OBSERVATIONS
Oss. IT (personnelle), — Fièvre continue tuberculeuse : typho-luberculose.
Deilhes (Louis), âgé de quatorze ans, entré salle Bouchut, lit n° 18, le 26 janvier 1891.
Antécédents héréditaires. — Père, quarante-sept ans, bien portant. Mère, trente-six ans, bien portante, quoique un peu anémique.
Frère âgé de dix-huit ans, tousse depuis une bronchite contractée à l’âge de dix ans.
Le grand-père paternel est mort d'accident ; la grand’mère est vivante et bien portante.
Le grand-père maternel est mort de la poitrine à soixante ans. Un oncle a succombé à la phtisie à vingt-sept ans.
Antécédents personnels. — Né à terme, dans le Midi (à Paris depuis l'année dernière). Élevé au sein. A marché à deux ans. Rougeole à cette époque.
Au mois de janvier 1890, quatre mois après son arrivée à Paris, Deilhes (Louis) est souffrant pendant huit jours (étourdissements, vomissements, pas de toux).
En février suivant, nouvelle indisposition qui à duré quinze jours (étourdissements, vomissements). De plus, l'enfant s’est mis à tousser; il n’a cessé de le faire depuis cette époque.
Depuis dix jours (15 janvier 1891), le jeune garçon se plaint de points de côté, il est fatigué, abattu, il ne mange pas. Il tousse davantage et se plaint d’oppression. Le père le conduit à l’hôpital le 26.
Voici son état, le 27 janvier :
Enfant maigre; léger strabisme datant de l'enfance. Est très abattu, mais ne tousse pas, n’est pas oppressé.
La langue est blanche, saburrale. Rien à la gorge, L'appétit est nul. Il n’y à pas de vomissements. Diarrhée légère.
Le ventre n’est pas ballonné; il n’est pas douloureux. Pas de taches rosées lenticulaires.
Le foie, la rate ne sont pas hypertrophiés.
Il n'y a pas d’albumine dans les urines.
La température, qui était hier au soir à 40 degrés, est ce matin à 390,2. Le pouls est rapide.
L'examen des poumons montre, à la base droite, un léger degré de submatité; à ce niveau, la respiration est affaiblie et les vibrations thoraciques
diminuées. En outre, il existe, sous la clavicule droite, un son un peu tympanique et la percussion y est douloureuse. En ce point, la respiration est affaiblie. Au sommet droit, en arrière, existent quelques crépitations. Partout ailleurs, les poumons apparaissent sains.
Le peu d’étendue des lésions constatées aux poumons (à un examen rapide elles auraient passé inaperçues) ne rendait pas compte de la température élevée de l'enfant et de son abattement.
Température du soir : 400,6.
28 janvier. Dans la nuit l’enfant a eu un accès de suffocation qui a duré un quart d'heure.
Ce matin il respire tranquillement; la température est toujours élevée : 390,5. Pouls rapide.
Abattement très prononcé. Langue blanche, trémulante. État typhique manifeste.
Les signes pulmonaires persistent les mêmes : congestion à la base et au sommet droits.
Température du soir : 390,6.
29 janvier. Nouvel accès de suffocation hier au soir. La nuit a été agitée.
Ce matin le malade est tranquille. Température : 380,4. Il répond bien aux questions qu’on lui pose, il n’a pas de délire, mais il reste dans le décubitus dorsal, apathique.
Mèmes constatations que la veille du côlé des différents organes. Rien dans les urines.
Température du soir : 390,9.
30 janvier. Température du matin : 39 degrés. Pouls faible (80 pulsa-
tions).
État typhique plus marqué. La langue a tendance à se sécher; elle est
trémulante.
Le ventre est légèrement ballonné. La diarrhée légère constatée au moment de l'entrée a fait place à de la constipation.
La rate apparaît hypertrophiée pour la première fois.
Dans les poumons on trouve, en outre des signes des jours précédents. des râles ronflants et sibilants.
Température du soir : 40 degrés.
31 janvier. Même état d'abattement.
Rien de particulier à signaler.
Température : matin, 380,7; soir, 40 rue
Aer février. Température : 380,5 et 390,8.
2 février. C’est la première fois que j’examine l'enfant. Je le trouve dans l'état suivant :
Il est abattu, prostré, typhique d'aspect. La langue est tremblante. Il n'y a pas de diarrhée. Le ventre légèrement ballonné n'offre de taches rosées en aucun point. Le foie est normal, mais la rate est grosse.
Aux poumons existe, à la base et au sommet droits, un peu de submatité et une respiration affaiblie. Partout ailleurs des râles sibilants et ronflants.
Le diagnostic n'avait pas encore été posé d’une façon ferme. On hésitait entre une tuberculose et une fièvre typhoïde.
L'absence de taches rosées, les signes de congestion localisée dans le poumon droit faisaient pencher plutôt vers la tuberculose, malgré l'aspect typhoïde du malade.
L'évolution de la maladie à confirmé ce diagnostic.
- Le 5 février, alors que les symptômes typhiques diminuaient, que la langue était moins trémulante, que l'enfant, moins abattu, s'asseyait sur soa lit spontanément et demandait à jouer, les phénomènes pulmonaires s'aggravaient.
On constatait, en effet, à la base droite, une augmentation de la matité qui occupait maintenant près des deux tiers du poumon. Au lieu de la respiration affaiblie, des jours précédents, on entendait un souffle doux, pleurétique, une égophonie et de la pectoriloquie aphone.
Sous la clavicule droite, quand le malade toussait, des râles sous-crépitants étaient perçus, en même temps qu'une respiration affaiblie.
Les jours suivants, la typhisation disparait complètement. La température s’abaisse pendant que les lésions pulmonaires évoluent.
Le 11 février Ja température est à 37°,4, Les signes d’épanchement sont moins marqués; ils ne s'entendent plus le 14, tandis que les crépitations sous-claviculaires persistent à droite très manifestes.
Du 14 au 21 février, rien de particulier à noter. L'enfant est aussi bien que possible, il est gai, il mange. La température oscille autour de 38 degrés.
On met un vésicatoire sous la clavicule droite.
A partir du 25, la température est normale. l'enfant quitte l'hôpital le 6 mars.
On n'entend plus rien à la base droite, mais au sommet l'induration persiste.
Réflexions. — Il s’est agi là d’un cas bien net de fièvre continue tuberculeuse dont le diagnostic à été facilité par la présence, dès le début, à la base et au sommet du poumon droit, de signes de tuberculose. Cependant, pendant douze jours, l’état typhique a été à ce point prononcé qu'on s'est demandé s’il ne s'agissait pas d'une dothiénentérie. :
Ce diagnostic avait d’ailleurs été porté par la majorité des élèves qui suivaient le service.
L'enfant est sorti guéri de son infection tuberculeuse aiguë, mais les lésions de son sommet droit font craindre pour l'avenir une nouvelle poussée de tuberculose.
Ogs. III (personnelle). — Fièvre continue luberculeuse. — Typho-tubercu-
lose.
Buon (Léon), âgé de six ans, entré le 30 mars 1891, salle Bouchut,
litèns1®
Antécédents héréditaires. — Père, âgé de quarante-quatre ans, bien portant, alcoolique, très irritable. Aucun renseignement sur la famille du père.
Mère, âgée de quarante et un ans, nerveuse, assez bien portante; ne tousse pas ordinairement. À eu cinq anfants, dont quatre sont morts; l’un, à quatre ans, après une scarlatine, de méningite; les trois autres de méningite (vomissements, céphalalgie, convulsions) à l’âge de dix à douze mois, la durée de chaque maladie variant de cinq à trente jours.
La mère a perdu une sœur et un frère de tuberculose pulmonaire.
Antécédents personnels. — Élevé au sein par la mère, à Auxerre. Sevré à dix mois.
Bien conformé à sa naissance, l'enfant reste en bonne santé jusqu’à l’âge de neuf mois, époque à laquelle il est pris à plusieurs reprises de violentes convulsions. Immédiatement après, il prend la coqueluche et vers la fin de celle-ci la scarlatine. A trois ans il a une bronchite. Cette année, au mois de janvier, il est atteint par une rougeole qui a évolué normalement. Mais, depuis cette dernière maladie, la santé de l'enfant s’est altérée ; il perd tout appétit, devient triste et ne joue plus; il tousse, maigrit beaucoup et a des sueurs la nuit.
