TUBERCULOSE GÉNÉRALISÉE AIGUË (GRANULIE
La tuberculose généralisée aiguë s’observe chez l’enfant comme chez l’adulte. Au point de vue clinique, il faut considérer deux variétés : 1° la granulie à forme de fièvre typhoïde; 2° la granulie à forme de bronchite capillaire ou de broncho-pneumonie suraiguë.
À. Tuberculose généralisée aiguë à forme de fièvre typhoide. — Après une période de malaise qui à duré huit à quinze jours, la maladie se déclare : l'enfant se plaint de céphalalgie, de courbature généralisée ; 1l a une inappétence marquée; 1l est fiévreux et la nuit il délire. Dans la journée 1] est apathique, triste, abattu. Enfin il tousse et par instants apparaissent des crises de dyspnée.
Du côté du tube digestif, on constate une langue blanche qui devient parfois rôtie, une diarrhée abondante. Le ventre est ballonné et douloureux; la fosse iliaque droite est sensible à la pression. [1 n’y a pas de taches rosées sur l'abdomen.
La rate est hypertrophiée.
Le foie est également tuméfié.
Du côté des poumons, on trouve une respiration pure, il n’y a. pas de râles pendant les premiers jours. Puis apparaît une dyspnée paroxystique que la présence de quelques râles ne suffit pas à expliquer.
Du côté du système nerveux, on note de l'abaitement, de la prostration, un délire nocture, tous phénomènes qui sont moins
marqués que dans la dothiénentérie. Les malades accusent géné-
ralement une hyperesthésie cutanée très manifeste, ils se plaignent d'une sensation de faiblesse extrême. Exceptionnellement l’adynamie apparaît aussi prononcée que dans la fièvre typhoïde.
Du côté des reins, on a signalé parfois de l’albuminurie.
La fièvre peut être continue, le plus souvent la courbe thermique présente de grandes oscillations irrégulières. L'enfant qui a le matin 371°,5 a le soir 40 degréset plus. Le pouls augmente généralement avec la température.
On a rapporté certains cas qui avaient évolué sans fièvre.
Le malade reste pendant quatre ou cinq jours dans cet état typhoïde, puis les symptômes s’aggravent et le diagnostic de tuberculose aiguë qu’on avait hésité à porter au début s'impose.
Les signes de bronchite augmentent, les râles abondent et la dyspnée devient persistante. Le ventre reste toujours ballonné et les taches rosées continuent à faire défaut. Les phénomènes nerveux s’accentuent, la prostration est plus marquée et au bout de quelques jours l'enfant succombe, soit à l’asphyxie qui est devenue rapidement progressive, soit dans un état d’adynamie extrême. Dans certains cas il y a des alternatives de rémission et d'aggravalion qui prolongent la maladie, mais la mort doit être considérée comme la règle dans la granulie.
Quelque courte qu’ait été notre description de la granulie (elle est trop classique pour que nous ayons cru nécessaire d’y insister), on a pu voir cependant les différences qui existent entre cette forme de la tuberculose aiguë et la fièvre continue tuberculeuse décrite plus loin. Les symptômes typhoïdes sont à peu près les mêmes dans les deux cas ; ils sont plus accentués dans la granulie, et surtout ce qui domine dans la tuberculose miliaire mortelle, c’est ce continuel état de dyspnée d'abord, d'asphyxie ensuite, dans lequel se trouvent les malades. Rien de tel n’existe dans la typho-tuberculose.
À l’autopsie, on trouve dans tous les organes d'innombrables granulations tuberculeuses ; les méninges en contiennent fréquemment, bien que dans la majorité des cas les phénomènes méningés aient fait défaut durant la vie. |
Au point de vue de l’anatomie pathologique, nous ne trouvons rien à signaler en dehors des lésions classiques dont l'étude a été
ST si remarquablement faite autrefois par M. Grancher. Il n’y a rien à changer à ce qu'il a décrit en 1872.
La tuberculose généralisée aiguë a habituellement son point de départ dans une tuberculose restée longlemps locale (ganglion bronchique; tuberculose viscérale ou cutanée). C'est souvent à l'occasion d’une rougeole que la généralisation se produit.
