‹ De la tuberculose du pharynx et de l'angine tuberculeuseChapitre 26 sur 41 · TROUBLES FONCTIONNELS · texte numérisé non relu

TROUBLES FONCTIONNELS

par le passage des aliments ; les substances solides surtout, comme le pain et la viande, ne peuvent être avalées sans une véritable torture. Souvent on voit le malheureux malade, pressé par la faim, faire de vains efforts pour déglutir quelques bouchées ; malgré lui son pharynx se refuse au mouvement de déglutition, ou s’il l’exécute, c’est au prix d’une souffrance telle que bien souvent, plutôt que de s’y exposer de nouveau, le malade se prive de nourriture et se condamne h une diète presque absolue.

A la douleur vient se joindre, pour entraver l’alimentation, la parésie du voile du palais, qui est à peu près constante lorsque cet organe est atteint par la tuberculisation. 11 s’épaissit, s’enflamme, perd sa mobilité et sa contractilité; bientôt il ne peut plus se relever pour obturer les fosses nasales. La déglutition des liquides, qui se faisait encore assez régulièrement, devient alors très difficile: une partie du liquide est rejetée par le nez. Dans les mouvements de régurgitation qui en résultent, quelques gouttes passent souvent dans le larynx mal clos par l’épiglotte épaissie, et il en résulte de violepls accès de toux, avec menace de suffocation.

Un autre symptôme achève d’épuiser le malade, et complète sa lamentable situation : c’est une salivation exagérée, qui n’atteint pas, à vrai dire, les proportions excessives delà salivation mercurielle, mais qui est cependant assez abondante pour amener une déperdition réelle. Chez un de nos malades (Obs. III) elle dépassait le chiffre de 600 grammes par jour. La salive rendue est épaisse et viqueuse; elle ne coule pas facilement dans la bouche et on voit le malade la ramener avec difficulté par des efforts d’éructation et de sputation presque incessants. Dans le crachoir elle se présente sous l'aspect d’un liquide louche, blanchâtre et filant, à la surface duquel nagent quelques pelotons muco-purulents.

Quelle est l’origine de cette salivation? Nous laissons de côté, bien entendu, les cas, comme celui d’Isambert, où un

traitement mercuriel, dirigé contre une angine syphilitique supposée, avait déterminé une stomatite avec salivation mercurielle. — Chez les malades dont la salivation survient spontanément dans le cours de la pharyngite tuberculeuse, il nous semble qu’elle s’explique à la fois par l’irritation fonctionnelle réflexe des glandes salivaires proprement dites, par une hypersécrétion des glandes muqueuses du voile du palais et du pharynx (qui sont presque toujours hypertrophiées),, enfin et surtout par la gêne de la déglutition, qui est telle que le malade aime mieux laisser couler sa salive au dehors.

Une gène de la parole , souvent très prononcée, est le résultat des troubles fonctionnels que nous venons de décrire : la voix, nasonuée, rappelleie timbre particulier que présente celle des individus atteints de paralysie diphthéritique ; la prononciation est indistincte en raison du peu de précision des mouvements associés. Du reste, les malades évitent de parler, répondent par monosyllabes, tant ils redoutent l’exagération des douleurs qui résulte du moindre contact de la langue avec les parties malades.

A ces symptômes ordinaires de la tuberculose pharyngée, viennent parfois se joindre des phénomènes plus exceptionnels, dont nous devons dire quelques mots.

Nous avons déjà indiqué les douleurs d'oreilles , qui existent à un faible degré dans la plupart des cas, mais qui peuvent prendre une intensité excessive, et constituer le symptôme le plus pénible. Chez le malade qui fait le sujet de notre observation III, elles étaient continues, très vives, exaspérées dans les mouvements de déglutition. Nous les avons vues naître sous nos yeux, et augmenter jusqu’à la fin; elles étaient accompagnées d’une surdité très marquée.

D’après Traube, qui les a signalées un des premiers, ces douleurs seraient dues à l’existence d’ulcérations au voisinage de la trompe d’Eustache, et l’intluence de la déglutition

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