‹ De la tuberculose, ou, De la phthisie pulmonaire et des autres maladies dites scrofuleuses et tuberculeusesChapitre 5 sur 30 · FORMATION DU TUBERCULE · texte numérisé non relu

FORMATION DU TUBERCULE

SOMMAIRE. — 17. Qu'est-ce que la turberculisation? — -18. Elle consiste en deux actes morbides. — 19 à 26. De l'altération granulo-graisseuse. — 49. Théorie de l'infiltration. — 20. Preuves contre. — 21. Théorie du dédoublement. — 22. Diverses espèces d'altération rétrograde par dédoublement. — 23. Deux espèces de tuberculisation. — 24. Tuberculisation par malformation. — 23. Tuberculisation par déformation. — 26 à 27. Du ratatinement. — 26. Il constitue une partie importante de la turberculisation. — 27. Le tubercule est un produit morbide non vivant ; preuves diverses -, c'est du pus concret. — 28. Espèces et variétés des tubercules ; tableau synoptique.

17. — Quelles sont les modifications que doivent subir un blastème ou un élément analomique normal pour devenir un globule tuberculeux ? Quelle est la nature du travail modificateur qui préside à cette transformation? Tel est le sujet que nous nous proposons de traiter dans ce chapitre, telles sont en

effet les deux idées qu'exprime pour nous le mot tuberculisation.

18. — La tuberculisation fait subir à L'élément anatomique deux modifications principales : d'un côté on remarque dans l'intérieur de cet élément une quantité plus ou moins considérable de granulations graisseuses qui concourent à changer l'aspect qu'il offre à l'état physiologique, d'un autre côté cet élément anatomique se rapetisse, se ratatine, perd sa forme normale pour prendre un moindre volume et des contours irréguliers.

Ces deux espèces d'altérations demandent quel- * ques détails.

19. — De l'altération granulo-graisseuse. Quelques auteurs ont pensé que les granulations grais seuses, dont nous venons de parler, provenaient de l'extérieur et s'introduisaient dans la cellule ou le noyau par véritable infiltration. M. Mandl soutient une pareille doctrine : pour lui la partie vraiment caractéristique du tubercule est cette matière amorphe, granuleuse , cohérente, semi-solide, que l'on trouve décrite dans quelques ouvrages sous le nom de matière tuberculeuse interglobulaire; c'est cette matière qui, d'après l'auteur que nous citons, s'infiltrerait clans les éléments anatomiques environnants et leur donnerait cet aspect granuleux dont nous parlons, et qu'il est si facile de constater sur

les cellules épithéliales par exemple, que Ton trouve en grand nombre dans les masses tuberculeuses intra-vésiculaires des poumons.

20. — Cette doctrine de l'infiltration nous paraît inadmissible en présence des considérations suivantes.

Et d'abord la matière qui s'infiltrerait étant demi solide devrait préalablement subir une sorte de li- q quéfaction qui n'a jamais été constatée, et que l'on \ n'admet que par simple hypothèse et pour les besoins de la cause. D'un autre côté un très-grand nombre de faits prouvent que les corps gras ne s'infiltrent pas dans les éléments anatomiques aussi complaisamment qu'on voudrait le supposer. Nous avons examiné un très-grand nombre de fois la matière sébacée , caséeuse qui enduit la peau du nouveau-né; nous l'avons trouvée constituée principalement par une très-grande quantité de cellules épithéliales mélangées h. une substance graisseuse trèsabondante : or ces cellules ne se sont jamais présentées à notre observation infiltrées de la moindre quantité de graisse, quoique les circonstances fussent ici, pour le moins, tout aussi favorables à l'infiltration que dans les masses tuberculeuses. Nous avons eu l'occasion de vérifier le même fait sur plusieurs kystes sébacés et sur un kyste dermoïde piligraisseux de l'ovaire : dans ces différents cas les cellules épithéliales qui tapissaient en grand nombre la paroi du kyste ne se présentèrent jamais infil-

trécs de graisse, quoiqu'elles fussent enfouies dans des amas de matières graisseuses.

