La tuberculose héréditaire serait facile
ment prévenue, si les mariages étaient soumis scrupuleusement aux règles hygiéniques que nous avons tracées. Il serait donc à désirer que le Code civil , qui offre tant de garanties pour la fortune des enfants . puisse assurer de même leur héritage de santé ! Malheureusement les difficultés se présenteraient en foule, lorsqu'il s'agirait de mettre à exécution cette idée bonne en elle-même : éclairer les familles et tout attendre de leur sagesse, voilà les seules ressources que nous permet à cet égard l'état actuel de la civilisation.
154. — Le gouvernement peut davantage contre la tuberculose acquise, et toute l'économie politique, toute cette partie de la science gouvernementale qui a rapport à l'établissement du bien-être matériel des peuples , peut être regardée comme une sorte de mesure hygiénique dirigée en grande partie contre la di a thèse tuberculeuse. Tous les auteurs, en effet, sont unanimes à reconnaître que la misère est une des causes les plus puissantes de tuberculose, les statistiques viennent prouver de leur côté la justesse de cette assertion (1). Il suffit d'observer le triste cortège que traîne la misère
(1) Les recherches de M. Marc d'Epine onl démontré que sur •1,000 décès, 233 étaient occasionnés chez le pauvre par l'affection tuberculeuse, tandis que pour le même nombre de décès chez le riche, le chiffre des morts tuberculeux n'était que de 68. ( Michel Lévy : Traité d'hygiène publique et 'privée, 1857, tome 2, page 922. )
avec elle pour en comprendre les effets débilitants : une alimentation pauvre, des travaux excessifs, des veilles répétées, des chagrins vifs et prolongés, des vêtements insuffisants : et dans les villes manufacturières, le défaut d'exercice, une habitation prolongée dans des ateliers bas et humides ou des garnis infects loin de l'influence bienfaisante du grand air et de la lumière, sont des circonstances bien propres à faire languir la nutrition, à diminuer la vitalité des malheureux qui y sont soumis, et à affaiblir leur constitution.
Assurer le bien-être matériel des peuples, en ouvrant toutes les sources de richesses, n'est-ce pas écarter les principales causes débilitantes, et par là même se mettre en garde contre la tuberculose ?
15T). — Mais là ne doit pas se borner la sollicitude des gouvernants, il faut encore attaquer une à une toutes les conditions hygiéniques défavorables ; on voit du reste que tel est le but que depuis longtemps on cherche à atteindre, quand on feuillette les nombreuses ordonnances de police médicales relatives au régime des lycées, des prisons, des grandes manufactures...
On ne saurait trop insister dans ces cas particuliers, sur les moyens qui peuvent contrebalancer les mauvais effets de la vie sédentaire : une alimentation riche et sagement ordonnée, un local bien aéré, un travail bien réglé, et surtout une gymnastique appropriée sont autant de moyens sur
lesquels on doit insister et sur la mise en pratique desquels le gouvernement doit veiller ; c'est ainsi que dans les prisons on retirera de bons effets de rétablissement d'ateliers de menuiserie, de serrurerie, de charronnage, etc. ; c'est pour ces mêmes motifs quil serait désirable de pouvoir employer les détenus aux travaux de l'agriculture. Dans les collèges on devrait insister davantage qu'on ne le fait sur les exercices gymnastiques ; l'cquitation, la natation, l'escrime devraient être obligatoires et non pas seulement permis : un gymnase devrait être de rigueur dans chaque maison d'éducation, et une heure au moins d'exercices prélevée par jour sur les études classiques. Des inspecteurs nommés par le gouvernement veilleraient à l'exécution de pareilles mesures, comme il en est qui veillent actuellement à la juste dispensation de la nourriture ou de l'instruction réglementaires.
15G. — On conçoit qu'en dehors des grands établissements publics il soit difficile au gouvernement d'intervenir dans la vie privée de chaque famille ou de chaque individu ; cependant ne pourrait-on pas introduire peu à peu quelques réformes pour réprimer les divers abus dont notre société est encore tributaire ? Les vêtements, par exemple, dont l'influence finit par être à la longue si grande sur notre organisme, et dont le choix est abandonné aujourd'hui aux caprices ignorants de ce que l'on appelle la mode, pourquoi ne seraient-ils pas sou-
mis au contrôle indulgent niais éclairé des conseils cThygiène, comme le sont les autres agents hygiéniques ? Quoi de plus pitoyable, en effet, que la manière souvent aussi indécente qu'insalubre et dangereuse, dont la vanité ou la sottise maternelle affuble quelquefois des enfants à un «âge où cependant l'hygiène a une telle importance !
Nous savons que de pareilles ressources seraient actuellement bien difficilement applicables ; nous signalons le mal, nous montrons les lacunes, c'est au législateur qu'il appartient de tracer les moyens de les combler.
157. — Mais si le problème précédent offre une arduité aussi grande, il n'en serait pas de même de celui qui consisterait à vulgariser dans les masses les exercices gymnastiques.
Aujourd'hui, comme on l'a fait remarquer, la substitution des armes à feu aux armes blanches a fait négliger les différents moyens de rendre les populations fortes et robustes tellement en honneur chez les anciens, l'athlétisme devant le céder à l'adresse du soldat ; l'amour du luxe qui n'existait pas chez les premiers Grecs et les premiers Romains fait préférer aujourd'hui la fortune à la beauté et h la vigueur corporelle ; c'est là aussi une nouvelle cause de l'abandon dans lequel sont tombées les heureuses pratiques qui régnaient dans les mœurs des temps antiques. Puisqu'il est impossible de détruire ces deux principales causes de la dégénères-
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ccncc physique des peuples , ce serait un bienfait incontestable que de ressusciter certains usages tombés en désuétude ; le jeu de boules , le jeu de quilles, le jeu de paumes, le jeu du mail devraient être favorisés dans chaque commune et encouragés par des prix annuels : le jeu de billard même, auquel on ne peut se livrer que dans des atmosphères empestées, et qui actuellement n'est qu'une sorte d'appât dont les cafés et les estaminets se servent pour propager leur funeste influence, le jeu de billard rendrait des services assez grands si l'on parvenait h en répandre et h en organiser sainement l'emploi.
C'est dans ce même but que nous verrions avec plaisir reparaître dans les fêtes publiques l'exercice du mât de cocagne presque généralement abandonné maintenant, et remplacer la fréquentation des estaminets par des courses ou des luttes que l'on pourrait encourager en France, comme l'administration sait encourager le tir à la carabine dans le Tyrol ou dans la Suisse. Partageant les mêmes vues, Charles Pravaz écrivait en 1842 (1) : «Il serait digne d'une administration éclairée et vouée au bien public, de rendre plus facile et plus étendue l'application d'un moyen (natation) si puissant de corrobora tion sanctionné par l'expérience de tous les siècles, en favorisant l'établissement d'écoles de
(1) Pravaz : 1842, de l'importance de la respiration sur la santé et la vigueur de r homme.
natation appropriées aux différentes classes de la société, oii les jeunes sujets des deux sexes pourraient être exercés séparément, et avec sûreté et décence, a l'art de nager : une pareille institution hygiénique fondée dans de telles conditions, ferait non-seulement les délices du jeune âge pour lequel le bain froid, quand il est conseillé, avec la liberté des mouvements a un si vif attrait, mais elle modifierait promptement une foule de constitutions débiles que toutes les ressources pharmaceutiques sont impuissantes à restaurer. »