‹ De la tuberculose, ou, De la phthisie pulmonaire et des autres maladies dites scrofuleuses et tuberculeusesChapitre 13 sur 30 · SIMILAIRE · texte numérisé non relu

SIMILAIRE

SOMMAIRE. — 51. Danger des mariages entre deux tuberculeux. — 52. Danger des mariages dans lesquels la mère ou le père est seul tuberculeux. — 53. Atavisme. — 54. Tuberculose par hérédité indirecte. — 55. Tuberculose par hérédité par influence.

51. — Les parents seront exempts de diathèse tuberculeuse : telle est la condition principale que l'on doit remplir pour se préserver de la tuberculose héréditaire.

Mais ici une première question se présente : la tuberculose générale acquise peut-elle se trans-

mettre par hérédité comme la tuberculose héréditaire? Oui, répond la physiologie : oui, répond aussi l'observation clinique.

On sait que l'économie rurale se. fonde sur cette possibilité de la transmission par voie héréditaire de certaines circonstances acquises, pour atteindre le but qu'elle se propose par le croisement des espèces animales. C'est par ce moyen qu'au rapport de M. Pritchard, on est arrivé à créer une nouvelle race de moutons dans l'Etat du Massachusset; c'est ce procédé qu'emploient les éleveurs de la Grande- Bretagne pour obtenir leurs beaux produits de boucherie. Les diverses races humaines ont leur point de départ dans des déviations d'un type commun que l'hérédité a perpétuées ; c'est aussi par l'hérédité que les caractères physiques de quelques peuplades sont devenus permanents ; et si les races d'animaux domestiques, fait remarquer M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, présentent un nombre bien plus considérable de variétés que les races d'animaux sauvages, cela tient aux circonstances hygiéniques si variées qui leur servent de milieu, que la domesticité leur impose , et qui déterminent chez eux des caractères accidentels qui se perpétuent par l'hérédité.

L'observation des faits pathologiques vient aussi prouver la réalité de la transmission par hérédité d'un état morbide acquis ou accidentel. Ce fait est facile à vérifier pour la diathèse syphilitique, il n'est pas moins réel pour la diathèse tuberculeuse. On a vu

îles familles ravagées par des tuberculoses qu'elles avaient acquises accidentellement et que les lois de l'hérédité avaient fini par maintenir dans leur sein (1).

On regardera donc comme funeste l'union de deux personnes atteintes de tuberculose générale, lors même que cet état morbide ne leur viendrait pas de leurs ascendants.

52. — Si l'on doit proscrire le mariage entre deux tuberculeux, peut-on le permettre entre un conjoint tuberculeux, l'autre étant sain, sans que l'enfant coure de dangers? Non, répondent encore les pathologistes, et M. Staub refuse de souscrire à une pareille union, quel que soit l'état de santé de l'autre époux.

Cette manière de voir nous paraît aussi devoir rire acceptée ; mais il serait désirable d'avoir des notions précises sur l'influence qui revient au père, comparée à celle que possède la mère dans la transmission des états morbides dont ils sont atteints ; on pourrait mesurer alors plus facilement le danger auquel est exposé le produit de la conception, et l'on pourrait diriger avec plus de discernement les moyens préventifs. — Malheureusement des données positives à cet égard nous font défaut ;

- (1) Staub : Essai sur l'étiologie des tubercules pulmonaires.

— Thèse de Strasbourg, 9 mars 1835, page 2o7.

car il est bien difficile de séparer nettement ce qui revient à l'hérédité, au milieu de toutes les causes pailiogéniques diverses qui accompagnent le développement de la dia thèse tuberculeuse héréditaire. — Le seul moyen d'éclairer convenablement la question serait l'expérimentation sur les animaux, et encore l'étude des métis du chien et de la louve, de l âne et de la jument, qui ont fourni les principaux sujets d'observations, ne présente-t-elle sur ce point aucun résultat décisif.

L'influence de l'hérédité dans la procréation des sexes, est une pierre de touche qui nous fait également défaut, quand il s'agit de comparer le pouvoir héréditaire paternel au pouvoir héréditaire de la mère. Nous n'ajoutons pas plus de confiance au prétendu croisement d'influence que plusieurs auteurs et M. Roche considèrent comme véritable ; c'est d'après cette idée que le père est représenté dans la fille et la mère dans les garçons, que l'auteur que nous venons de citer pense, trop légèrement suivant nous, qu'un père ne peut infecter que sa fille, et que les garçons ne seront infectés héréditairement que si la diathèse porte sur la mère.

