‹ De la tuberculose, ou, De la phthisie pulmonaire et des autres maladies dites scrofuleuses et tuberculeusesChapitre 21 sur 30 · SUIVANT LES AGES · texte numérisé non relu

SUIVANT LES AGES

SOMMAIRE. — 138. Objet de ce chapitre. — H 39. Division physiologique de la vie en trois âges ou époques. — 140. Epoque d'accroissement-, première période. — -141. Seconde période. — 142. Troisième période. — -143. Quatrième période. — 444. Epoque d'état. — -145. Indications que fournit la profession.— -146. Effets de quelques professions spéciales.

138. — Nous avons passé en revue, dans les paragraphes précédents, les principaux moyens hygiéni-

çjucs à employer contre le lympliatisme el la langueur des actes organiques, dans le but de prévenir la cliathèse tuberculeuse ; nous avons vu que ces moyens , de même que ceux que l'on emprunte à la matière médicale, demandent à être proportionnés et appropriés à l'idiosyncrasie des individus et au degré plus ou moins avancé d'atonie ou de sensibilité auquel ils sont arrivés : on doit encore en varier l'emploi suivant les âges, et la physiologie va encore une fois sur ce point fournir les principes auxquels le médecin devra se conformer.

139. — Sous le rapport des actes nutritifs, le seul qui nous intéresse actuellement, on a divisé la vie de l'homme en trois époques principales : une époque d'accroissement, une époque d'état, et une époque de déclin.

C'est surtout pendant l'époque d'accroissement que l'on mettra en jeu les différentes ressources de l'hygiène en vue de fortifier la constitution ; car, après son complet développement, l'organisme sera moins sensible aux agents extérieurs et n'en éprouvera que des modifications plus lentes et moins durables. Mais le médecin devra varier ses moyens suivant les différentes phases que présente cette époque d'accroissement, et les approprier au mode vital dont jouit le nouvel être à chacune d'elles.

Nous ne reviendrons pas sur les soins qu'on doit apporter dans les mariages, et dont il faut entourer

la conception et la vie intra-utérine de reniant; nous ne devons nous occuper ici que de la phase extra-utérine de son évolution : cette phase de son existence nous semble devoir être divisée en quatre périodes, marquées, chacune, par l'apparition d'une fonction ou d'un certain ordre de fonctions principales, qui modifient plus ou moins la vitalité du sujet, et fournissent des ressources ou des indications nouvelles dans la prophylaxie de la diathèse tuberculeuse.

140. — Pendant la première période, le jeune individu ne présente encore que des fonctions organiques, qu'une vie végétative analogue à celle dont jouit la jeune sarigue quand elle est encore ren~ fermée dans la poche abdominale de sa mère. L'habituer aux divers agents avec lesquels il se trouve en rapport, fournir des aliments à l'élaboration respiratoire et à l'élaboration digestive , veiller à ce que ces deux fonctions ne soient pas gênées mécaniquement, telles sont les indications que l'on a à remplir à ce moment.

L'enfant sera donc élevé à la campagne ou dans une chambre bien aérée à une température égale, plutôt fraîche que chaude ; on aura soin de ne pas étouffer le lit d'épais rideaux ; l'alimentation sera riche, mais dès le berceau les repas seront réglés, et l'on se gardera de la mauvaise habitude qu'ont les nourrices de donner le sein à chaque instant pour distraire l'enfant qui crie. C'est pendant le

premier âge surtout qu'on évitera toute compression pouvant gêner le développement de la cavité thoraciquc et de la cavité abdominale et les fonctions des organes qu'elles renferment; le maillot ne sera donc employé qu'avec la plus grande prudence, on ne le serrera que médiocrement.

A mesure que l'enfant avancera en âge, on rendra sa nourriture plus substantielle : vers h ou 5 mois on ajoutera quelques bouillons au lait qui forme son principal aliment, et Ton n'amènera que graduellement ce changement complet de nourriture qui constitue le sevrage : ce n'est qu'à 12 ou 18 mois, alors que l'enfant a 16 dents , que l'on pourra cesser entièrement l'allaitement. A ce moment, en effet, le lait serait pour le jeune sujet une nourriture insuffisante , et les organes digestifs seront assez développés pour l'élaboration d'un aliment plus grossier.

En résumé, pendant cette première période, on se bornera à favoriser directement l'alimentation digestive et respiratoire ; les exercices passifs présenteront des ressources que Ton utilisera avec soin, mais on se gardera de provoquer des exercices actifs ; la faiblesse de l'appareil locomoteur ne permettant pas encore ces moyens hygiéniques reconstituants. On proscrira aussi les affusions froides et les autres stimulants énergiques , que défendent la trop grande irritabilité de la peau et le peu d'habitude qu'elle a du contact des agents extérieurs.

lli. — Dans la seconde période, c'est-à-dire à 2 ou 3 ans, la vie de l'enfant n'est plus seulement végétative, les sensations sont moins obtuses, et les mouvements sont plus faciles et plus précis ; une nouvelle vie, la vie de relation paraît, et avec elle naissent d'autres ressources hygiéniques.

C'est alors qu'on commencera l'usage des mouvements actifs : la marche d'abord, et plus tard différents exercices, dans le but d'agir sur les muscles respirateurs rendront des services , pourvu qu'on les mesure aux forces encore bien faibles du jeune enfant. La peau supportera plus facilement, à cet âge, les affusions froides, les bains et les autres excitants ; la nourriture elle-même pourra déjà être un peu excitante; les viandes noires et les vins généreux seront permis avec une certaine prudence.

