‹ De la tuberculose du pharynx et de l'angine tuberculeuseChapitre 40 sur 43 · DE LA TUBERGULOEE DU PHARYNX · texte numérisé non relu

DE LA TUBERGULOEE DU PHARYNX

mil, formant une petite plaque très peu étendue. — Les ganglions sous-maxillaires sont volumineux et durs, peu douloureux à la pression.

2 juillet. — Les ulcérations gingivales s'étendent sans cesse : la principale gagne en profondeur ; son fond cesse de végéter, devient lisse et grisâtre ; les petites se sont confondues en une seule qui atteint la largeur d'une pièce de 20 centimes.

La petite plaque constatée sur le pilier antérieur gauche est remplacée par une ulcération plane, superficielle, à contours un peu festonnés, à surface opaline, rappelant un peu les caractères d'une plaque muqueuse. Vers le haut du pilier postérieur du même côté, existe un semis de points jaunes gros comme des grains de mil, au nombre de cinq ou six, et très rapprochés.

7 Juillet. — Les points jaunes ont augmenté de volume et commencent à s'ulcérer ; de nouveaux points analogues apparaissent sur les piliers postérieurs des deux côtés. — La luette est gonflée, œdématiée, et traîne sur la base de la langue.

La gêne de la déglutition augmente chaque jour.

9 juillet. — Au voile du palais, l'éruption tuberculeuse est devenue très abondante ; la muqueuse est couverte d'un semis de points jaunes, les uns miliaires, isolés, d'autres plus étendus, moins réguliers et confluents, entourés d'une zone de rougeur diffuse.

Sur le pilier antérieur gauche, ulcération arrondie, grande comme un pois, dont les bords peu élevés ne sont ni tuméflés ni décollés, dont le fond, grisâtre et uni, ofi're peu d'exsudation.

Il n'y a rien aux amygdales. — Au fond du pharynx on distingue un semis abondant de petits points jaunes, sans ulcérations.

Le malade accuse une dysphagie très douloureuse ; les aliments solides, les substances chaudes ou salées, ne sont avalés qu'au prix de très vives souflrances ; le vin, le lait, sont déglutis assez facilement. Il n'y a pas de rejet par les fosses nasales, pas de paralysie du voile du palais.

Depuis quelques jours, il existe une salivation très abondante ; le malade crache incessamment, et remplit deux crachoirs par jour d'une salive visqueuse, incolore, très facile à distinguer des crachats épais et verdâtres qui forment l'expectoration habituelle.

Il y a des bourdonnements d'oreilles, avec sensation de batte-

OBSERVATIONS

ments profonds ; l'ouïe est diminuée ; le tic-tac d'une montre ne peut être entendu à droite qu'à une distance maximum de 15 centimètres, à gauche il faut arriver au contact de la paroi crânienne.

La voix, claire jusqu'à présent, est très légèrement enrouée. — 11 n'y a pas de cornage.

11 juillet. — L'éruption tuberculeuse de la gorge fait chaque jour des progrès; les points jaunes sont remplacés successivement par des ulcérations arrondies, superficielles, à bords d'un rouge vif.

Le malade continue à s'affaiblir, l'alimentation est difficile et très imparfaite ; — il y a des vomissements fréquents à la suite des quintes de toux et même en dehors de celles-ci. Pas de diarrhée.

Au thorax, signes d'excavation au sommet droit; matité et abolition du murmure respiratoire à la base ; — gros craquements humides au sommet gauche.

Les urines ne sont pas albumineuses.

16 Juillet. — L'état du malade s'aggrave rapidement : les points jaunes et les ulcérations se multiplient sur toute l'étendue de la gorge. — La dysphagie fait des progrès ; la surdité devient complète, •et la voix, bien conservée jusqu'à ces derniers jours, se couvre de plus en plus. — Les chaînes ganglionnaires des sterno-mastoïdiens sont engorgées, et forment de chaque côté du cou un chapelet de petites glandes dures.

Il y a des râles sous-crépitants fins dans toute l'étendue des deux poumons.

21 Juillet. — Le malade est pris brusquement d'une hémorrhagie foudroyante, et meurt suffoqué en l'espace de quelques minutes.

Autopsie vingt-six heures après la mort. — Le cadavre est d'une maigreur excessive ; la bouche et le nez sont remplis de sang à moitié coagulé.

Le pharynx enlevé en totalité et ouvert longitudinalement présente les lésions déjà observées pendant la vie : — le voile du palais très épaissi, ferme et décoloré, présente une muqueuse pâle, à surface inégale et comme chagrinée en certains points, semée de petites ulcérations arrondies, lenticulaires, à fond grisâtre bien détergé ; — la luette est tuméfiée et augmentée de volume ; sa muqueuse est saine dans la portion libre, mais, vers la racine, une série d'ulcérations occupe autour de la luette un sillon profond, qui la détache en

grande partie de ses insertions, de telle sorte qu'elle paraît prête à tomber. — Les piliers du voile du palais semblent épaissis; du côté gauche, la surface du pilier antérieur est dépolie et chagrinée, légèrement exulcérée dans une assez grande étendue ; l'amygdale du même côté est profondément exulcérée et presque détruite ; l'autre très petite paraît saine. Dans la cavité du pharynx se voient de nombreuses ulcérations, les unes arrondies, bien isolées, lenticulaires ou punctiformes ; d'autres plus étendues, irrégulières, à bords plats, nettement taillés, à fond tomenteux, grisâtre, formé par la couche sous-muqueuse ou même par la musculeuse mise à nu. — Les lésions atteignent leur plus haut degré sur les parties latérales, dans les points voisins des grandes cornes de l'os hyoïde ; — en arrière et en haut elles s'atténuent peu à peu ; — il a été impossible d'examiner les trompes d'Eustache.

