‹ De la tuberculose, ou, De la phthisie pulmonaire et des autres maladies dites scrofuleuses et tuberculeusesChapitre 4 sur 30 · A. C'est M. Mandl qui a montré que · texte numérisé non relu

A. C'est M. Mandl qui a montré que

(I) Michel : Recueil des Mémoires de l'Académie de médecine,

certains corpuscules tuberculeux n'étaient uniquement que des fragments irréguliers de la substance amorphe, solide, cohérente, granuleuse, que le microscope démontre dans les dépôts phymiques. « Cette fragmentation, dit l'auteur (1), est, dans le tubercule cru, le produit artificiel de la préparation, et, dans le tubercule ramolli, le produit de la décomposition résultant de la dégénérescence graisseuse. De même, nous voyons des minéraux, qui tombent en efïïorescence, présenter à l'observateur une poussière composée de parcelles analogues, quant à la forme, à celle que l'on obtient en grattant le minéral non décomposé a l'aide d'une pointe. Ces parcelles ne sont pas plus les éléments cristallins du minéral que les prétendus corpuscules ne sont les éléments organisés du tubercule. »

Nous aurions aimé que l'habile micrographe que nous citons se fût montré moins exclusif. Nous reconnaissons avec lui qu'un bon nombre de globules dits tuberculeux ne sont que des débris de la substance interglobulaire faite artificiellement par la préparation. Ces corpuscules sont tres-irréguliers dans la forme, très-anguleux, à contours peu arrondis, et surtout très-variables quant au volume ; ils sont de plus peu cohérents ; mais outre ces corpuscules, on en trouve d'autres qui présentent des ca-

(1) Mandl : Du tubercule comparé à quelques autres produits pathologiques : Arclnves générales de médecine, 1855.

ractères tout différents et qui reconnaissent une autre origine.

1 4 . — B3. L'origine cellulaire du globule tuberculeux est, dans certains cas , nettement accusée ; alors ce corpuscule est peu foncé , h contours peu marqués et plus ou moins pâli par l'acide acétique; avec du soin et de l'attention, on peut le plus souvent reconnaître l'espèce de cellule qui est frappée de tuberculisation ; en effet, soit en examinant le même point, soit en étudiant différentes parties de la masse tuberculeuse ou des tissus environnants, on trouve presque toujours des cellules à des degrés différents d'altération, et, avec un peu de patience, on peut parvenir, en rassemblant ces chaînons épars, à reconstruire la chaîne de ces altérations, à suivre les modifications que la tuberculisalion a fait subir à l'élément anatomique sain, et par ce moyen à reconnaître à quel type appartenait primitivement l'élément luberculisé.

C'est en suivant ce mode d'étude que nous avons pu nous convaincre que le corpuscule tuberculeux d'origine cellulaire pouvait être :

a. Un leucocythe, opinion que M. Robin soutient de tout le poids de son autorité et que nous trouvons aussi défendue par Addison(l).

(I) Addison ; London médical Gazelle, 1842, cité par Mandl, in Archives générales, 1854.

p. Un médullocelle, comme on peut s'en convaincre en étudiant les tubercules des os.

y. Une cellule épithéliale ou un fragment de cellule épithéliale altérée. Les preuves ne font pas ici défaut. C'est principalement en étudiant les tubercules des glandes que l'on peut se convaincre de la réalité d'une pareille origine.

Ces dépôts phymiques glandulaires peuvent siéger dans le tissu conjonctif en dehors des culs-desac sécréteurs, ou bien dans l'intérieur même des culs-de-sac glandulaires, ainsi que Pont démontré sur des poumons tuberculeux les recherches récentes de M. Sieveftng (1). C'est lorsque la masse phyinique a ce dernier siège , qu'elle renferme des corpuscules d'origine épithéliale, si bien qu'on peut la considérer comme le résultat d'une desquamation pathologique de la vésicule aérienne avec rétention et tuberculisation des produits de cette desquamation exagérée.

A un premier degré, en effet, ces cellules épithéliales sont très-souvent assez peu altérées pour être facilement reconnues. Le dépôt tuberculeux se présente alors à l'œil nu avec ces caractères que Laenncc a signalés sous le nom de granulation grise ; mais à mesure que l'altération progresse, en même

(I) Sieveflng : Brilisch and foreign medico-surgical review , 1853. — Compte rendu in Archives générales, 1854.

temps que la masse grisâtre s'opacifie et jaunit, la cellule épithéliale se déforme en masse ou se fragmente, et ainsi se trouvent formés les corpuscules dits tuberculeux.

Cette origine épithéliale incontestable pour nous, est aussi signalée par Addison (London médical Gazette 1842), SchrœderVan der Kolk {Nœderl. lancet juillet 1852), Black {Association médical journal septembre 1853), etc. (t). Il nous faudrait, pour être complet, multiplier presque à l'infini les citations, car tous les auteurs ont vu des cellules épithéliales dans certaines masses phymiques ; on a seulement eu le tort de soutenir que leur présence dans ces productions tuberculeuses n'était que purement accidentelle ; par cela même que ces cellules épi thé liales n'étaient pas encore entièrement déformées , on leur a refusé toute parenté avec le globule tuberculeux, sans se préoccuper de la série des déformations intermédiaires qui reliaient ces deux types ; états mixtes que l'on a complaisamment négligés et passés sous silence parce qu'on ne pouvait les expliquer.