Mais, nous objectera-t-on, dans les cas que vous citez, les cellules épithéliales, vieillies et ratatinées, étaient réduites à de simples lames cornées et ne pouvaient plus par cela même s'infiltrer : si toute endosmose est impossible sur des cellules raccornies, elle devient au contraire très-facile sur de jeunes cellules, comme le prouve la rapidité avec laquelle les cellules épithéliales de l'intestin s'infiltrent de gouttelettes huileuses pendant la digestion des corps gras.

Cette objection paraît concluante ; néanmoins, remarquons que, d'une part, un très-grand nombre de cellules épithéliales granulo-graisseuses que l'on trouve dans certaines masses phymiques, dans le poumon par exemple, sont de vieilles cellules aplaties et transformées en lamelles plus ou moins cornées par dégénérescence sénile; d'une autre part, n'oublions pas que les jeunes cellules épithéliales tuberculisées, au lieu de s'amplifier et de s'arrondir, diminuent de volume et se ratatinent, fait que l'on ne saurait concilier avec toute idée d'infiltration ou de mouvement endosmotique quelconque.

21. — Ces considérations nous font rejeter la doctrine de l 'infiltration , pour adopter celle de la dégénérescence graisseuse par dédoublement de la matière organisée en ses principes immédiats conslilituants ; quelques explications sont nécessaires pour

faire comprendre notre pensée, et, afin de les donner satisfaisantes, nous sommes obligé de prendre la chose d'un peu loin.

La division que l'on a cru devoir faire des aliments en aliments plastiques et aliments respiratoires, ri est pas aussi absolue que Ton aurait pu le croire. Les recherches physiologiques modernes ont démontré que les graisses et les fécules n'étaient pas seulement destinées à produire de la chaleur par leur combustion dans l'organisme, mais pouvaient aussi concourir à la formation de nos tissus. M. Bernard a fait voir qu'une partie du glycogène ou amidon animal formé dans le foie, échappait au ferment hépatique; il a montré que cet amidon, charrié par le sang, allait se déposer dans certains tissus, les muscles par exemple, pour lesquels il était un véritable aliment plastique et oii l'analyse chimique pouvait le retrouver, quand, sous l'influence de certaines conditions, telles que le repos, la nutrition venait à languir dans ces organes.

Des faits non moins concluants permettent d'avancer que les graisses peuvent aussi servir d'aliments plastiques, et, sans faire appel à la théorie d'Ascherson qui considère toute cellule comme formée d'une gouttelette graisseuse entourée d'une couche albuminoïde comme membrane d'enveloppe, nous ferons remarquer avec Lehmann que les matières grasses que l'on rencontre dans les tubes nerveux sont bien une partie constituante de ces éléments anatomiques plutôt qu'un combustible en

dépôt, puisqu elles y persistent en même quantité, alors même que l'amaigrissement est poussé aux dernières limites du marasme.

Il est plus difficile, il est vrai, de démontrer que les graisses peuvent servir d'aliments plastiques à nos tissus albuminoïdes, toutefois la présence constante de granulations graisseuses dans les éléments anatomiques de l'embryon à une époque rapprochée de la conception , l'abondance des molécules de graisse que l'on retrouve normalement dans ses fibres musculaires à un certain âge, nous paraissent démontrer suffisamment que ces principes huileux ne sont pas toujours destinés seulement à être brûlés par la respiration. A quoi servirait, en effet, une si prodigieuse quantité de matériaux de combustion chez l'embryon à une époque ou les phénomènes d'excrétion sont si peu intenses et si manifestement débordés par les actes d'assimilation? N'est-il pas évident que la graisse disparaît des éléments anatomiques de l'embryon moins parce qu'elle est brûlée que parce qu'elle sert à leur entretien en tant qu'aliment plastique ? Et comme preuve de ce que nous avançons, remarquons que les éléments et les tissus du jeune être s'accroissent et se développent en même temps que diminue le nombre des gouttelettes graisseuses qui les infiltrent.

