TRAITEMENT
Il serait de plus haute importance de commencer le traitememt lorsque les trichines sont encore dans l'intestin et n'ont pas produit des embryons, car plus tard, les trichines musculaires résistent à tous les moyens. On pourrait peut-être, en agissant à temps, chasser les trichines de l'intestin et mettre les sujets à l'abri de l'infection.
Mais il faut bien savoir que ce résultat n'est pas facile à obtenir et que les purgatifs les plus énergiques, comme les anthelminthiques les plus connus, n'ont presque jamais empêché le développement de la maladie. C'est que, logées au milieu des villosités intestinales, elles
échappent par leur ténuité aux sécrétions qui ne peuvent les entraîner. Il y a bien toujours quelques trichines cependant qui sont expulsées avec les selles (et nous avons dit que tel était le cas chez les différents animaux infectés); mais le plus grand nombre restent dans l'intestin et continuent à croître.
Aussi le médicament efficace serait donc celui qui irait les tuer directement, sur place, et d'après les expériences que nous avons faites, nous serions porté à doter la benzine de celte propriété.
1° Traitement de la première période.
( Trichines intestinales . )
Les DrS Fiedler, Knoch ont expérimenté : la santonine, l'huile de fougère éthérée, l'écorce de grenadier, les évacuants, tels que le calomel. l'huile de ricin, etc., etc., et n'ont obtenu aucun résultat.
« A deux lapins qui avaient élé infectés de la veille, nous avons essayé l'aloès ; l'un d'eux est mort asphyxié, en avalant une pilule, le quatrième jour de l'expérience, et l'autopsie nous a fait voir que les trichines intestinales n'avaient subi aucune altération.
Le second a été prisd'uie diarrhée intense, a maigri considérablement et a élé tué vers le neuvième jour. A l'autopsie, même résultat négatif. »
Tout récemment MM. Kestner et Zundel ayant recommandé la glycérine, nous l'avons aussi donnée à plusieurs animaux.
« Nous faisons avaler à un cochon d'Inde, deux jours après son infection, une dose de 0,20 c. de glycérine que nous élevons graduellement de 0,20 c. chaque jour.
« Il a élé sacrifié au bout de 20 jours, et nous avons trouvé ses muscles farcis de Irichines. »
« Un lapin avait absorbé de 7 à 8 grammes de viande trichineuse, lorsque deux jours après, nous injectons dans l'eslomac, à l'aide d'une
sonde œsophagienne, 1 gramme de glycérine. Tons les jours la dose est augmentée et il arrive au bout de peu de temps à prendre de 2 grammes à 2 gr. 50 de glycérine. Vingt jours après son infeciion, il est sacrifié et les muscles montrent encore de nombreuses trichines. »
Tous ces échecs ne doivent pas être surprenants, pour ceux qui connaissent le résistance vitale de ces vers.
Nous avons déjà dit que l'eau ne les tuait qu'à 1 00°.
Le professeur Mosler a constaté que l'huile de térébenthine ne les faisait périr qu'au bout de trente heures d'immersion ;
Le chloroforme, au bout de cinq heures ;
La liqueur arsenicale de Fowler, au bout de vingt heures.
Le Dr Knoch les a vues résister à un froid de 6e.
Le bichlorure de mercure ne les a tuées sous nos yeux qu'au bout de dix-huit heures d'immersion ; le vin aromatique, au bout de vingt-trois heures-; le perchlorure de fer, seize heures après. L'huile d'olive nous a semblé les faire mourir assez rapidement.
Elles résistent encore longtemps à la putréfaction, car nous les avons trouvées bien vivantes sur un lapin qui était mort depuis sept jours et dont les chairs, qui avaient été exposées à une haute température, tombaient en déliquescence.
Nous fimes avaler quelques lambeaux de cette chair à deux jeunes lapins qui eurent une diarrhée des plus intenses malgré laquelle l'infection ne fut pas arrêtée, puisque à leur autopsie les muscles étaient remplis de trichines.
Enfin l'électricité, que nous avons aussi essayée, n'a pu les faire périr. Des fibrilles musculaires qui contenaient toutes plusieurs trichines étaient isolées et posées sur le champ du microscope, en contact de chaque côté avec les deux conducteurs d'une forte pile. Le courant électrique passait donc à travers ces faisceaux musculaires, et au bout d'une demi-heure et plus nous retrouvions toujours les trichines vivantes.