Les slastistiques n'éclairent pas davantage ce point d'éliologie, car elles n'offrent que des résultats contradictoires : Joseph Frank (1) pense que

(1) Joseph Frank : page 237.

l'hérédité provient surtout du père; M. Briquet (1) partage cette opinion et compte 18 transmissions paternelles sur 11 transmissions maternelles; M. Delafond (2) croit aussi surtout a l'influence paternelle, et rapporte qu'un bélier phthisique produisit dans un troupeau de mérinos 15 à 20 tuberculeux. MM. Rilliet et Barthez (3) sont conduits par leurs chiffres a la même opinion. Sur 24 enfants dont le père a été phthisique, 20 sont morts tuberculeux, tandis que sur 32 enfants dont les mères sont mortes phthisiques , 22 seulement ont été atteints de tubercules et 10 en ont été exempts. — Mais, à côté des faits précédents, viennent se grouper d'autres observations contradictoires, et c'est également sur des chiffres que s'appuie l'opinion opposée : Nasse (4) pense que l'hérédité provient surtout de la mère ; Rufz (5), dans la pratique de la ville et sur des malades dont il connaissait les antécédents de famille, a compté, sur 24 phthisies héréditaires, 5 cas d'hérédité provenant du père et 5 de la mère.

(1) Briquet : Recherches statistiques sur l'étiologie de la phthisie pulmonaire, page -167.

(2) Delafond : Compendium de médecine pratique, tome 6, page 537.

(3) Rilliet et Barthez : Traité des maladies des enfants, 2 édh lion, tome 3 page 385.

(4) Nasse : Horn's archives, juillet, août 182î, page -102.

(5) Rufz : Page 624.

On le voit, la science n'est pas encore fixée sur ce point : nous savons qu'il y a danger pour le produit de la conception à unir un tuberculeux à un autre individu, même d'une santé irréprochable : le danger est moins grand, il est vrai, que si les deux conjoints étaient affectés ; voilà seulement ce que Ton peut affirmer actuellement,

53. — Il est un point sur lequel est loin de régner la même obscurité, c'est que l'influence héréditaire est d'autant plus à craindre que l'apparition de la diathèse remonte dans la famille à une époque plus éloignée (1) ; c'est ainsi que l'on devra s'enquérir avec soin, non seulement de l'état du père et de la mère, mais encore de la santé des aïeux, et redouter, pour l'enfant, d'autant plus l'état diathésique, que la famille en sera tributaire depuis un nombre plus considérable de générations.

C'est peut-être à ce fait que nous devons rattacher celte loi que M, Blanc a énoncée en 1843 (2), à savoir que, si un homme phthisique épouse successivement deux femmes saines, les enfants des deux lits seront inégalement prédisposés aux tubercules, ceux du second l'étant davantage que

M) Devay : Hygiène des familles , 2ma édition. — Staub, thèse citée, page 9. '

(2) Blanc : Des signes auxquels on reconnaît les prédispositions à la phthisie pulmonaire. — Thèse de Paris nage* Ù-Vô.

ceux du premier, comme si l'ancienneté de la diathèse dans la famille avait une réelle influence sur sa malignité : cependant, si la première mère était phthisique, son influence donnerait aux enfants du premier lit le triste privilège d'être plus facilement affectés que ceux du second.

On n'oubliera pas non plus que l'hérédité peut épargner une génération pour reparaître dans la génération suivante avec une nouvelle intensité. L'état diathésique a sommeillé, est resté à l'état latent pendant toute la vie d'un individu, pour ne se réveiller que dans ses descendants ; c'est ce que M. Lucas nomme hérédité en retour, ce que l'on a désigné sous le nom d'atavisme; c'est cette condition qui ramène des blancs chez des mulâtres ou même chez des nègres qui ont eu des blancs dans leurs ancêtres.

Le médecin hygiéniste trouvera dans toutes ces données physiologiques d'utiles indications prophylactiques et tiendra, d'après ces faits, en suspicion toute union dont les conjoints compteraient des tuberculeux dans leurs ascendants.