L'enfant est traité à la maison de Nanterre pendant les mois de février et mars; il est dans une salle d'infirmerie au milieu de diverses maladies infectieuses : diphtérie, érysipèle, scarlatine, fièvre typhoïde; il boit de l’eau de Seine. Pendant son séjour à Nanterre, il se remet péniblement. Vers le mois de février, il a des écoulements d'oreilles ; il est atteint d’une diarrhée persistante et reste toujours plongé dans un grand abattement: il semble, d'après le dire de la mère, avoir eu journellement des mouvements fébriles qui ont graduellement augmenté jusqu'à son entrée à l'hôpital (lundi de Pâques). Pendant la semaine de Pâques la prostration est plus marquée ainsi que l’inappétence; l’enfant refuse de marcher et de jouer. Il n’a eu ni vomissements, ni douleurs de tête, ni ballonnement du ventre, ni épistaxis. Le samedi avant Pâques, un médecin appelé dit qu'il a des douleurs rhumatismales (il se plaignait au niveau du cou-de-pied et du genou), et prescrit l’antipyrine. Le dimanche, l’état général étant plus mauvais, la mère se décide à faire entrer l’enfant à l'hôpital.
31 mars. L'enfant présente tous les symptômes d’une fièvre typhoïde : abattement, langue trémulante, diarrhée, congestion pulmonaire aux deux bases; seules les taches rosées manquent. On porte le diagnostic de dothiénentérie probable.
La congestion aux deux bases persiste. Les râles s'étendent des deux côtés de la poitrine. Il existe depuis hier un souffle à la racine de la bronche gauche. La matité de la rate est perçue dans l'espace de quatre travers de doigt. Le ventre est ballonné. Pas de douleurs dans les fosses iliaques droites. La langue est rouge sur les bords et \trémulante, l'enfant la laisse sans la rentrer quand on lui dit de la tirer. Sept à huit selles par jour. Elles sont décolorées et fétides. Le regard est hostile, il y a peut-être un léger strabisme, mais pas d’inégalité pupillaire. Pas de raideur de la nuque.
Du 1% au 7 avril, les mêmes phénomènes persistent. L'abattement est toujours très prononcé et l'état typhoïde persiste intense, mais la langue
n'est pas rôtie. Il n’y a pas de délire, malgré la température élevée. Ce qui domine, c'est l’apathie.
La diarrhée continue abondante et très fétide; sa coloration est jaune verdâtre.
Le ventre ballonné ne présente en aucun point de taches rosées; on y constate seulement des sudamina.
L'enfant transpire abondamment.
La rate est toujours hypertrophiée.
Le diagnostic de dothiénentérie, toujours très probable, ne peut être affirmé d’une façon certaine. M. Martin de Gimard, chef de clinique, pense comme nous à une infection tuberculeuse.
Du T7 au 11 avril, on note du côté des poumons des modifications intéressantes. Jusqu'ici on avait constaté des râles de congestion aux deux bases et une respiration soufflante au niveau des bronches, surtout à gauche {adénopathie probable). On trouve maintenant au sommet droit, sous la clavicule, une diminution de la sonorité; les vibrations thoraciques y sont légèrement augmentées et l'inspiration est affaiblie et sourde, L’induration du poumon droit, qui n'avait pu être perçue jusqu'à ce moment, permet d'affirmer la nature tuberculeuse de l'infection typhique.
Dès le 11 avril, la typhisation disparait ; l'enfant reste apathique (c'est là un symptôme fréquent chez les tuberculeux), il demande à manger. On lui permet du bouillon et des œufs. La température continue à se rapprocher davantage de la normale.
16 avril. Les signes de la tuberculose du sommet droit sont plus manifestes aujourd’hui. On y constate de la matité, une exagération des vibrations thoraciques, et une rudesse de la respiration.
Pas de crépitations.
L'état général de l'enfant est bon. Pas d'affaiblissement, pas d'amaigrissement bien accentués (c'est là encore un des caractères de l'infection tuberculeuse à forme typhoïde).
Les jours suivants, on lève le petit malade, qui continue à avoir quelques selles; sa température est normale.
1e mai. On a ausculté l'enfant tous les jours et l’on à pu assister aux progrès faits par la lésion tuberculeuse du sommet droit. C’est ainsi qu’aujourd’hui on trouve de la submatité dans la fosse sus-épineuse, qu'on y entend une respiration soufflante et une résonance très marquée de la toux et de la voix.
L'enfant quitte le service dans le même état le 4 mai.
Réflexions. — Le diagnostic a été dans ce cas plus difficile à porter que dans le précédent. L'état typhique du malade en imposait tout d’abord pour une dothiénentérie, mais 1l manquait certains symptômes pour qu’on püût affirmer la réalité d’une infection à bacilles d'Eberth.
Comme cela est la règle dans tous les cas de ce genre, ce n’est qu'au bout de huit à dix jours que sont apparus des signes sté-
thoscopiques permettant de diagnostiquer d’un façon certaine la tuberculose qu’on soupçonnait.
La lésion du sommet droit a mis certain temps à se constituer et pendant plusieurs jours il nous à élé impossible de la décéler. Seuls étaient manifestes les symptômes de l'infection bacillaire.
Oss. IV (personnelle). — Fièvre continue tuberculeuse. — Typho-tuberculose.
Froville (Louis), âgé de quatorze ans et demi, entré salle Bouchut, le 2 février 1891, lit no 21.
Antécédents héréditaires. — Père mort à trente-huit ans de la poitrine; grand-père paternel mort alcoolique à cinquante-sept ans; grand'mère paternelle morte à soixante-neuf ans.
Mère vivante, bien portante, pas de maladie; grand-père maternel mort de la poitrine à cinquante-sept ans (alcoolique); grand'mère maternelle morte à soixante-sept ans, maladie du cœur.
Deux frères : un mort à trois mois; un bien portant, dix-neuf ans.
Sept sœurs : cinq mortes en nourrice; deux vivantes, bien portantes (vingt-cinq et vingt-trois ans).
Antécédents personnels. — La mère prétend que son enfant n’a jamais été malade. Il est souffrant depuis huit jours environ; il a été pris de frissons, de fièvre en pleine santé. A pris le lit le 25 janvier; depuis s’est plaint continuellement du ventre, de l'estomac. Diarrhée continuelle. Pas de vomissements. Tousse et crache beaucoup.
Hémoptysies vendredi dernier. Pas d’épistaxis. Pas d’éruptions sur le corps.
Voici l’état dans lequel nous trouvons le malade le 2 février au soir :
Il est d’une constitution chétive. ;
Langue blanche, pâleur; les lèvres sont sèches. Rien à la gorge.
Perte complète de l'appétit. Soif vive. Ne vomit pas.
Dit avoir eu de la diarrhée tous ces jours-ci. Diarrhée fétide.
Foie non douloureux, déborde les fausses côtes de deux travers de doigt.
Rate augmentée de volume.
L'abdomen est à peine douloureux. Il n’est pas ballonné. En aucun point de taches rosées. ;
Sur le dos, au niveau de la colonne vertébrale, deux petites taches rouges, disparaissant par la pression, qui pourraient être prises pour des taches rosées, mais qui n’en sont pas. En arrière, des deux côtés, nombreux râles sibilants.
La respiration est rude au niveau de la bifurcation des bronches.
L'enfant n’est pas dyspnéique.
Il tousse assez fréquemment. Son expectoration n’a rien de caractéristique,
4 février. À l'examen de l'enfant on constate un état de prostration très marqué;
Dans la poitrine, râles ronflants, sibilants, avec prédominance au sommet gauche et à la base droite.
La respiration dans ces deux points est affaiblie.
En avant de la poitrine quelques râles ronflants et sibilants. L'enfant tousse. Expectoration constituée par des crachats mousseux, moitié transparents, moitié opaques, très adhérents au vase.
Décubitus tantôt dorsal, tantôt latéral.
Langue rouge sur les bords et à la pointe, un peu collante au doigt : nettement trémulante.
En avant sur le thorax, pustules dues à l’application d’un thapsia.
Matité splénique appréciable.
Ventre non ballonné. Pas de douleur dans les fosses iliaques.
L'enfant n’a pas eu de diarrhée ces derniers jours, mais il perd ses matières et les draps sont souillés de taches rappelant les taches saumonées de la fièvre typhoïde.
Le pouls est dicrote : 100 pulsations.
L'enfant délire la nuit, veut se lever et parle continuellement.
Dans les urines, l'albumine est en quantité notable.
Pas de taches rosées toujours.
La gorge est un peu rouge. L'enfant ne se plaint d'aucune douleur.
Traitement: sulfate de quinine, # gramme.
