‹ De la tuberculose du pharynx et de l'angine tuberculeuseChapitre 24 sur 43 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

ÉTIOLOGIE.

Pour étudier dans son ensemble Fétiologie de la tuberculose pharyngée, il faudrait refaire l'histoire si complexe des causes de la tuberculose en général : travail assurément fort inutile

et qui ne serait ici guère à sa place. — Nous nous bornerons à rechercher quelles sont les conditions particuhères qui favorisent la localisation du tubercule sur la gorge.

La fréquence absolue de l'angine tuberculeuse ne paraît pas très grande, à en juger par le petit nombre des observations que renferment les recueils scientifiques. D'après Fraenkel (1), les registres statistiques de l'Institut pathologique de Berlin pendant les années 1865 et 1866 ne relèvent, sur 150 autopsies de tuberculeux, qu'un seul cas d'ulcérations tuberculeuses du pharynx. — Nous avons cité ailleurs (page 10) les statistiques de Louis et de ses élèves, qui tendent également à faire regarder la tuberculose pharyngée comme très rare.

Cependant, depuis que l'attention a été appelée sur cette affection, les cas se sont multipliés, et les observateurs qui ont voulu s'en occuper n'ont pas eu beaucoup de peine à en réunir plusieurs exemples. — L'angine tuberculeuse est donc moins rare qu'on ne le suppose : mais, il faut bien le dire, on ne cherche pas assez ; on se contente d'observer les cas types, ceux dans lesquels l'intensité des troubles fonctionnels appelle immédiatement l'attention du côté de la gorge ; — on laisse très bien passer inaperçus les faits moins évidents, et ceux très communs oii l'angiue tuberculeuse accompagne la phthisie laryngée, et oii l'aphonie, la toux, le cornage dominent le tableau symptomatique.

Nous trouvons la preuve de ce que nous avançons, dans les résultats obtenus par l'emploi du laryngoscope, qui permet une exploration détaillée de la cavité pharyngienne. Navratil (2), dans un compte rendu de ses travaux laryngoscopiques, affirme avoir trouvé 20 fois des ulcérations tuberculeuses dans le pharynx, sur 246 sujets dont le larynx était malade.

(1) Loc.dt.^Berl. med. Wochenschr.^ 1876.

(2) Navralilj Études laryngoscopiques. Leipzig, 1871, p. 28.

ÉTIOLOGIE.

De son côté, Wendt (1), après avoir constaté la rareté des faits d'angine tuberculeuse connus dans la science, dit avoir trouvé assez fréquemment à l'autopsie des ulcérations tuberculeuses du pharynx, et surtout de la portion nasale, qui étaient restées ignorées pendant la vie.

Les conditions prédisposantes de la localisation de la tuberculose sur la gorge ne seront bien connues que lorsque la statistique sera devenue plus considérable.

Au point de vue de Vâge, on peut dès à présent affirmer que l'angine tuberculeuse se rencontre surtout à l'âge moyen de la vie, qu'elle est rare chez l'enfant et encore plus chez le vieillard. — Sur 35 observations dans lesquelles l'âge des malades est mentionné, nous en trouvons M entre 25 et 40 ans, 3 chez des enfants de moins de 10 ans ; enfin 2 seulement après 60 ans.

Le sexe ne paraît pas exercer d'influence bien notable; cependant les malades que nous avons observés étaient tous des hommes, à l'exception d'un seul, la vieille femme de l'observation IV, chez laquelle la tuberculose pharyngée, consécutive à celle du larynx, n'avait pas dépassé le premier degré. — Sur 43 observations dans lesquelles le sexe est indiqué, nous trouvons 29 hommes et 18 femmes.

L'influence de la profession n'a pas été étudiée par les auteurs, et nos propres observations ne nous ont fourni sur ce point aucun résultat qui mérite d'être signalé.