54. — Ce n'est pas seulement l'état sanitaire de la ligne directe qui devra préoccuper dans le choix des époux ; très-souvent on voit l'hérédité manquer du père ou de la mère pour être très-évidente entre des parents fort éloignés; des oncles, des tantes, des cousins, des neveux , des arrière-cousins ou des arrière-neveux , peuvent offrir des rapports

— assaillants non seulement de figure, de conformation extérieure, d'inclination, de passion, de caractère, mais même de monstruosité ou de maladie ; c'est ainsi que dans une statistique publiée à la page 624 de son traité, M. Rufz, sur 24 cas de phthisies héréditaires, voit l'hérédité provenir 5 fois du père, 5 fois de la mère , 2 fois d'oncles ou de tantes, 3 fois de cousins ou de cousines, et 11 fois se remarquer sur des frères ou des sœurs.

C'est cette espèce d'hérédité que M. Lucas nomme hérédité indirecte et qui, quoique moins constante que l'hérédité directe, doit néanmoins être prise en considération.

55. — On retirera aussi d'utiles indications préventives d'un autre mode héréditaire que la clinique a reconnu exister pour les états morbides, comme la physiologie l'avait déjà conslaté dans les conditions ordinaires de la vie normale.

On a remarqué dans le croisement de diverses races ou espèces d'animaux, que très-souvent le produit de la conception hérite de certains états apportés non par le père de la portée actuelle, mais par celui d'une des portées antérieures ; c'est ce mode héréditaire que M. Lucas a désigné sous le nom d'hérédité par influence ; c'est à lui que la veuve qui se remarie doit de rencontrer souvent, dans les enfants du second lit, les traits et les caractères morbides ou physiologiques de son premier mari ; on ne saurait méconnaître le danger qu'il y aurait

à ne pas se prémunir contre lui dans une bonne prophylaxie de la diatlièse tuberculeuse.

DES INDICATIONS QUE FOURNISSENT LES LOIS DE l'hÉHÉDITK PAR MÉTAMORPHOSE.

SOMMAIRE. — 56. L'hérédité par métamorphose transmet plutôt la prédisposition à la dialhèse que la diatlièse elle-même.

A. — 57 à GO. De certains étals physiologiques des parents comme causes de la diatlièse tuberculeuse chez les enfants. — 57 Age des conjoints — 58. Etat de parenté des conjoints. — 59. Lymphatisme chez les conjoints. — 60. Manque chez le mari de la force comparative de son sexe.

ït. — 61 à 02. De certains états morbides des parents comme causes de la diatlièse tuberculeuse chez les enfants. — 61. Epuisement des conjoints. — 62. Influence de la syphilis chez les parents.

T)G. — Jusqu à présent nous venons de voir que la diatlièse tuberculeuse peut être transmise à la génération future par des parents tuberculeux, et indiquer le danger , c'est par cela même montrer l'importance que Ton doit mettre à s'y soustraire et la sévérité que le médecin doit apporter dans le choix des conjoints ; mais là ne réside pas tout entière la pathogénie de la tuberculose héréditaire ; cette affection peut naître, en effet, d'états morbides autres que l'état tuberculeux et de diverses circonstances qu'il nous reste à examiner. — Toutefois nous pensons que, dans ces cas, l'hérédité aura sur la viciation de la vitalité de l'enfant une influence

moins directe, el nous croyons avec MM. Killiet et Barthez (op. citai, page 585, t. 3) que le nouveauné recevra de ses parents non l'état diathésique , mais seulement une prédisposition plus ou moins grande à le contracter.

Quoique moins immédiatement dangereuses que les précédentes, ces sources nouvelles de tuberculose méritent cependant de fixer l'attention de l'hygiéniste.

Elles sont inhérentes dune part aux parents et d'une autre part aux conditions au milieu desquelles s'accomplit la conception.

C'est sous ce double point de vue que nous allons successivement les étudier.

A . — De certains états physiologiques des parents comme causes de la dia thèse tuberculeuse chez les enfants.

57. — Les parents peuvent jouir d'une santé irréprochable et cependant présenter certaines conditions de vitalité funestes pour le produit de la conception : sous ce rapport Vâge des conjoints doit justement préoccuper le médecin : Lugol et avec lui les principaux auteurs refusent le mariage entre individus d'un âge trop précoce ou d'un âge trop avancé ; on redoutera même toute union entre des époux d'un âge disproportionné.

Quel est donc l'âge que l'on fixera pour le mariage en vue de la prospérité de la famille ? Le chiffre doit varier évidemment suivant les pays et les climats , néanmoins la physiologie peut fournir

certaines règles générales dont on devra peu s'écarter.

