‹ De la traversée des Alpes par un chemin de ferChapitre 16 sur 45 · OT · texte numérisé non relu

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des dangers Auxquels nm touitnente peut exposer un train. Mai$v^ part celte apprédatiou plus ou moins hypothétique, esUoD' fondé h supposer que l'intensité du vent soit amej forte dans les montagnes qu'elle Ta été, le ^ février^ daaa la plaine de Narbonne? N'y a4-il pas, dans les brus^ cpies sinuosités des gorges, et dans le nombre des obstacles qu'oppose ineeiœammBnt la configuration du terrain h la mar^che du vent, uue cause d'atténuation de sa vitesse? On doit le ioiqfXMser. La plaine de Narbonne est le seul passage ouvert aux vents d'ouest entre les Pyrénées et les Gévennes ; des marques ineffaçables de Tintensité du fléau s'y montrent k chaque pas ; sur les points les plus exposés le sol est dénudé de terre meuble jusqu'à la roche, et celle-ei n'est pas mém^Q cowerte de mousse. U y a pas de végétation finrestière dans cette passe; au contraire, il n'est pas de régions dans les Al*' pes, jusqu'à la hauteur où la température s'y oppose, où la végétation forestière ne montre des arbres très-^-ligés. Si dans la plaine de Narbonne la neige se joignait à la tourmente, la circulation, déjà bien difficile par les fortes brises^ deviendrait impossible dans les passes que suit le vent; elle y serait plus fréquemment interrompue que dans les Alpes.

Malheureusement la comparaison de l'intensité relative des tourmentes daui^ la plaine et dans la montagne ne peut-^ètï^ que spéculative; elle ne peut conduire absolument à la conclusion que le fléau est moins à redouter dans les hautes régions que <ians la plaine. Restons donc dans le domaine des faits. La violence du vent dans la tourmente ne nous a paru nuUe part mieux décrite que dans la narration suivante de M. de Saussure:

. « Taimîs &it construire sur le col du Géant,- à^yfiOO m. au-désaufi^du niveâu delà mer, une cabane en blocs 4epierre; elle atftU 2 mètres de côté, soit 4 mètres superficiels. Sa hauteur était à peine CQlle d'un homme debout ; les bloes dont elle était construite étaient si mal joints que la iieige y avait pénétré eiTavait à moitié remplie : elle était, pour le moment, inhabitable. Les guides, qui prévoyaient un diange^ ment de temps, s'appliquèrent surtout à assujétirnos tentes, opération diflBcile sur cette arête, plus étroite que nosientes mêmes, inégale et composée de grandes masses incohérentes. Nous y passâmes la nuit ; la journée du lendemain fut en partie consMrée & la consolidation et aux arrangements intérieurs de iiGi<eibane.

« Nous noaS:troQvâmes bien heureux d'avoir pris ces précautions j car défit: h Quit suivante, celle du 4 au 5 juillet, nous fômefs assaillis par le plus terrible orage dont j'aie jamais été témoin. Il 8*éleva à une heure après minuit uu vent du sud-ouest d'une telle violence que je croyais, à chaque instant qu'il allait emporter la cabane de pierre dans laquelle mon fils et moi nous étions couchés. Ce vent avait ceci de singulier, c'est qu'il était périodiquement interrompu par des intervalles du calme le plus parfait. Dans ces intervalles nous l'entendions souffler au-dessous de nous dans le fond de Vallée blanche^ tandis que la tranquillité la plus absolue régnait autour de notre cabane. Mais ces calmes étaient suivis de rafales d'une violence i^exprimable ; c'étaient dès coups redoublés qui ressemblaient à des décharges d'artiUeriç : nous sentions la montagne même s'ébranler sous nos matelas; le vent se faisait jour parles joints des pierres de Ik cabane ; il souleva même une fois mes draps et mes couver*

lures, et me glaça de la tête aux pieds; il se calma uq pea à laube.du jour, mais il se releva bientôt et revint, aoeompagné de neige, qui entrait de toutes parts dans notre cabane. Nous .nous refiigiàmes alors dans Tune des tentes, où Ton était roieux à Tabri. Nous trouvâmes les guides obligés de soutenir continudlement les mâts, de peur que la violence du vent ne les renversât, et ne les balayât avec la tente.

c Vers les sept heures du matin, il se joignit à Torage de lagrttè et des tonnerres, qui se succédaient sans interruption; Tua d'eux tomba si près de nous, que nous entendîmes distinctement une étincelle qui en faisait partie^ gUsser en pétillant sur. la toile mouillée de la tente, préeiiément derrière la place qu'occupait mon fils. L'air était tellement rempli d*électricité, que dès . {[ue je laissais sortir hors de la tente la pointe du conducteur de mon électromètre, le» boulea divergeaient autant que les fils pouvaient le permettre; et presqu à chaque explosion du tonnerre^ l'électricité pos^ve devenait négative ou réciproquement.

