ARTICLE TROISIÈME
De quelques) maladies comme causes de la diathesc tuberculeuse.
SOMMAIRE. — 147. Division du sujet. — 148- Influence des maladies locales. — 149. Influence des maladies générales. — -150. Des dialbèses. — 151. Des pyrexies.
147. — Toutes les maladies ont sur l'économie une certaine action qui peut être générale ou locale,
passagère ou d'une durée plus ou moins grande, suivant la nalurc de l'affection et la vitalité du sujet (jiii en est atteint; ces différents modes d'action, n'étant pas tous également dangereux sous le rapport de la genèse de la diathèse tuberculeuse, nous examinerons successivement l'influence que peuvent avoir à cet égard :
1° Les maladies locales,
2° Les maladies générales.
148. — Si les lésions locales peuvent créer des tubercules locaux ou, chez un individu en puissance de diathèse tuberculeuse, occasionner des dépôts symptomatiques, elles n'ont par elles-mêmes qu'une influence très-indirecte dans l'étiologie de la tuberculose générale ; ce n'est qu'en portant atteinte à la nutrition qu'elles peuvent ébranler la constitution et mériter d'attirer ici notre attention.
Or, une lésion locale peut faire souffrir les actes d'assimilation ou de désassimilation, de trois manières différentes : ou bien par son siège, en gênant les fonctions d'un organe important pour la sanguilication ; ou bien par les déperditions excessives et répétées auxquelles elles condamnent l'organisme ; ou bien encore par les mauvaises conditions hygiéniques qu'elles imposent au malade : ce triple mode d'action fournira donc les principales indications du traitement préventif de la diathèse tuberculeuse.
C'est ainsi que Ton aura h rétablir l'intégrité de
l'appareil digestif et de l'appareil respiratoire d'après les pre'ceptes que nous avons exposés dans les pages précédentes ; c'est pour cela que l'on devra se hâter de guérir ces longues suppurations et ces flux abondants qui jettent les malades dans le marasme, et sont une cause si puissante de tuberculose (1). Le diabète est un exemple probant à l'appui de la thèse que nous soutenons, puisqu'il s'accompagne si fréquemment de tubercules dans les poumons, que Copland n'hésite pas à compter la phthisie pulmonaire au nombre des symptômes de la glycosurie.
Enfin, on placera dans les meilleures conditions hygiéniques possibles, ces malades que des affections de longue durée obligent à rester dans un repos, et au milieu de circonstances funestes à leur santé générale : les paralytiques, par exemple, se trouveront bien de promenades en voiture quotidiennes, faites au soleil ou au grand air. Les aliénés forment une autre catégorie de malades pour lesquels les mesures hygiéniques corroborantes sont de la plus haute nécessité : sur 277 aliénés en effet, Esquirol compte 28 phthisiques. On ne saurait douter que ces malades soient redevables du terrible impôt qui pèse sur eux, aux vicieuses conditions hygié-
(\) Nous verrons dans le chapitre suivant de notre mémoire , que chez un sujet en puissance de diathèse tuberculeuse , il peut au contraire être dangereux de supprimer trop brusquement une cause d'épuisement.
niques que crée leur maladie autour d eux, puisque se sont les lypémaniaques que la phthisie affecte; <le préférence parmi les individus dont la folie est récente, tandis qu'on rencontre cette affection surtout parmi les déments, quand on opère sans tenir compte de l'ancienneté de l'aliénation mentale. Le travail manuel, le séjour à la campagne, les travaux des champs feront la base des moyens prophylactiques que l'on aura a employer.
149. — Dans les maladies générales, l'altération dynamique étant primitive, la vitalité est attaquée d'une manière plus directe ; c'est donc plutôt par elles-mêmes , que par les lésions qu'elles occasionnent, qu'elles peuvent préparer, déterminer ou prévenir la diathèse tuberculeuse : aussi est-ce plutôt dans l'étude de leur nature intime que dans celle de leurs effets physiologiques que l'on puisera les indications prophylactiques contre la genèse de celte diathèse tuberculeuse, soit que l'on ait en vue les affections générales à forme chronique, soit que l'on considère celles dont la marche est aiguë, en d'autres termes, soit que l'on recherche l'influence des diathèses, soit que Ton recherche celle des pyrexies sur la formation des tubercules diathésiques.
150. — Il n'est aucune diathèse qui puisse être considérée comme cause de la tuberculose générale : la scrofulose, que quelques auteurs citent comme
tçlle, ne nous parait pas en effet devoir former une espèce à part, mais ne nous parait être qu'une variété de la dialhèse tuberculeuse.