La génération, a fait remarquer Lallemand, n'est qu'un effet de la propriété d'accroissement : l'individu doit se développer jusqu'à une certaine limite fixée d'avance pour chaque espèce, et cette limite une fois atteinte , la force d'hyperplasie tourne au profit de l'espèce, l'individu se continue, si nous pouvons parler ainsi, en un être nouveau. La formation de cet être nouveau ne sera donc ré*mlière qu'autant que l'accroissement de l'individu souche sera parfait et complet, et les rapprochements sexuels prématurés seront préjudiciables à la fois pour les producteurs et pour les produits.

« Les jeunes arbres périssent facilement quand ils portent des fruits de trop bonne heure, les animaux n'acquièrent ni les formes ni la taille qu'ils auraient pu avoir quand on leur permet d'obéir aux premières impulsions de l'instinct de reproduction.

« La brebis reste ordinairement chétive, comme le fait remarquer Burdach, si on la livre au mâle avant sa troisième année. Les chevaux qui s'accouplent dès l'âge de trois ans restent petits et faibles. Il en est de même des vaches, des chèvres, des truies, etc., etc.

« Les femmes qui se marient trop jeunes restent souvent stériles pendant les premières années de leur mariage ou ne font que des enfants petits et chétifs, et sont très-sujettes «à L'avortement. La mortalité est, toute chose égale d'ailleurs, beaucoup plus

grande parmi les enfants issus de femmes très-jeunes que parmi ceux dont les mères ne se sont mariées qu'après 20 ans(l). «

A quelle époque peut-on considérer l'homme comme ayant acquis son entier développement? Telle est la donnée à laquelle se réduit le problème que nous traitons maintenant.

M. Flourens, dans un ouvrage récent, fixe l'entière évolution de nos organes au moment où apparaît le dernier point d'ossification; ce serait donc dans nos climats, à 2!3 ans pour l'homme, que l'on pourrait fixer l'époque de la nuhilité; un peu plus tôt dans les pays méridionaux, un peu plus tard dans les contrées froides. C'est aussi à peu près à cet âge que la plupart des hygiénistes français conseillent le mariage. L'intervalle compris entre la vingtième et la vingt-quatrième année semble à M. Raciborski le plus convenable pour le mariage des femmes en France.

58. — La consanguinité est encore une condition qui peut rendre dangereuse l'union de deux individus , d'ailleurs tout-a-fait sains. C'est sans doute pour obéir h la grande loi de la conservation de l'espèce que la nature frappe de mort toute famille dont le sang n'a pas été, pour ainsi dire, régénéré par le sang d'une famille voisine; c'est dans cette

(1) Raciborski : De la puberté et de Vâge critique c/iez la Jemme, 1844, page 123.

vue qu'elle a permis ces inclinations spontanées, ces sympathies entre des individus présentant des caractères physiques opposés , circonstances qui rentrent dans ce que l'on a désigné sous le nom de loi des contrastes, et, en effet , s'il en était autrement, un caractère accidentel développé chez un ou deux individus de la même espèce, se reproduisant continuellement par voie héréditaire, pourrait, à la longue, créer des variétés, métamorphoser des types et nuire à cette unité que la nature entretient en neutralisant les unes par les autres les variétés qui se produisent accidentellement, et en frappant de stérilité toute union qui tendrait à s'opposer à ses vues.

Les expériences faites par le croisement des animaux démontrent, au reste, le danger des unions consanguines. M. Puvis (1) a démontré la même proposition sur les végétaux, et les statistiques prouvent que la même loi atteint aussi l'espèce humaine.

M. Devay (2) signale surtout des vices de conformation chez les malheureux enfants issus de ces mariages dangereux.

M. Béiniss (3) d'après 34 mariages consanguins a dressé les chiffres suivants :

(1) Puvis : De la dégénération et de l'extinction des variétés de végétaux, page 37.

(2) Devay : Du danger des mariages consanguins, 1857.

(3) Bémiss : North american medico-churgic. Review , janvier 4857.

28 unions entre parents au 5me degré ont été 5 fois stériles et 23 fois fécondes ; 6 unions entre parents au 4me degré, ont été 2 fois stériles et 4 fois fécondes.

Sur les 192 en fan I s nés de ces mariages , r>8 sont morts peu après leur naissance, et 15 fois la mort a eu lieu par phthisie, — I3fi sont morts adultes, et parmi ceux-ci 23 étaient scrofuleux et 32 mal constitués.

