LÉSIONS DES LYMPHATIQUES
nis et comme noyés dans une substance amorphe abondante, jaunâtre, d'aspect colloïde, formant une masse indistincte qui commençait à se segmenter en blocs polyédriques offrant d'une manière frappante les caractères des cellules géantes.
Cette théorie, appuyée par les faits, est aussi d'accord avec la physiologie pathologique. Bien mieux que toutes les autres elle répond à ce que nous savons de l'histoire du tubercule, elle explique comment les cellules géantes se trouvent également dans le lupus, dans les gommes et dans diverses inflammations dégénératives. — En admettant que les cellules géantes sont le produit d'une aberration de nutrition, on conçoit comment elles peuvent affecter une vitalité propre, se modifier dans leur forme, pousser des prolongements, mais sans atteindre jamais un degré élevé d'organisation, et destinées fatalement à subir la dégénérescence graisseuse à laquelle les éléments qui la composent ont échappé pour un temps.
Le lecteur excusera cette digression un peu longue, qui nous a semblé justifiée par l'importance de la question en litige (1).
F. Lésions des lymphatiques. — Les altérations des vaisseaux blancs sont beaucoup moins aisées à voir que celles des
(1) Dans une communication récente à la Société anatomique, sur la tuberculisation des glandes muqueuses de la trachée, M. Cornil s'est rallié implicitement à la théorie que nous venons de développer ; il admet en effet la genèse des cellules géantes par coalescence des éléments cellulaires renfermés dans les acini.
■ De son côté, M. V. Hanot, dans sa Bévue critique sur la phthisie pulmonaire {Arch. de médecine, oc{. 1879), résume ainsi les opinions du professeur Charcot sur la nature des cellules géantes : 1° la cellule géante est constituée dans le principe par un amas d'éléments cellulaires tassés les uns contre les autres, et forme ainsi une petite masse endothéhale ; 2° les éléments constituant cette petite masse subissent une modification particulière, qu'on peut appeler vitreuse, ayant pour effet d'amener l'accolement, puis la fusion des différentes cellules qui en sont atteintes, pendant que les noyaux de ces cellules entrent en prolifération active; 3° cette transformation intense qui a pour aboutissant la caséifîcation procède ici du centre à la périphérie de l'amas cellulaire, ce qui explique les différents aspects que présente la cellule géante sur les coupes.
\aisseaux sanguins, en raison même de la difficulté que l'on éprouve à distinguer les lymphatiques à l'état normal. Dans beaucoup de cas, on voit à la périphérie des granulations tuberculeuses des traînées embryonnaires disposées parallèlement à la surface de la muqueuse, affectant un certain ordre et limitées par des rangées de cellules plates. Ces espaces, envahis par le tubercule, paraissent être des espaces lymphatiques.
Les lésions des vaisseaux de plus fort calibre peuvent quelquefois être aperçues. — Dans notre observation V, sur une préparation de la paroi latérale du pharynx, nous avons vu un gros vaisseau bosselé, noueux, rempli de matière caséeuse, partir d'un follicule isolé devenu tuberculeux, et se diriger parallèlement à la surface delà muqueuse, ensuivant sa couche profonde.
11 est probable, sans qu'on puisse néanmoins l'affirmer, que, dans les cas où la tunique musculeuse est envahie, oii des granulations tuberculeuses se développent d'abord au voisinage des faisceaux musculaires puis dans l'épaisseur même de ces faisceaux, il est probable, disons-nous, que cet envahissement est dû à une infection par les lymphatiques, qui servent de voie à la propagation du tubercule.
Les ganglions auxquels vont se rendre les lymphatiques des parties affectées sont, comme on l'a vu , les ganglions rétro-pharyngiens pour la face postérieure et la portion supérieure du pharynx, les ganglions de l'angle de la mâchoire pour les amygdales. — Ils sont presquetoujours atteints par l'altération, et la reflètent à leur tour fidèlement. Dans les cas très aigus, où l'ulcération de la muqueuse donne heu rapidement à un travail inflammatoire intense, les ganghons lymphatiques s'enflamment à leur tour, qu'ils soient ou non déjà envahis par un commencement de tuberculose. Il se produit alors une prolifération diffuse et intense des cellules lymphatiques bientôt suivie de désagrégation du tissu adénoïde^ qui se ramolht par
ÉTIOLOGÎE.
destruclion du réticulum, el subit la transformation purulente. — • Un abcès se forme dans son épaisseur; en même temps la capsule entlammée s'épaissit, et, lorsque le pus s'est frayé un jour à l'extérieur, le ganglion est transformé en une coque fibreuse dont les parois s'affaissent.
11 en est autrement dans les formes subaiguës et chroniques : ici pas d'irritation inflammatoire, mais une infection tuberculeuse des ganglions correspondant à la lésion gutturale. — Des granulalions se forment, d'après le mécanisme et avec les caractères que nous avons indiqués à propos de la tuberculose des amygdales : des zones de dégénérescence s'accusent au milieu du tissu adénoïde, s'élargissent peu à peu et finissent par se confondre ; de nombreuses cellules géantes se voient à la périphérie de cette zone, autour de laquelle on voit parfois le tissu du ganglion devenu fibreux. — L'ensemble, examiné sur une coupe colorée au picro-carminate, présente très exactement l'aspect d'une carte de géographie, dans laquelle des îlots irréguliers sont formés par les granulations tuberculeuses rapprochées et confondues en beaucoup de points, laissant entre elles des espaces polygonaux de tissu adénoïde normal fortement coloré en rouge par le carmin.
Ces lésions n'offrent rien de spécial ; on les trouvera partout décrites : nous ne croyons donc pas devoir nous y arrêter davantage.