5 février. Toujours du délire la nuit.
Forte congestion pulmonaire au sommet gauche et à la base droite.
L'enfant prétend se sentir mieux.
6 février. État typhique toujours le même. Persistance de la congestion pulmonaire. Oscillations thermiques irrégulières.
Le diagnostic de tuberculose, porté dès les premiers jours, s'afirnie davantage.
Les jours suivants, l'abattement est otre et l'enfant se sent mieux ; malgré la fièvre, il s'asseoit sur son lit et demande à manger.
L'observation prise jour par jour ne relate rien d’intéressant jusqu'au 22 février. On constate les mêmes signes du côté des poumons et la courbe thermique offre toujours les mêmes irrégularités ; la température atteint le soir 40 degrés et le matin dépasse à peine 38 degrés. Et, fait intéressant à noter, l'état général du malade est relativement bon.
S'il s'était agi d'une dothiénentérie, on aurait vu, avec une fièvre aussi intense, des phénomènes généraux graves.
A partir du 20, on commence l'alimentation. Le 23, au matin, la température s’abaisse pour la première fois à 370,4; elle remonte le soir à 390,6, mais la défervescence continue les jours suivants; la température ne devient véritablement normale que dans les premiers jours de mars. A cette époque, le malade, un peu amaigri, demande à quitter le service (7 mars).
Il ‘a très bien supporté une RER avec de la viande crue, commencée depuis le 26 février.
L'examen des crachats, fait à différentes reprises pendant le cours de la maladie, n’a révélé à aucun moment la présence de bacilles de Koch.
Au moment de la sortie, on constate encore au sommet gauche quelques
He
signes d’induration pulmonaire, et, aux deux bases, persiste une respiration affaiblie.
Réflexions. — Gette observation diffère des précédentes par la marche de la température. La courbe thermique, en effet, a moins de ressemblance avec celle d’une dothiénentérie.
Pendant les premiers jours qui ont suivi l’entrée de ce malade à l'hôpital, les phénomènes de typhisation, expression d’une imfection tuberculeuse intense, ont été très marqués; mais dès le dixième jour ils ont disparu, et il y avait un paradoxe intéressant à relever entre l'intensité des phénomènes fébriles et le peu de gravité des phénomènes généraux.
La fièvre avait pour cause la lésion tuberculeuse qui évoluait.
Nous avons observé cette année deux autres cas de fièvre continue tuberculeuse. L'un (Lucien Schneider, cinq ans) est calqué sur les deux premières observations ; l'autre (Rolland Lemazo, treize ans) a été surtout intéressant parce que le malade est revenu quelque temps après sa sortie avec une nouvelle poussée de tuberculose. Nous avons eu ainsi la confirmation de notre diagnostic.
Ogs. V (personnelle). — Fièvre continue tuberculeuse : typho-luberculose. Lemazo (Rolland), treize ans. Entré le 20 avril 1891, salle Bouchut, n° 1. Antécédents hérédilaires. — Mère, trente et un ans, bien portante.
Père, quarante et un ans, bien portant.
Antécédents personnels. — Né à terme. Élevé au sein, jusqu’à onze mois. A toujours été très bien portant. Mardi dernier (14 avril), l'enfant, qui était employé à faire des courses, a dû quitter son travail. Il se plaignait de maux de tête et d'estomac. Depuis, est apparu un point de côté à droite, l'appétit a disparu. La fièvre est apparue.
Au moment de l'entrée à l'hôpital, on trouve un enfant fatigué, abattu. La langue est large, étalée, saburrale. La température est à 39 degrés. Le pouls est à 120. La respiration est fréquente (80 par minute). Le ventre est légèrement ballonné ; il n’y à ni constipation, ni diarrhée.
À l’auscultation des poumons, on trouve, en avant, sous les clavicules une respiration affaiblie; en arrière, existent des râles sous-crépitants à la partie moyenne du poumon droit.
Les urines contiennent des traces d’albumine.
Les jours suivants, la dyspnée persiste, la prostration augmente, et l’enfant prend l'aspect d’un typhique : il a de la diarrhée, mais il n'existe pas de taches rosées sur le ventre.
Le diagnostic reste hésitant pendant plusieurs jours. L'enfant fait de l'érythème noueux. La température oscille chaque jour entre 38 et 39 degrés.
Get état persiste le même jusqu’au 21 mai; c’est à ce moment que la
température commence à s'abaisser et à redevenir normale. L'abattement, la prostration ont disparu en ce moment. L’appétit est revenu.
Du côté des poumons, on constate des modifications qui se sont produites insensiblement et qui sont aujourd’hui très appréciables. Il y a, sous la clavicule droite, une zone de submatité; les vibrations ont augmenté et la respiration est affaiblie (schéma de congestion de M. Grancher). En arrière, dans la fosse sus-épineuse, la respiration est rude.
L'enfant quitte le service le 7 juin. Il a maigri, et présente toujours, sous la clavicule, les mêmes signes d’induration pulmonaire.
Il part en convalescence à la Roche. Pendant quinze jours, il reste bien portant; il mange bien et engraisse. Au bout de ce temps, apparait un point de côté, à gauche, et l'enfant est obligé de s’aliter. Le médecin constate une pleurésie gauche et pose successivement trois vésicatoires
Le petit malade quitte la Roche le 6 juillet; il est très affaibli, il respire difficilement; il transpire facilement et abondamment.
Nous le revoyons à ce moment et nous le trouvons très amaigri. Il manque de respiration dès qu’il parle et il tousse.
Examen des poumons : Matité dans les deux tiers inférieurs du poumon gauche, en arrière et sous la clavicule. Submatité sous la clavicule droite et dans la fosse sus-épineuse du même côté.
La respiration est affaiblie au sommet droit, elle est soufflante à la partie moyenne et l’on entend quelques râles sibilants. À gauche, on constate un souffle-pleurétique doux, à l'inspiration et à l'aspiration. Égophonie.
En avant, sous les clavicules, la respiration est sourde et basse, mélangée de quelques râles.
L'enfant fait, salle Bouchut, un séjour d’un mois, pendant lequel l’épanchement pleural disparaît. Quand il quitte l'hôpital, il est dans un assez bon état; les signes d’induration persistent aux sommets.
Réflexions. — I] s’est agi là d'un cas de tuberculose pulmonaire qui a présenté quelques particularités intéressantes dans son évolution. Le diagnostic de tuberculose a été, dans ce cas, plus facile à porter que dans les trois autres, parce que la maladie n’a pas affecté à un si haut degré les allures d’une fièvre typhoïde. La température n’a pas été aussi élevée; elle n’a jamais dépassé 39 degrés. De plus, les modifications du côté du poumon ont été plus accentuées, plus nettes que précédemment.
Quand l'enfant a quitté l'hôpital pour la première fois, le diagnostic de tuberculose était certain; la pleurésie gauche et les nouvelles altérations pulmonaires sont venues le confirmer.
Nous signalerons encore, comme particularité intéressante, le développement d’un érythème noueux pendant l'évolution de la tuberculose. C’est là un fait que nous avons rencontré à différentes
reprises chez des enfants tuberculeux.
Ogs. VI. — Trois mois. Z'uberculose pulmonaire, hépatique, splénique. Pauline L., âgée de trois mois, entre le 16 décembre 1890, à Tenon, salle Valleix, n° 49, service de M. Landouzy, pour une broncho-pneumonie.
Père, vivant, bien portant.
Mère, vivante, bien portante.
L'enfant, née le 23 septembre 1890, a été élevée au sein uniquement; elle n’a jamais fait de maladies. Elle tousse depuis un mois.
On trouve de la matité au niveau du poumon gauche et la respiration y est soufflante dans toute l'étendue; quelques râles sous-crépitants, rien à droite.
On porte le diagnostic de broncho-pneumopathie probablement tubérculeuse.
L'évolution à confirmé ce diagnostic, car l'enfant a succombé le 24 janvier 1891, amaigrie et profondément cachectisée, comme la plupart des tuberculeux.
A l’autopsie on a trouvé des lésions tuberculeuses dans les deux poumons, surtout à gauche; le foie (240 grammes), la rate (30 grammes) sont parsemés de fines granulations. Il n’y a rien dans les reins, rien dans le cerveau.
Ogs. VII (personnelle). — Trois mois et demi. Z'berculose pulmonaire, hépatique et. splénique.
M. (Marie), entrée le 9 mars, salle Valleix, n° 14, quelques jours après sa naissance.
Père, pas de renseignements.
