TRAITEMENT
SOUS son influence les ulcérations se nettoient, deviennent bourgeonnantes et semblent sur le point de se cicatriser; malheureusement les choses ne vont pas plus loin, et bientôt une nouvelle poussée vient remettre les ulcérations dans leur premier état.
Le nitrate d argent, qu'on est accoutumé à regarder comme le caustique et le modificateur par excellence, paraît avoir sur les ulcérations tuberculeuses de la gorge une action tout à fait fâcheuse : sous son influence, les ulcérations s'élargissent, deviennent plus profondes, et le travail destructif semble prendre une activité nouvelle.
Nous employons en ce moment avec assez de succès, contre une ulcération chronique, les attouchements quotidiens avec la glycérine phéniquée, à la dose de 20 centigrammes d'acide phénique pour 30 grammes de glycérine; la surface ulcérée a pris une coloration plus franche, moins grisâtre, elle est activement bourgeonnante; — mais la cicatrisation ne se fait pas, et une ou deux fois déjà des poussées nouvelles sont venues détruire en peu de jours l'amélioration obtenue à grand'peine.
Si ces divers moyens paraissent rendre quelques services dans les formes chroniques, il n'en est plus de même dans les formes aiguës : ici les caustiques, les astringents se sont tous montrés également inutiles et même nuisibles; loin de favoriser la cicatrisation des parties ulcérées, ils semblent imprimer au processus destructeur une activité nouvelle, et en présence des prompts ravages qui s'ensuivent, le médecin ne peut que regretter d'en avoir essayé l'emploi.
hiodoforme, ce modificateur souvent si puissant des plaies, a été mis en usage par M. Laitier, dans un cas d'angine tuberculeuse aiguë que nous publions (Obs. I) ; on a fait successivement des applications avec la poudre, et des pulvérisations avec la solution d'iodoforme dans l'éther. Pendant quelques jours, le malade a paru éprouver quelque soulagement, mais bientôt une poussée nouvelle, plus aiguë, de l'éruption tuber-
culeuse est venue montrer l'entière inefficacité du remède.
S'il est à peu près impossible d'arrêter la marche des ulcérations pharyngées aiguës, on peut du moins essayer d'adoucir les vives souffrances qu'elles déterminent, et d'atténuer les troubles fonctionnels qui rendent cette maladie extraordinairement pénible.
On y réussit souvent par l'emploi des collutoires morphinés^ à la dose de 50 centigrammes de chlorhydrate de morphine pour 30 grammes de glycérine. Porté à l'aide d'un pinceau sur le fond du pharynx, ce médicament produit un certain degré d'anesthésie, de narcotisation locale; grâce à lui les douleurs les *J)lus vives deviennent supportables, et le malade peut prendre quelques aliments.
Le collutoire au bromure de potassium q{ au permanganate de potasse, employé par M. Krishaber pour insensibiliser le larynx, ne nous a pas paru avoir grande action sur les ulcérations pharyngées, et nous lui préférons beaucoup le collutoire morphiné dont plusieurs observateurs, parmi lesquels Isambert, ont signalé l'efficacité.
Comme moyen palliatif accessoire, il faut encore citer la glace: introduite dans la bouche par petits morceaux, elle calme la douleur et l'infiltration, fait cesser l'état nauséeux qui résulte souvent de la tuméfaction de la luette.
Nous ne dirons rien du traitement général de l'angine pharyngée : il ne diffère pas de celui de la phthisie pulmonaire. Dans les phases avancées, les moyens toniques sont à peu près seuls utiles, mais leur emploi est rendu difficile par l'obstacle apporté à l'alimentation. — On s'efforcera de soutenir le malade par du bouillon froid, du lait, des œufs crus ou à peine cuits ; — mais bien souvent tous les efforts seront vains, et on aura le triste spectacle d'un malade mourant d'inanition, sans qu'il soit possible de lui porter secours.