Cependant, dans ces derniers temps, le Dr Mosler a fortement préconisé la benzine contre les trichines musculaires et les trichines intestinales (1). Nous avons répété quelques-unes des expériences, et nous devons dire que le résultat a dépassé notre attente.
« Nous faisons avaler, à un lapin infecté de la veille, 0 gr. 20 c. de benzine en capsule et nous élevons la dose de 0 gr. 20 c. chaque jour. Bientôt une diarrhée intense survient, puis des vertiges, des troubles dans la marche se montrent chaque fois que nous lui faisons avaler la benzine, l'amaigrissemeut est très-prononcé. Il meurt le neuvième jour en avalant une capsule.
« L'autopsie, que nous avons faite aussitôt, ne nous a pas permis de retrouver la moindre trichine, soit dans la tube intestinal, soit dans les muscles qui ont été soigneusement examinés.
«Plus lard, nous avons donné de la benzine à un chat depuis la dose de 0,50 c. a 1 gr. 20 c. Il a été sacrifié 13 jours après le début de l'ingestion de la viande trichinisée, et à l'autopsie nous n'avons pu retrouver non plus aucune trichine dans son corps. »
Peut-être sciait - il bon de multiplier les expériences avant de se prononcer sur la valeur de cet agent. Toujours est-il que pour le moment, nous n'hésiterions pas au début de la trichinose à recourir de suite à la benzine, la seule substance qui jusqu'ici nous semble avoir le mieux réussi.
Traitement.de la deuxième période.
( Trichines musculaires.)
Lorsque les trichines se sont logées dans les muscles, les difficultés thérapeutiques sont encore augmentées et l'on ne connaît, jusqu'ici, aucun remède qui ait donné de bons résultats. L'arsenic, le
(-1) Arch. gén. de méd.. août 1864.
cuivre, le phosphore, le soufre, le mercure, le camphre, tic, etc., oui été tour à tour vantés, puis abandonnés par les médecins. Le professeur Friedreich avait cru trouver un remède héroïque dans le picronitrate de potasse ; mais les expériences qui ont été faites plus lard sur des animaux, par le docteur Fiedler, ont appris que non-seulement le picronitrate ne tuait pas les trichines musculaires, mais encore qu'il n'avait aucune action sur celles de l'intestin.
A la vérité, l'enkystement des trichines peut être considéré comme une sorte de guérison opérée par la nature ; mais ce kyste qui doit les isoler ne commence ordinairement à se former qu'au bout de quatre ou cinq semaines seulement, et l'on comprend alors toutes les souffrances qu'endureront les sujets pendant le temps que ces vers seront libres. Ils désorganiseront les fibres musculaires qui servent à leur nutrition, les enflammeront par leur contact: de là, des douleurs atroces, intolérables parfois, qui pourront faire succomber les malades par leur intensité, et dans les autres cas, pourront persister pendant tout le temps de la convalescence.
Il serait donc bien important de trouver une substance qui, sans action délétère sur l'organisme, aurait la propriété de tuer les trichines pendant la période à laquelle elles sont si dangereuses.
M. Mosler, dont nous avons parlé, avait cru que la benzine était là encore le meilleur remède à employer et rapportait qu'il avait obtenu un résultat surprenantchez un jeune porc sur lequel il l'avait expérimentée. Malheureusement quelques-uns des lapins qui mangèrent de la chair de ce porc après sa mort, contractèrent encore des trichines et nous dirons que nous avons toujours échoué dans les essais que nous avons tentés.
« Chez un lapin, par exemple, porteur de trichines depuis dixneuf jours et chez lequel les kystes n'étaient pas encore formés, nous avons donné la benzine depuis 30 centigr. jusqu'à 1 gr. 20 cent., la plus forte dose qu'il ait pu absorber. Au bout de trente-deux jours
il a été sacrifié et l'autopsie a révélé de nombreux kystes, tous bien formés, contenant des trichines parfaitement bien vivantes. »
Traitement de In troisième période.
Dans cette période, la médication doit surtout s'adresser aux toniques, aux ferrugineux, à la bonne nourriture, à l'exercice, etc., qui seuls pourront donnerai! malade les forces dont il va avoir besoin pour traverser la longue convalescence dans laquelle il est entré.