151. — Quant aux pyrexies, quoiqu'elles soient^ d'une durée assez limitée, on ne peut douter qu'elles impriment à l'organisme des modifications permanentes, une sorte de vitalité nouvelle qui le rend réfractaire à une seconde contagion. On pouvait, des lors, se demander à priori , si le nouveau mode vital que l'économie venait de recevoir , la mettait à l'abri de la diathèse tuberculeuse , ou au contraire devait l'y exposer davantage.
Malheureusement il est difficile de distinguer l'influence des pyrexies dans l'étiologie de la tuberculose , au milieu de tant d'autres causes provenant soit de l'hérédité, soit des diverses circonstances antihygiéniques au milieu desquelles le sujet vit ou a vécu ; il est non moins difficile de décider si c'est comme cause occasionnelle ou comme cause déterminante que la pyrexie a agi ou agira ; c'est là ce qui rend encore fort douteuse la solution de la question proposée, et ce qui explique l'impossibilité où l'on est dans l'état actuel de la science de réunir à cet effet un nombre suffisant d'observations concluantes.
Néanmoins il ressort de nos lectures et des faits que nous avons pu observer, que de toutes les fièvres éruplives, la plus dangereuse sous le point de vue des tubercules dialhésiques nous paraît être la
rougeole, non que nous la regardions comme capable de déterminer la diathèse tuberculeuse, mais parce qu'elle a une influence manifeste sur la marche et la multiplication de son produit pathologique ; on cherchera donc dans le traitement de cette pyrexie à modérer la fluxion sanguine qui se fait du côté du poumon, et qui est la principale cause de la tuberculisation de cet organe.
Quant à la scarlatine et à la coqueluche, l'innocuité qu'elles présentent sous le rapport de la diathèse tuberculeuse dispense de toute mesure prophylactique dirigée dans ce sens.
La lièvre typhoïde paraît jouir de la même innocuité , comme s'accordent à le reconnaître MM. Andral (1), Louis (2), Rilliet et Barthez (3). L'école de Vienne la considère même comme anta* goniste avec la tuberculose diathésique; l'apparence de vérité que présente celte opinion, repose peutêtre sur ce fait que la lièvre typhoïde atteint surtout les fortes constitutions, précisément celles qui par cela même sont le moins favorables à la genèse de la tuberculose générale.
La variole , au dire de M. Rilliet et Barthez (4) ,
(1) Andral : page 178.
(2) Louis : page 606.
(3) Rilliet et Bai lliez : tome 3, page 398, 2°" édition.
(4) Rilliet et Barthez : « La variole et la tuberculisation sont deux maladies de nature différente et qui se repoussent mutuellement. »
partagerait , sous ce rapport , les vertus préservatrices que Ton accorde à la fièvre typhoïde , ce qui semblerait justifier l'opinion, du reste si peu accréditée, que cette dernière pyrexie n'est qu'une variole interne de même nature que la variole externe, seulement de forme différente.
Il résulterait de ces observations qu'une des mesures préservatrices de la diathèse tuberculeuse consisterait, non-seulement à ne pas empêcher chez l'enfant le développement de la variole ou de la fièvre typhoïde, mais au contraire à lui inoculer l'un ou l'autre de ces deux, états morbides : on arriverait ainsi à remplacer l'inoculation du vaccin par celle du virus variolique, comme on le faisait déjà quelque temps avant la découverte de Jenner, ou par l'inoculation lacto-variolique, qui a fourni de si heureux résultats, il y a quelques années, entre les mains de MM. Bouchacourt et Brachet de Lyon. Cette pratique se trouverait de plus justifiée par les chiffres de MM. Rilliet et Barthez, d'après lesquels ces auteurs soutiennent que : « Les enfants vaccinés meurent plus souvent tuberculeux que non-tuberculeux, tandis que le contraire a lieu pour les enfants non vaccinés. »
Avant d'adopter en entier de pareilles conclusions pratiques, et de condamner la vaccine à l'oubli, nous croyons devoir attendre la consécration du temps et d'une observation plus étendue. Remarquons que les faits sur lesquels s'appuient les deux habiles praticiens que nous venons de citer, sont
peu nombreux, que la statistique est quelquefois trompeuse dans des questions aussi complexes que celle-ci ; remarquons encore que la vaccine plaçant de même que la variole l'organisme dans un état qui le rend réfractaire à une nouvelle infection variolique, il est bien difficile de ne pas voir dans ces deux pyrexies qu'une modification d'un même état morbide, et de ne pas admettre l'unité de la cause, puisque les effets sont identiques ; dans cette vue le vaccin, loin de prédisposer aux tubercules, devrait jouir vis-à-vis d'eux de la même vertu préservatrice que la variole elle-même.