À MES MAIÎITRES DE L'ÉCOLE VÉTÉRINAIRE D’ALFORT
Avant-Propos
Nous n'avons pas la prétention dans cette thèse, de présenter un sujet scientifiquement bien établi, d'avoir résolu le problème de la transfusion sanguine chez le chien et de fournir les raisons d’une application. Il aurait fallu avoir, et rien que pour fixer des lois élémentaires, plus de temps et de ressources.
Nous avons simplement travaillé un peu à un sujet qui nous a beaucoup intéressé.
De nouvelles recherches, de nombreux essais sont encore à faire avant qu’on puisse affirmer quelque chose de certain. C’est seulement le temps et l’expérimentation qui permettront de connaître les moyens d'application, de savoir ce qu’on doit attendre de la transfusion sanguine chez le chien et si, comme nous en avons acquis l'intuition, elle pourrait, une fois bien établie, faciliter des recherches biologiques du plus haut intérêt.
Notre travail a eu pour origine la guérison d’une forme grave de la « maladie du jeune âge » d’un chien hospitalisé à l'Ecole d’Alfort, sur lequel le traitement au sérum homologue avait été ordonné par M. le Professeur ROBIN.
L'animal souffrant à la fois d’une broncho-pneumonie très grave et d’une entérite diarrhéique qui l’avaient presque mis en état de collapsus, s’est rétabli rapidement au fur et à mesure des injections.
Nous avons pensé que si le traitement par le sérum de chien pouvait heureusement influencer l’évolution de la maladie du jeune âge, l'emploi du sang total devait plus sûrement amener la guérison.
En premier lieu le sang de chien adulte possèderait peut-être et au moins au même titre que le sérum, des qualités anti-infectieuses dûes à des anticorps spécifiques. Mais, en outre, en apportant ses autres constituants, il pourrait agir de différentes façons :
Tout d’abord, il y aurai lieu de compter sur un effet nutritif plus marqué, puisque le sang renferme toutes les matières (albuminoïdes surtout) qui se sont séparées du sérum lors de la coagulation.
Ensuite il faudrait peut-être donner de l'importance à l’action substitutive des nouveaux globules rouges et blancs qui viendraient
suppléer aux hématies et aux leucocytes de l'organisme malade, sans doute insuffisants en nombre et en qualité.
Enfin, on pourrait espérer de l'emploi du sang total, une excitation opothératique qui, renforcée par ces éléments vivants, serait plus marquée et déclancherait une opportune hémopoièse.
Nous avons fait part de ces remarques à M. le Professeur ROBIN qui nous a tout de suite ouvert son laboratoire. M. le Professeur PANISSET, que nous avions consulté au Sujet de ses travaux sur le citrate de soude et les transfusions sanguines chez les animaux domestiques nous a très favorablement accueilli et a bien voulu mettre à notre disposition son laboratoire. Enfin, au cours des analyses d’urines des chiens transjusés ainsi que pour différentes questions de physique ou de chimie biologiques, nous avons eu recours à notre Directeur d’Ecole, M. le Professeur NICOLAS, Maître plein de bienveillance et de dévouement, qui nous a très obligeamment guidé dans nos recherches
Aussi, au début de ce iravüil, nous est-il agréable d'exprimer à nos Maîtres notre respectueuse sympathie et toute notre sincère gratitude.
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Introduction
Avant de pratiquer la transfusion sanguine chez le chien, nous avons tout de suite pensé, à l'instar de la médecine humaine, à l’importante question des groupes sanguins, et nous avons fait des recherches bibliographiques à ce sujet. Mais, en ce qui concerne les familles sanguines du chien, nous nous sommes trouvé en face d’une question qui n’est pas encore définitivement résolue : « Si la réaction (d’agglutination) a été maintes fois constatée, la détermination des groupes n’a pas paru possible aux expérimentateurs. Seul ZWETKOW a classé 19 groupes, de façon assez insuffisante d’ailleurs » (LECLAINCHE).
Aussi après avoir pris l'opinion de nos Maîtres, M. le Professeur PANISSET et M. le Professeur ROBIN, nous sommes-nous proposé de faire nous-mêmes des recherches.
On verra au début de ce modeste essai que nous sommes loin d’avoir donné, au sujet de la classification des sangs chez le chien, l’éclaircissement qu'il conviendrait.