€ Pour qu'on se fasi^e une idée du vent, je dirai que deux fois nos guides, voulant aller chercher des vivres qui étaient dansi'autre tente^ choisirent pour cela un des intervalles où le temps paraissait se calmer; qu'à moitié chemin, quoiqu'il jtt'y eût que 16 à 17 pas de distance d'une tente à l'autre, ils furent assaillis par un coup de vent tel, que pour ne pas être emportés dans le précipice, ils furent obligés de se cramponner à un rocher qui se trouvait heureusement à moitié chemin, et qu'ils restèrent là deux ou trois minutes, avec leurs habits que le vent retroussait pâr-dessus leurs têtes , et le corps criblé des coups de la grêle, avant que d'oser se remettre en marche;

' « yen le midi le temps s'édaircît^ et nous iùmes 6rès-n^ ti^fidts de voir qu'avec nos abris tout chétifs qu'ils éba^mt, nous pouvions résister aux éléments conjurés; et, bien per*. suadés qu'il était impossible d' essuyer un plus mauvais temps ^ nous nous trouvâmes rassurés contre la oraintêilâS: orages qu^ on nous avait peints comme tris^dangerêum sur ces hauteurs. Nous conlinùâmeg donc avec ardeur les dispo» sitious nécessaires pour nos observations. »

Plus loin M. de Saussure ajoute en traitant des nuageft et des orages, les lignes suivantes :

« J'eus occasion de répéter^ pendant notre séjour sur le col du Géant, Tobservation que nous avons faite, mon fils ^ moiv pesdant le terrible orage que nous essuyâmes dans la nuit du 4 au 5 juillet; c-est que sur ces hautes montagnes les bouffées de vent les plus violentes alternent avec des intfir* valles du calme le plus parfait. Or ce n'est pas seulement par des sensations souvent trompeuses que nous jugions^ de ce calme; nous le voyions par les toiles et les cordages de nos lentes; dans le moment où le vent les tendait avec la j^us grande force, tout à coup on les voyait dans l'air tout à plat, sans la plus légère tension et sans le moindre mouvement, et l'instant d'après le vent se ranimait comme si c'eût été par un coup de tonnerre.

« On éprouve bien dans les plaines des inégalités coàsi^ dérables ^tdes alternatives dans la force du vent, et mtrtout dans celle des vents orageux; mais dans un moment où leur intensité diminue, elle conserve toujours la moitié ou au moins le tiers de sa force, comme je l'ai^ souvent obseirvé li laide de mon nouvel anémomètre : au lieu que sur lesbaqtes montagnes elle est absolument nulle dans les riatej^vaUés*

c Vôid« je erots^ là rtisoAde cette différence « Si Fintob^ BerfB ttoe gifooette bien suspendue ^ on verra^ surtout pea^dant Forage^ qu*eUe ne conserve pas la même direction; et qu*«a contraire, d'un moment à l'autre, sa direction change de 80 à 40 degrés, ce qui prouve des variations considérables dans la direction du vent. Il suit de là que, si Ton occupe un X)08te dominé par les hauteurs, comme piur la ctme du Géa&t, où par quelques ctmes plus élevées, il doit nécessairement arriver que le vent, en changeant de direction, souffle par intervalles dans celle de quelqu'une des cimes qui tienneflit ce poste à Fabri; alors le calme y règne; mais ensuite, lorsque cette direction change, on est exposé à toute la violence du vent direct, et même il s'y joint souvent d$B wnts rtfiichis^ ifai produisent des tourbillons ou des coups d^une eûBirime violence. Dans les plaines, au contraire, les changements de direction de vent et les intervalles de ses ondulatî<m9 produisent bien quelques relâches, , mais jamais de cfelme parfait. De môme, et par les mêmes causes, on éprouve dans lés villes^ sur des édifices élevés , h Genève, par exemple, au pied des tours de l'église St-Pierre, des alternatives de coups de Vent, de calme et de tourbillons^ que Ton ne ressent jamais en rase campagne « »

Cette description, dont la sincérité n'est pas douteuse, laisse dans l'esprit une impression favorable ; la grandeur de la description ne répond pas à la faiblesse des effets.

De simples tentes ont résisté sur la montagne, tandis que, sur le plateau de Sébastopol, elles ont été balayées par un ouragan dont la violence n'a pas été exceptionnelle comme celui que décrit M. de Saussure.

Quant aux vents réfléchis, c'est leur direction et jmk leur

vidence qui offre d^ dai^gers* Ce serait une erreur de supposer que des vitesses inégales de courants parallèles peuyent s'accumuler. M. de Saussure n*a pas voulu dire cela. Dguis le cas^ au contraire^ du mélange des vents réfléchis avec le venl direct^ la vitesse, loin d'être augmentée, sera réduite d'une qiùinfité équivalente à la différence de vitesse initiale du vent réfléchi et du vent direct^ à moins qu'ils n*obéissentj tousdeux^àun autre appel provenant de rabaissement, .dd la pression atmosphérique dans leur nouvelle direction.