On le voit, nous ne savons presque rien sur les causes prédisposantes de l'angine tuberculeuse. — Sommes-nous plus instruits des causes déterminantes!

On a déjà yu que l'angine tuberculeuse était rarement primitive et isolée; — presque toujours elle se montre dans le cours d'une tubercuhsation pulmonaire. Dans ces conditions, il est naturel de supposer a priori que, sous l'influence d'une

(I) Ziemssen's fifmcJôwc/i, t. Vil, p. 294 et suiv.

irritation habituelle portée sur ses parois, le pharynx est constitué à Fétat de moindre résistance et offre un terrain propice au développement de la tuberculose. C'est ainsi qu'on a expliqué les ulcérations tuberculeuses de la langue par l'irritation chronique due au frottement d'une dent cariée ou brisée, à l'usage habituel de la pipe. Cette théorie est justifiée, en ce qui concerne le pharynx, par une observation récente de K. Breus (1) dans laquelle on vit chez un phthisique, à la suite de l'ingestion d'un liquide caustique, les ulcérations pharyngiennes et œsophagiennes devenir tuberculeuses, et leurs parois s'infdtrer de granulations.

Mais si quelquefois la tuberculose de la gorge reconnaît des causes de ce genre, il faut avouer que la plupart des faits échappent à une telle exphcation : — il est même à observer que l'usage excessif du tabac et des liqueurs alcooliques, dont l'influence irritante sur la gorge est impossible à nier, paraît avoir peu d'action sur le développement de l'angine tuberculeuse. — Parmi les sept malades dont les observations sont rapportées à la fin de ce travail, pas un n'était alcoolique; en revanche parmi les nombreux phthisiques alcoohques qui se sont présentéspendant l'année 1879 à la consultation del'hôpital Cochin, et dont nous avons soigneusement examiné la gorge, beaucoup étaient atteints d'angine glanduleuse, mais pas un n'offrait d'ulcérations tuberculeuses du pharynx.

Quelques auteurs, reprenant la vieille théorie de l'école de Louis sur l'influence irritante des matières expectorées, ont pensé que la tubercuhsation du pharynx pouvait être le résultat d'une action directe, d'une véritable auto-infection par les crachats séjournant dans l'arrière-bouche. — Assurément rien n'autorise à rejeter complètement cette théorie, et on peut admettre quC;, dans certains cas, le contact prolongé des crachats tuberculeux avec une muqueuse déjà altérée, peut-être

(1) Breus, Wiener med. Wochenschr., 1878.

SYMPTOMATOLOGIE.

dépouillée de son épithélium, ait amené le développement in siiii des tubercules. Mais combien de cas sont absolument opposés à cette hypothèse ! Souvent la tuberculose pharyngée se développe chez des individus dont les poumons n^offrent aucun signe de ramollissement et qui, par conséquent, n'éliminent pas encore de matière tuberculeuse ; les cas les plus intenses sont d'ordinaire ceux dans lesquels une granulie aiguë emporte le malade avant la formation des lésions pulmonaires en foyer; enfin, dans les formes chroniques, les seules oii l'action des crachats pourrait être incriminée, on voit souvent l'ulcération se localiser en un point circonscrit, à la voûte palatine, sur l'amygdale, voire dans la portion nasale du pharynx, tous endroits qui sont rarement en contact avec les matières expectorées.

La théorie de l'auto-infection du malade par ses crachats est difficile à défendre; — quant à l'hypothèse, beaucoup plus aventurée encore, de la tuberculisation primitive du pharynx, à la suite d'une infection locale par des matières venues du dehors, elle ne nous paraît pas mériter qu'on la discute : pour pouvoir la soutenir avec quelque raison, il faudrait d'abord prouver que la tuberculose pharyngienne se rencontre comme accident purement local chez des individus sains du reste, et que la générahsation est seulement consécutive. — C'est ce qu'on n'a pas réussi à démontrer jusqu'à présent.

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