Si donc les principes gras peuvent concourir à la formation des tissus pendant la période embryonnaire , n'est-il pas infiniment probable que cette propriété se répète pendant la vie extra-utérine.

quoique peut-être dune manière moins énergique ou moins facile à constater?

Des observations précédentes nous croyons pouvoir conclure que ce ne sont pas seulement les aliments albuminoïdes qui concourent à la réparation de nos tissus, mais que les féculents et les graisses y prennent, sinon une part exclusive (puisque ces aliments ne contiennent pas d'azote), du moins une part incontestable mais dans une proportion qui n'est pas encore définie.

Dès lors nous pouvons nous représenter nos tissus comme le résultat d'une combinaison molécule à molécule de ces trois espèces d'aliments , et cette manière d'envisager les substances protéiques comme des composés conjugués, sortes de combinaisons semblables à des sels, ou même de véritables sels, est adoptée actuellement par un assez grand nombre de physiologistes ; Lehmann partage cette opinion et M. Golding Bird la préfère à la théorie des radicaux organiques :

« La découverte du dédoublement (ou clivage), en d'autres substances, dit cet auteur (1), de l'amygdaline (Wœhler et Liebig) ; de l'asparagine , de la salicine et de la populine (Piria) ; la découverte des alcaloïdes ammoniacaux (Wurtz) et de leur constitution théorique (Hoffmann et Kolbe); et enfin l'observation que beaucoup de corps azotés , après

(I) Golding Bird : De l'urine et des dépôts urinaires, traduction de O'Rorke, 486-1 , page 45.

des décompositions diverses, produisent des alcaloïdes volatils (Anderson , Rochledcr , Wertheim et autres), donnent un certain appui à cette vue, savoir : que les substances protéiques pourraient bien avoir une composition analogue à celle de ces corps complexes, et qu'en elles pourraient cire contenus plusieurs constituants immédiats conjugués ensemble ou combinés à la façon des sels. »

Or, sous l'influence de diverses causes perturbatrices que nous aurons à étudier, cette combinaison des principes immédiats constituant nos tissus peut être ou incomplète ou assez peu stable pour permettre des dédoublements. Dans ces deux cas, l'élément anatomique, plus ou moins altéré dans sa forme, n'offre plus son homogénéité normale, mais il présente dans son intérieur le principe immédiat pathologiquement mis en liberté et qui, parfaitement reconnaissable à l'analyse chimique, apparaît au microscope, le plus souvent sous forme de gra" nidations moléculaires d'aspect variable, suivant leur nature chimique.

Cette altération de l'élément anatomique rappelle donc l'état par lequel il a dû passer, au moins virtuellement au moment de sa formation ou à une certaine époque de son développement, c'est pour cela que nous l'appellerons avec quelques auteurs altération rétrograde.

22. — Ce que nous venons d'exposer dans les lignes précédentes peut faire pressentir qu'il y aura

autant d'espèces particulières d'altérations rétrogrades qu'il y «a de groupes principaux d'aliments, parce que : 1° chacun de ces groupes peut être plastique, c'est-à-dire participer à la formation de nos tissus ; et parce que : 2° dans l'élément anatomique à la constitution duquel il doit participer, chacun de ces groupes, au lieu de se trouver à l'état de combinaison , peut ne se rencontrer qu:à l'état de simple mélange, le plus souvent sous forme de granulations moléculaires.

Cet à priori est confirmé par l'observation. Tout élément anatomique, en effet, peut être affecté d'altération rétrograde, protéique, amylacée, graisseuse ou calcaire ; il se présente alors, suivant les cas, infiltré de matières proléiques , amylacées , graisseuses ou calcaires. De plus chacune de ces altérations peut reconnnaître deux variétés sous le point de vue de sa nature étiologique , c'est-à-dire que chacune d'elles peut se produire par malformation ou par déformation de l'élément histologique.