Mère, morte dans le service au mois de juillet de ramollissement cérébral (embolie : rétrécissement mitral).
L'enfant élevée au biberon dans le service a très bien profité pendant les deux premiers mois, puis elle s’est mise à dépérir. Tout en continuant à prendre avec avidité le biberon, sans vomir, sans avoir de diarrhée, elle maigrissait. Le 27 juin, elle est morte étisique, sans fièvre, sans aucune réaction (quatre mois et demi).
Autopsie faite le 28 juin. Poids : 2,760.
Thoraz. — Cœur, rien.
Poumons. — Poumon droit : on trouve à la surface de ce poumon, aussi bien en avant qu’en arrière, une série de petites granulations dont le volume n’atteint jamais celui d'une tête d’épingle. Ces granulations sont surtout abondantes dans le sillon qui sépare le lobe supérieur du moyen, il existe là un léger degré de pleurite.
À la coupe, le poumon apparaît parsemé de ces mêmes granulations qui sont surtout abondantes dans le lobe supérieur. Là, il existe un noyau caséeux qui s'étend jusque sur la face médiastine de ce lobe. Faisant suite à ce noyau, on trouve un ganglion caséeux.
Abdomen. — Foie, 180 grammes : cet organe est parsemé de très fines granulations faisant saillie sous la capsule de Glisson, aussi bien sur la face supérieure que sur l’inférieure. A la coupe du parenchyme hépatique, on retrouve quelques granulations; mais, à l'œil nu, il en existe moins qu’à la surface.
Rate, 16 grammes : il existe à la surface de l'organe, faisant saillie sous la capsule, de nombreuses granulations tuberculeuses typiques, et, comme c'est la règle, ces granulations sont beaucoup plus volumineuses que partout ailleurs. À la coupe, le parenchyme splénique apparaît parsemé de granulations moins volumineuses que celles de la surface.
Intestins. — Les plaques de Peyer sont apparentes, mais il n'existe pas de congestion à leur surface. Rien dans les ganglions mésentériques. Cerveau. — Les méninges et le cerveau ne présentent pas d’altérations.
Ogs. VIII (personnelle). — Tuberculose ganglionnaire, pulmonaire, pleurale, hépatique, splénique, méningée.
R. (Adrienne), âgée de dix mois, est conduite salle Valleix, n° 27, le 22 avril 1890, pour une coqueluche.
Père et mère, pas de renseignements précis.
L'enfant, amaigrie, malingre, présente tous les symptômes d’une coqueluche bien caractérisée.
À lauscultation des poumons on constate aux deux bases, mais surtout à droite, un souffle intense et de nombreux râles sous-crépitants. Pas de fièvre.
Sous l'influence du traitement les quintes diminuent; il semble qu'il y ait une amélioration dans l'état de l'enfant, qui est plus gaie. Cependant des symptômes de méningite apparaissent le 42 mai (abattement, chute de la paupière droite; mydriase). Ces symptômes s’accusent les jours suivants; pour la première fois le 3 mai, la température s'élève. Enfin le 4 mai l’enfant succombe dans le coma à onze heures du soir.
Autopsie faite le 6 mai.
Cerveau. — À l'ouverture de la cavité crânienne dont les parties constituantes sont séparées les unes des autres par un espace plus considérable qu'à l’état normal, le cerveau apparaît volumineux, distendu. Pendant qu'on le détache, il s’en écoule une assez forte quantité de liquide citrin provenant des ventricules. -
Les méninges sont épaissies par places et notamment sur les parties latérales des circonvolutions et à la base du cerveau. En ces points, on trouve une infiltration séro-purulente, surtout accentuée au niveau de la scissure de Sylvius et à la base, à l’origine des nerfs optiques et du moto-oculaire commun. La substance cérébrale apparaît anémiée et ramollie.
Thorax — Cœur, rien.
Poumons. — Pas d’épanchement pleural.
Les ganglions qui entourent la trachée et les bronches sont volumineux ; à la coupe certains d’entre eux présentent une coloration jaunâtre qui prouve qu’ils sont en voie de caséification.
Poumon droit. — A la partie antérieure qui est blanchâtre, on ne trouve que de l’emphysème; mais déjà sur les parties latérales, aussi bien dans les lobes supérieurs moyens que dans le lobe inférieur, on constate une série de granulations tuberculeuses, faisant saillie à la surace du poumon. Ces granulations se montrent très nombreuses, au
niveau des espaces interlobaires où existe un léger degré de pleurite (néo-membranes). Mais c'est surtout le long du bord postérieur et principalement dans le lobe inférieur que ces granulations abondent. Ce lobe inférieur forme dans ses deux tiers postérieurs une masse compacte plonseant au fond de l’eau et d’une consistance dure au toucher. On constate là tous les signes d'une broncho-pneumonie pseudo-lobaire récente qui s'est faite autour de tubercules anciens, volumineux, de consistance ferme et d'aspect lardacé.
Poumon gauche. — Même répartition des lésions qui sont cependant beaucoup moins avancées, même dans le lobe inférieur. A la coupe de ce lobe on retrouve, comme de l’autre côté, des granulations dont le volume moyen est celui d’une tête d'épingle. Quelques-unes réunies en masse forment un petit tubercule.
Abdomen. — Foie, hypertrophié, dépasse les fausses côtes de plusieurs travers de doigt. Sa surface est parsemée d'innombrables granulations ayant le volume d’un tête d’épingle et faisant saillie sous la capsule de Glisson, À la coupe on retrouve dans l’épaisseur du tissu hépatique ces granulations de coloration jaunâtre et de dimension en général d’une tête d'épingle.
Rate, également hypertrophiée, est le siège d’un grand nombre de petits tubercules faisant saillie sous la capsule. On trouve également des granulations dans l'épaisseur du tissu splénique.
Reins. — Pas de lésions.
Intestin grêle. — Plaques de Peyer augmentées de volume et légèrement congestionnées.
Les ganglions du mésentère sont légèrement hypertrophiés.
Oss. IX (personnelle) — Un an. Tuberculose pulmonaire, pleurale, ganglionnaire, hépatique, splénique, rénale, méningée.
L.... (André), âgé de dix mois, entré salle Valleix n° 20, le 27 septembre, pour de la toux et de la diarrhée; c’est un athrepsique. Il succombe le 27 novembre.
Mère, nerveuse, maigre, mais assez bien portante, à eu :
D'un premier mari mort phtisique : quatre enfants, trois sont vivants ;
D'un second mari bien portant : une fille morte à deux ans et demi d'une bronchite capillaire, et notre petit malade.
L'enfant, né à terme, bien constitué, a été élevé au sein pendant un mois, puis au biberon. Comme maladies il a eu le muguet et une hémichorée. Au moment de son entrée, l'enfant est chétif, amaigri, pâle. La peau est blanche, les cils sont très longs.
La mère conduit son enfant à l'hôpital parce qu'il tousse, qu’il vomit tout ce qu’il prend et qu’il a de la diarrhée.
Aux poumons on trouve de la submatité aux deux bases et tue râles sous-crépitants. La ne Poe est légèrement soufflante. L'enfant n'est pas dyspnéique, il n’a pas de fièvre. Il s’agit là, par conséquent, de bronchite plutôt que de broncho-pneumonie.
Le ventre est ballonné; le foie n'est pas hypertrophié, mais la rate se perçoit par la percussion.
Pendant tout le mois d'octobre, l’état de l'enfant reste stationnaire. Quel que soit le régime employé, quelles que soient les potions données, l'enfant continue à vomir de temps en temps, la diarrhée persiste et l’amaigrissement fait des progrès. Le diagnostic de tuberculose diffuse porté dès le début s'affirme de jour en jour. I n'est plus possible de le mettre en doute dès le début du mois de novembre: les phénomènes d'amaigrissement s’accentuent et des symptomes de méningite apparaissent.
L'enfant a des inquiétudes, il est agité la nuit, il se plaint continuellement et ne dort pas. Les vomissements, qui s'étaient arrêtés pendant quelque temps sous l'influence du rhum, reparaissent et la diarrhée se montré à nouveau.
L'abattement s’accentue; l'enfant sommeille continuellement. Le 15 novembre, on note du strabisme convergent, du nystagmus, du mâchonnement, de la carphologie.
L'enfant reste dans cet état jusqu’au 24 novembre ; à ce moment la température, qui était toujours restée normale, s'élève un peu. La prostration s’accentue et l'enfant s'éteint le 27 novembre, à onze heures du matin, sans avoir présenté de phénomènes convulsifs, à aucun moment.
