VINCENT
Malade de soixante ans environ ; chute sur la tête le 23 février 1908. Transporté dans une clinique. État commateux. Otorrhagie assez abondante de l'oreille droite. Mucosités sanguinolentes de l'arrière-gorge. On lui fit aussitôt une irrigation dans l'oreille droite et on insufila une poudre antiseptique dans les narines.
M. Vincent le vit le lendemain, les mêmes phénomènes persistaient ; le malade était sans connaissance ; cependant on déterminait une sorte de grognement de défense en pressant sur la région occipitale droite; à ce niveau on constatait des signes de contusion des parties molles sans plaie ; le cuir chevelu était ædématié et, par la pression avec le doigt, on percevait une fausse sensation de dépression de l’os sous-jacent.
L'écoulement de sang qui se continuait par l'oreille et par la trompe dans le pharynx, l'état comateux persistant, les circonstances de l'accident, concordaient pour faire admettre l'existence d'une fracture irradiée à la base du crâne; bien que les téguments ne fussent que contusionnés, mais sans présenter la moindre solution de continuité, M. Vincent crut devoir procéder immédiatement à l'ouverture du crâne.
Trépanation le 24 février 1908. — L'incision des parties molles et le décollement du périoste permettent de reconnaitre l'existence d’une fissure de l'occipital dirigée en bas et un peu à droite ; à mesure qu'elle s'éloigne vers la base, les bords s'écartent de plus en pluset, à une distance de quatre centimètres, l'écarltement est assez marqué pour qu'on puisse introduire un fin stylet entre les lèvres osseuses. Une ouverture est faite au trépan au départ de cette fissure, puis elle est agrandie à la gouge coupante : la dure-mère apparait intacte, sans épanchement
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extra-dure-mérien ; cette enveloppe est incisée dans toute l'étendue de l'ouverture osseuse ; il n'y a pas non plus de sang accumulé au-dessous d'elle. Dans le but de drainer la cavité arachnoïdienne, on laisse la dure-mère ouverte et on place un drain tout contre l'encéphale ; quelques points de suture au crin de Florence diminuent l'étendue de la plaie cutanée.
Pendant quelques jours la situation se modifie à peine; la perte de connaissance persiste, bien que le blessé réagisse de plus en plus contre les excitations extérieures ; au bout de huit à dix jours, il reprend ses sens, reconnait les personnes qui l'entourent, mais s'exprime avec une grande difficulté ; il ne retrouve pas un certain nombre de mots et souvent donne des noms mal appropriés aux objets usuels. Ces troubles persistent pendant un mois environ, mais avec une atténuation graduelle,
L'otorragie a duré plusieurs jours, mais en diminuant d'une façon progressive; l’expectoration sanguinolente a été plus longue à disparaitre, il en existait encore des traces vers le huitième jour. Pendant l'évolution de ces accidents, il n’y a eu ni nausées ni vomissements ; on n’a pas constaté la moindre élévation de température. En somme, malgré la large communication du foyer de la fracture avec l'extérieur par l'oreille moyenne, il ne s’est produit aucun phénomène d'infection méningée.
Le drain a été supprimé le douzième jour; la plaie était complètement cicatrisée quelque temps après. Le blessé a pu quitter la clinique en parfait état, sauf quelques troubles de l'ouïe du côté droit.
Le 9 décembre, le professeur VINGENT recevait une lettre de la fille du malade :
« Je suis heureuse de vous dire que mon père n'a conservé que de légères traces de son accident. Son état général est parfait, le sommeil est bon, l'appétit est bon, et depuis longtemps déjà il a repris la direction de ses affaires dont il s'occupe avec la même activité que par le passé. Durant de longs mois, je l'ai entendu se plaindre de bourdonnements d'oreille. Ceci parait avoir cessé vers la fin de septembre en même temps que disparaissait la surdité de l'oreille droite. »