Dans le premier cas la nutrition de l'élément anatomique est troublée avant le complet développement de celui-ci , et l'altération de la cellule reconnaît pour cause prochaine un manque de combinaison entre tous ses principes constituants.

Dans le second cas , il est frappé de l'altération granuleuse après son entier développement ; la cause prochaine de son altération est, qu'on me passe le mot , une décombinaison ou un dédoublement en 1rs principes qui le constituent chimiquement.

Nous nous arrêterons là : les idées générales que nous venons d'exposer suffiront pour faire ressortir la manière dont on doit comprendre, selon nous, l'altération granulo-graisseuse de l'élément histologique tuberculisé et la place qu'elle doit occuper à côté des autres altérations rétrogrades avec lesquelles elle a des rapports évidents. Faisons maintenant l'application de ces principes à l'étude des productions tuberculeuses , et voyons les distinctions que l'on doit établir entre les tubercules sous le rapport de leur mode de formation.

25. — Les tubercules nous paraissent devoir être divisés, non-seulement sous le point de vue de leur composition élémentaire, en tubercules par tuberculisation du blastème, d'une cellule ou d'un noyau, mais encore sous le rapport de leur mode de formation, en tubercules par malformation et tubercule par déformation (1).

(1) Ces deux modes de tuberculisalion ont été défendus par M. Gubler, dans des leçons professées à la Faculté de médecine de Paris, en -1858; les idées que M. Fallot a soutenues dernièrement à l'Académie de médecine de Belgique ( Gazette hebdomadaire 1859), sur la formation des tubercules pulmonaires, nous paraissent conûrmer la distinction que nous faisons ici avec M. Gubler. Le médecin belge signale en effet des tubercules par exsudation et des tubercules par mortification du tissu pulmonaire ; la première variété parait correspondre à notre première espèce de tuberculisation, ou luberculisation par malformation, et sa seconde variété à notre seconde espèce, ou luberculisation par /Information.

*>4. — 1° Des tubercules par malformation. Les tubercules par malformation forment deux variétés principales; en effet, les granulations graisseuses qu'ils présentent peuvent reconnaître deux origines distinctes : ou bien elles ne sont que la partie graisseuse du nutriment qui n'entre pas en combinaison ï mais reste isolée au sein de l'élément anatomique, ou bien elles sont le résultat d'une transformation incomplète de la partie féculente de ce nutriment ; dans cette seconde hypothèse, le nutriment féculent, au lieu de donner naissance à des tissus albuminoïdes par sa combinaison avec des produits azotés, ne subirait qu'une transformation beaucoup plus simple en se métamorphosant seulement en > graisse.

Nous ne croyons pas devoir démontrer cette possibilité de la transformation des fécules en graisse, une pareille métamorphose est trop généralement acceptée aujourd'hui par les physiologistes , pour qu'il soit permis de la considérer comme une vue purement hypothétique : comme preuve en sa faveur , nous rappellerons, seulement la grande simirrtttde de composition chimique qui existe entre les. fécules et les graisses, et l'incontestable propriété que possède une alimentation presque exclusivement féculente d'engraisser les animaux qui sont soumis à celte espèce de régime.

25. — 2° Des tubercules par déformation. Dans les tubercules par déformation , les granulations

graisseuses proviennent d'un dédoublement de la matière albuminoïde des tissus malades. Les principes immédiats azotés peuvent, en effet, se transformer en graisse : les faits suivants nous paraissent le démontrer suffisamment.