Températures : 25 novembre, 370,8; 38.4.
— 26 novembre, 380,3 ; 38.6.
= 27 novembre, 380,2.
Autopsie faite le 28 novembre. Poids de l'enfant : 4 kilogrammes.
On constate à l’autopsie les lésions habituelles de la tuberculose généralisée.
Les poumons sont parsemés de granulations tuberculeuses ; les ganglions bronchiques sont caséeux. La plèvre est le siège d'une pleurite assez intense, surtout à gauche.
Le foie qui pèse 228 grammes, la rate qui pèse 20 grammes, sont parsemés de granulations. Il y a quelqués lésions tuberculèuses dans les reins.
Dans le cerveau on trouve de la tuberculose au niveau de la base et un exsudat le long de la sylvienne droite.
Ogs. X (personnelle). — Un an: Tuberculose pulmonaire, ganglionnaire, splénique et méningée.
D... (Blanche), un an, fille de Kurkloven, entre salle Valleix, n° 1, le 29 mars 1890.
Père, a eu une pleurésie il y a sept ans.
Mère, s'enrhume facilement, tousse un peu. Au sommet droit, en avant et en arrière, la respiration est rude et l'expiration prolongée; a eu cinq enfants.
L'enfant, née à terme, a été nourrie au sein. Elle n’est malade que depuis dix-huit jours : son caractère a changé ; l’appétit à disparu peu à peu et l'enfant refuse le sein. Elle ne vomit pas; elle n’a pas la diarrhée. Amaigrissement. |
A l'entrée, l'enfant est pâle et amaigrie; les cils sont longs, le regard est fixe. Il y a de la raideur de la nuque. Pas de troubles de sensibilité. Parésie du membre inférieur gauche. Tache vaso-motrice. Pouls inégal, parfois intermittent. L'enfant a eu quelques convulsions.
Du côté des poumons, quelques râles, surtout à la base gauche qui est mate.
Les signes de méningite s’accentuent les jours suivants, et, le 1er avril, à quatre heures du matin, l'enfant succombe.
Autopsie, le 2 avril, à dix heures du matin. Poids : 7K8,170.
Thorax. — Cœur : rien.
Poumons. — Le poumon droit est sain.
Le poumon gauche offre de nombreux tubercules de Laennec à la partie inférieure de son lobe inférieur ; à la partie supérieure existe de la bronchopneumonie. Les bronches contiennent du pus.
Les ganglions médiastinaux, augmentés de volume, surtout à gauche, sont d’une coloration gris rosé.
Abdomen. — Foie, 300 grammes ; pas de granulations à l’œil nu.
Rate, 30 grammes; semis de granulations tuberculeuses superficielles.
Rens. intestins, normaux.
Cerveau. — Exsudat blanc verdâtre à la base du cerveau, plus accentué à gauche qu’à droite. Les méninges sont épaissies. Les ventricules latéraux, dilatés, contiennent du liquide.
Dans cet exsudat purulent en plaques, on trouve quelques granulations; il y a, en outre, des plaques de méningo-encéphalite en foyer, dans la partie fronto-pariétale de l’hémisphère droit.
Ogs. XI (personnelle). — Dix-neuf mois. Tuberculose généralisée.
Lucienne P..., dix-neuf mois, entre, avec sa mère, salle Valleix, n° 9, le 4 février 1890.
Père, bien portant (a disparu).
Mère, bonne santé habituelle; à eu une hémoptysie abondante l’année dernière, à la suite de laquelle elle a toussé et craché pendant quelque temps.
L'enfant à été nourrie exclusivement au sein pendant sept mois, puis au lait et à la farine lactée. |
Malade depuis trois semaines environ (elle était en ce moment en nourrice); la mère l'a reprise, alors; elle avait considérablement maigri, elle toussait et respirait difficilement.
Le 3 février, au soir, l’enfant est prise pour la première fois de convulsions ; on la conduit à l'hôpital : elle succombe le 4 février 4890.
A l’autopsie, lésions de tuberculose diffuse.
Oss. XII (personnelle). — Vingt et un mois, Tuberculose ganglionnaire, hépatique, splénique, rénale, méningée.
B..., garçon, vingt et un mois, est apporté salle Valleix, n° 40, le 24 mars 1890.
Né à terme, le 17 juin 1888.
Père, pas de renseignements.
ère, vingt-six ans, blanchisseuse, Vénitienne, d'assez bonne santé.
L'enfant a été élevée au sein exclusivement jusqu’à dix-huit mois; puis, tout en continant à lui donner le sein, la mère lui a fait prendre quelques aliments.
Bronchite à l’âge d’un an; l'enfant ne s'en est jamais complètement remis.
Au commencement de mars, diarrhée séreuse, rapidement arrêtée.
Depuis six jours environ, l'enfant, qui avait beaucoup maigri, est devenu somnolent.
A l'entrée, enfant amaigri, demi-comateux.
Température normale.
Matité dans le poumon gauche et des deux côtés.
Nombreux râles sous-crépitants.
Mort, le 28 mars, dans le coma (phénomènes de méningite), à trois heures du soir.
Autopsie, le 30 mars.
Thoraæ. — Cœur, rien.
Poumons. — Ganglions thoraciques caséeux. Pas de lésions tuberculeuses apparentes dans les poumons. Simplement de la congestion et de la bronchite.
Abdomen. — Foie, 380 grammes; présente une série de fines granulations tuberculeuses à sa surface.
Rate, 40 grammes; parsemée de gros tubercules.
Reins. — Une granulation tuberculeuse dans l’un des reins. Intestin grêle. Pas de lésions tuberculeuses. Cerveau. — Sur les hémisphères, pas de lésions.
A la base, exsudat gélatiniforme, épais autour du chiasma et en arrière de lui.
Les nerfs moteurs oculaires communs sont compris dans l’exsudat.
Adhérence des méninges à la substance cérébrale, au niveau de la scissure de Sylvius, des deux côtés, surtout à gauche, et, à ce niveau, quelques granulations tuberculeuses.
Ogs. XIII (personnelle). — Vingt-deux mois et demi. Tuberculose périlonéale. — Tuberculose pulmonaire et ganglionnaire .
E..., garçon de vingt-deux mois et demi, entre, le 16 mai 1890, salle Valleix, n° 2, sort le 8 juin et entre à nouveau le 24 juin.
Père, bien portant.
Mère, quarante ans, batteuse d’or, bien portante, a eu quatre enfants. Trois sont morts de convulsions à trois et cinq mois. Le quatrième, le malade actuel, est né à terme en juin 1888.
Nourri au sein.
À eu des convulsions à trois mois, puis s’est bien porté.
Depuis un mois, l'enfant a une diarrhée qui a résisté à tous les traitements.
A l'entrée, l'enfant est pâle, amaigri. Son ventre est gros, ballonné, très distendu. A la percussion on constate de la matité dans la fosse iliaque gauche. Pas d’ascite.
Aux poumons on trouve de la submatité à gauche et en arrière; rien de particulier à l'auscultation.
L'appétit est bon, mais la diarrhée persiste.
Diagnostic : tuberculose péritonéale.
Pendant son séjour à la salle Valleix, l’enfant fait une rougeole légère avec phénomènes bronchitiques assez accentués.
Quand l'enfant sort (8 juin), il n’a pas trop mauvaise mine, mais il a considérablement maigri.
Mais quand l'enfant entre à nouveausalle Valleix (24 juin), on constate qu'il s’est fait un très grand changement dans son état. L'amaigrissement a fait des progrès; l'enfant est arrivé au dernier degré de l’étisie.
La figure est amaigrie, la peau est collée sur les os qui font saillie; les yeux sont sans expression et entourés d’un cercle noir; les cils sont longs. On constate, en un mot, tous les caractères du tuberculeux.
Malgré cet état pitoyable, l'enfant ne semble pas souffrir; il ne se plaint pas, il ne pleure pas, mais il est abattu, apathique; il reste indifférent à tout ce qui l'entoure.
Voici ce que révèle l'examen des différents organes :
Poumons. — Respiration soufflante, surtout à gauche. Gros râles des deux côtés. L'enfant tousse de temps en temps.
Cœur, rien.
Foie, augmenté de volume.
Rate, paraît également hypertrophiée.
Abdomen, distendu, non douloureux.
La diarrhée persiste toujours.
Pas de vomissements.
L'enfant succombe le 1er juillet, à huit heures du soir, sans avoir présenté rien d'autre à noter. (Pas de convulsions, pas de dyspnée, pas de vomissements, pas de diarrhée même ce jour-là; il est mort d'épuisement.) La température qui avait toujours été normale s’est élevée à 399,5.
