DIE
Père, bien portant.
Mère, bien portante.
L'enfant, nourri au sein jusqu’à dix mois, puis au lait, n’a jamais fait de maladies. Il est souffrant depuis trois semaines : diarrhée, ophtalmie, otorrhée séreuse ; amaigrissement très prononcé. Depuis huit jours l’état s’est aggravé.
Au moment de l’entrée, l'enfant est amaigri ; sa face est livide, ses yeux sont excavés. La langue est sèche, blanche; le ventre est ballonné; le foie est douloureux. Quelques vomissements ; diarrhée verte très odorante.
Il y a de la submatité aux deux bases des deux poumons et de nombreux râles sous-crépitants. Temp., 37 degrés matin, 39 degrés soir.
L'état s'aggrave les jours suivants. Tandis que les mêmes signes persistent aux poumons, la diarrhée augmente, le ventre se rétracte, les extrémités se refroidissent.
L'enfant succombe le 24 février à sept heures du matin.
23 février. — Temp. matin, 38°,2; soir, 38°,4.
24 février. — Temp., 38 degrés.
Le diagnostic porté avait été : entérite infectieuse due sans doute à une alimentation viciée et trop abondante chez un enfant qui jusque dans ces derniers temps avait été nourri au lait. (Afin d’aller à son travail, la mère avait placé depuis un mois, un mois et demi, son enfant dans une crèche.)
Autopsie faite le 25 février 1890. Poids : 7k5,450.
THorRAx. — Cœur, rien.
Poumons, non tuberculisés, congestionnés au niveau des bords postérieurs, emphysémateux au niveau des bords antérieurs. Lésions de broncho-pneumonie aux bases ; par les bronches s’écoule un liquide purulent.
Il existe des Zésions tuberculeuses en deux points :
19 Dans le sillon interlobaire gauche où l'on voit de fines granulations;
20 Dans les ganglions bronchiques qui sont tuméfiés et qui contiennent un semis très appréciable à la vue de fines granulations tuberculeuses.
La pulpe de ces granulations examinée au microscope contient des bacilles de Koch.
ABDOMEN. — Aute, 30 grammes; foie, 350 grammes, gras. Pas de tuberculose.
Intestins : la muqueuse est enflammée.
CERVEAU. — Pas de tuberculose.
On peut se demander s’il s’est agi dans ce cas d'une entérite infectieuse survenue chez un enfant qui commençait à se tuberculiser, ou bien si les phénomènes observés n’ont pas été simplement l'expression d’une infection tuberculeuse intense? C’est cette seconde manière de comprendre les faits qui nous paraît être la bonne.
Comme on peut s’en convaincre par la lecture de cette observation et par celles publiées par M. Landouzy, la fièvre infectieuse tuberculeuse suraiguë affecte pendant la vie moins l'expression symptomatique d’une affection pulmonaire que celle d’une maladie géné-
2-09 rale dénoncée par la fièvre, les vomissements, la diarrhée, l’amaigrissement.
Après quelques jours de malaise, la fièvre s'établit et avec elle des phénomènes typhiques. L'enfant, qui a maigri très rapidement, est abattu; sa peau est sèche; ses yeux sont excavés. La langue est rôlie ; la soif est vive; il y a généralement des vomissements, mais ceux-ci peuvent manquer; par contre la diarrhée est intense. Les selles sont fréquentes et habituellement fétides.
Le ventre ballonné est douloureux. Le foie, légèrement hypertrophié, est sensible à la pression. La rate ne présente pas encore de modifications à la percussion.
Aux poumons on trouve, avec un peu de submatité aux deux bases, des râles sous-crépitants, un souffle quelquefois ; mais jamais les lésions ne sont suffisamment accentuées pour qu'on puisse expliquer par elles l’état dans lequel se trouve l'enfant.
Du côté du système nerveux, on ne note rien de particulier. Le petit malade est dans un état d’abattement profond, que l'intensité de l'infection explique aisément.
La marche de la maladie est rapide, et au bout de très peu de jours l’enfant succombe. La diarrhée a continué toujours abondante, l'abattement s’est accentué, en même temps que l'infection de l'organisme augmentait.
Cette courte description montre que la tuberculose dans sa forme suraiguë évolue avec les allures d’une maladie générale et qu'à aucun moment 1l n’est possible de trouver dans un des organes, dans les poumons par exemple, des altérations suffisantes pour qu'on puisse affirmer la nature tuberculeuse de l'infection.
Le diagnostic de cette forme est donc à peu près impossible; on ne peut le baser que sur des probabilités.
Chez notre petit malade, nous avions pensé à une entérite infectieuse, bien que notre enquêle ne nous ait pas révélé de graves fautes commises dans l'hygiène alimentaire, et nous aurions conservé ce diagnostic, si l’autopsie n’était venue nous révéler dans certains points du poumon et dans les ganglions bronchiques des lésions tuberculeuses récentes, en pleine évolution. Les granulations grises pleurales, et le semis qu'on trouvait dans le tissu ganglionnaire, contenaient de nombreux bacilles de Koch et nous