M. Rilliet signale d'une manière spéciale la production de scrofules et de tubercules , comme conséquence d'une union consanguine (1). Pour lui, les effets que ces unions occasionnent dans leurs produits, se traduisent par un abaissement très-évident de la force vitale de l'enfant et se rangent dans Tordre suivant sous le rapport de la fréquence :

Absence de conception ;

Retard de la conception ;

Conceptions imparfaites (fausses couches) ;

Produits incomplets (monstruosités) ;

Produits dont la constitution morale ou physique est imparfaite ;

Produits plus spécialement exposés aux maladies du système nerveux (épilepsie, imbécillité ou idiotie, surdi-mutité, paralysie, maladies cérébrales diverses) ;

(I) Rilliet : Journal des connaissances médicales et pharmaceutiques. 20 juin 1856.

Produits lymphatiques et prédisposes aux maladies qui relèvent de la diathèse scrofulo-tuberculeusc;

Produits qui meurent en bas âge et dans une proportion plus forte que les enfants nés dans d'autres conditions ;

Produits qui, s'ils franchissent la première enfance, sont moins aptes que les autres à résister à la maladie et à la mort.

Ces données cliniques nous semblent suffisantes pour justifier la juste proscription que l'hygiène ordonne des mariages consanguins.

59. — Il sera prudent aussi de défendre le mariage entre deux conjoints offrant les attributs bien tranchés du tempérament lymphatique : on sait combien est faible chez eux l'énergie vitale, et nous verrons, du reste, combien le Ivmphatisme prédispose à la diathèse tuberculeuse.

60. — Accorderons-nous une influence aussi pernicieuse que Lugol le pense, à ces unions dans lesquelles on voit l'homme manquer de la force comparative de son sexe? Il serait bien difficile de soutenir l'importance d'une pareille cause pour la production de la tuberculose chez le nouveau-né : toujours, dans ces cas, le mari doit cette infériorité de forces physiques à des circonstances morbides antérieures ou à toute autre cause d'épuisement, et nous entrons ainsi dans une nouvelle série

d'indications prophylactiques que nous allons étudier actuellement.

Nous voulons parler des dangers que présentent, pour le futur embryon, différents états morbides chez les parents, autres que la tuberculose.

B. — De certains états morbides des parents comme causes de la dialhèse tuberculeuse chez les enfants.

61. — L'épuisement vital des conjoints est une des conditions les plus funestes pour le produit de la conception. — On proscrira donc ces mariages conclus entre individus à constitution ruinée, affaiblie par des excès, des privations ou de longues et graves maladies antérieures ; des parents épileptiques, affectés d'aliénation mentale, etc., devront aussi, dans l'intérêt de leurs descendants, s'abstenir du mariage : on sait, en effet, qu'une si grande perversion des fonctions nerveuses a une influence funeste assez marquée sur la santé générale pour que des conjoints ainsi éprouvés puissent, en dehors des affections dont ils sont atteints, transmettre à leurs enfants une grande disposition aux tubercules.

G2. — Mais de toutes les maladies des ascendants que l'on a accusées de tuberculose chez les descendants, celle qui a excité le plus l'attention, est bien la syphilis.

Presque tous les ailleurs s'accordent à la regarder comme coupable, mais à des points de vue bien différents : pour les uns (1), la syphilis est identique de nature à la scrofule, laquelle reconnaîtrait pour cause un état syphilitique dégénéré par voie de plusieurs hérédités; d'autres avec Cullen, Baumes, Kortum, etc., etc., pensent, avec raison, selon nous, que ces deux diathèses sont complètement distinctes , quoique la vérole puisse héréditairement avoir une certaine influence pour l'établissement de la scrofule (et par conséquent de la tuberculose, puisque nous avons établi l'identité des deux états morbides).

Les arguments que l'on a fait valoir en faveur de la doctrine que nous combattons, nous paraissent, en effet, n'avoir pas toute la valeur qu'on leur a accordée.

Les mercuriaux réussissent bien, il est vrai, contre ces deux états morbides, mais on ne saurait assimiler les effets du mercure dans la scrofule à ceux qu'on obtient de cet agent contre la syphilis. Les lésions qui caractérisent les deux diathèses ont bien aussi, il est vrai, une certaine analogie en ce qu'elles siègent, dans les deux cas, de préférence sur la peau, les muqueuses, les lymphatiques, les os, le

(1) Astruc : Maladies vénériennes , tome 2 , page 7. — Majault , Rosenstein, Bierchen, Ilaussmann, Sanchez, Camper, Selle, Stoll, Portai, Ilufeland, Alibert, Richerand, etc., etc.

périostc;.mais l'analogie n'est pas l'identité, et, quoique le siège soit souvent le même, la différence est grande entre la plaque muqueuse et la serofulide phlegmoneuse, entre le bubon indure' et l'adénite fougueuse de la scrofule, entre la gomme syphilitique et le tubercule de la diathèse scrofulo-tuberculeuse. Quant à cette assertion que la scrofule comme la syphilis peut être transmise au nourrisson par la nourrice, nous ne la considérons pas comme très-explicitement admise, et, du reste, le mode de transmission serait pour la scrofulose tout autre que la contagion, comme cela a lieu pour les accidents syphilitiques.