142. — Ce n'est que vers 7 ou 10 ans que commence, avec la troisième période de l'époque d'accroissement, une nouvelle vie, la vie psychique ; alors seulement on permettra, nous ne dirons pas les actes, mais les travaux intellectuels. On évitera, toutefois, de soumettre l'enfant à de trop longues heures d'étude. Nous avons vu, en effet, combien la nutrition souffrait du défaut d'exercice, et combien étaient à craindre, pour les fonctions respiratoires et digestives, la station assise prolongée que réclame l'étude du piano, et la position courbée en avant que nécessite l'écriture. On coupera donc les heures d'étude par de fréquentes récréations, en.

même temps que l'on insistera, plus utilement encore actuellement que dans la période précédente, sur la gymnastique et sur l'alimentation tonique stimulante.

143. — La quatrième période de l'époque d'accroissement est caractérisée surtout par l'apparition de la fonction de reproduction ; ce n'est guère que vers 25 ans, alors que l'individu a acquis son complet développement, que les organes génitaux jouissent de leur pleine activité, et que finit cette quatrième phase de la croissance de l'organisme. Bien avant cette époque, il est vrai, l'homme est pubère dans nos climats, mais il n'est pas encore nubile.

Les plaisirs vénériens, pendant cette quatrième période dite de puberté, ne seront donc permis qu'avec la plus grande réserve, car avant l'âge nubile ils sont bien près d'être des excès. Combien ne doit-on pas alors les redouter avant l'adolescence, et avec quelle sollicitude ne doit-on pas surveiller l'enfant dès l'âge de 6 à 7 ans pour le préserver de la funeste passion de l'onanisme !

144. — Lorsque l'organisme a terminé son accroissement, ce n'est plus d'après l'évolution des fonctions ou le degré plus ou moins avancé du développement des appareils, que Ion peut fixer le choix des moyens hygiéniques préventifs de la tuberculose générale. On n'a, pour se guider,

que les différences individuelles de constitution, d'habitude, d'idiosyncrasie, de tempérament, etc., sur lesquelles nous avons appelé l'attention dans le cours des paragraphes précédents. C'est en suivant ces données que le médecin devra grouper ses différents moyens, afin de mieux s'assurer leur action, et pour atteindre son but , il mettra toute sa sollicitude à régler et à ordonner la vie de son malade, et à le diriger dans le choix d'une profession.

145. — La plupart des auteurs qui se sont occupés de l'influence que pouvaient avoir les professions au point de vue de la diathèse tuberculeuse, se sont bornés à additionner le nombre de phthisies que fournissait chacune de ces professions, sur un nombre déterminé de décès, et ont jugé par là le danger plus ou moins grand que présentait chacune d'elles. Une telle méthode nous paraît peu exacte ; on doit distinguer en effet parmi les professions celles qui sont véritablement cause de la diathèse tuberculeuse, de celles qui ne font qu'en favoriser les manifestations symptomatologiques : les unes portant atteinte a la nutrition , ont pour effet de débiliter la constitution ou de modifier d'une manière désavantageuse le tempérament; les autres, ayant plutôt pour résultat une irritation locale, habituelle ou passagère, ne peuvent que déterminer la tuberculose locale, mais jamais la tuberculose générale dont elles occasionnent seulement les manifestations phénoménales.

Nous ne devons nous occuper que du premier groupe de professions, la deuxième catégorie trouvera sa place dans le chapitre troisième de noire mémoire.

La vie active passée en plein air à la campagne, tous les travaux exigeant un certain exercice des organes respirateurs, l'émanation favorable des molécules animalisées, sont autant de conditions que nous avons vues avoir les plus heureux effets sur la santé générale. Aussi il e;sl naturel de regarder comme d'utiles préventifs , les professions qui permettent ou exigent l'emploi de ces divers moyens, tandis que l'on redoutera au contraire celles qui commandent une vie sédentaire, passée dans l'atmosphère insalubre des ateliers, ou qui nécessitent cette position courbée en avant si funeste aux actes pulmonaires et digestifs.

C'est ce qu'a prouvé M. Lombard (1), en réunissant à la statistique de M. Benoiston (2) celle qui se trouve dans V Annuaire médical de Vienne de 1803, celle de Junius (3), et des chiffres recueillis dans les hôpitaux de Paris et de Genève ; c'est ce que mettent hors de doute les chiffres suivants

(1) Lombard : De V influence des professions sur la phthisie pulmonaire. — Annales d'hygiène, -1834.

(2) Benoiston de Châteauneuf : Influence de certaines professions sur le développement de la phthisie pulmonaire. — Annales d'hygiène, 183t.

(3) Julien : Hambourg, 1829.

empruntés au Gompendium de médecine pratique, et dans lesquels sur 1,000 de'cès, les morts 'par phtliisie figurent dans des proportions si différentes suivant les professions :

Influences nuisibles.

Vie sédentaire 141

Atmosphère des ateliers. . -138

Position courbée. . • . -122

Influences préservatrices.

Vie active 89

Exercice de la voix. . . 75

Vie à l'air libre .... 73

Emanations animales . . 60

On comprend toute l'importance que Ton attachera à l'emploi raisonné des agents hygiéniques, lorsque des conditions de fortune ou d'intérêts ou diverses antres considérations sociales forceront à embrasser une profession dangereuse.

14 G. Quant aux ouvriers qui travaillent sur le plomb, dans les mines ou dans les manufactures de tabac, nous aurons plus tard à expliquer d'où leur vient cette sorte d'affranchissement dont ils jouissent par rapport à la phtliisie pulmonaire ; leur profession ne les met pas , par elle-même, à l'abri de la dia thèse tuberculeuse.

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