Autopsie faite le 3 juillet.
Poids de l'enfant : 6k8,200.
Thoraz. — Cœur, rien.
Poumons. — Adénopathie trachéo-bronchique des plus accentuées ; nombreux ganglions caséifiés du côté gauche seulement. Pas d’adénopathie à droite. De même, lésions tuberculeuses uniquement localisées au lobe inférieur gauche. Rien à droite.
Abdomen. — Foie, gras, 370 grammes; quelques granulations à la
surface. pue
Rate, 21 grammes; zone de périsplénite. Pas de granulations à l’intérieur.
Péritonite tuberculeuse généralisée.
Rien au cerveau. ae 5 :
Ce qu’il y avait d’intéressant, c’est que le péritoine profondément tuberculisé était très épaissi et adhérait d’une façon tellement intime aux anses
re {OP
intestinales qu'il élait impossible de l'en séparer. La péritonite était absolument généralisée et pour examiner les différents organes contenus dans l'abdomen il a fallu les enlever en bloc; ils semblaient ne former qu'une seule masse, tant l’adhérence entre eux était intime.
Os. XIV (personnelle). — Vingt-trois mois. Tuberculose hépatique, splénique, méningée el probablement cardio-pulmonaire.
C..., garçon de vingt-trois mois, est amené salle Valleix, n° 16, le 45 février 1890, pour une méningite tuberculeuse typique.
Père, bien portant.
Mère, assez bien portante, mais porte des cicatrices d'adénopathie sousmaxillaire et a des tuberculeux dans sa famille.
L'enfant est malade depuis trois semaines; il a beaucoup maigri ; il vomit, il est constipé, il souffre de la tête. — Raïdeur de la nuque; raie méningitique. — Abattement extrême.
L'enfant meurt dans le coma, le 22 février, à sept heures du matin.
Autopsie le 23 février.
Poids de l'enfant : 6ks,300.
Thoraz. — Cœur : adhérences des deux feuillets du péricarde. Entre
eux une masse jaunâtre, probablement tuberculeuse.
Symphyse cardiaque complète.
Rien aux orifices.
Poumons. — Les ganglions du hile sont volumineux, congestionnés, mais non caséifiés.
Le poumon droit adhère au péricarde très légèrement.
En aucun point on ne trouve de granulations tuberculeuses; il y a cependant quelques noyaux de broncho-pneumonie, ne présentant aucun caractère particulier à l'œil nu, mais qui sont probablement de nature tuberculeuse.
Abdomen. — Foie, 130 grammes, rempli de granulations tuberculeuses.
Rate, non hypertrophiée, parsemée à sa surface extérieure de fines granulations tuberculeuses.
Reïins, rien.
Intestin grêle, congestionné légèrement au niveau des plaques de Peyer.
Cerveau. — Granulations tuberculeuses typiques et liquide purulent sur la face convexe et la face interne des hémisphères.
Granulations le long des sylviennes, au niveau de l’espace perforé antérieur. Granulations à la partie antérieure de la surface inférieure du cerveau et à ce niveau existe un tubercule qui pénètre dans la substance cérébrale.
Pas de méningite à la base. :
Rien du côté du cervelet.
Les ventricules, énormément dilatés, contiennent un liquide clair.
O8s. XV (personnelle). — Deux ans. Tuberculose pulmonaire, preurale,
hépatique, splénique et méningée..
M... garçon, deux ans, entré salle Valleix, n° 5 Uis, le 17 février 1890.
Père, pas de renseignements.
Mère, bonne santé, porte dans la région sous-maxillaire droite des cicatrices d'un abcès ganglionnaire qu’elle a eu à huit mois.
L'enfant, venu à terme, a été nourri au sein jusqu’à dix-huit mois.
Malade deux mois seulement (impétigo du cuir chevelu, abcès de la région temporale gauche ; — otorrhée).— Depuis un mois l’enfant tousse ; il a maigri ; son caractère a changé. L'appétit a disparu : pas de vomissements; pas de constipation.
Depuis cinq jours l’état s’est aggravé : phénomènes de méningite.
A l'entrée, l'enfant, amaigri, a le regard fixe ; la nuque est raide ; tache yaso-motrice. :
A la base des deux poumons, surtout à droite, existent de gros râles sous-crépitants.
L'enfant meurt le 20 février, à six heures trente du matin, dans le coma. (Pas de température.)
Autopsie faite le 21 février, à dix heures trente du matin. — Poids: 7 kilogrammes.
Thorax. — Cœur, rien.
Poumons. — Le poumon droit adhère fortement à la paroi thoracique et au péricarde ; il est parsemé dans toute l'étendue de sa surface externe de fines granulations tuberculeuses. À la coupe, tuberculose déjà ancienne.
La plèvre costale est parsemée de fines granulations tuberculeuses très appréciables à l'œil nu. Le diaphragme sur sa surface pleurale en présente également.
Le poumon gauche n'adhère pas à la paroi thoracique. -— A la coupe, tuberculose généralisée.
Abdomen. — Foie: 420 grammes, parsemé de granulations tuberculeuses à sa surface externe, en présente de nombreuses, ainsi que de volumineux tubercules sur la coupe. Pas de périhépatite.
Rate. Tuberculose splénique très manifeste. Plaques de périsplénite.
Reins, rien.
Intestins, rien.
Cerveau. — Lésions classiques de la méningite tuberculeuse. Base parsemée de granulations le long des vaisseaux. Les lésions de la sylvienne droite sont plus accentuées que celles de la sylvienne gauche.
Exsudat purulent et granulations tuberculeuses sur la face convexe des circonvolutions, surtout à gauche.
Granulations abondantes sur la face supérieure du cervelet.
Oss. XVI (personnelle). — Deux ans. Tuberculose pleurale, pulmonaire, hépatique, splénique, rénale, méningée.
Aloïse K.., deux ans, entre salle Valleix, n° 9, pour des vomissements et de la diarrhée, le 15 décembre 1890.
Père, pas de renseignements.
Mère, bien portante, a eu cinq enfants.
L'enfant, né à terme le 21 décembre 1888, a été élevé au sein jusqu’à treize mois; mais dès l’âge de deux mois, on lui a fait prendre des panades,
des bouillies. Il à eu la variole en décembre 1889, avait élé vacciné cependant. En juillet 1890 il a eu la rougeole, — Pas de complications pulmonaires à la suite et s'est vite rétabli.
L'enfant est malade depuis deux mois ; l'affection a débuté assez brusquement par des convulsions généralistes. Depuis, il a vomi à différentes reprises, il a eu de la diarrhée et a considérablement maigri. On note encore de l’insomnie, un sommeil agité, troublé par des cris.
L'enfant est pâle, les yeux sont cernés, les cils noirs sont très longs. Il n’y à plus de vomissements, mais la diarrhée persiste. Le foie dépasse les fausses côtes d’un travers de doigt, la rate ne paraît pas hypertrophiée. Aux poumons on trouve de la submatité dans tout le poumon droit et la respiration y est soufflante dans toute l'étendue, mais surtout à la base.
Il n’y à pas de convulsions, pas de troubles oculo-pupillaires; mais l'insomnie persiste et l'enfant pousse des cris dès qu’on veut le remuer.
État stationnaire jusqu’au 30 décembre, À ce moment apparaissent des convulsions épileptiformes dans le bras et la jambe droite, et l'enfant succombe dans le coma à onze heures du soir.
Autopsie faite le 1% janvier 1891, — Poids de l'enfant: 74,70.
Thoraz. — Cœur, rien.
Poumons.— À droite lésions de pleurite à la base et dans les espaces interlobaires ; à l’intérieur du poumon, nombreuses granulations grises autour desquelles le tissu pulmonaire est très peu congestionné.
Abdomen. — Foie, 510 grammes ; coloration peu foncée, aspect graisseux par endroits. Toute Ja surface extérieure du foie est parsemée de granulations tuberculeuses saillantes, ayant le volume d’une tête d'épingle. Ces granulalions sont moins jaunes qu’à l'ordinaire ; elles ont, par endroits, l'aspect de grains de sagou ; en d’autres points on constate autour des granulations une zone claire, transparente, comme s'il s'était fait autour d'elles une infiltration œdémateuse.
Rate, 30 grammes ; granulations nombreuses dans l’intérieur du tissu splénique ; à la surface quelques plaques de splénite.