Rappelons en premier lieu que l'on a pu engraisser des animaux en les soumettant à un régime purement azoté. — De plus , on sait que les substances albuminoïdes, sous l'influence de la chaleur ou des alcalis, ou par suite d'une altération spontanée, dony: nent très-facilement naissance à des acides gras tels que l'acide butyrique et l'acide valérianique ou valérique (1). — Burdach et Wagner ont constaté que des cristallins , des morceaux de fibrine introduits dans l'abdomen de pigeons ne tardaient pas à y prendre l'aspect granulo-graisseux par suite d'une métasc morphose graisseuse. Michaelis (2) a répété la même expérience avec des morceaux de viande de veau. La saponification du fœtus dans l'utérus, alors qu'il y est retenu après sa mort, est encore un fait du même ordre. La saponification des cadavres enfouis au sein de la terre, à l'abri du contact de l'air, nous paraît aussi pouvoir être invoquée conya»*?^ ^ preuve de la dégénérescence graisseuse par dédou-

(4) Wurlz : Compte -rendu de l'Académie des sciences de Paris, -1844.

(2) Michaelis : Prague, 1853. Cité par la Gazette hebdomadaire, 1853, p. 93, tom. -I.

blement des principes azotés , et comme pouvant jeter quelque jour sur le mode de production des tubercules par déformation de l'élément histologique.

A un degré plus avancé , le dédoublement continuant , les matières grasses apparaissent dans les masses phymiques sous une forme qui s'éloigne davantage encore de l'organisation que la forme granuleuse , c'est-à-dire sous la forme cristalline : le microscope démontre alors dans les dépôts tuberculeux des cristaux de cholestérine : enfin les élé ments calcaires sont mis eux-mêmes en liberté par le dédoublement et le tubercule est dit alors crétacé.

Nous avons suivi un grand nombre de fois ces altérations successives en examinant des masses tuberculeuses à des âges différents; l'enchaînement des phénomènes peut se résumer de la manière suivante : apparition des granulations graisseuses , apparition des cristaux de cholestérine, apparition des granulations calcaires , disparition graduelle de la matière organique, persistance des matériaux salins sous forme d'un noyau calcaire plus ou moins volumineux. Nous avons pu assister à de pareilles ' métamorphoses, non-seulement sur des tubercules crus , mais encore sur des tubercules en voie de ramollissement et même sur certains foyers purulents anciens dans lesquels le pus retenu au sein des tissus , s'était desséché , momifié , tuberculisc, en un mot, et avait fini par subir celle filiation de dégé-

nérescences rétrogrades qui aboutit à la matière inorganique, aux résidus terreux.

26. — Ratatinement et momification de i/élément histologique. L'état granulo-graisseux de lelément histologique n'en constitue pas à lui seul la tuberculisation : en effet, cet état graisseux peut se remarquer dans des lésions autres que dans des tubercules. Dans le foie gras, dans l'intestin pendant la digestion des corps gras, etc., les cellules hépatiques, celles qui tapissent les villosités intestinales sont infiltrées de graisse, sans pour cela être tuberculisées : c'est que, dans ces cas, elles ont conservé leur forme et leur volume normal.

Un élément anatomique tuberculisé, non-seulement s'est chargé de granulations graisseuses, mais encore s"est ratatiné, s'est desséché, est revenu sur lui-même en prenant une forme insolite et des contours irréguliers ; preuve évidente que la graisse dont il est chargé ne provient pas de l'extérieur par endosmose, comme on pourrait le supposer.

27. — En dernière analyse, nous croyons que le mot tuberculisation résume à lui seul les deux altérations suivantes : momification ou dessèchement avec altération rétrograde granulo-graisseuse, puis. gra?iulo-calçaire, et nous sommes de l'avis de ceux qui voient dans l'élément anatomique tuberculisé, c'est-à-dire dans le globule et la matière intcrglobulaire du tubercule, un élément histologique ou un

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blastème nécrose ou avorté. L'examen des masses phymiques et l'étude de leur évolution vont nous démontrer leur absence de vitalité.