La gencive supérieure présente une large ulcération principale, dont les caractères ont déjà été décrits ; d'autres petites ulcérations se voient autour.

La langue est saine dans toute son étendue.

V œsophage ne présente aucune lésion ; V estomac, sain également, offre des parois intactes, non ulcérées ; — Vïntesiin grêle présente quelques ulcérations irrégulières, les unes arrondies, d'autres vaguement polygonales ; ces ulcérations ne présentent pas la forme annulaire propre aux ulcérations tuberculeuses, elles n'ont pas donné lieu à une perte de substance, mais bien à un épaississement considérable de la paroi intestinale, épaississement qui va, en certains pomt*^^ jusqu'à 4 ou 5 millimètres. La surface ulcérée est pâle et d'aspect caséeux, garnie d'une petite quantité de détritus purulents. Le péritoine dans toute son étendue et surtout au niveau des ulcéralions est couvert de granulations saillantes, les unes isolées, petites et miliaires, d'autres réunies en amas qui atteignent la dimension d'un grain de chènevis ou même d'un grain de riz. — Des adhérences récentes, faciles à rompre, unissent en beaucoup de points les anses intestinales entre elles ; il n'y a pas de perforation, pas de liquide épanché dans la cavité péritonéale.

Le larynx offre des ulcérations récentes, analogues à celles du pharynx, mais moins étendues et moins nombreuses. L'épiglotte n'est pas entamée ; les replis ary-épiglottiques ne sont pas engorgés.

OBSERVATIONS

La trachée est le siège d'altérations très étendues et très remarquables; la muqueuse trachéale est tuméfiée, épaissie et tomenteuse ; dans la portion où manquent les cartilages, elle est labourée d'ulcérations étendues, irrégulières, qui atteignent trois ou quatre centimètres de largeur. La portion inter-cartilagineuse de la trachée semble distendue, élargie, et le diamètre du tube trachéal est sensiblement au-dessus de la normale.

Les bronches sont rouges, mais sans ulcérations.

Le poumon droite enveloppé d'une coque de fausses membranes épaisses, est petit, ratatiné; son tissu, criblé de grosses granulations tuberculeuses, est le siège d'une pneumonie interstitielle très avancée ; une excavation occupe son lobe supérieur.

La plèvre contient un^ petite quantité de liquide séreux, enkysté, répondant à la base du thorax.

Le poumon gauche est volumineux et lourd; son lobe inférieur, très congestionné, présente un semis abondant de granulations miliaires, récentes. Il est impossible de retrouver nettement le lieu d'origine de l'hémorrhagie qui a emporté le malade.

Le cœur est sain, ainsi que le péricarde.

Le /b/e, volumineux, un peu gras, ne renferme pas de granulations tuberculeuses.

Les reins sont augmentés de volume, leur substance corticale est décolorée et d'aspect graisseux, on n'y trouve pas la réaction caractéristique de la dégénérescence amyloïde.

Il existe une tuberculisation assez avancée de la pi^ostate^ des vésicules séminales et du testicule gauche,

Vexainen histologique n'a pu être achevé à temps pour être rapporté ici dans tous ses détails, et nous donnerons seulement les principaux résultats.

Les parois du phai^ynx et du voile du palais offrent une éruption abondante de granulations tuberculeuses isolées ou conflu entes, la plupart déjà adultes, offrant un centre caséeux avec une ou plusieurs cellules géantes, et une zone périphérique en voie de transformation fibreuse. Les lésions sont limitées à la muqueuse et n'atteignent pas la couche musculaire.

La trachée présente des altérations analogues, mais plus diffuses ; il y 0 un épaississement considérable du tissu conjonctif de la mu-

queiise ; les éléments glandulaires sont atrophiés et ratatinés.

Les ulcérations intestinales sont localisées au niveau des follicules adénoïdes ; ceux-ci sont épaissis et offrent en divers points des îlots de dégénérescence caséeuse, véritables granulations tuberculeuses, très analogues à celles des ganglions lymphatiques ou des amygdales (voy. obs. V). Quelques granulations isolées se voient dans la couche celluleuse. Du côté du péritoine, des amas considérables de granulations déjà vieilles, fibro-caséeuses pour la plupart, sont groupés dans le tissu conjonctif sous-séreux et font saillie du côté de la surface libre ; mais toujours elles demeurent recouvertes par une épaisseur appréciable du tissu conjonctif normal ou enflammé qui les sépare de l'épithélium du péritoine. Dans aucun cas les granulations ne semblent développées aux dépens de cet épithélium.

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