LÉSIONS DES MUSCLES
teint par la tuberculose. — Rien n est plus rare que la tuberculisation spontanée des muscles, et même, dans les cas d'ulcération tuberculeuse des muqueuses, la tunique musculeuse sous-jacente est presque toujours relativement intacte.
Cependant, il est des cas, tels que ceux d'ulcération tuberculeuse de la langue, où les faisceaux musculaires sont profondément altérés, non seulement par compression ou par refoulement, mais aussi par dégénérescence spéciale du tissu propre ; plusieurs auteurs ont donné de ces altérations des descriptions détaillées (1).
Nous avons observé dans le pharynx des lésions analogues, qui n'ont pas encore été décrites, et qui nous ont paru assez intéressantes pour mériter une mention particulière.
Quand la tuberculisation du pharynx est aiguë et intense^ elle ne se limite pas aux couches superficielles, à la muqueuse et aux tissus sous-jacents; elle envahit les muscles et pénètre à une profondeur qui peut dépasser un centimètre. Il est probable que, dans ces cas, l'infection tuberculeuse suit les voies lymphatiques, mais il ne nous a pas été possible de le démontrer.
Quoi qu'il en soit, on remarque des groupes de granulations disséminées entre les faisceaux musculaires, occupant le tissu conjonctif et élastique abondant qui les sépare. — Ces granulations ont ordinairement le caractère embryonnaire, siègent de préférence au voisinage des vaisseaux, et ne présentent en un mot rien du tout de particulier.
Mais dans un degré plus avancé on voit les faisceaux être envahis par une prolifération cellulaire qui sépare les fibres musculaires les unes des autres. Celte prolifération semble se faire aux dépens des noyaux du sarcolemme qui sont déformés et multipliés. Les faisceaux primitifs, étouffés par la néofor-
(1) Nedopil, Ueher das tiiberkulôse Zungengcschwûr (Arch» fur Klin. Chirurgie. Band XX. 1870*
mation, sont atrophiés et amaigris ; vus dans leur longueur, ils paraissent bosselés et moniliformes ; ils sont rompus en beaucoup d'endroits ; ils ne présentent plus de traces de striation transversale, leur substance propre semble avoir subi la dégénérescence vitreuse.
Vus dans le sens transversal, les mêmes faisceaux musculaires se présentent sous un aspect tout différent: ils sont transformés en nodules irréguliers, constitués par des amas d'éléments embryonnaires déformés et ratatinés et affectant quelque analogie avec de grosses granulations. — Au milieu de ces amas, on distingue de petits blocs irréguliers de substance musculaire; ces fragments isolés, qui ont résisté à la destruction, sont d'une coloration jaunâtre et d'une transparence presque hyaline ; ils ressemblent beaucoup à des cellules géantes, mais sont entièrement dépourvus de noyaux.
Ces tubercules musculaires se voyaient en grand nombre dans le pharynx de l'individu qui fait le sujet de notre observation III. Leur évolution ultérieure paraît rappeler beaucoup celle des vraies granulations ; en effet, les uns se caséifient, d'autres subissent la transformation fibreuse et s'atrophient consécutivement. (Voy. Pl. Il, fig. 1).
E. Lésions des vaisseaux sanguins. — Nous avons déjà signalé chemin faisant la plupart des altérations vasculaires qui se rencontrent dans l'angine tuberculeuse. — Mais il est nécessaire d'y revenir, d'autant plus que nous allons nous trouver ici en face d'opinions très controversées.
Dans les phases tout à fait initiales de la tubercuhsation pharyngée, il se fait une congestion assez intense autour des produits de nouvelle formation ; les vaisseaux, distendus par le sang, augmentent de calibre, les capillaires deviennent flexueux et variqueux. Cet état est surtout prononcé lorsque la tubercuhsation atteint les folhcules clos, et donne naissance à cette forme particulière defolhculite aiguë que nous avons décrite. Dans le cas que nous avons étudié, la distension des vaisseaux était ex-