une plongée dans la veine de l'âne, l'autre dans celle du lapin, et mourut au bout de seize heures.

» Mais on sait que, si le lapin se prête avec une immobilité héroïque à toute expérimentation, il est aussi d'une susceptibilité désespérante à l'égard du moindre traumatisme, et si, d'un autre côté, dans une opération comme la transfusion, on peut conclure des succès, qui ne peuvent être dus qu'à l'intervention lorsqu'elle a lieu in extremis, il faut être très-réservé avant de conclure des insuccès, quand on n'a pas de séries expérimentales permettant de faire la part des conditions multiples, souvent même inconnues, qui peuvent influer sur le résultat. »

Nous nous associons pleinement à ces apprécia» fions pleines de justesse de M. Glénard.

2° Transfusion entre animaux de classes différentes, mais à sang chaud.

1" De mammifères à oiseaux.

Ces expériences ont toutes été pratiquées sur le coq (1/183).

a) Chat (1/173). — Le 26 juillet, Bischoff transfusa à un jeune coq qui avait perdu un peu de sang, une certaine quantité de ce liquide frais, qui avait été pris à un chat. Après quelques secondes, l'animal fut pris de convulsions violentes, et mourut, en présentant tous les symptômes d'un empoisonnement narcotique violent.

b). Chien (1/139). 1° Après avoir tiré une certaine quantité de sang par la veine crurale d'un chien, Bischoff l'injecta dans la jugulaii^e d'un coq très-fort, l'animal a été pris immédiatement de convulsions et a succombé.

2° Prenant alors du sang artériel au même chien, il l'a transfusé à une poule, qui a été par suite fort abattue, mais a fini par guérir.

3" Cette dernière a succombé au contraire au milieu clos convulsions, par suite de l'introduction de sang veineux dans ses vaisseaux.

4" Quelque temps après, il répéta cette expérience sur un autre coq, le résultat fut le même.

c) Lapin (1/J42). — Un coq, auquel Bischoff transfusa du sang' de lapin, mourut sur-le-champ, quoiqu'il n'y eût pas eu d'iiémorrhagie, et que la quantité de sang de lapin introduite dans son système veineux fût peu considérable.

Des faits précédents on peut conclure :

1" Que dans tous les cas les oiseaux sont tués par

l'injection dans leurs veines du sang veineux des

mammifères ; 2° Que rinjection du sang artériel de mammifère

dans les veines des oiseaux produit des accidents

le plus souvent mortels.

3" Transfusion du sang d'animaux à sang froid dans des animaux à sang chaud et inversement.

1° De la tortue (1/49 et 1/87) au chat (1/173).

l''" expérience. — 2 gros (8 gr.) de sang frais d'une tortue d'Europe furent injectés dans les veines d'un jeune chat. Quelques minutes après, ce chat fut pris de convulsions violentes qui cessèrent au bout de peu de temps. Les pupilles se montrèrent d'abord très-dilatées, puis très-resserrées. La respiration devint bruyante, le pouls rapide, le ventre gonflé ; ces accidents cessèrent après cinq minutes de durée. Ils furent suivis d'un état semblable à la syncope, qui persista pendant plusieurs heures. L'animal rendit une très-grande quantité d'urine ; le lendemain il paraissait parfaitement rétabh. (Dieffenbach.)

2" De la carpe (1/85) au chat (1/173).

2* expérience. — On injecta 2 gros et demi (10 gr.) de sang frais de carpe dans la veine jugulaire d'un chat auquel on avait enlevé 2 gros (8 gr.) de sang. L'opération dura une demiminute ; vingt secondes après, l'animal mourut avec des convulsions. Les deux ventricules du cœur furent trouvés pleins de sang. (Dieffenbach.)

3° Du limaçon au lièvre.

Un lièvre auquel Gaspard avait tiré 2 onces de sang bientôt remplacé par autant de sang de limaçon tiède, mourut 12 heures après (Journal de Magendie, tome 2, page 338).

(c On a fait, dit Nicolas, beaucoup d'expériences semblables à celles-ci, et presque toujours les animaux ont succombé. Lorsque Tanimal qui recevait le sang ne mourait pas, il éprouvait des accidents graves ; alors il évacuait une grande quantité d'urine et de matières soit par des vomissements, soit par les selles. 5)

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