Tout au plus, après n'avoir jamais constaté d’incompatibilité sanguine qui puisse permettre d'établir une classification entre les divers sangs, avons-nous pratiqué toutes nos transiusions sans en tenir aucun compte et sans jamais remarquer cette intolérance qui, traduisant une iso-agglutination intra-vasculaire, succède souvent d'emblée à la transfusion et dont les symptômes cliniques « sont ceux du choc le plus brutal » (P. MICHON). Nous avons seulement observé parfois des manifestations d’intolérance peut-être dûes à ce « choc retardé » que Paul MICHON attribue à des modifications subies par le sang au contact du citrate de soude; mais que nous mettrions plutôt en rapport avec une trop grande rapidité d'injection.
Quoique notre première préoccupation en abordant la pratique de la transfusion fut d'employer le procédé le plus simple, il nous a fallu, dès nos premiers essais, compter avec la rapidité de coagulation du sang de chien et, pour pouvoir le réinjecter, il nous a paru indispensable de le rendre incoagulable par le citrate de soude. Sans doute, l'emploi de ce produit ne va pas sans de sérieux inconvénients : il faut que sa solution soit isotonique (pour le sang de chien en particulier) ;
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mais il peut surtout déterminer un choc qui, quoique de courte durée, n’en est pas moins dangereux (1). Il a fallu cependant recourir à lui car parmi les autres anti-coagulants in viro, les uns ont la réputation d’être beaucoup plus toxiques que lui, et les autres ont une action anticoagulante ou toxique mal déterminée (2).
Nous avons cherché également à utiliser une méthode qui, en chirurgie humaine, a donné d'excellents résultats tout en étant d’une pratique relativement facile. Il s’agit de l'emploi de la seringue de Jubé qui, par la rapidité des injections successives, permet de iransfuser le sang avant qu'il ait eu le temps de se coaguler. On ponctionne les veines du donneur et du receveur, et, les tuyaux de la seringue étant ajustés sur les deux aiguilles, on fait fonctionner le piston, soutirant ainsi quelques centimètres cubes de sang au donneur pour les réinjecter de suite au receveur, luttant ainsi de vitesse avec la coagulation. Malheureusement, il y a chez le chien une difficulté sérieuse à pratiquer aisément cette méthode dont l’emploi nécessite, à la fois chez le donneur et chez le receveur, une contention des plus sévères pour que les deux aiguilles ne quittent pas l'intérieur de leurs veines. Or, ces conditions, et nous nous plaçons bien entendu AU POINT DE VUE DE LA PRATIQUE COURANTE où tout doit être relativement commode, sont très difficiles sinon impossibles à réaliser. Deux aides, uniquement occupés à bien maintenir immobiles les régions où se font les ponctions veineuses, n’empêcheront pas certains mouvements de l’animal qui, si petits soient-ils, suffiront à faire sortir l’aiguille de la veine
(1) Bien que le citrate de soude soit employé dans la transfusion à des doses relativement faibles, son prix élevé nous semble aussi mériter d’être pris en considération.
(2) Un chien bien portant, de 14 kil. 700, à qui nous avions injecté dans la veine jugulaire 1 gr. 25 de fluorure de sodium dissous dans 40 cc. d’eau distillée, est mort en 13 minutes après avoir présenté une série de symptômes analogues, SEULEMENT EN PARTIE, à ceux provoqué par le citrate de soude : dyspnée, polypnée, mictions, défécation, VOMISSEMENTS (jamais observé dans le choc citratitique), nombreux et petits mouvements myoclon.ques, oreilles tendues, yeux fixes (un peu comme dans l’intoxication par la strychnine). Il nous a semblé que le fluorure de sodium, en plus d’une action de choc (toxicité fausse) analogue à celle provoquée par le citrate de soude, possédait une certaine toxicité vraie qui lui serait propre.
Quant à l’oxalate de sodium, il a été utilisé par ASHE LOCKHART, dans la transfusion de sang chez le chien, en solution à 4 % dans du sérum physiologique, au taux de 7 cc. de solution pour 100 cc. de sang, et à la dose de 16 à
12 CC. de Sang par kilo d’animal. Nous n’avons pas eu l’occas‘on d'employer l’oxalate de sodium.