Reins, présentent, tant à leur surface extérieure que dans leur épaisseur, quelques rares granulations tuberculeuses.
Cerveau. — Pas de méningite à la base; pas d’œdème, mais il existe le long de la scissure de Sylvius et, sur la zone motrice, de nombreuses granulations au milieu d’une nappe purulente. Dans la substance cérébrale on trouve à gauche quelques granulations jaunâtres qui sont situées dans la région des centres des mouvements du bras et de la jambe.
Ogs. XVII (personnelle). — Deux ans. Tuberculose généralisée.
M... (Albert), deux ans, entré le 19 mars, salle Valleïx, n° 9, mort le 20 mars. \
Cet enfant était en pleine méningite; il a succombé le lendemain de son entrée ; à l’autopsie on à trouvé des lésions de tuberculose géné-
ralisée.
Le 11 décembre, la femme Miller entre salle Valleix, n° 11, avec sa
petite fille née le 3 mai 1890. Cette enfant présente tous les signes d’une tuberculose généralisée ; elle s’amaigrit de jour en jour; la maladie évolue très vite sous nos yeux. Le 25 décembre, la mère, voyant que son enfant allait mourir, quitte le service. L'enfant a succombé quelques jours après.
Oss. XVIII (personnelle). — Tuberculose des poumons, de la plèvre médiastine, du péricarde. Foie cardiaque et luberculeux. Tuberculose cérébrale el méningée.
Barotte (Edmond), dix ans, entré salle Bouchut, le 22 juin 1891.
Antécédents héréditaires. — Père bien portant, quarante-neuf ans; mère bien portante, trente-neuf ans.
Personne ne tousse dans la famille.
Antécédents personnels. — Né à terme. Élevé au biberon. Fluxion de poitrine à deux ans. Rougeole à trois ans. Scarlatine à six ans, accompagnée d’anasarque généralisée. Depuis, pas d’autres maladies.
Souffrant depuis un mois environ et soigné par un médecin pour une fièvre muqueuse.
Au moment de l'entrée, on constate tous les signes d’une péricardite avec phénomènes d'oppression, de suffocation, qui nécessitèrent, dès le lendemain de son entrée, une ponction (150 grammes de liquide hémorragique). L'enfant éprouva un soulagement immédiat. Le lendemain, on constata les signes d’épanchement dans la plèvre gauche. Une ponction exploratrice donna issue au même liquide hémorragique. On acquit ainsi la certitude qu'il ne s'était pas agi d'une péricardite, mais d’une plewrésie médiastine.
Les suites furent des plus simples; l'enfant se remit complètement : il quitta l'hôpital et alla en convalescence à la Roche au commencement du mois d'août. .
Rien d’anormal ne fut observé pendant les mois d'août et de septembre ; on remarqua que l'enfant courait moins bien que ses camarades, qu'il s’essoufflait facilement.
Bientôt l'enfant alla moins bien; son ventre augmentait de volume, il avait des palpitations, la respiration était de moins en moins facile. On dut le reconduire aux Enfants-Malades. Il entra salle Bouchut le 13 octobre.
On trouva à ce moment le foie hypertrophié, des battements cardiaques inégaux, irréguliers, insuffisants, avec une ondulation de la paroi (symphyse probable). Il y avait en outre un œdème généralisé ; l’urine contenait de l’albumine.
Le diagnostic porté fut : asystolie avec congestion hépatique et rénale.
Dans la journée du 13, l'enfant fut pris de convulsions généralisées qui furent attribuées à une attaque d’urémie {insuffisance rénale et hépatique).
Traitement : inhalations de chloroforme, saignée de 100 grammes.
Il y eut une amélioration rapide sous l'influence de ce traitement. L’enfant resta cependant dans un état demi-comateux, reconnaissant mal ceux qui l’entouraient. La respiration était plus régulière, les battements car-
diaques plus forts. L’œdème disparut les jours suivants avec l’albuminurie et l’enfant reprit peu à peu sa physionomie normale.
Vers la fin d'octobre et au commencement de novembre, il fut envahi par une somnolence progressive. De nouvelles attaques convulsives apparurent accompagnées de céphalalgie, d'inégalité pupillaire, d'un léger degré de strabisme.
La persistance de ces accidents, leur prédominance du côté droit firent penser à une tuberculose cérébrale ou méningée.
L'enfant mourut le 10 novembre.
Autopsie. — Épaississement des deux feuillets du péricarde. Lésions habituelles de la péricardite tuberculeuse.
Ganglions tuberculeux trachéo-bronchiques. Adhérence de la plèvre médiastine droite et du péricarde; fines granulations tuberculeuses quand on les détachait l’un de l’autre.
Tuberculose du poumon droit.
Plaque de méningite tuberculeuse à gauche, dans la région du pli courbe, correspondant à un tubercule ancien, plongeant dans la substance céré-
brale.
Foie cardiaque, énorme. Pas de granulations tuberculeuses à l'œil nu.
Reins congestionnés.
Réflexions. — Cette observation, que nous avons résumée le plus possible, est une des plus intéressantes que nous ayons rencontrée.
Voilà un enfant de dix ans, né de parents sains, qui meurt, après cinq ou six mois de maladie, de méningite tuberculeuse, provoquée par la présence dans le cerveau d’un tubercule ancien qui semble être chez cet enfant, avec les ganglions bronchiques, la localisation tuberculeuse la plus ancienne. Ce pelit malade à fait, en même temps qu’une pleurésie médiastine, une péricardite tuberculeuse terminée par symphyse. Cette symphyse a amené de l’asystolie, qui a eu pour conséquence une cirrhose hépatique et peut-être une cirrhose rénale. Dans le foie ainsi hypertrophié, se sont développés des tubercules. On n'en voyait pas à l'œil nu, mais on en a trouvé au microscope (examen fait par M. Hutinel).
Os. XIX (personnelle). — Tuberculose diffuse. Tuberculose intestinale avec ulcérations. (Pas de diarrhée pendant la vie.) Tatin (Henri), huit mois, entré à la crèche de l'hôpital des Enfants -Malades,
le 15 novembre 1891.
La mère tousse; elle a de l’æœdème des jambes.
L'enfant est né à terme ; il à toujours été malade; il tousse continuellement ; il a beaucoup maigri en ces derniers temps.
Il a été nourri au sein par la mère pendant quelque temps, puis au bibe-
ron à la campagne (lait de vache).
Au moment de l'entrée l'enfant présente le facies d'un tuberculeux. Son ventre est ballonné. Il n’a ni vomissements, ni diarrhée. La température est normale.
Foie légèrement hypertrophié. Rate augmentée de volume. Polymicro-adénopathie.
L'enfant succombe le 19 novembre; il s'éteint tranquillement, sans convulsions, sans fièvre.
Pendant son séjour à la crèche il avait un appétit vorace; il buvait beaucoup de lait et très vite. Il n’a jamais eu ni vomissements, ni diarrhée.
Autopsie, le 21 novembre.
Poumons infiltrés de granulations tuberculeuses d’un gris blanc à la coupe.
Ganglions caséeux inter-trachéobronchiques. Adhérences pulmonaires.
Cœur, sain.
Foie. — Semis de fines granulations grises visibles surtout sur la face connexe de l’organe.
Rate. — Granulations tuberculeuses.
Les épiploons gastro-hépatique'et splénique contiennent de volumineux ganglions.
Rein. — Masse d'aspect caséeux dans la partie inférieure d’une pyramide de Malpighi.
Intestin. — Immédiatement contre le bord adhérent de l'intestin grêle, ganglions volumineux, de coloration rosée.
Près de l'insertion du mésentère, masses ganglionnaires volumineuses.
À l'ouverture du tube intestinal : ulcérations siégeant dans toute l’étendue de lintestin grêle, surtout marquées dans la dernière portion : ces ulcérations de forme losangique, à bords saillants, laissent voir un fond rosé, congestionné. Le processus ulcératif est moins avancé ailleurs et se traduit par une congestion vive de la muqueuse qui recouvre les follicules.
Cerveau.— Tubercules jaunes à centre caséifié dans le genou de la capsule interne, et à la partie inférieure de la couche optique.
Réflexions. — Cette observation est intéressante à deux points de vue : 1° par l'étendue des lésions tuberculeuses et leurs localisations au niveau de l'intestin. Nous avons rencontré rarement la tuberculose intestinale chez les jeunes enfants; nous ne l'avons jamais vue aussi profonde, aussi étendue que dans ce cas; 2° par l'absence de réaction (pas de fièvre, pas de vomissements, pas de diarrhée).