B. Tuberculose généralisée à forme de broncho-pneumonie ou de bronchite capillaire. — Il importe de faire remarquer tout d’abord que nous n'envisageons ici que la tuberculose aiguë survenant chez un enfant en apparence bien portant; nous laissons de côté les poussées aiguës à forme de broncho-pneumonie chez des tuberculeux chroniques.
Dans cette forme, ce qui domine dès le début, contrairement à la variété précédente, ce ne sont pas les phénomènes généraux, ce sont les symptômes pulmonaires.
Le début n'est pas en général absolument brusque; pendant quelques jours l'enfant tousse, il est légèrement dyspnéique, mais à l’auscultation des poumons on ne trouve rien encore. La fièvre est assez vive. Puis les phénomènes pulmonaires se manifestent avec une très grande intensité; ce sont ceux qu’on rencontre dans toutes les broncho-pneumonies graves.
La face du petit malade est pâle et comme bouffie, les lèvres sont cyanosées; les mains, les ongles refroidis sont légèrement cyaniques. La respiration est pénible, haletante (60 à 70 inspirations par minute). La température est au-dessus de 39 degrés. Le pouls régulier est à 130, 140.
À la percussion, on ne trouve rien du côté des poumons, ou bien, en un point seulement, un léger degré de submatité. A l’auscultation, on entend des râles sous-crépitants disséminés, et de plus, au point de submatité, une respiration soufflante, presque un souffle avec des râles plus fins.
Les jours suivants, ces signes persistent les mêmes; la dyspnée continue, la pâleur de la face n’a pas disparu. La température est toujours élevée : la courbe thermique présente le plus souvent de grandes oscillations irrégulières.
Peu ou pas de symptômes digestifs.
HSE
L'insomnie est la règle; la nuit, l'enfant ne repose pas; il n’a ni délire, ni abattement.
La rate est souvent hypertrophiée.
Ce sont là les symptômes que présente une broncho-pneumonie banale et il est difficile, pendant quelques jours, de savoir s'il s’agit de tuberculose. Mais dans une broncho-pneumonie simple les signes stéthoscopiques sont des plus mobiles, ils varient de jour en jour, presque d'heure en heure. En un point où la respiration était soufflante, on entend une respiration presque normale. Les râles changent de place. Dans la broncho-pneumonie tuberculeuse il y a plus de fixité et de persistance dans les signes physiques.
Les râles disséminés dans les deux poumons deviennent plus humides et le souffle perçu au niveau de la submatité (sommet le plus souvent) s’accentue. La dyspnée et la päleur sont toujours aussi intenses. La température élevée jusque-là peut tout à coup s’abaisser ; une détente se produit ; la respiration est plus calme, Cependant l'enfant reste abattu et toujours pâle.
Cette amélioration dure deux ou trois jours pendant lesquels la température oscille autour de 38 degrés, puis, brusquement, la dyspnée revient. L'enfant asphyxie, se cyanose. La température s’abaisse à nouveau pour ne plus remonter ; les extrémités se refroidissent, le pouls devient incomptable, filiforme et le petit malade succombe aux progrès de l’asphyxie.
Les signes stéthoscopiques varient peu pendant les derniers moments ; la respiration s'entend de plus en plus mal et par places, l'apnée est complète. Parfois les râles entremêlés de souffle donnent l'illusion d’une caverne qui n'existe généralement pas.
A l’autopsie, on trouve dans les poumons des tubercules autour desquels existe une congestion intense, surtout marquée au point où l’on percevait le souffle. Les ganglions bronchiques tuméfiés, caséeux peuvent comprimer les bronches. Il existe, en outre, des granulations tuberculeuses dans la plupart des organes (foie, rate, méninges).
Cette forme diffère de la précédente au point de vue de l’anatomie par l'intensité plus grande des lésions pulmonaires ; au point de vue de la symptomatologie, par des phénomènes généraux
tou moindres et par une accentuation des signes stéthoscopiques pulmonaires. E On à décrit sous le nom de forme sufocante une variété de
granulie dans laquelle les phénomènes dyspnéiques sont des plus intenses sans que l’ausculiation des poumons y révèle rien d’anormal, au moins pendant plusieurs jours. Se forme aboutit
à la mort assez rapidement. z- £