Les arguments précédents sont donc insuffisants pour faire croire à la métamorphose de la syphilis en diathèse scrofulo-tuberculeuse par la voie de l'hérédité, et les arguments qui suivent nous semblent militer victorieusement en faveur de l'opinion contraire : la scrofule est, en effet, commune en certaines localités oii la syphilis est rare ; c'est un état morbide très-ancien, tandis que la syphilis est de date toute récente ; on sait que, bien avant l'apparition des accidents syphilitiques en Europe, nos rois avaient la réputation de guérir les manifestations scrofuleuses par l'attouchement, et que des milliers de malades venaient implorer l'influence de ce prétendu pouvoir royal ; ajoutons à ces considérations que la syphilis a un genre de contagion bien différent de celui qui est propre à la scrofulo-tuberculose.

Est-ce à dire pour cela que nous permettrons des unions entre individus affectés de syphilis , sans redouter le développement de la tuberculose dans les enfants? assurément non : la clinique viendrait nous apporter de nombreux démentis ; mais nous contestons que cette scrofulo-tuberculosc de l'enfant soit le produit d'une métamorphose de l'état diathésique des parents; n'est-il pas plus rationnel et en même temps plus conforme à l'exigence des faits que nous venons d'exposer, d'en accuser l'affaiblissement qu'occasionne toute diathèse chez l'organisme qui en est tributaire, affaiblissement qui n'est pas équivoque chez les syphilitiques? La cachexie vénérienne, comme toute autre cause d'épuisement chez les ascendants , est bien propre h produire chez le nouveau-né cet allanguissement des forces vitales , caractère principal de la diathèse tuberculeuse , et Lugol nous paraît avoir émis une opinion analogue h celle que nous soutenons, quand il écrivait : « La « cachexie syphilitique qui le plus ordinairement « n'est pas contagieuse par le coït, peut être transcc mise à l'état scrofuleux ou même sous forme d'au- « très espèces pathologiques par la voie de la gé- « nération (1). »

(-1) Lugol, page 223. — Cité par le Compendium de médecine.

DES hNDICATIOKS PROPHYLACTIQUES QUI ÉMANENT DE L'INFLUENCE PERNICIEUSE POUR L'ENTANT DE DIVERSES CIRCONSTANCES DANS LESQUELLES A EU LIEU LA CONCEPTION.

SOMMAIRE. — 03. Les parents devront jouir de leur pleine santé. — 64. Influence des conditions climatériques. — 65. Du choix de l'époque cataméniale. — 66. Influence de l'étal moral des parents pendant la conception.

63. — La vitalité du nouveau-né, avons-nous dit, n'est pas seulement influencée par la santé héréditaire ou acquise de ses parents, mais encore par les diverses circonstances qui ont accompagné la conception. C'est l'étude du mode d'action de ces circonstances et des indications qu'elles fournissent que nous allons entreprendre.

L'état sanitaire actuel des parents doit avoir et a en effet une influence que le médecin doit connaître pour l'utiliser si elle est avantageuse , ou pour l'éloigner si, au contraire, elle peut nuire au nouvel être. Les époux choisiront donc, pour une heureuse conception, le moment oii leur santé sera le plus florissante : des parents tuberculeux attendront l'époque ou leur diathèse sévit avec le moins de fureur. Ce sera, par exemple, comme le conseille M. Dcvay, immédiatement après la saison qu'on aura passée aux eaux minérales, comme si l'on profitait de la dose de santé' qu'on y aurait

puisée; ce sera encore pendant ces moments, quelquefois de longue durée, ou la diathèse semble sommeiller et cesser pour un temps ses poussées constitutionnelles.