O8s. XX (personnelle). — Tuberculose pulmonaire. Congestion pulmonaîre.
Fabre (Alexandrine), huit ans, entrée le 19 février 1891, salle Parrot, lit n° 20.
Antécédents héréditaires. — Père, trente-huit ans, buveur. Grand-père,
asthmatique, mort à cinquante-huit ans. Grand'mère, morte à soixantedouze ans; bien portante.
Mère, trente-trois ans, a eu dix enfants dont quatre fausses couches ; un enfant est mort en bas âge; bien portante. Grand-père, mort à soixantetreize ans; bien portant. Grand’mère, morte à soixante-huit ans ; bien portante.
Antécédents personnels. — Élevée à la campagne au biberon. Sevrée à dix mois. Pas de maladies antérieures. L'enfant n’a pas eu la rougeole. Depuis plusieurs jours, elle habitait avec deux de ses sœurs qui avaient la rougeole.
Début de la maladie. — Depuis trois semaines, l’enfant est malade, elle tousse continuellement, n’a aucun appétit. Le sommeil est agité.
A la percussion en avant, son de pot fêlé sur la clavicule droite, matité à gauche. En arrière, matité à droite, exagération de la tonalité à gauche.
Auscultation : En avant, à gauche, respiration rude, saccadée, soufflante; à droite, gargouillements. En arrière, à gauche, souffle tubaire ; à droite, souffle caverneux. Souffle au niveau de la bifurcation de la trachée.
Adénopathie cervicale et axillaire double.
Dyspnée (70 à 80 par minute). Pouls, 168.
Pas de diarrhée.
Pas de troubles pupillaires.
On fait le diagnostic de tuberculose pulmonaire arrivée à la période de ramollissement.
21 février. L'état de la malade s'aggrave. La dyspnée augmente. Les deux poumons sont remplis de râles sous-crépitants.
26 février. L'enfant, très cyanosée, est en proie à une dyspnée considérable qu’on explique par le développement d’une congestion pulmonaire qui ajoute ses effets à ceux des lésions tuberculeuses.
Piqüres de caféine. Sulfate de quinine.
Pendant deux jours, l'enfant reste dans le coma; les piqûres de caféine seules la soutiennent.
Le 28 février, l'enfant est moins cyanosée, la dyspnée s’amende. Les jours suivants, l'amélioration s’accentue très notablement.
La poussée de congestion pulmonaire ne tarde pas à disparaître complètement.
Pendant qu’a évolué cette congestion pulmonaire, la température a présenté des oscillations très prononcées (de 36 à 41 degrés).
Au mois d'avril, la température est devenue normale. L'enfant, très amaigrie, a pu s’alimenter.
Le 15 avril, on a commencé des injections sous-cutanées de créosote qui ont été continuées pendant les mois d'avril et de mai.
Le 6 juin, l'enfant a quitté l'hôpital, très engraissée. Elle présentait encore aux sommets des signes de tuberculose pulmonaire, mais moins accentués qu’au début. Dans le reste des poumons, on ne percevait plus aucun
râle.
Réflexions. — L'état de cette enfant était si grave qu'on avait
porté le diagnostic de granulie. La guérison des accidents, la disparition complète des signes de congestion pulmonaire, montrent que celle-ci n’était pas de nature tuberculeuse. S'il s'était agi de tuberculose, la mort eût été certaine, ou bien on aurait constaté tout au moins, après la disparition des accidents aigus, une aggravation des lésions tuberculeuses. C'est le contraire qui a été ob-
servé.
Oss. XXI (personnelle). — Tuberculose diffuse. Mort par broncho-pneumo-
nie non tuberculeuse.
Lachot (Blanche), âgée de quatre ans, entrée le 6 mai 1891, salle Parrot,
lit n° 43.
Antécédents héréditaires. — Père, trente-sept ans, buveur.
Grand-père, grand'mère, pas de renseignements.
Mère, vingt-huit ans, bien portante. Elle a perdu deux enfants, l’un du croup, l'autre du carreau. Elle a deux autres enfants bien portants.
Grand-père, vigoureux, mort d'accident. Grand'mère, morte de péritonite à la suite de couches.
Antécédents personnels. — Née à terme. Élevée au biberon. Sevrée à seize mois. Première dentition normale. Pas de rougeole. :
Début de la maladie. — Depuis deux mois l'enfant tousse beaucoup. Elle a perdu l'appétit. Vagues douleurs dans les deux fosses iliaques.
L'enfant est assez grande, mais en très mauvais état. Le thorax est étroit. Le système pileux est très développé. Adénopathie légère au cou, aux aisselles, aux aines.
A la percussion : en avant, submatité au sommet gauche, matité à droite. En arrière, matité au sommet droit.
A l’auscultation : en avant à droite, gros râles muqueux, respiration soufflante. À gauche respiration soufflante. En arrière à droite, râles muqueux et respiration soufflante dans les deux tiers supérieurs du poumon. A gauche, léger souffle.
10 mai. L'état est stationnaire. Un peu de dyspnée. Vésicatoire à droite
en arrière.
15 mai. À gauche, la respiration est très soufflante. Dyspnée. Vésicatoire
en avant à gauche.
17 mai. La dyspnée est considérable. A droite, mêmes signes; à gauche, nombreux râles dans toute la hauteur du poumon. L'enfant est cyanosée. Piqûres de caféine, ventouses.
20 mai. L'enfant meurt.
Autopsie. — Poumon droit : pleurite interlobaire. À la partie moyenne
du poumon, tubercules avancés. Les bronches sont dilatées et remplies d’un pus caséeux. Nombreuses lésions de broncho-pneumonie banale en différents points.
Les ganglions du hile sont complètement ramollis. Poumon gauche : pas de pleurite interlobaire. Lésions de broncho-pneumonie.
Le foie est gras. Quelques granulations tuberculeuses à la surface. Elles
semblent entourées d'une zone d'œdème. A la coupe, le foie est gras. Pas de granulations intérieures. Pas de tuberculose du côté des voies biliaires.
La rate est parsemée d'une quantité de granulations tuberculeuses à l'intérieur et à l'extérieur.
Rein, rien d’appréciable.
L'examen bactériologique (frottis sur lamelles, cultures — pas d'inoculations) a révélé la présence de streptocoques dans les foyers de bronchopneumonie qui avoisinaient les tubercules. Sur les lamelles on n'avait trouvé aucun rmicro-organisme bien défini; il n’y avait pas de bacilles de Koch.
L'inoculation aux animaux eût été nécessaire pour affirmer que dans les points de broncho-pneumonie il n’y avait pas de bacilles tuberculeux.
La ressemblance de ce cas avec d’autres que nous avons observés, avec ceux de Duflocq et Ménétrier (broncho-pneumonie à pneumocoques), nous fait croire à la nature non tuberculeuse de cette broncho-pneumonie.
Os. XXII (personnelle). — Broncho-pneumonie tuberculeuse à la suite de la rougeole.
Foin (Albertine), trois ans et demi.
Entrée salle Husson, n° 2, le 14 avril 1891, pour une bronchite légère. Enfant bien constituée, non chétive.
Contracte la rougeole dans le service, et passe au pavillon des rougeoleux le 23 avril, en revient le 17 mai.
A ce moment, on constate de grandes modifications dans l'état de l'enfant. Elle est amaigrie, elle tousse beaucoup.
Il y a de la matité dans le poumon droit; la respiration y est soufflante et l’auscultation y révèle, ainsi que du côté opposé, de nombreux râles sous-crépitants.
L'enfant va en s’amaigrissant. Elle succombe le 25 juin 1891.
A l’autopsie, on trouve des lésions de tuberculose généralisée. Ce qu’il y à d'intéressant à noter, c’est l’état particulier du poumon droit. Il est transformé en un bloc d’hépatisation qui plonge au fond de l’eau. On trouve, à la coupe de ce poumon densifié, de nombreuses granulations tuberculeuses, des tubercules entourés partout d’un tissu hépatisé (bacilles de Koch).
Le poumon gauche présente les lésions de l’infiltration tuberculeuse, c'est-à-dire qu'il existe de nombreuses granulations tuberculeuses autour des bronches; le tissu pulmonaire est à peine congestionné autour d'elles.
L'examen bactériologique immédiat permet de reconnaître l'existence de nombreux micro-organismes au milieu du bloc d’hépatisation. Les cultures donnent quantité de streptocoques et de staphylocoques. Sur les coupes nettes du tissu pulmonaire hépatisé, on retrouve, par places, ces microorganismes.