Le corpuscule tuberculeux cVorigi?ie cellulaire peut encore être un cytoblastion (variété cellule), ou une cellule embryoplastique ; c'est-à-dire qu'il

(]) Voyez le travail de Mandl : Archives générales de médecine, -1854.

peut être le résultat de la tubercuiisalion des éléments embryonnaires du tissu conjonctif.

Cette variété de corpuscule tuberculeux se rencontre surtout dans les dépôts phymiques placés au sein du tissu conjonctif ; on la trouve dans les tubercules des séreuses et dans les tubercules des glandes, mais, dans ces derniers, seulement lorsqu'ils siègent en dehors des culs-de-sac glandulaires, dans le tissu connectif environnant.

L'examen au miscrocope de ces tubercules, quand ils sont à l'état de granulations grises, vient en démontrer la nature originelle -, on les trouve en effet constitués par des éléments embryoplastiques, et Ton peut suivre les différentes phases de la tuberculisation de ces éléments à mesure que la granulation grise se transforme en granulation jaune.

Depuis longtemps déjà M. Robin a trouvé que les granulations grises de la phthisie pulmonaire étaient souvent constituées par du tissu connectif embryonnaire ; nous avons pu nous convaincre aussi que les granulations tuberculeuses des séreuses étaient le plus souvent formées de tissu conjonctif, quelquefois arrivé à un degré de développement assez avancé. Et quoique nous ne partagions pas à ce sujet entièrement les idées de Schrœder Van der Kolk (Nœ derl. lancet. juillet 1852), nous aimons à nous étayer de sa grande autorité ; nous l'accuserons seulement de se montrer trop exclusif quand il avance que les tubercules gris siègent toujours dans le parenchyme pulmonaire en dehors des vésicules

aériennes et qu'ils peuvent toujours se transformer en fibres, et lorsqu'il soutient que les granulations jaunes ont toujours une origine épithéliale et sont renfermées dans les culs-de-sac pulmonaires.

Nous avons pu, plusieurs fois, nous convaincre par nous-même que la granulation grise est quelquefois de nature épithéliale et que, dans ces cas, elle siège dans la vésicule aérienne et ne peut donner lieu à la formation de tissu fibreux ; il nous a été donné aussi de nous assurer que bon nombre de granulations jaunes sont situées en dehors des voies aériennes ou glandulaires et reconnaissent une origine embryoplastique.

e. Des cellules autres que celles que nous venons de mentionner peuvent-elles se tuberculiser ? En d'autres termes, le corpuscule tuberculeux ne pourrait-il pas, dans certains cas, être le résultat de la tuberculisation de cellules nerveuses, de chondroplaxes, de myélocyte, etc.

Une pareille lésion anatomique nous paraît possible, mais nos recherches ne nous permettent aucune affirmation à cet égard.

15.— C Quand le corpuscule tuberculeux a pour origine un noyau, il est plus foncé que dans les deux variétés précédentes , les contours sont plus marqués et il ne pâlit pas sous l'influence de l'acide acétique.

Dans ce cas, le globule tuberculeux peut provenir de deux sources principales :

1° D'un noyau épithélial ;

2° D'un noyau embryoplas tique , d'un cytoblaslion (variété nucléaire).

Le siège de ces deux variétés de tubercule différera, comme différait le siège des deux sous-variétés correspondantes du tubercule d'origine cellulaire. Ainsi , le tubercule à corpuscule nucléaire , de nature conjonctive, se rencontrera au milieu du tissu connectif ou des exsudations inflammatoires trèsimparfaitement organisées, tandis que l'on rencontrera le tubercule à corpuscule nucléaire épilbélial, principalement dans les culs-de-sac glandulaires, là où physiologiquement des éléments épithéliaux ont de la tendance à se former.

16. — Nous connaissons actuellement ce que nous nommerons la nature anatomique du tubercule : nous croyons avoir prouvé que ce produit pathologique n'était pas hétérologue, mais qu'il n'était qu'un amas d'éléments anatomiques dont les types se retrouvent à l'état normal dans l'économie et dont l'aspect a été assez altéré pour qu'ils ne puissent être reconnus que difficilement. Pour que la connaissance des masses phymiques soit complète, il nous reste encore :

1° A déterminer la nature et la marche du travail morbide qui transforme ainsi et défigure un élément anatomique normal ;

2° A indiquer les différentes conditions organi-

ques ou les différents modes vitaux sous l'influence desquels s'établit ce travail desorganisateur.

En d'autres termes il nous reste maintenant à répondre à ces deux questions :

1° Qu'est-ce que la tuberculisation ?

2° Qu'est-ce que la tuberculose ?

DE LA TUBERCULISATION

ou

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