LÉSIONS DES VAISSEAUX
traordinaire; la coupe de la muqueuse montrait de véritables lacs sanguins remplis par une accumulation de globules rouges ; les gros troncs sous-muqueux étaient également plus volumineux qu'à l'état normal.
Cette hypérémie, qu'on observe dans la première phase, fait promptement place à un état inverse, et c'est précisément par la rareté des vaisseaux que se font remarquer les tissus atteints par la tuberculose, dans le pharynx aussi bien que dans les autres organes.
D'une manière générale, quand on examine une portion d'un pharynx tuberculeux, on est frappé de la rareté des vaisseaux, et surtout des vaisseaux de petit cahbre. La muqueuse est pâle, décolorée ; à la coupe, les granulations se montrent logées dans un tissu qui ne contient httéralement pas de vaisseaux.
Plus profondément, on retrouve des vaisseaux, volumineux, ayant leur forme normale, coupés transversalement ou obhquement; — ces vaisseaux, au voisinage desquels on remarque des groupes de granulations tuberculeuses, sont ordinairement enflammés : ils sont le siège d'une endartérite manifeste, et leur tunique interne est épaissie; — leur calibre est souvent oblitéré d'une manière complète par un coagulum granuleux, pâle, dans l'épaisseur duquel on distingue un certain nombre de globules blancs, reconnaissables à leur forme et à leurs noyaux.
Quelle est la marche ultérieure du processus qui aboutit à la disparition des vaisseaux? Nos observations personnelles ne nous fournissent pas de réponse précise à cette question. D'après M. Cornil, les parois vasculaires sont envahies par l'inflammation tuberculeuse, subissent la transformation embryonnaire et se confondent avec la granulation qui les enveloppe ; il reste un coagulum fîbrineux, englobant des leucocytes et des cellules de l'endothéHum vasculaire qui lui forment une sorte de couronne; ainsi sont constitués les corps
volumineux, d'apparence cellulaire, que l'on désigne sous le nom de cellules géantes.
Cette manière de voir est loin d'être admise par tout le monde, et, dans ces dernières années surtout, on a envisagé les cellules géantes à des points de vue fort différents, et on a édifié, pour expliquer leur rôle et leur mode de développement, des théories fort nombreuses.
Tandis que MM. Cornil et Thaon n'y voulaient voir que des oblitérations vasculaires, Brodowsky, Malassez en faisaient des corps angio-plastiques, rudiments de vaisseaux très analogues aux cellules vaso-formatives découvertes par M. Ranvier; enfin Schiippel, Kôster et plusieurs autres ont voulu y voir l'élément fondamental et primordial du tubercule, le noyau de formation de la granulation tuberculeuse.
Que faut-il penser de ces théories? En présence d'opinions aussi variées soutenues par des histologistes d'une compétence égale, la discussion serait permise; mais nous n'aurons pas la témérité de prétendre trancher une question aussi difficile. Nous nous bornerons à quelques remarques applicables au sujet spécial que nous étudions.
Si les cellules géantes étaient dues à des oblitérations vasculaires, elles devraient se montrer surtout dans les organes pourvus normalement d'une grande quantité de vaisseaux; leurs dimensions ne devraient pas dépasser le calibre ordinaire de ces vaisseaux; enfin on devrait obtenir fréquemment des coupes longitudinales, parallèles à l'axe des vaisseaux oblitérés, et par conséquent les coagulations devraient se présenter sous la forme de cyhndres très allongés.
Or, sur les nombreuses pièces que nous avons étudiées, les cellules géantes, rares et difficiles à découvrir dans la muqueuse pharyngienne infiltrée de tubercules, se sont montrées en très grand nombre dans le tissu adénoïde des amygdales et dans les ganglions lymphatiques ; souvent dans ces organes nous les avons vues former des groupes si considérables qu'il