Il ne faudrait pas croire néanmoins que , même en s'entourant des précautions précédentes, le produit de la conception fût tout-à-fait a l'abri de la tare héréditaire. Il ne suffit pas que l'état diathésique reste muet pour cesser infailliblement d'être transmissible par hérédité ; il est malheureusement trop vrai que des parents affectés d'accidents tuberculeux dans leur jeunesse peuvent donner le jour à des enfants infectés, lors même qu'ils auraient joui d'une bonne santé apparente au moment de la conception. — La prudence défendrait le mariage dans ce cas, mais une fois le mariage accompli, on peut encore atténuer le mal en s'entourant du plus grand nombre de circonstances favorables ; quelque futiles soient-elles en apparence, elles peuvent rendre des services; nous serions coupables de les négliger.

64. — Nous conseillerons donc, avec quelques hygiénistes, d'éviter de concevoir pendant les saisons brumeuses, froides et humides, comme le commencement du printemps et l'automne; l'influence manifeste qu'elles ont sur la constitution et la vitalité de la mère, pendant sa grossesse, réagira probablement sur le produit de la conception. — On évitera de même que la naissance de l'en-

faut coïncide avec ces époques, afin qu'il ne soit pas soumis à leur action.

Le ûénie des lieux exerce aussi sur l'état sanitaire des populations une influence assez grande pour mériter d'être prise en considération par l'hygiéniste : souvent cette influence ne sera pas assez intense pour affecter les parents, mais elle agira d'une manière incontestable sur les enfants. On sait que, dans le Valais, des époux sains, nouvellement établis dans le pays, engendrent souvent des crétins et voient cette affection décimer plus tard leur famille; on fuira donc, surtout au moment de la conception et pendant la grossesse, les localités où les conditions climatériques rendent la tuberculose endémique, pour choisir celles qui sont placées dans des circonstances opposées.

05. — Doit-on regarder la période menstruelle comme un moment inopportun pour la conception? MM. Lalouette et Lepelletier pensent que, conçus pendant l'écoulement cataménial, les enfants sont le plus souvent scrofuleux, et M. Devay partage cette opinion. Une pareille doctrine peut paraître, au premier abord, un peu hasardée. L'écoulement sanguin n'cst-il pas, en effet, l'indice du travail qui se passe dans^ l'ovaire? N'est-il pas l'expression de la maturation d'un ou de plusieurs ovules s'effectuant dans le testicule féminin, et loin de contrein cliquer les approches sexuelles, ce travail fluxionnaire de l'utérus ne devrait-il pas nous avertir que

cet ovule est apte à la fécondation, et que la matrice est prête pour son développement ultérieur? Du reste , la physiologie comparée ne nous apprend-elle pas que le moment du rut est, chez les femelles des animaux, l'instant le plus propre à la conception? Enfin, depuis les recherches anatomiques modernes, la majorité des auteurs ne s'accordet-elle pas à considérer l'époque menstruelle comme très-favorable , quelques-uns même disent comme indispensable, à la fécondation?

Pour juger convenablement cette question, il importerait, suivant nous, de préciser mieux qu'on ne l'a fait jusqu'à présent la signification de l'écoulement sanguin pendant la période menstruelle.

Dans presque tous les livres qui traitent de ce sujet on s'est plu à regarder l'hémorrhagie périodique comme l'indice de la maturité de l'ovule dans l'ovaire et comme le signe du moment où cet ovule est le plus propre à la fécondation; or, cette opinion ne nous paraît pas entièrement exacte , ainsi que nous allons chercher à le prouver.

L'écoulement sanguin n'est pas, en effet, le seul phénomène qui trahisse, pendant l'époque cataméniale, le travail ovarique ; d'abord, il peut manquer, et cela, quelquefois sans que l'on soit en droit d'accuser les femmes de n'être pas réglées; en second lieu, on peut toujours constater avant son apparition une période de quelques jours de durée, caractérisée par les principaux phénomènes suivants : ce sont des coliques ou de la gêne à l'hypogastre, une certaine

surexcitation nerveuse, une irritabilité physique et morale plus ou moins grande suivant les femmes, une sensation de chaleur et de gonflement de la vulve, et quelquefois divers mouvements fluxionnaires dont les principaux sont ceux qui ont lieu du côte' du corps thyroïde, ou des nœvi vasculaires. Ces troubles locaux et généraux ne durent que deux ou trois jours en moyenne et cessent ordinairement au moment où se fait l'écoulement sanguin, si bien que Ton peut soutenir que ce dernier leur sert de crise véritable.

