DIAGNOSTIC
Le diagnostic de la tuberculose intra-linguale est souvent difficile, cela tient surtout à ce que l’affection est peu
connue, qu’elle est relativement rare et que, en présence d’un malade porteur d’une tumeur intra-linguale, on songe bien plus à la syphilis qu'à la tuberculose; tous les malades, en effet, que nous avons vus avaient été au début déclarés syphilitiques et soumis au traitement spécifique.
Il y a cependant des signes distinctifs des deux affections ;
en général, les gommes syphilitiques sont multiples, de la grosseur d’un pois ou d’une noisette, elles sont disséminées un peu dans toute l’étendue du parenchyme lingual, de façon à constituer, suivant l'expression de Ricord « une langue rembourrée de noisettes. » A côté de la différence
de nombre, Boyer prétend que la syphilis préfère la base
tandis que la tuberculose préfère la pointe, mais un signe capital, c’est que de bonne heure la saillie de la gomme syphilitique sera le siège de nombreux sillons à bords durs,
saillants, irréguliers, constitués par des papilles hypertrophiées et érigées: la nature syphilitique sera encore révélée par les autres symptômes de la maladie et par l’expérience positive ou négative tentée par le traitement d’épreuve auquel sont toujours astreints les malades dans les cas douteux.
L’épithélioma interstitiel peut aussi donner le change, mais de bonne heure apparaît une douleur pongitive, lancinante qui s’irradie rapidement à l’oreille, à la face et enfin à la tête ; de plus, la tumeur envahit rapidement la muqueuse et les tissus voisins et en particulier le système ganglionnaire de la région sous et rétro-maxillaire, les grandes fonctions de mastication, déglutition, phonation sont atteintes, puis supprimées, l’état général lui-même
ne tarde pas à être profondément modifié par l'extension
du processus.
Enfin, au point de vue anatomique et local l’épithélioma interstitiel paraît avoir deux points de départ à peu près constants : ce sont l’extrémité de la langue et le sillon qui sépare la langue de l’amygdale.
Le lipome constitue une tumeur arrondie, bosselée, rarement pédiculisée, à évolution très lente, dix à vingt ans ; la muqueuse qui le recouvre ne présente généralement pas de changement de coloration, mais si on l’examine soigneusement par transparence, on voit qu'elle tend à prendre une teinte pâle jaunâtre spéciale. Au toucher le lipome donne la sensation d’une mollesse particulière, caractéristique « lipomateuse » ; le lipome peut s’ulcérer, mais dans ce cas il ne se ramollit jamais comme le tuberculome. Le fibrome est plus fréquent, c’est une tumeur dure, élastique, globuleuse, qui ne gène la phonation et la
LOS de
mastication que par le volume qu’elle est susceptible d'acquérir ; il y a pourtant certaines formes de fibrosar— comes qui ressemblent aux tumeurs syphilitiques et tuber culeuses et pour lesquelles le traitement d’épreuve est de rigueur.
Les anévrysmes,'et plus particulièrement l’anévrysme circonscrit peuvent donner lieu à une erreur de diagnostic, cependant les battements, les mouvements d’expansion et de retrait, la réductibilité par la pression révèleront bien vite la véritable nature des lésions observées. Les tumeurs érectiles ne sont pas difficiles à reconnaitre: coloration livide particulière, indolence, augmentation de volume dans l’expiration et dans tout état de gêne de la circulation veineuse, réductibilité plus ou moins complète, écoulement sanguin à la suite de ponction exploratrice sont des caractères distinctifs qui rendent lerreur impos sible.
Les tumeurs kystiques superficielles sont arrondies, mollasses, élastiques et nettement fluctuantes ; les kystes profonds qui renferment un liquide muqueux et qui ont des parois épaisses ressemblent plus à des tumeurs tuberculeuses, mais ici encore la mollesse, la figure arrondie, la netteté des contours devront sinon faire le diagnostic, du moins inspirer le doute et conduire à une ponction exploratrice après laquelle il ne saurait plus rester d’incertitude. Dans la langue comme dans presque tous les organes, les hydatides peuvent se localiser et se développer; elles forment une tumeur indolente, molle, élastique, fluctuante, ne gênant que par son volume, impossible en un mot de distinguer des kystes autrement que par la ponction à laquelle, on le voit, on sera souvent obligé d’a-
europe
voir recours si l’on tient à établir un diagnostic précis. La
pensée d’une tumeur dermoïde doit être écartée à cause de sa rareté même et surtout parce qu’elle est congénitale.
Enfin on a décrit ces dernières années une manifestation linguale de l’actinomycose dont le diagnostic soulève aussi de grandes difficultés. Il s’agit d’une localisation primitive, isolée de l’actinomycose se présentant sous la forme d’une tumeur intra -linguale indolore et siégeant de préférence dans la moitié antérieure de la langue et tout près de la pointe : son volume est celui d’une noisette elle est bien circonscrite sans traînées adjacentes ; la muqueuse qui la recouvre est indemne, mais elle est rarement saillante et n’est jamais fluctuante.