‹ De la Tuberculose Primitive des OvairesChapitre 10 sur 18 · Pathogénie · texte numérisé non relu

Pathogénie

A priori, nous ne trouvons que deux voies capables d'amener le bacille de Koch dans l'ovaire pour le tuberculiser d'emblée : le canal vagino-utéro-tubarre et la voie sanguine ou lymphatique. Les recherches de Cornil et Dobroblonvski nous semblent assez concluantes pour

oo exclure le premier mode de propagation ; en effet, ces auteurs ont inoculé des cultures de bacilles tuberculeux dans le vagin de cobayes et n’ont pu obtenir que de la tuberculose de la muqueuse du corps utérin, sans aucune trace de lésions dans l’ovaire.

Comme contrôle clinique de ces données expérimentales, nous ne croyons pouvoir mieux faire que de citer une observation très concluante de Süppel dont la précision équivaut à une expérience physiologique. Il s’agit d’une jeune fille de vingt ans, atteinte de tuberculose de la trompe droite ; on enlève la trompe et l’on constate que le péritoine est infecté tout autour de l’orifice abdominal de la trompe tuberculeuse. Six mois après, on est obligé d’enlever la trompe gauche, également atteinte de tuberculose, et l’on constate que le péritoine autour de l’orifice tubaireestencore atteint, bien qu’il fût sain au moment de la première opération. Le reste du péritoine est sain. Le point de départ commun de l'infection des deux trompes est la muqueuse utérine ; des lambeaux de cette muqueuse provenant d’un curetage ont donné du bacille de Koch.

Nous sommes donc obligé de nous rejeter sur l'idée d’une origine sanguine ou lymphatique pour expliquer la tuberculisation d'emblée du tissu ovarien. La vérification en a été donnée par des preuves expérimentales décisives qui sont généralement inconnues en France, nous voulons parler des expériences de Schottländer. Cet auteur a fait une inoculation directe de l'ovaire après laparotomie et a pu produire ainsi des lésions d'ovarite spécifique primitive.

S’il nous était permis de faire un rapprochement entre les glandes des deux sexes et de les assimiler complètement

au point de vue de leurs rapports avec la circulation générale sanguine ou lymphatique, nous trouverions une preuve expérimentale dont la valeur dépasserait certainement celle des expériences de Schottländer. M. A. Péron a provoqué, en effet, chez le cobaye une tuberculose caséeuse bilatérale des testicules et des épididymes par l'injection | intra-péritonéale d’exsudats tuberculeux humains sérofibrineux.

Ce cobaye avait reçu dans le péritoine 25 centilitres d’un liquide séro-fibrineux, venant d’une pleurésie tuberculeuse de l’homme. Il survécut huit mois à cette injection.

Pendant les trois derniers mois, s'était développée une orchite bilatérale comparable à celle de la morve, mais à marche beaucoup plus lente naturellement. A l’autopsie, il n’y avait de tuberculose que dans les testicules et les vésicules séminales. Ni la rate, ni le foie, ni les poumons ne présentaient le moindre tubercule. Dans ces derniers organes, la recherche très soigneuse des bacilles a été négative; d’ailleurs l’adénopathie satellite était restée cantonnée aux ganglions sacrés qui étaient un peu gros, d’ailleurs non caséeux. La tuberculose testiculaire est massive; les testicules et les vésicules séminales paraissent injectés de mastic (Péron, Bulletin de la Société anatomique de Paris, octobre-novembre 1898).

Ces considérations d'ordre expérimental nous semblent assez concluantes pour admettre la possibilité d’une tuberculose primitive de lovaire. Dans tous les cas, l’infection se fera par les vaisseaux sanguins ou lymphatiques.

Pourquoi la localisation se fera-t-elle dans les ovaires plutôt que dans un autre organe? Est ce le fait d’une prédisposition spéciale héréditaire, est-ce le fait de l’atrésie du système cardio-vasculaire signalée par Louis? C’est

une question que nous ne saurions résoudre, mais il est très probable que la tuberculose se cantonne primitivement dans le bassin de la femme comme, dans l’adolescence, elle apparaît aux points épiphysaires du fémur et du tibia. La congestion menstruelle des organes génitaux de la femme doit être considérée comme un des facteurs prédominants dans la localisation morbide.

Nous ne saurions mieux comparer la tuberculisation de l'ovaire qu’à la tuberculisation du rein. Dans les deux cas il s’agit d’une glande profonde reliée à l’extérieur par des voies éminemment propres à recueillir les germes pathogènes.

De même que pour le rein, on admet deux modes d’infection tuberculeuse : la voie ascendante ou vésico-uretérale et la voie descendante ou sanguine; de même, nous sommes eu droit d'admettre une ovarite primitive tuberculeuse par voie sanguine ou lymphatique et une ovarite tuberculeuse secondaire par une infection propagée utéro-tubaire.

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