C'est cette période initiale de l'époque menstruelle , plutôt que la période hémorrhagique qui est pour nous la plus propice pour la fécondation . Notre manière de voir, nous semble ressortir évidemment des considérations suivantes :

1° C'est pendant la durée de la période préhémorrhagique que les troubles sympathiques généraux sont le plus accusés et le plus constants , preuve évidente que c'est alors aussi que le travail ovarique est le plus important.

2° Les patientes recherches de M. Coste ont démontré que, pour que la fécondation ait lieu chez les animaux supérieurs, il ne suffit pas que le sperme se mette en contact avec l'ovule dans les organes génitaux, il faut encore que ce contact ait lieu dans l'ovaire; l'ovule reste stérile lorsque l'imprégnation a heu, en dehors de cet organe, dans les trompes et à plus forte raison dans la cavité utérine. Dès

lors, n'est -il pas évident que pendant l'époque menstruelle le moment le plus propice à la fécondation sera la période initiale ; plus tard, lorsque l'hémorrhagie se sera établie et que les phénomènes généraux sympathiques seront tombés, n'aura-t-on pas h craindre que l'ovule ait perdu plus ou moins de sa réceptivité et que l'imprégnation soit nulle ou incomplète.

3o Enfin, l'observation clinique vient encore nous fournir des preuves à l'appui de la thèse que nous soutenons : le coït a très-rarement lieu pendant l'écoulement sanguin cataménial. Cet acte répugne à l'homme et a la femme dans un pareil moment ; il est donc peu probable que ce soit celui que la nature ait choisi pour la fécondation ; au contraire, pratiqué dans les quelques jours qui précèdent immédiatement le flux sanguin, l'acte sexuel nous a paru provoquer le plus grand nombre de grossesses, ainsi qu'il ressort des renseignements que nous avons pu recueillir de filles ou de femmes mères, soit dans la pratique civile, soit dans les hôpitaux, à un moment oii nous pensions, nous aussi , que le coït fécondant devait avoir été pratiqué pendant l'hémorrhagie menstruelle.

Nous nous croyons en droit de conclure des faits précédents que le moment le plus opportun pour la conception est bien l'époque menstruelle, mais la période de début de cette époque cataménialc plutôt que la période hémori'hagiquc, et nous partageons complètement les idées des anciens sur les

dangers pour l'enfant de la conception pendant le flux menstruel, non que nous considérions avec eux le sang des règles comme ua poison, mais parce qu'à ce moment l'ovule nous semble avoir perdu tout ou partie de son aptitude à l'imprégnation.

GG. — L'état moral dans lequel se trouvent les parents au moment de la conception, surtout quand cet état persiste pendant la durée de la gestation, forme un autre ordre de causes dont l'influence est incontestable sur la santé du nouvel être. La vitalité originelle des enfants naturels est une preuve éclatante de ce que nous avançons. La presque totalité de ceux qui survivent sont scrofuleux ou tuberculeux, comme on peut s'en assurer en jetant les yeux sur la population des hospices d'enfants trouvés. Ces petits êtres sont cependant soumis, parles soins d'une administration vigilante, h toutes les conditions hygiéniques désirables, et les heureux effets de ce régime sanitaire sont encore rehaussés par la discipline qui règne au milieu de la petite société : c'est donc aux parents qu'il faut remonter pour rencontrer la source du mal dont ces enfants sont affectés, et si, parfois, cet état diathésique tient à la santé originelle ou acquise du père ou de la mère, très-souvent aussi, à n'en pas douter, il doit provenir de l'état moral au milieu duquel la mère a conçu et a porté pendant neuf mois, quelquefois moins, un fruit qui devait partager la même vitalité que la souche dont il émanait.

Les statistiques fournies parles conseils de révision de 1833 et 1834, confirment celle opinion, comme le remarque M. Devay. On fut étonné du nombre de réformes pour défaut de taille, scrofules, tubercules, faiblesse de constitution que Ton eut ces deux années. C'est que l'examen portait suides conceptions datant de 1813 et 1814, époques si agitées et de si triste mémoire.

On comprend l'importance qu'aurait, sous ce rapport, tout moyen préventif de ces unions passagères, contractées au milieu des troubles de l ame et dans des dispositions corporelles également nuisibles.

A cette question se rattachent les problèmes si souvent agités de l'abolition de la prostitution, de l'organisation du travail chez la femme, etc. Nous croirions sortir de notre sujet en cherchant même à effleurer des questions si compliquées. La morale doit étouffer les abus que les lois sont impuissantes à réprimer.

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