Or, de ce que les vents réfléchis ne peuvent avoir qu'une vitesse moindre que celle des vents directs par cela même qu'ils sont réfléchis^ il résidte qu'ils ne sont à craindre que comme direction. Ce sont, en effet, les tourbillonnementfii produits par les vents réfléchis qui exercent sur certains points exposés aux remous des effets destructeurs; ils briseront des branches sans renverser des arbres ; ils auront nne violence circonscrit^, locale et subite, mais ils n'exerceront pas des pressions aussi fortes que ceux de la plaine, Si donc ils dominent dans la montagne, c'est une condition de sécurité, plutôt que d'accroissement de danger. . .

11 y a une analogie frappante entre les tourmentes de neige dans les Alpes et ce que les marins appellent en mer un graîn^ Soit que les grandes et subites variations de 4Qmpéraf ure accroissent les effets de raréfaction de Fair ou plutôt la diffé- ^ rence de pression atmosphérique qui donne naissance aux vents, toujours est-il que, dans les Âlpes> la saisoi) des tourmenteis est aussi celle de la tombée des neiges. Les tour-* mentes causées par un orage n'ont qu'une durée très-limitée^ tandis que-les tourmentes de neige peuvent durer un, deuiL ou trois jours.

< DaM té Sithplon) les passages habituels des lourmentes

sont:

K. .lie long (lu village de Sinaplon ; . ,

Aux abords du refuge n^ 7 ; id. de l'ancien hospice ;

Id. du nouvel htfspice ;

.Id. du passage dit du Glacier des eaux froides.

A Schalbèth;

Aux abords du refuge n<> 5;

A Caploch ;

A Lygen;

Aq contour de Bérisal.

L'effet des tourmentes de neige est d'entasser la neige sur certains points et d'encombrer la roule en quelques insbmts. Elles arrêtent quelquefois la circulation et font plus de victimes que les avalanches, parce qu'elles surprennent le voyageur sur sa route.

. c Les interceptions du passage pendant l'hiver, causées par la neige, les avalanches et les tourmentes, au col du Sdipaplon, ont été, de 1845 à 1859, de 107 jours, soit en moyenne de 7 k 8 jours par hiver, ainsi qu'il rçsulte du relevé suivant des interruptions du passage , pendant quinze années, au col du Simplon.

au col du Simplon.

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Janvier Février Mars

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nnées, 1»7 II

Les données suivantes ont été recueillies par M. Koller; elles s'appliquent au passage du SaiQt-Gothard;ellesdonneot. pour les années 1847 à 1859, les jours de neige, les jours de grandes tourmentes, la date du commencement et de lafin de l'hiver, celle de l'ouverture de la route pour les voiture».

1 Années

Jours de

Commencement de

Fin de llilyer

Ouverture de la route

neige

ITiiver

pour voiture

fa

18 octobre

4 mai

25 mai

27 mai

18 Juin

29 septembre

12 novembre

l«* Juin

12 octobre

31 mai

21 Juin

18 novembre

24 avril

82 mai

25 mai ~

24 avril

13 octobre

22 mai 28 mai

« Ces indications proviennent de la direction du Saint* Gothard. Les observations ne sont pas faites avec la même précision qu*au Saint-Bernard. La hauteur de la neige est seulement indiquée pour quelques cas extraordinaires , d'àprëslesquels il paraîtrait qu'il en tombe parfois davantage que surle Saint-Bernard. On dit par exemple, que le 22 mars 1851 la hauteur de la neige tombée dans la nuit a été de 6 pieds 2/3. Le 12 avril 1857 la hauteur fut de 6 pieds. Le 25 décembre 1859, la hauteur fut de 4 pieds. 11 n'est pas très-rare que les hauteurs de neige tombées dans tout l'hiver atteignent celle des poteaux télégraphiques. Cette hauteur

est de 6 mèbres. Les lâcs du col ne dégèlent ordîi^irismetft qu*au mois d'août ou à la fin de juillet. La disparition de la neige a lieu une ou deux semaines auparavant. '

€ Les dépenses d'enlèvement de la neige sont tres-varfables, parce qu'il faut^quelquefois. ouvrir la route à plusieurs reprises, la neige recommençant à tomber, dans certaines années, aux mois de mai et de juin. D'après le$ renseignements fournis par M. le conseiller fédéral du département des péages, ces dépenses seraient, pour les neuf dernières années, en moyenne, de 31,900 francs; au maximum de fr. 50,000 j au minimum de 23,000 fr.^ par an, pour la seôtioQ âé Wasen jusqu'à Airolo.

« L'ouverture de la route du St-Gothard a toujours lieu en même temps que sur les autres passages. »

Nous terminerons l'exposé des Êdts climatériques' qui intéressent la traversée des Alpes par un chemin de fer, en résumant les données que nous avons recueillies sur la tem* pérature dans les parties élevées de la montagne , à différentes époques de l'année et de la journée; ainsi que sur la clarté du ciel et les jours de calme parfait dans la montagne, depuis 1847 jusqu'à à 1859.

La température minimum absolue à midi, moyenne à midi, etmaximum, à l'hospice de St-Gothard, est indiquée dans le tableau suivant. Ce tableau indique également la température pendant l'année 1855, et par mois, sur le St- Bernard.

— lOTf

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