a. On ne trouve, en effet , dans le tubercule ni vaisseaux, ni nerfs, pas de circulation et pas de sensibilité, et, ce qui est pour nous une preuve plus convaincante encore, c'est que les tissus voisins sont loin de se comporter à son égard comme pour le cancer ; ils ne favorisent pas sa marche par un surcroît de vitalité , au contraire ils offrent les phénomènes qu'ils présenteraient sous l'influence d'un corps étranger inerte, ou bien ils lui forment un kyste d'enveloppe, ou bien ils s'ulcèrent et lui livrent passage au dehors.

p. L'altération graisseuse, que nous avons étudiée, est bien aussi une preuve de la mort de l'élément anatomique ; nous l'avons signalée, en effet, sur des substances mêmes inorganisées, telles que des morceaux, de fibrine introduits par expérimentation dans la cavité péritonéale de jeunes animaux. Du reste, la nature se sert d'un travail analogue lorsqu'elle veut livrer à l'absorption un exsudât ou une production pathologique dont elle veut se débarrasser : on voit, dans ces cas, la production morbide se tuberculiser , elle se décompose et donne lieu, d une part, à la formation de substance graisseuse, et de l'autre à la formation d'ammoniaque en raison de l'azote qui entre dans sa constitution ; ce dédoublement est bientôt suivi de la production d'un savon soluble dans le sérum et par conséquent (aci-

lement absorbé. Ainsi disparaît la partie solide des exsudations, ne laissant, le plus souvent comme preuve de son existence antérieure, qu'un petit noyau calcaire, composé en grande partie de phosphate de chaux insoluble et impropre à la résorption; les expériences de Michaelis prouvent ce fait d'une manière évidente (1).

x. La fonte dite tuberculeuse vient encore confirmer la non-vitalité des masses phymiques : en effet, ce phénomène est loin d'être un acte vital, tous les auteurs s'accordent pour n'y voir qu'un effet physique duquel on pourrait peut-être hasarder l'explication suivante : — Les tissus environnants irrités fournissent un liquide qui imbibe les parties périphériques de la masse tuberculeuse et en aide le ramollissement pendant que le centre du produit morbide se ramollit aussi et se liquéfie, probablement sous l'influence des progrès du dédoublement moléculaire, d'où peut en effet résulter de l'eau en nature ou les deux gaz qui concourent h la former.

Sous l'influence de ce ramollissement, les corpuscules tuberculeux, au lieu d'être englobés dans une matière concrète semi-solide , nagent dans un liquide plus ou moins dense, et, véritables corps nécrosés , ils obéissent aveuglément aux lois de la physique , se gonflent un peu par endosmose, per-

(I) Michaelis : Prague, 1853 : Viertel , elc. Gazette hçb«

doniadaire, tom. \, pag. 03.

<lent leur aspect atrophié et ratatiné, changent ainsi un peu de forme et reçoivent par cela même des hétérologistes un autre nom; ils deviennent pour eux un autre e'iément caractéristique, un globule pyoïde ou un globule de pus.

On peut donc considérer le corpuscule tuberculeux comme un corpuscule purulent flétri davantage par le dessèchement. Celte identité du pus et du tubercule était assez généralement acceptée il y a quelques années ; la similitude d'aspect, à l'œil nu, des deux produits pathologiques confirmait cette opinion ; le microscope, malgré les dénégations des hétérologistes, nous paraît en démontrer aussi l'exactitude.

En effet, on trouve entre le globule purulent, le globule pyoïde et le corpuscule du tubercule une gradation bien faite pour nous maintenir dans notre opinion. On rencontre de plus entre ces trois variétés des nuances qui rendent encore plus insensible le passage de ces différents types l'un dans l'autre ; M. Lebert lui-même ne peut leur assigner des caractères suffisamment tranchés, pour qu'il lui soit permis de maintenir comme distinctes ses deux espèces : corpuscule de tubercule et globule pyoïde : « les caractères différentiels qu'il indique (1) {Php. pathol., tome 1, page 46) sont tout à fait insuffi-

