‹ De la tuberculisation du tube digestifChapitre 2 sur 19 · CHAPITRE PREMIEÎI · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIEÎI

Nous limiterons évidemment cette partie de notre travaiL La littérature médicale est trop étendue, les travaux publiés sur cette vaste question sont trop multiples, pour que nous songions à les aborder ou à les analyser tous. Nous mettrons de côté, dans cet examen purement critique, tout ce qui pourrait être superflu : nous chercherons simplement à déterminer ce que, dans l'état actuel de la science, on doit comprendre sous le nom de tuberculose.

Sans remonter bien loin dans l'histoire de l'anatomie pathologique de la tuberculose, en ne prenant ses variations que dans les vingt dernières années, nous avons assisté à une évolution curieuse, qui a fini par ramener la conception de la tuberculose en général à l'idée primitive de Laënnec. Virchow avait considéré le tubercule comme un nodule, comme un petit grain, comme une néoplasie pauvre à son début, dont les éléments étaient destinés à s'atrophier et à se mortifier au centre de la néoformation. Le type du tubercule, ainsi envisagé, était la granulation des séreuses et du tissu cellulaire des organes. On était d'autant plus fondé à regarder le tubercule miliaire comme la lésion caractéristique et presque unique de la tuberculose, que la granulation développée dans le tissu conjonctif se représentait avec les mêmes caractères dans tous les organes dont la trame est formée par ce tissu, etqu'elle con-

* CHAPlTl-tK PREMIER.

stituait ce qu'il y a de plus général et de plus constant dans l'ensemble des lésions observées chez les phthisiques. MM. Villerain, Hérard et Cornil ont adopté, en France, cette compréhension générale du tubercule. Cependant, on ne tarda pas à reconnaître que les lésions les plus communes, les plus importantes au point de vue symptomatologique, les lésions du poumon, s'inscrivaient en faux contre cette manière de voir. Dans le poumon, en effet, les tubercules miliaires de Laënnec, les îlots destinés à devenir caséeux ou à se transformer en cavernules, au lieu de montrer les tubercules du tissu conjonctif constitués par un tissu embryonnaire, n'offraient le plus souvent, à l'examen histologique, que le processus des différentes formes de pneumonie : pneumonie catarrhale, pneumonie fibrineuse, limitées à des lobules du poumon. On en vint alors à séparer les lésions tuberculeuses proprement dites des lésions de la pneumonie : les uns, ayant remarqué la présence de véritables tubercules le long des bronches et des vaisseaux, disaient : la pneumonie et la granulation sont choses anatomiquement distinctes, il est vrai, mais, au point de vue de la cause, de la nature de la lésion et des symptômes, elles rentrent dans l'évolution de la même maladie, de la tuberculose. D'autres, au contraire, poussant jusqu'à ses dernières limites la dualité de la lésion, faisaient du tubercule et de la pneumonie deux maladies, deux processus différents : la tuberculose, caractérisée par desgranulations, la pneumoniecaséeuseouscrofuleuse, spécifiée par sa tendance à l'état caséeux, à la fonte suppurative et à la formation de cavernes. (Virchow, Niemeyer, etc.)

La réaction contre ce dualisme ne s'est pas fait attendre : ici se placent les travaux de MM. Grancher, Thaon et Lépine, qui ont restitué sans peine à la tuberculose, à la phthisie, les diverses formes de pneumonie, et qui ont con-

tribué à pousser plus loin l'étude histologique de la tuberculose, considérée en général. Il était bien difficile , en effet, au point de vue clinique et étiologique, de soutenir pareille distinction. Cela était non moins impossible au point de vue de l'histologie, lorsqu'on pouvait suivre , comme l'avaient fait MM. Cornil et Ranvier, le dévelopment des tubercules dans le corps thyroïde, aux dépens des cellules épithéliales, lorsque pareil développement se montrait à la surface du péritoine, aux dépens des cellules d'endothélium.

Il était aussi faux de faire deux maladies distinctes de la pneumonie caséeuse et du tubercule, qu'il serait absurde de faire deux maladies des granulations tuberculeuses intestinales et des inflammations des follicules clos qui les accompagnent.

Le tubercule ne naissait donc plus seulement dans le tissu cellulo-vasculaire ; le tissu conjonctif, et, en particulier, celui qui accompagne les vaisseaux et les conduits tubulaires des organes, n'était plus exclusivement sa matrice.

Pendant un certain nombre d'années, des histologistes tels que Rindfleisch, et, en France, M. Chauveau (thèse d'agrégation de M. Lépine) , considéraient le tissu des tubercules comme de tout point semblable au tissu adénoïde ou réticulé des ganglions lymphatiques, opinion qui ne peut plus être soutenue aujourd'hui.

De tout temps, on avait reconnu que le sang ne pénétrait plus, ni dans les parties caséeuses, ni à leur pourtour, et il était constant que les vaisssaux sanguins des tubercules étaient oblitérés. M. Ranvier, en décrivant les petits tubercules des os et les tubercules confluents, avait donné la description des vaisseaux oblitérés, du coagulum de fibrine granuleuse, des cellules endothéliales et des cellules lym-

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