CHAPITRE PREMIER
EXISTE-T-IL DES SALPINGO-OVARITES TUBERCULEUSES PRIMITIVES A DÉBUT OVARIEN ?
Les chiffres que nous avons donnés plus haut à propos de la fréquence de l’ovarite dans les annexites tuberculeuses nous montrent que l’ovaire peut rester très souvent indemne de toute localisation du bacille de Koch. Il en est donc pour la tuberculose comme pour les autres infections : l’ovaire jouit d’une immunité relative par rapport à l’inflammation qui envahit la plupart du temps les trompes et la muqueuse utérine.
Sinous cherchons les causes de cette immunité, nous les trouvons facilement dans ce fait que le contage a lieu le plus ordinairement de l'extérieur vers l'intérieur ; les ovaires étant le plus profondément situés, il est tout naturel qu’ils soient moins exposés que les divers organcs qui le précèdent dans la voie de la contagion habituelle. Et cela d’autant plus que les ovaires n’ont avec les trompes
que des rapports de contiguité et non de continuité de “. M. 2
40% muqueuse à muqueuse. Cornil, enfin, voit dans Ja structure toute spéciale de l'ovaire qui est formé aux dépens de l’épithélium germinatif des raisons suffisantes pour le rendre réfractaire à la tuberculose.
Et cependant nous ne voyons pas, dans ces considérations, de raisons assez sérieuses pour nous faire exclure d'emblée l’idée d’une ovarite primitive d’origine tuberculeuse. Le bacille de Koch, en effet, peut se propager de diverses façons ; que son mode de propagation dans le cas particulier se fasse habituellement parles voies génitales externes, nous le reconnaissons sans peine ; mais a priori nous sommes forcé d'admettre également le point de départ de l'infection tuberculeuse, dans la voie sanguine ou lymphatique, par analogie avec les localisations si multiples qui s’établissent par ce mécanisme dans les autres organes.
Pour résoudre la question, c’était évidemment aux constatations anatomo-pathologiques qu’il fallait nous adresser tout d’abord, mais la difficulté n’en est pas moins réelle. Il serait téméraire de croire que l’on peut, à première vue, diagnostiquer une lésion tuberculeuse de l’ovaire, tout à fait à son début : ce cas particulier ne pourrait guère se rencontrer que dans des trouvailles d’autopsie. La plupart du temps on tombe sur des ovaires complètement ramollis et caséifiés, avec des traces plus ou moins étendues d'’inflammation ou même de suppuration autour du foyer caséeux, si bien qu’il est très difficile, sinon impossible, non seulement de dire que c’est par l'ovaire qu’ont débuté les lésions, mais encore d'affirmer la nature tuberculeuse de ces lésions.
IL est encore des difficultés contre lesquelles il est bon
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de se mettre en garde: on voit souvent saillant à la surface de l'ovaire de petits corps fibreux purement physiologiques qui pourraient en imposer pour des nodules tuberculeux. Les corps jaunes eux-mêmes, en voie d'évolution, pourraient être pris pour des masses caséeuses et, somme toute, il ne suffit pas qu’il y ait abcès au szin de l'ovaire pour que nous admettions immédiatement sa nature tuberculeuse.
Nous verrons au chapitre de l’anatomie pathologique que la périovarite est une lésion presque constante qui accompagne les lésions de l’ovaire, mais il ne s’ensuit pas nécessairement que des altérations tuberculeuses péritonéales entraînent forcément des lésions dans la trame de l'ovaire : on peut voir des lésions de pelvi-péritonite englober toute la périphérie d’un ovaire et celui-ci rester indemne.
L’examen macroscopique est donc à lui seul incapable de nous fournir des renseignements précis et indéniables sur la nature tuberculeuse des altérations de l'ovaire. Dans tous les cas où l’on pourra soupconner l’origine bacillaire des lésions, il faudra recourir à un examen microscopique aussi complet que possible, Pour être rigoureux, il devra porter non seulement sur ia constatation des lésions spécifiques de la tuberculose et de son bacille, mais encore il devra être histologique, c’est-à-dire reposer sur la constatation anatomique des divers éléments de chaque organe. La présence des artères hélicines et des vésicules de Graaf suffit généralement à reconnaitre le tissu ovarien. La confusion des annexes adhérentes entre elles au point de former des masses méconnaissables, justifie à elle seule cette unique façon de procéder.
HANAONSE
Nous avons consulté une longue bibliographie avant de pouvoir trouver des observations de tuberculose primitive des ovaires qui répondent à tous ces desiderata. Nous n’en avons rencontré que trois qui nous paraissent décisives : sur deux d’entre elles, l’autopsie complète a été faite; pour la troisième, l’examen des divers organes autres que l’ovaire et, durant la vie de la malade, a été négatif au point de vue de la tuberculose.
Nous relaterons immédiatement ces trois observations telles que nous les avons trouvées dans leurs auteurs, nous réservant d’en faire la critique dans la suite. Dans des chapitres spéciaux, nous établirons l’anatomie pathologique, la symptomatologie, le diagnostic et le traitement de la tuberculose primitive des ovaires.