(-1) Mandl : Du tubercule comparé à quelques autres produits pathologiques, in Archives générales, 1855, pag. 408.

sanls et ne justifient nullement son opinion. En effet, suivant cet auteur, dans les globules tuberculeux il y a des granules irrégulièrement distribués dans la substance (page 354), et dans les globules pyoïdes, il y a encore des granules irrégulièrement distribués dans la substance (p. 46). Lorsque M. Lebert dit que les globules pyoïdes sont plus grands et plus sphériques que les globules tuberculeux, nous ne pouvons non plus, dans ses propres observations, trouver la confirmation de cette opinion, car cet auteur dit lui-même que les globules pyoïdes ont 6 à 7 millièmes de millimètre, et les corpuscules tuberculeux 5 à 7 millièmes. La dimension des uns atteint donc celle des autres. Quant à la sphéricité des globules pyoïdes , elle ne peut no:i plus servir de caractère distinctif, puisque M. Lcbcrt admet des globules tuberculeux ronds (page 554), et affirme même que dans le tubercule ramolli, devenus libres , ils s'arrondissent et finissent presque par reprendre la forme sphérique (p. 5G1), forme qui hypothétiquement aurait été primitive (page 553). »

LTn autre fait vient démontrer l'identité que nous soutenons exister entre le globule du pus et celui du tubercule. On trouve très-souvent des globules purulents bien caractérisés non pas seulement à la périphérie des masses tuberculeuses en voie de ramollissement , mais bien au milieu même de ces productions morbides, dans le point central ramolli ; M. Lebert consigne ce fait dans son Anatomie pa~

thologique et maintient néanmoins sa distinction ; or, ces globules purulents ne peuvent provenir de la suppuration des tissus environnants, leur siège l'indique suffisamment ; les regarder comme essentiellement distincts des globules tuberculeux, c'est s'obliger à admettre qu'ils sont nés spontanément, hétérotopiquement au sein de la production tuberculeuse, ou qu'ils ont été formés par elle, et dans ces deux hypothèses , comment une substance ou une masse privée de vie pourrait-elle créer des éléments anatomiques ou les voir naître et se développer en elle?

N'est-il pas évident plutôt que ces globules purulents ne sont que des globules tuberculeux auxquels l'endosmose a rendu la forme arrondie et l'aspect régulier que la momification tuberculeuse leur avait fait perdre, et l'exemple que nous venons de citer ne vient-il pas prouver l'identité de nature du corpuscule purulent avec le corpuscule tuberculeux, en démontrant d'une manière si manifeste la possibilité d'une transformation d'un de ces types en l'autre ?

Mais poursuivons l'étude des masses tuberculeuses et continuons à démontrer leur non-vitalité.

A un degré plus avancé de tuberculisation , nous avons dit que les éléments anatomiques, ratatinés et infiltrés de graisse , finissaient par se dissocier complètement. Les cellules tuberculisées se fragmentent en effet, puis se réduisent en granulations indépendantes, laissant ou liberté leur noyau

plus ou moins momifié, lequel ne tarde pas, lui aussi , à subir la même fonte granuleuse ; n'est-ce pas là une sorte de desorganisation qui exclut toute idée de vitalité ?

e. Enfin, la dégénérescence calcaire, qui forme le dernier tableau de celte série de transformations, vient elle-même confirmer la même idée : ici , en effet, se passe un phénomène chimico-physique identique à celui que Michaelis a pu provoquer sur les morceaux de viande qu'il introduisait dans l'abdomen de jeunes animaux, phénomène sur la production duquel la vie n'a évidemment aucune influence.

28. — De tout ce qui précède, nous croyons pouvoir conclure que le tubercule est une production non vivante , à peine ou mal organisée , et qui présente, tant sous le point de vue anatomique et pathogénique , que sous le point de vue étiologique , les différentes variétés que nous rangeons synoptiquement dans le tableau suivant :

Division des tubercule*

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